‹ Les métaux dans les inscriptions égyptiennesChapitre 22 sur 121 · LE PLOMB · texte numérisé non relu

LE PLOMB

== >< ° tahti, taht, ns ְפָרֶת ודקפ‎ , 3opheret, à uoAuBdo:, plumbum. Le plomb est représenté à Médinet-Habou! en grandes plaques. On le pesait en briques (fob) et aussi en ten.

1) .אטע‎ Hist. Inschr. 1. 34 PI. I. (38).

50 rhextpos l’électrum, | fAextpos (-a}, parure d’ambre, ro rAextpov l'ambre,

Ce que j'ai dit plus haut sur l'électrum des Égyptiens 21 äsem, jette peut-être une nouvelle lumière sur l'électrum des Grecs et des Romains dans sa double signification de métal et d'ambre.

D'après des recherches antérieures, la signification d’ambre pour électrum serait plus vieille que celle d’alliage métallique. Les trois plus anciens passages sur l’électram, ceux qui se trouvent dans l'Odyssée, ou ceux qu'on a tirés du bouclier d’Hercule et de l'Eirésioné Homérique ont été tous interprétés par ambre. La cause en est le grand rôle que joue l’ambre dans la Mythologie, et aussi l’étymologie du mot, que BUTTMANN, dans sa dissertation!, a voulu expliquer par une forme de טסקזאג8‎ «ce qui attire. Dans 16 passage de 100078866 (IV, 73),

ppabeo . ....

(400 te oteporgv 6דסגן5₪ 05א‎ nynevta

mAéxtpou te xal apyüpou 850 éAépavtoc,‏ ד סססטק il s’agit de la magnificence du palais de Ménélas, de l’éclat de l’or, du vermeil, de l'ar-‏ gent et de l’ivoire. Le genre, qui est important à fixer la valeur du mot, reste indéter-‏ miné. De même dans les autres passages, XV, 459:‏

àavnp )0006( ......‏ 0טג

xpôseov Sppov Éyuv, pera à mAéxtpouatv Éepro, «il vint un Phénicien ayant un collier d'or, entouré d’rAéxtporov», et XVIII, 295, Gpuov rokvdal(daAov . . . . . - Éveuxe, ypossov, mAéxtpouoiv éepuévov, méAtov 66, «un collier bien travaillé, en or, avec des rAéxtpotaiv, pareil au soleil». |

Dans l’Eirésionê Homérique, il est dit que la fiancée doit travailler au fuseau ח4‎ mAéxtpyp 0600006 «se tenant sur l’électrum», image de la richesse: ici le genre du mot est encore indéterminé. De même dans Hésiode .ץ)‎ 171), où on décrit un bouclier

Aeuxg T éAépavre‏ של yap xuxAp‏ עגון צבח

TAËXTPH 0 dnolauTés Env, ypuaÿ te paetvd

Aaprôpevo * xvavou 55 800 nTûyes mAnAavTO, «tout autour brillaient le #éanos, l'ivoire blanc, l'électrum, et l'or étincelant; dans les inter- «alles on avait placé des raies de kyanos.

1) Abbh. der Berliner Akad. 6. W. 1818.

a — nn 0 ee ידוחיי‎ ee nt ה‎ es +

Pour bien comprendre ce dernier passage, il faut éliminer deux éléments qui, selon moi, n’ont pas été bien compris. Par xvavou nruyes on entend des raies d'acier bleu. Mais Théophraste, qui consacre un chapitre entier au xuavos et à ses espèces, ne connait aucun métal de ce nom. Le xvavos n’est jamais autre chose que le bleu qu’on fabriquait en pulvérisant le sulfate de cuivre ou une masse de verre colorée. Ce verre, dont l’invention remonte à un vieux roi Égyptien, imitait le lapis lazuli à s'y méprendre: voilà pourquoi on lui appliqua le nom de xoavos, comme s’il était un xvavos avropunc. L'acier est appelé par Hésiode 050006 , plus tard yalvb: car, sous le nom de xuvén adapavros, on ne peut comprendre que le fer durci. La valeur d'acier pour xvavos a été déduite, entre autres passages, de celui où l'on parle de la cuirasse d’Agamemnon (Il. XI. 24):

