DESCRIPTION DES GLACIERS
ner; c'est une mer de glace ou une étendue immense d'eau congelée qui descend dans le vallon en suivant la pente d'une haute montagne. Il part de ce réservoir glacé un amas prodigieux de pyramides, formant une espèce de nappe qui occupe toute la largeur du vallon, c'est-à-dire environ 800 mètres, et qui est bordée des deux côtés par des montagnes élevées couvertes de verdure et d'une forêt de sapins jusqu à une certaine hauteur.
« Cet amas de pyramides ressemble à une mer agitée par les vents dont les ilôts auraient été subitement saisis par la gelée ; ou plutôt on voit un amphithéâtre formé par un assemblage immense de monticules de glace, d'une couleur bleuâtre, dont chacun a trente ou quarante pieds de hauteur. Le coup d'oeil est d'une beauté merveilleuse. Rien n'est surtout comparable à l'efiFet qu'il produit, lorsqu'en été le soleil vient à darder ses rayons sur ce groupe de pyramides brillantes ; alors tout le glacier commence à fumer et jette un éclat que les yeux ont de la peine à soutenir. »
Nous ajouterons à cette description celle du glacier de Furca, donnée par W. Goxe dans ses Lettres sur la Suisse :
ce .... Après de longs efforts, et une marche pénible à travers les grandes surfaces de neige et de glace que nous rencontrions, ayant toujours sous nos pieds les précipices et les torrents, nous atteignîmes la partie supérieure de la vallée par une montée extrêmement escarpée. Le grand nombre de rochers irréguliers et fourchus, qui, accumulés autour de cette vallée, hérissent le sommet du mont, lui ont valu, dit-on, le nom de Fourches ou Furca, La région dans laquelle nous étions alors nous parut plus afTreuse et plus désolée
que les parties les plus désertes du Saint-Grothard même. Au-dessous de nous, les montagnes étaient, il est vrai, parées d'une belle verdure et semées de fleurs odorantes ; mais la végétation n'atteignait point à notre hauteur. La plus sauvage stérilité nous environnait, et près de nous s'élevait un épouvantable amas de glace, d'où s'élançait un torrent qui, s'écoulant vers le Valais, est sans doute une des premières sources du Rhône. Ce glacier était à notre gauche, et un peu au-dessus de nous ; jamais une masse d'objets, quelque grands et terribles qu'ils fussent, ne nous a présenté un ensemble d'une beauté aussi efirayante et aussi sublime.
« De là nous descendîmes un amas de roches brisées, qui hérissent en tous sens une longue suite de précipices ; alors, je me trouvais assez fatigué pour avoir besoin de me reposer et de me rafraîchir. Nous nous assîmes au bord d'un ruisseau très-limpide qui coulait rapidement le long de la montagne, dont le penchant était si escarpé, que notre petit repas avait besoin d'un soutien pour ne pas rouler loin de nous. Devant nous, le glacier de Furca s'étalait dans toute sa beauté : c'est une masse immense de glace qui s'étend en forme d'amphithéâtre entre deux piles de rochers plus hérissés, s'il se peut, qu'aucun de ceux que nous ayons vus dans les montagnes voisines; cet amphithéâtre remplit entièrement le précipice qui les sépare, et s'élève graduellement depuis leur pied jusqu'à une petite distance de leurs sommets. Le soleil, qui dardait perpendiculairement ses rayons sur le glacier, lui donnait l'éclat et la transparence du cristal, tandis que les ombres de ses vastes fragments, admirablement colorées, coupaient sa blancheur par toutes