ÉCLAIRS
Béziers. « Peu à peu, dit-il, un point lumineux, paraissant au milieu d*épais nuages, acquit du volume et de rétendue; il forma insensiblement une zone, une bande phosphorescente, qui se montrait à mes yeux sur une hauteur de trois pieds ; elle finit par sous-tendre un angle de 60 degrés. Au-dessus de cette première zone il s'en forma une seconde de la même hauteur, mais qui n'avait que 30 degrés d'étendue. Un vide de la même dimension les séparait. On remarquait dans l'une comme dans l'autre zone des irrégularités, à peu près comme sur les bords des gros nuages avant-coureurs de l'orage. Ces bords n'étaient pas également lumineux, quoique le centre des zones offrît une clarté uniforme. Pendant qu'elles avançaient vers l'est, la foudre, à trois reprises différentes, s'élança de l'extrémité de la zone inférieure, mais sans produire de détonation appréciable. » Le phénomène dura près d*un quart d'heure et fut dissipé par un coup de vent du sud qui porta l'orage au loin.
Les émissions intermittentes ont des formes trèsvariées et parcourent l'atmosphère avec une étonnante vitesse. Wheatstone a démontré que les éclairs les plus brillants et les plus étendus. (longs de cinq à six lieues) n'ont pas durée égale à la millième partie d'une seconde.
Les uns consistent en traits de lumière très-minces et à bords nettement arrêtés, dessinant dans l'espace des zigzags et se divisant quelquefois en plusieurs branches. Ils sont le plus souvent blancs, rarement purpurins, violacés ou bleuâtres.
Les autres s'étendent, au contraire, sur une grande surface et n'ont ni la blancheur ni l'éclat de la lumière des précédents. Leur teinte est souvent d'un rouge
très-vif. « Ces éclairs, dit Arago *, paraissent quelquefois n'illuminer que les contours des nuages d'où ils émanent. Quelquefois aussi, leur vive lumière embrasse toute rétendue superficielle de ces mêmes nuages, et, de plus, elle semble sortir de leur intérieur. On dirait alors, en vérité, que les nuages s'entr'ouvrent: ce sont les expressions populaires, j'en chercherais vainement qui dépeignissent mieux le phénomène. »
La première espèce d'éclairs est beaucoup plus rare que la seconde; dans les orages ordinaires, des centaines de ceux-ci apparaissent contre un éclair linéaire et surtout contre un éclair fourchu. Nous citerons la relation d'un remarquable orage observé par M. Liais, pendant son séjour au Brésil.
Quoiqu'on fût au 30 janvier, le thermomètre marquait 33 degrés. « Pendant la nuit, le vent souffla très-faiblement du sud-ouest ; dans la matinée, Tair était pur, et un soleil ardent tombait sur le sol encore un peu humide de la pluie des jours précédents. Dans l'après-midi, il y avait quelques cirrus. En approchant du soir, d'autres nuages, des cumulus et des cumulostratus, se formèrent. Au coucher du soleil, le ciel était à peu près couvert.
« A sept heures, quelques éclairs commencèrent à paraître dans Test, et à sept heures dix minutes l'orage avait acquis toute son intensité. En cet instant partaient continuellement, à un intervalle d'une à deux se^ condes, des éclairs en zigzag, dont plus du tiers se bifurquaient. Ces éclairs étaient blancs et très-vifs. Quelquefois ils semblaient tendre légèrement vers une teinte