= y וסזן © ססס‎ 86% 010% sav uéAavos xuavoto,

w ,‏ - 2 .ל ôwôexa 55 000000 xal 50000 xadattépoto.‏

Les oluot sont des raies des couleurs différentes et rangés comme on avait coutume de ranger les couleurs Égyptiennes en pareil cas, c’est-à-dire, qu’une couleur revient deux fois pour une fois que revient chacune des autres. (C’étaient des raies semblables à celles qu’on voit sur la cuirasse de Ramsës 111, à Thèbes?, où les couleurs se suivent ainsi: rouge, or, rouge, bleu, etc.: or, bleu, or, rouge, etc.; enfin, bleu, rouge, bleu, jaune. Ici 8 raies sont transversales: pour Agamemnon elles étaient perpendiculaires, comme cela résulte de leur nombre. Sur les quarante-deux raies, vingt étaient de 4000076006, c'està-dire, blanches, douze étaient en or, et douze en xvavos, c'est-à-dire bleues. Si la cuirasse avait été Asxtôwros, on aurait sans doute fait mention des Aeriôes. Elle était donc unie et consistait en deux parties, l’une pour la poitrine, l’autre pour le dos. Sur chaque partie se trouvaient vingt et une raies rangées dans l’ordre suivant: or, blanc, bleu, blanc; or, blanc, bleu, blanc; or etc.: de la sorte les raies d'or coïncidaient aux extrémités de chaque pièce et s’emboîtaient l’une sur l’autre. Peut-on admettre d'autre part que ces raies, larges à peine de deux doigts, étaient des lames d'or, de plomb, d'argent (car c’est ainsi sans doute qu’on doit traduire xassitepocs), d'acier ou d’un métal quelconque, qu'on avait soudées selon la longueur, en suivant les mouvements du corps? Non pas. Le poëte ne se perdait jamais dans des descriptions fantastiques d'objets impossibles, lorsqu'il parlait des choses de la vie commune. Hésiode pouvait bien décrire le bruit de la bataille, le palpitement des poissons et le reste, maïs il ne pouvait exiger que l'auditeur évoquât devant ses yeux, comme par magie, une œuvre inaccessible à l’art du forgeron. On ne devait imaginer quelque chose de durable, qu’à condition de le faire d’un seul morceau. En effet, quelques vers plus haut, il décrit une armure tout entière en yaÂxocç: èv © 200% 4800000 vopora yahxov, ce qui s'entend non pas du métal en général, mais du vrai bronze avec quoi on fabriquait toutes les armes. L'or et le xvavos étaient donc étendus en couches minces sur le bronze. On savait dorer et argenter le cuivre et appliquer sur ce métal d'une manière durable la belle couleur bleue du xvavos. Il n'est nulle part question d'une aciération du cuivre, si même la chose est possible. Au contraire, c’est

1) Bouclier v. 137.

2) Camp. Mon. pl. 262.

ee ee הלקת‎ Re eee Re in ה --- ד‎ -

le cas de rappeler qu'après le xéavos d'Égypte, le meilleur xoavos était celui de Chypre, le caeruleum de Pline!, qu’on trouvait dans les mines de cette île. C’est de Chypre en effet que Kinyras envoya comme présent à Agamemnon [8 cuirasse dont il est question dans ce passage. Le xvavos ne peut pas être ici un métal: c'est la belle couleur bleue que nous connaissons déjà.

