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MARCHE DES GLACIERS

qu'on trouve quelquefois à T extrémité des glaciers, mais encore sur les roches qui les bordent. Ces roches, arrondies par le puissant effort de la masse qui les presse, prennent souvent un aspect particulier^, qui les fait reconnaître de loin partout où un glacier a creusé son lit.

Un autre ordre de phénomènes doit encore attirer notre attention. Gomme le dit très-bien M. Gh. Martins dans ses Recherches sur la période glaciaire^ « les Alpes sont d'immenses ruines. Tout conspire à leur destruction, tous les éléments semblent conjurés pour abaisser leurs cimes orgueilleuses. Les masses de neige qui pèsent sur elles pendant l'hiver, la pluie qui s'infiltre entre leurs couches pendant l'été, l'action subite des eaux torrentielles, celle plus lente, mais plus puissante encore, des affinités chimiques, dégradent, désagrègent et décomposent les roches les plus dures. Leurs débris tombent des sommets dans les cirques occupés par les glaciers, sous forme d'éboulements considérables accompagnés d'un bruit effrayant et de grands nuages de poussière. Même au cœur de l'été, j'ai vu des avalanches de pierre se précipiter du haut des cimes du Schreckhorn, et former sur la neige immaculée une longue traînée noire composée de blocs énormes et d'un nombre immense de fragments plus petits. »

Ges blocs, dont quelques-uns mesurent de dix à vingt mètres dans tous les sens, sont transportés par le glacier, et y forment de longues traînées qui

1. De Saussure a donné le nom de roches moutonnées à ces groupes de rochers arrondis, qui, vus de loin, rappellent Taspect d'un troupeau de moutons.

longent ses rives ou s'accumulent en lignes transversales à son extrémité. Ces traînées de matériaux provenant des éboulements ont reçu le nom de mo • raines.

MouTements des glaciers. — Glaciers primitifs.

Par ces intéressantes observations on n'a pas seulement prouvé avec évidence le mouvement des glaciers, mais on a pu encore démontrer leur ancienne extension en retrouvant les stries gravées sur le roc par le glacier primitif, et en suivant dans les vallées la trace de leurs moraines latérales et transversales.

Ainsi les glaciers du mont Blanc s'étendaient depuis Ghamounix jusqu à Genève. Sur le versant est du Jura on trouve des blocs isolés, ou blocs erratiques, en granit, qui ne peuvent provenir que des montagnes de la Suisse, la chaîne du Jura étant composée de pierre calcaire. L'immense glacier qui a transporté ces blocs jusqu'à une hauteur de mille mètres au-dessus de la mer, s'étendait dans la plaine comprise entre les Alpes et le Jura. C'était, suivant M. Gh. Martins, le principal glacier de la Suisse, dont les autres, également indiqués par les plus évidentes traces, n'étaient que des affluents.

G'est à un chasseur de chamois, Jean Perraudin, qu'on doit la première idée de ce cataclysme. Un savant géologue, M. de Charpentier, à qui il avait communiqué le résultat de ses observations, en fît le sujet de persévérantes recherches, et acquit les plus incontestables preuves du grand phénomène qui lui avait été signalé. L'étude de la période glaciaire s'est ainsi rattachée aux révolutions dont notre globe a été le théâtre. De nombreux travaux, parmi lesquels nous devons

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