Proverb., V
nous les a montres à Rhodes et à Sicyone ; or, ces lieux furent toujours inconnus aux autres métallurges; mais ils devaient naturellement attirer nos Telchines artistes ; car les métaux y affluaient, et le génie plastique y résidait.
Je ne dirai pas que du temps de Pline il y avait, au rapport de Mucianus, trois mille statues à Rhodes, la plupart, sinon toutes, d’airain. « Rhodi etiamnum tria « millia signorum esse, Mucianus, ter consul, prodi- « dit\ » Je ne rappellerai pas même que quatre cents ans auparavant cette île était le siège d’une célèbre école de sculpture, un foyer d’art, qui rayonnait déjà avec éclat ; car cette date est encore récente par rapport à l’antiquité des Telchines. Mais Pindare, le poète si intéressé à bien connaître les plus vieilles traditions de la Grèce, nous fait remonter, par une succession non interrompue, jusqu’au berceau de la civilisation et de l’art des Rhodiens. Célébrant la naissance de Minerve, événement qui arriva sous les Héliades, il dit : « De son côté, la déesse aux yeux d’azur accorda « elle- même aux Rhodiens de l’emporter sur les autres « habitants de la terre en toute espèce d’art avec leurs (( mains excellemment industrieuses. Et les routes por- '< taient des œuvres semblables à des êtres vivants qui « marchent. Et la gloire était immense. Chez le vrai « savant la science est encore plus grande quand elle « est sans prestige. »
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t. JVai, Hist., XXXIV, 17.
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Ces derniers vers renferment une allusion délicate et savante, qui n’a point échappé à l’érudition de Heyne. Pindare oppose certainement Phabileté des Héliades à celle des Telchines. Des deux parts elle fut grande; mais les Telchines passaient pour appeler la magie au secours de leur art, tandis que les Héliades demandaient au seul mérite le succès de leurs œuvres. De là la pensée du poète, que le prestige, qui semblerait devoir rehausser un grand talent, le rabaisse plutôt et l’amoindrit. Confirmant et développant les idées de son auteur, le scholiaste nous dit : « AOtoI Trpwvoi ol « 'P 0^10 1 T7]v Twv av^piavTwv eÇcupov ^v)[/.toupy(av, to -TrppTSpov « o\)j^ oÛTü) Ti{A(dpLev(t)v. — Ce furent les Rhodiens qui les « premiers trouvèrent Fart de faire des statues que l’on U estima au-dessus de toutes celles qu’on eût vues « jusque-là. »
Malgré cette antique illustration de Rbodes, Sicyone était peut-être encore un séjour plus digne d’attirer et de fixer nos Telchines. Siège illustre d’une école de peinture et de sculpture, Sicyone possédait le génie complet des arts d’imitation, et, ce que nous tenions surtout à savoir, Pline nous apprend qu’ « Elle fut « longtemps la patrie des ateliers de tous les métaux. « — Sicyonem, quædiu fuit officinarum omnium me- « tallorum patria^. »