De même pour 16 titavos. La signification traditionelle de titavos 68) chaux. Un bouclier ne peut être fait de métal et de chaux. On substitua donc à la chaux le plâtre ou l'émail blanc (BUTTMANN, Voss, UKERT &c\. On fabriquait dès lors avec le plâtre des figures ou des ornements d'architecture; mais il est impossible, pour le plâtre comme pour la chaux, d'admettre qu’on l'employait avec l'or et l’ivoire à figurer des bas-reliefs sur un bouclier précieux. Du reste, le plâtre a son vieux mot yuYos à côté de titavoc la chaux. Titavos n'était pas même le calcaire, qui s'appelle ,וג‎ mais la chaux éteinte et délayée avec laquelle on enduisait et on blanchissait les murs; riravp ypieuv, éntyptetv, signifiait blanchir. (Chez les Anciens, on ne connaissait d’autre blanc que celui qu'on fabriquait avec la terre à chaux très-fine ? ou avec la craie; les anciens Égyptiens savaient si bien préparer cette couleur qu’elle s’est conservée sans changement pendant plus de cinq mille ans. C'est le Puraetonium de Pline (35, 36. 93. 99), qui tire son nom d'un port situé à 1000686 d'Alexandrie, e candidis coloribus pinguissimum et tectoriis tenacissimum propter laevorem. Je ne doute pas que, dans notre passage, titavos ne désigne la couleur blanche, comme xvavos la couleur bleue avec laquelle on empâtait certaines surfaces et surtout les creux du fond général. |

Il ne nous reste plus, pour avoir expliqué la composition du bouclier, qu'à rendre compte de trois éléments, l'or, l’ivoire, l'électrum. Les boucliers mentionnés par Plutarque sous le nom de ypuoskepavrghextpot asmides étaient faits de même. 1[ raconte, dans la vie de Timoléon, que les mercenaires Grecs, envoyés de Syracuse contre Mamerkos, tyran de Catane, furent battus, eux qui avaient toujours été victorieux sous le commandement de Timoléon lui-même. Mamerkos fit pendre les boucliers dans le temple avec cette inscription ironique :

tas Ô Ootpetoypapels xal ypussAepavrnAéutpous 0070506 aomôlors efAopev 0 «Ces boucliers peints en pourpre et faits d'or, d'ivoire et d'électrum, nous les avons conquis «avec nos malbeureux petits boucliers. Étaient-ce vraiment des boucliers faits en or, en ivoire et en électrum, comme l'ont prétendu O. ]0 עמש‎ 1 et UKERT5? Certainement non. Mamerkos voulait se moquer de mercenaires bien armés et tout orgueilleux de leurs succès : il faisait de chacun d'eux un Hercule paré de son bouclier d'or, d'ivoire et d'électrum. Je ne cite ce fait qu’à titre de témoignage indirect, pour montrer que Mamerkos ne connaissait dans la description du bouclier d'Hésiode que trois substances, l'or, l’ivoire, l’électrum. Il ignorait l'existence des couleurs titavos et xuavos, et n'aurait même pas réussi

1; Plin. 33, 161.

2) Ros. M. C. vol. IL. 184. WiLKINSON Manners and Customs 11. 2. 3) Plut. Timolévn 51.

4) Handb. der Arch. E. 312. 1.

5) Sur l'électrum. Journal Arch. 183$ no. 52 p. 421.

à en former un nouvel adjectif, car les boucliers n’étaient pas peints en bleu et en blane, mais en pourpre, ôstpetoypapets. Comme témoignage encore plus certain de notre assertion, je citerai Virgile'. A l'imitation de ses modèles, il nous montre Vulcain forgeant les armes d'Enée avec du fer, qui remplace ici le bronze, et de l'électrum. On ne peut douter qu'il s'agisse ici de métal et non d’ambre, car il dit:

| Quod fieri ferro liquidoque potest electro, et plus loin, Tum leves ocreas electro auroque recocto [miratur).

