RÉGIONS SANS PLUIE
des côtes. « En Australie, 4it-il, la côte orientale court dans la (direction des alizés, tandis qu^elle est perpendiculaire à cette direction dans l'Amérique du Sud ; jpar suite , en Australie , ces vents ne font, pour ainsi dire, que franger la côte de leurs vapeurs, et dispensent avec tant de parcimonie la pluie à cette terre altérée que les arbres, pour conserver le peu d'humidité qui leur est départie, sont obligés d'orienter dans le sens des rayons solaires leurs feuilles qui , présentées normalement à ces rayons, seraient trop promptement desséchées. Au contraire, en Amérique, où les vents soufflent perpendiculairement à la ligne du rivage, et font pénétrer jusqu'au cœur du pays l'humidité dont ils sont imprégnés, on voit les feuilles rechercher , pour ainsi dire , les rayons du soleil et se présenter à eux sous leur plus grand développement. » Le désert du Sahara, situé dans le domaine des vents alizés qui ne traversent que des terres, est entièrement dépourvu de pluie et montre ce que serait notre globe sans le magnifique réservoir de l'Océan. Des immenses plaines sablonneuses de l'Afrique s'élève une colonne d'air embrasé, nulle rosée ne vient même humecter l'aride surface et y développer la vie végétale.
Influence des forêts.
L'influence des forêts sur la pluie a été constatée par de nombreuses observations. Colomb la mentionne dans son Journal de voyage ^ où il attribue à l'étendue et à l'épaisseur des forêts, qui couvraient la croupe des montagnes, l'abondance des pluies auxquelles il fut exposé aussi longtemps quil côtoya la Jamaïque. U remarque à cette occasion « qu'autrefois les pluies
n'étaieot pas moins abondantes à Madère, dans les Canaries et dans les Açores ; mais depuis que Ton a fait couper les arbres qui répandaient de l'onibre, elles {(ont devenues beaucoup plus rares dans ces contrées. »
Humboldt démontre qu*il existe au-dessos des répons boisées un rayonnement frigorifique qui doit condenser les vapeurs. Les sommets des montagnes couvertes de forêts s*enveloppent plus souvent de brouillards que ceux des montagnes arides, et les sources y sont plus fréquentes. Des plantations noml^reuses en Egypte y font reparaître les pluies qui avaient totalement cessé. Le fait suivant mérite aussi d*ètre cité. Dans quelques-unes des Antilles, le déboisement d*une partie du sol a diminué la quantité de pluies, et les cours d'eau ont perdu leur abondance. On a agi différemment à Porto-Rico. Une ordonnance du roi d'Espagne avait prescrit que toutes les fois qu'on abattrait un arbre , on en replanterait trois , et ce pays est resté d'une haute fertilité ; la beauté du sol, l'abondance des eaux y ont laissé les terres plus productives que dans les îles voisines.
Nous extrayons du Voyage scieniifiqpie de M. Boussingault un passage confirmant la même relation entre les défrichements et la quantité de pluie. « Dans la vallée de Ganca, dit-il , il est constant que tel terrain, dont le sol et la température moyenne conviennent à la culture du cacaotier, ne donne néanmoins aucun résultat favorable s'il est placé trop près des forêts. Vient-on à défricher et à transformer ces forêts en champs de yucca, de canne à sucre , de maïs, le cacao prospère alors d'une manière remarquable. Voici un fait que je tiens de don Sébastien Marisansena , habi—