‹ Les météoresChapitre 26 sur 117 · LES PLUIES DE L'INDE · texte numérisé non relu

LES PLUIES DE L'INDE

« Un calme suffocant , dit-il, qui règne surtout à la fin des chaleurs, précède la période de l'établissement de la mousson du sud. Avec la fin de mai arrivent les premiers orages, courts, mais d une violence extrême. Le tonnerre se fait entendre au loin par intervalles, le soleil se couche dans un lit de nuages et des éclairs illuminent chaque soir tous les points de l'horizon. La pluie pendant une demi-heure tombe par torrents ; au bout de quelques jours sa durée augmente , et vers la mi-juin elle règne exclusivement; s*il ne pleut pas, le ciel du moins se couvre tous les jours d'un rideau épais et menaçant. Il pleut quelquefois , .«surtout au mois de juillet, pendant trente et quarante heures consécutives, et ce n'est point en traits fins , brisés et presque imperceptibles comme dans nos climats, c'est généralement en lignes droites, parallèles, et souvent comme une nappe d'eau qui descend à la fois avec la* fureur et l'impétuosité d'une cascade.

ce Les chétives masures d'argile des malheureux natifs se détrempent sous cette avalanche continue, leurs toits 8 écroulent et les ensevelissent , ou bien ils se trouvent exposés à toutes les intempéries de 1 atmosphère et périssent en grand nombre. C'est l'époque d'une immense misère qui n'épargne pas même les riches et les conquérants ; les reptiles les plus odieux, inondés dans leurs gîtes , s'élar csnt à la surface de la terre et cherchent un abri parmi les habitations des hommes. De nombreuses variétés de couleuvres, de mille-pattes, de scorpions remontent vos escaliers, envahissent vos demeures et s'introduisent dans tous les appartements. Il est impossible de faire un pas dans sa chambre la nuit, sans lumière, sans s'exposer à une morsure qui peut être mortelle. Il faut se défier de tout

ce que Ton touche ; un dard cruel peut vous assassiner au fond d'une botte ou dans la manche d'un habit. C'est pour quelque temps une vie d'alarmes et de contacts immondes; mais ces ennuis ne sont point de longue durée : la mousson tire déjà à sa fin avec le mois d'août et expire dans les premiers jours de septembre. Les cinq mois qui vont suivre, jusqu'au comm.encement de février, sont délicieux et font oublier ceux qui précèdent : il y a du bonheur dans la simple existence, l'air est si frais et la nature si belle! »

Régions sans ploie.

Il y a des parties du globe où la pluie est pour ainsi dire inconnue. Telles sont les côtes du Pérou, et il est facile d'en découvrir la raison. Ce pays se trouve dans les parages des alizés du sud-est. Ces vents traversent l'Atlantique et s'y chargent de vapeurs qu'ils déposent ensuite dans leur trajet sur le continent américain, où la pluie alimente les sources du Rio de la Plata et les affluents sud de TAmazone ; puis ils atteignent les cimes neigeuses des Cordillères dont la basse température achève de les dépouiller de l'humidité qu'ils peuvent encore contenir. On ne s étonnera donc pas qu'ils soient secs et froids en descendant le versant oriental des Andes, et restent tels jusqu'à ce qu'ils rencontrent les eaux de l'océan Pacifique.

Une grande partie de l'Australie se trouve aussi dans les alizés du sud-est et devrait avoir, comme l'Amérique intertropicale du Sud dont nous venons de parler , d'importantes rivières ; mais c'est le contraire qui a lieu. Maury explique cette différence par les rapports qui existent entre la direction des vents et celle

Page 1