La présence de livoire ne doit nous étonner nullement. On sait combien les Grecs aimaient la combinaison de l'or et de l’ivoire: une des œuvres les plus célèbres de Phidias était la statue .colossale en, or et en ivoire d'Athéné, au Parthénon. On savait, au moins dans les derniers temps, assouplir l’ivoire et en fabriquer des plaques longues de douze à vingt pouces. La matière en est dure et tenace: elle avait toujours un fond sur lequel on ג[‎ fixait. De même, tous les ouvrages en métal coulé devaient avoir un fond, sur lequel ils faisaient une légère saillie ou bien dans lequel ils étaient incrustés. Ce fond était sans doute le bronze, car toutes les armures étaient de ce métal trèsélastique et très-dur. Nous pouvons admettre que le bouclier d’airain était entouré d’un rebord d'ivoire: l’or et l’électrum remplissaient la surface à eux seuls, et se découpaient en bas-relief sur fond blanc, ou, quand on voulait représenter le ciel, sur fond bleu.

Que penser de l’électrum qui, seul à côté de l'or, reste encore inexpliqué? Peuton y voir l’ambre? Mais une combinaison d’or et d’ambre donnerait un ensemble de couleurs mal choisi. Les nuances en sont trop voisines et se seraient nui mutuellement; Pambre aurait en effet reposé sur un fond, qui lui enlevait sa transparence. Comment d'ailleurs admettre qu'on 60+ mis un métal dur, tenace et résistant, à côté de l’ambre cassant et peu solide? Qu’on s’imagine un groupe d’or placé à côté d’un groupe d’ambre; d’après quel ordre pourrait-on les ranger? Ajoutez que, en tout temps et en tout lieu, l’'ambre se trouve en petites masses rondes, qui se prêtent tout au plus à la fabrication de perles, de pendeloques et de menus objets. Ici, on avait besoin de grandes plaques pour couvrir le fond d’un bouclier, c’est-à-dire de masses plates que l’ambre ne donne pas, ou pour lesquelles les masses rondes, si soignensement qu'on en eût respecté la grosseur en [68 travaillant, n'auraient pu être employées avantageusement. Utilisé comme fond, lambre aurait été tout aussi incommode: il n'aurait fourni que de petites plaques de nuances variées, sur lesquelles ג[‎ teinte uniforme de l'or aurait mal ressorti. En fait, je ne puis imaginer qu’une combinaison d’or et d’ambre convienne à un bouclier. Même à l’époque Romaine, et surtout pendant le règne de Néron, quand l’ambre devint à la mode et qu’on en fabriqua des ustensiles , des vases, même des bustes et des statuettes, on ne songea pas à lui donner un tel usage.

Si nous entendons par électrum l’alliage qu'Hérodote appelle Aeuxos ypusoc «or blaner, tout s'explique aisément. Dans [6 cours de la description du bouclier, on nonime l'argent: les Lapithes étaient en argent avec des armes d’or. Les centaures tenaient à la main des

1) Aen. VIII. 402. 624.

56 Man.

mot le Copte 1one, 61086 068, opus aréificis; ns, seb opera fabrihia, utensilia. La première partie du mot, $en, pourrait bien être dérivé de men, car le passage de lm au 2 se trouve souvent en Égyptien, comme dans men, l'hirondelle, Copte âeru; mesanov-r, Zefévvuros 1, Nous aurions ainsi à expliquer $erune par ferrum fabrie operarium, comme le métal dont on se sert le plus souvent pour la fabrication d’ustensiles de toutes sortes, et nous trouverons dans la première partie le mot Égyptien men, dont l'adjonction se justifierait encore par les sens multiples de men: שחת‎ serait le déterminatif phonétique de men déjà vieilli.

