BROUILLARDS EXTRAORDINAIRES
en France et en Angleterre des brouillards de cette nature, tellement denses qu'on pouvait regarder le soleil à l'œil nu. Un brouillard semblable couvrit presque toute l'Europe, pendant près d'un mois , en
On lit dans le Journal du règne de Henri III : « Le dimanche vingt-quatrième janvier 1588, s'éleva sur Cette ville de Paris et aux environs un si espais brouillard, principalement depuis midi jusqu'au lendemain, qu'il ne s'en estveu de mémoire d'homme un si grand : car il estoit tellement noir et espais, que deux personnes cheminans ensemble par les rues ne se pouvoient voir, et estoit-on contraint de se pourvoir de torches pour se reconnoistre, encore qu'il ne fust pas trois heures. Furent trouvés tout plein d oyes sauvages et autres animaux volans en l'air, qui estoient tombés en des cours de maisons tout estourdis, qui volans s'estoient frappés contre les maisons et cheminées. »
Un officier russe, M. Berg, parle d'une espèce de brouillard qui paraît sortir de la mer dans les temps orageux, et qu'il nomme fumée. Nous avons été plusieurs fois témoins de ce phénomène, qu'il faut peutêtre attribuer en partie à l'action de l'électricité, M. Peltiér, dans un de ses savants mémoires, distingue les brouillards en brouillards simples ou non électriques, et en brouillards électriques. Il explique l'état de ces derniers par les mfluences combinées de la terre et des hautes régions de l'atmosphère. On a d'ailleurs constaté qu'il se développe constamment du fluide électrique dans l'air qui entoure les cascades où l'eau est incessamment réduite en fine poussière ; et ce phénomène remarquable pourrait conduire à mieux déter-
miner l'influence incontestable de rélectricité atmosphérique sur la formation des météores aqpieux.
On a observé des brouillards lumineux. Dans une lettre à M. Elie de Beaumont*, M. Wartmann, de Genève, a décrit un de ces étranges météores, qui persista pendant neuf nuits successives, du 18 au 26 novembre 1859. La lune nouvelle, cachée sous l'horizon, ne pouvait contribuer au phénomène. Le brouillard, trèsopaque, n'était cependant pas assez humide pour mouiller la terre. Il répandait assez de lumière pour permettre do distinguer les menus objets dans Tintérieur d'un appartement. Une personne qui se rendait à pied de Genève à Annemasse, en Savoie, le 22 novembre, rapporta qu'elle voyait son chemin, pendant la nuit, aussi bien que dans un clair de lune.
Les brouillards lumineux phosphorescents sont généralement des brouillards secs, tels que ceux de 1783 et de 1831, sur lesquels nous aurons à revenir dans la description de s météores ignés.
Certains brouillards, qui se forment au-dessus des plaines marécageuses, répandent une odeur particulière, provenant probablement des miasmes qu'ils contiennent et qu'ils transportent.
Dans les contrées où les pluies sont rares, à Lima, par exemple, et sur toute la côte environnante, des brouillards dus à des circonstances locales se maintiennent quelquefois pendant une partie de l'année ; ils humectent le sol et entretiennent la fraîcheur de la végétation.
On voit souvent des brouillards se former au-dessus