‹ Les météoresChapitre 46 sur 117 · ORAGE SUR LE SENTIS · texte numérisé non relu

ORAGE SUR LE SENTIS

la nuit enveloppa le Sentis. La pluie et la grêle tombèrent par torrents; le vent souffla avec fureur; les éclairs se succédèrent sans intervalle, se croisant en tous sens et jetant autour de nous les lueurs d'un incendie. Les éclats précipités du tonnerre, répercutés par les flancs de la montagne, roulaient d'un écho à l'autre avec tant de force, qu à peine pouvions-nous nous entendre parler. C'était tout à la fois un déchirement aigu, un retentissement comme si le ciel eût croulé, un sourd et long mugissement. Enfin, la violence de Torage devint telle que mon compagnon ne put se défendre d'un mouvement d'effroi, et me demanda si nous ne courions pas danger de mort. J'essayai de le rassurer en lui racontant que, pendant leurs observations en Espagne, Biot et Arago avaient été surpris par un orage pareil. La foudre était tombée sur leur tente, mais avait glissé sur la toile, sans les toucher eux-mêmes.

«A peine avais-je fini mon récit, qu'au même moment j'entendis ce cri de détresse : « Ah ! mon Dieu! » Je vis un globe de feu courir des pieds à la tête de mon compagnon, et je me sentis atteint moi-même à la jambe gauche d'une violente commotion. Notre tente venait de se déchirer au milieu d'une terrible détonation. Je me tournai vers mon compagnon : le malheureux était foudroyé. Éclairé par la déchirure de la tente, je vis le côté gauche de son visage sillonné de taches brunes et rouges, produites par le coup de foudre. Ses cheveux, ses cils, ses sourcils étaient crispés et brûlés ; ses lèvres, ses narines étaient violacées ; sa poitrine se soulevait encore par instants, mais bientôt le bruit de sa respiration s'éteignit. Je souô'rais horriblement moi-même; mais, oubliant ma souffrance pour

chercher à porter quelque secours à celui que je voyais mourir, je l'appelai, je le secouai : il ne répondit pas. Son œil droit, ouvert, brillant, plein d'intelligence, semblait se tourner de mon côté et implorer mon aide , mais Pœil gauche demeurait fermé et, en soulevant sa paupière, je vis qu'il était pâle et terne. Je crus un moment à un reste de vie : trois fois j'essayai de fermer cet œil droit qui me regardait toujours, trois fois il se rouvrit avec les apparences de la vie. Alors je portai la main sur son cœur : il ne battait plus. La douleur m'arracha à cette navrante contemplation. Ma jambe gauche était paralysée, j'y sentais un frémissement aigu, un bouillonnement de sang extraordinaire. J'éprouvais dans tout le corps un tremblement convulsif ; une oppression générale me suffoquait : le cœur me battait d'une manière désordonnée. Âllais-je périr comme mon malheureux compagnon? Grâce à Dieu, j'atteignis pourtant, avec les plus grandes peines, le village voisin. Je m'aperçus alors que mes instruments avaient été foudroyés. Tous les objets en métal qui se trouvaient dans la tente, au moment du coup de tonnerre, portaient des traces du passage de la foudre; les pointes, les arêtes, les parties les plus délicates étaient émoussées, fondues. »

Forme des éclairs. — Foudre globulaire.

Quelquefois il paraît se faire dans les nuages orageux une émission continue d'électricité, car ils peuvent rester lumineux pendant longtemps, comme le physicien Rozier l'a constaté dans un orage d'une grande intensité auquel il assistait aux environs de

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