On ne saurait décider 81 le mot intermédiaire éehset était vraiment identique à men et signifiait le fer durci, l'acier; en ce cas, men aurait subsisté à côté de fehset et ne 8e serait pas trouvé jusqu'à présent dans les inscriptions. Ce mot lui-même est sans contredit un mot composé. C'est ici le cas de rappeler que les Égyptiens, d’après -Plutarque 5, appelaient le fer ootéov Togävos, l'os de Typhon; ehset pourrait contenir dans 8 deuxième partie le nom de set, set, soit réellement, soit par explication mythologique. Nous savons du reste qu'au temps des Ptolémées la plupart des métaux avaient des nom: qui n'étaient point d'un usage populaire et ne sont pas restés en Copte.

11 nous reste à donner quelques détails sur les monuments qui prouvent l’usage dt fer. Dans les représentations de tributs du tombeau de Reymara, il n'y a pas de fe: reconnaissable au nom ou à la couleur. De même pour les dons qu'on apporte au ro Toutanyamon. Le nom ne se trouve pas non plus parmi les trésors qui sont représentés au temple de Médinet-Habou. :

Une quantité de peintures très bien conservées, dans les tombeaux et dans les temples, renferme beaucoup d'objets, surtout des armes, dont la couleur ne permet pas de méconnaître la matière. Les Égyptiens n'avaient que peu de couleurs bien tranchées auxquelles ils rapportaient des nuances innombrables. Cela rend difficile la distinction dei objets. De plus les publications ne .sont pas toujours sûres; car, en copiant à la lumière on est souvent exposé à prendre du bleu pour du vert et à échanger les autres couleur: entre elles. Dans les grandes peintures, on restaure quelquefois par hypothèse des cou: leurs détruites. Tout cela ne fait que peu de tort au jugement général. L'or et l'argen se distinguent facilement comme métaux: celui-ci est peint en jaune, celui-là en blanc On distingue le cuivre ‘rouge d’avec le fer ou l'acier, car ce dernier n’est pas peint ₪1 gris, comme on pourrait le croire, mais en bleu. Les Égyptiens substituaient presqu partout le bleu au gris. Pour les petits objets, on ne rencontre presque jamais 16 gris 6 même des animaux gris de grande taille sont peints en bleu plutôt qu'en gris. Le poissons ont toujours le dos gris, le ventre et les nageoires rougeâtrest et jaunâtres les oies et les hérons5 sont en bleu; les chiens de toutes les couleurs, sauf le gris quelquefois même en bleu‘; les souris et les chauve-souris 7002680087 et même l'élé phant est orné d’un rouge clairs. L'âne seul fait exception à la règle. L’eau est peint sans exception en bleu. Parmi les Hiéroglyphes bariolés, la couleur grise n’est jamai

1) Il n'y a pas de doute sur la valeur (Todtenb. ch. 86), malgré le changement de genr Cfr. 22008011, Dict. p. 642.

2) de / mesents est rapproché par 2200803, Dict. p. 704, du Copte 066 צ‎ , faber. 3) de Is. 26. 4) Ros. Mon. Civ. 24. 25. 5) Ibid. 7. 9.

6) Ibid. 20, 7. 7) Ibid. 14. 21, 5. 8) Ibid. 22.

partie d'argent: le poëte était autorisé à dire nAsxtpos au lieu de répéter ypuooc, et cela d'autant mieux que ce mot avait ane saveur plus antique, partant plus choisie. Les scholiastes sont tous d'accord sur la signification: c'est par erreur qu'il est dit dans la scholie Triclinienne, xaÂeï tTov ypuodv nAextpos 5/6 To xaapôv' Ttouobros 00 0 MAextpos. comme si l'AAextpos avait été plus pur que 16 ypusos.

