‹ Les météoresChapitre 40 sur 117 · ZONES GLACIALES · texte numérisé non relu

ZONES GLACIALES

comme celles qui courent sur les menus piliers de nos cathédrales, tout était là confondu, mélangé dans un commun désastre. Cet ensemble étrange et merveilleux, la palette ne peut le reproduire, la description ne peut le faire comprendre.

« On se représente, n'est-ce pas, ce lieu où tout est froid et inerte, enveloppé d'un silence profond et lugubre? Eh bien, c'est tout le contraire qu'il faut se figurer; rien ne peut rendre le formidable tumulte d'un jour de dégel au Spitzberg.

a La mer, hérissée de glaces aiguës, clapote bruyamment ; les pics élevés de la côte glissent, se détachent et tombent dans le golfe avec un fracas épouvantable; les montagnes craquent et se fendent; les vagues se brisent furieuses contre les caps de granit ; les îles de glace, en se désorganisant, produisent des pétillements Semblables à des décharges de mousqueterie ; le vent soulève des tourbillons de neige avec de rauques mugissements ; c'est terrible et magnifique : on croit entendre le chœur des abîmes du vieux monde préludant à un nouveau chaos. »

] Variations des saisons et des climats.

Nous avons vu comment la fonte des glaciers maintient, pendant l'été, le niveau des fleuves, et contribue ainsi, en conservant les cours d'eau, à rafraîchir et féconder nos campagnes. Les glaces flottantes du pôle, qui descendent alors vers nos latitudes et viennent abaisser la température des mers du Nord, modèrent aussi, par l'influence des vents et des courants, la chaleur de nos étés. Quelquefois même, ainsi que l'a fait observer un savant météorologiste, M. Renou, un été

froid, comme celui de 1816, peut être la conséquenci d^une grande débâcle des glaces polaires.

On peut considérer les régions voisines des deu3 pôles comme d*immenses glaciers, appuyés sur des roches plus ou moins élevées, quelquefois sur de hautes montagnes dont la cime perce la neige. Deux volcans, VÈrèhe. et la Terreur^ ont été découverts en 1841 par sir James Ross, pendant son expédition au pôle Antarctique. L'Érèbe, haut de 4000 mètres, et couver' de neiges jusqu'au cratère, lançait par intervalles uni épaisse fumée.

La connaissance des causes qui déterminent dam ces régions l'accroissement périodique ou la diminution des glaces serait d'un grand intérêt pour la météo rologie générale du globe. Ces variations paraissent s^ rattacher à une variation des saisons en rapport soi avec la périodicité des taches solaires, comme Tindiqu^ M. Renou, soit avec les mouvements de la terre dan^ son orbite *. Mais une longue suite d'observations faites sur les glaciers des deux hémisphères, sera nécessaire pour arriver à résoudre avec certitude ces importantes questions.

Déjà de nombreuses découvertes, dues au zèle intré' pide, au dévouement, à la science des grands voyageurs qui ont exploré les solitudes glacées du pôle les brûlants déserts de l'équateur, ou les cimes périlleuses de nos montagnes, ont ouvert à nos rechercher de nouveaux horizons. Dans le vaste ensemble, jusqu'alors si confus, des phénomènes météoriques, noui avons vu apparaître quelques lois simples, qui désor-

1. Terre et Ciel, par Jean Reynaud : sur la Variation séculaire des climats.

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