Ici, pour la première fois, nous reconnaissons le genre, o mAextpos: partout ailleurs, on ne sait s'il faut lire 0 fAextpos, To rAextpov ou | nAextpoc. Il est certain qu'Hérodote disait to fAextpov pour l'ambre. On peut en conclure avec sûreté, ce me semble, que cette différence de genre venait d'une différence dans la nature des substances indiquées. BUTTMANN se fondait sur l'ignorance minéralogique des Anciens pour admettre qu'ils croyaient avoir devant eux des formes différentes d'une seule et même substance. J'avoue que l'erreur me semble être trop forte, pour une époque où l’on était fort avancé en minéralogie. BUTTMANN retrouve encore la même ignorance dans un passage de Pausanias (V, 12) où celui-ei parle d’une eixov d'Auguste en fhextpov. Cette statue, ou peut-être ce buste, n'était pas, comme le croit BUTTMANN, en vermeil, mais en ambre, de même que les figures humaines dont parle Pline (effigiem hominis quamvis parvam). La distinction grammaticale d'ihextpos et d'Asxtpov n'est pas non plus un effet du hasard. Les métaux sont tous masculins en Grec: 0 ypuaoc, 0 äpyupos, 0 yaÂxoç, 0 xaaaitepos, 0 oiônpoc, © uoAuBôoç. Le vrai nom du métal devait donc être 0 nAextpos. Les formes to rhextpov, ñ fAsxtpos sont naturelles pour l’ambre. La dernière se trouve dans Aristophane (Cher. v. 932) :

éxrinTougdv ששל‎ YAËXTpWY xal Toù Tovou oùxÉT Évovroc - € - . - \ על‎ Ô apuovidv 80

On peut hésiter entre nAéxtpwv et nAextpüv, ce dernier dérivé de | nAéxtpa; mais on doit sans doute préférer la première forme. Il est évident qu'il s’agit d'ornements en ambre qui sont tombés à terre. Comme l'ambre n'est pas un métal mais une pierre, il avait droit à la forme féminine. Toutes les pierres et surtout les pierres précieuses sont du féminin en Grec: n 806)ג‎ ‘HpaxAela, Avôle, payviru, n ouapayôos, n BnpuAlos, n Tubes, n 6סוקף0:5‎ la pierre de fer à côté de 0 slônpos, le fer, n yaAxirw le minerai de cuivre à côté de 0 yaAxoç le cuivre, et beaucoup d’autres. Cette différence se trouve aussi en Égyptien. On pouvait encore regarder l’ambre, non comme une espèce minéralogique indépendante, mais comme une résine pétrifiée, ainsi que le prouve la conception mythologique des larmes de peuplier durcies. Alors le Neutre to rAsxtpov était à sa place, car on disait 70 xopuL, סד‎ XL, To ,מסוקטגגסא‎ To otlum, et aussi to 08008, le soufre; à côté de n pltos, le minium, pierre, il y avait to plAtivov, la poudre de minium, et to otlum, le fard, à côté de n ,6וגןגן)זס‎ l’antimoine, pierre. Plus tard seulement, lorsqu'on n'employa que rarement le métal fAextpos, et lorsque l’ambre fut devenu plus commun et plus recherché, il y eut confusion de genres: il n’est pas rare de trouver, comme chez Pausanias, ₪ %hextoov pour le métal, ce qui est une erreur évidente. Les Romains, comme le témoignent des auteurs de bonne époque, disaient toujours electrum pour les deux substances, parce que chez eux tous les métaux étaient neutres.

Revenons encore une fois sur les passages d’Homère. Nous.ne devons plus hésiter à reconnaitre dans l'électrum qui ornait le palais de Ménélas avec le טק‎ l'apyupos et

le 02366, l'ikextpoc c’est-à-dire le vermeil étincelant et non pas l'ambre, #Aexrpov. L'ambre n'était connu, surtout à ces anciennes époques, qu’en tout petits morceaux, qui ne 8e prèêtaient pas, comme l'or et l'ivoire, à fabriquer de grands objets ou à orner les murailles. Aussi Pline ne doute-t-il plus: Il considère, comme prouvant l'emploi ancien du métal électrum, les ornements du palais de Ménélas. Le passage de l'Eirésioné n'offre plus aucune difficulté, si nous pensons que la riche fiancée, placée devant son métier à tisser, se tient sur un 801 d’électrum et non pas d'ambre. Au contraire, dans les deux passages de l'Odyssée où les Phéniciens apportent un collier d’or entouré d'AAéxtpotou et brillant comme le soleil, il ne peut être question que de boucles, de perles, ou de pendeloques en ambre. Pour les colliers et les bijoux de même nature, l’ambre est excellent. D’ailleurs, dans les deux passages d'Homère, il y a le pluriel, comme dans le fragment d’Aristophane, où il s’agit de boules en ambre tombées à terre. Ni ta, ni ot, ni ai Thextpor n'ont de sens, quand il s'agit de métal et un 0006 ypuooïc éepuévos est impos- 81016, même dans la bouche d'un poëte. Au contraire, l'expression s'applique bien à l'ambre qu'on trouvait et qu'on travaillait en morceaux mais qu'on ne pouvait fondre en lingots comme un métal: le féminin est alors.à sa place, puisqu'il s’agit d’une pierre. Théophraste peut bien dire rérrapes ouapaydot de quatre émeraudes: on ne peut pas dire xpusol, fhextpor, pour des morceaux de métal. Puisque nous trouvons ai fAexrpor employé par ÂAristophane, nous devons aussi avoir ai rAextpor dans les passages de l'Odyssée et traduire boules d’ambre.

Il me semble que l’étymologie de BUTTMANN, rAextpov au lieu de £Axtpov «ce qui attire», n’est pas soutenable. Même en admettant que la comparaison qu'il établit avec whaËë et rAaxärn fût possible en linguistique, ce dont je doute, que devient le nom "Hiéxtpa qui ne pourrait plus dériver d’rAextpos par nAéxtpivoc, la dorée, פוב‎ «celle qui attirer, ce qui n’a pas de sens. Nous avons plutôt affaire à un vieil adjectif dont les trois terminaisons sont conservées dans des substantifs particuliers, fAextpoc, "HAéxrpa, HAeutpov. Le mot appartient. à une famille nombreuse %kéxrwp, mAsxtpls le soleil et la lune, adjectifs tous les deux dans mhéxtwp Ynepiwv et nAextpls (Zenvn) ; *HAextpôuv ; *HAextpat :גה‎ à Thèbes, toutes formes anciennes. Il est donc invraisemblable qu'on ait ici un mot étranger, comme on pourrait le penser avec UKERT, si tout dérivait d'Asxtpov, l’ambre. Le mot appartient au vieux fond Grec: %hextpos est le même mot qu'yhéxreæp!, avec une légère modification dans la terminaison et dans l'accent. C’est ainsi סשמט מף‎ se rattache à évuêpoc, 090500. ‘Häéxtwp est une épithéte du Soleil, 7Aextp& de la Lune, *HAëxrpa est une des Pléiades, une fille d’'Hélios est appelée Häsxrpuwvn les Héliades, filles du Soleil, versent des pleurs d'ambre; tout cet ensemble de faits conduisait les anciens et doit nous conduire à conclure que la première partie du mot appartient à la racine ,וג‎ méAuos. lat. 901 et .Goth. sauil. comme 0606, l'éclat, sfr, EAn, la lumière du soleil. Nous trouvons même le simple ,גף‎ qui doit être 6מם‎ abréviation de Atos, si Menaue lit bien dans Strabon (p. 364) fatov à la place d'Alov. Mais si \ף‎ est la première partie. du mot composé fhsxtpos, a dernière v’est plus douteuse: -extwp doit revenir à Sym, comme le simple £xtwp, et le nom propre .קשסאנן"‎ C'est donc une forme plus an-

1) Plio. XXVII. 32: electram appellatum, quoniam sol vocitatus sit elector.

Re RE en דה‎

cienne de la terminaison ordinaire -oyos, qu’on trouve dans fvi-oyos, ou dans les noms Ayiogos, Mytloyos: MA-oyos, si on avait ainsi formé le mot, ou #À-éx-twp, %À-ex-tpox, comme on 18 formé, signifient ayant de la lumière, conduisant la lumière, c’est-à-dire, brillant, étincelant. Cela pouvait se dire du soleil lui-même, aussi bien que de lrAextpos, qui surpassait l’or par son éclat, et de l'Aextpov, qui lui ressemblait par la couleur et le brillant. *HAéxtpa est la lumineuse, la brillante, comme en Égyptien, la vermeille תה‎ 0 était une épithéte d’Hathor-Aphrodite!. Les rokat "HAextpai n’ont pas besoin d'être ramenées à "HAéxtpa, ce qui est à peine admissible sous cette forme: elles ont été. nommées d’après le soleil lui-même, comme l’a prouvé BRanpis. Il ressort de la signification même de ce mot qu'il appartient à une époque primitive de la langue; il existait dès avant l'importation. de l’'ambre et la création des Mythes qu'on y rattache ?. |

Ils se trouvent pour la première fois chez les Tragiques: Hérodote ne les mentionne point non plus que la puissance d'attraction de l'ambre. Dans l'ancienne Égypte on n'a pas encore rencontré de l’ambre, quoique Pline dise que les Égyptiens l’appelaient Sukal :XXVII, 36). Ce nom rappelle le Scythe Sacrium, rapporté également par Pline ‘XXVIL, 40), et ferait croire que les Égyptiens retinrent le nom étranger. Nous avons montré au contraire que le métal rAextpos, appelé par excellence 05070, apparait aussi tôt que l'or et l'argent. Il était même plus ancien que ceux-ci, car il formait un mélange qui se trouvait dans la nature dont chaque partie devait être isolée artificiellement et ne gagnait pas toujours à l'opération. (C’est pour cela qu'on attribua à ce mélange un nom simple (de même que xaositepos désigne un mélange de plomb et d'argent). et qu'on l’employa longtemps à divers usages jusqu'au jour où il devint hors de mode. Il ne fut plus observé dès lors que par les minéralogistes, et défini selon la proportion des parties mêlées. Aujourd'hui nous n’aurions même pas de nom pour le désigner, si nous n’avions hérité des anciens le nom d'électrum.

Ce qui était connu, fabriqué, recherché, aux jours de gloire de la monarchie égyptienne, au temps des expéditions victorieuses vers le Nord et vers l'Est, dut être connu immédiatement par les peuples qui demeuraient autour de la Méditerranée, et accepté par eux aussitôt que la civilisation croissante et l’affinement de leurs besoins, leur en eut fait sentir la nécessité. Ils ne manquaient ni d'occasion pour atteindre et connaître les pays les plus civilisés, Babylone et encore mieux l'Égypte, ni d’intermédiaires, comme l’étaient les Phéniciens sur mer. Il n’est donc pas étonnant que le mélange d’or fût connu des Grecs sous le nom particulier d’Aextpos et restât en usage, comme en Égypte, à côté de l’or et de l'argent. De même qu'il disparut plus tard chez les Égyptiens, et n’est plus compté parmi les tributs, au temps des Ptolémées, de même, chez les Grecs, il n’a d'emploi effectif que dans les poëmes d’Homère et d’Hésiode. Déjà dans Sophocle, ce n’est qu'un nom poétique pour l'or; plus tard, c'est un simple terme minéralogique, si peu connu qu'on oublia le genre de son nom et qu'on le fit neutre comme l’ambre.

Nous voici arrivés à une opinion diamétralement opposée à celle qu’on admettait depuis BuTrmann. Ce n’est pas l’ambre, c’est l’électrum métallique qui est 16 plus ancien.

1) MARIETTE, Dendéra. I. pl. 25, 14.

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