ORAGE AU BRÉSIL
bleuâtre, d'autres fois orangée. Ils ne formaient pas des zigzags avec interruption, comme cela se voit dans beaucoup d'orages, mais des lignes brisées, et de plus, chacune de ces lignes était sinueuse. Les éclairs ne se terminaient pas en pointe, mais ils présentaient généralement, à l'extrémité où ils s'arrêtaient, une forme un peu arrondie. Quoique ces éclairs fussent très-rapides, il m'a paru qu'on suivait leur développement et le sens de leur propagation avec une facilité plus grande que dans Jes orages ordinaires. On voyait rarement deux éclairs à la fois ; leur émission avait une certaine régularité.
ce La plupart des éclairs n'étaient accompagnés d'aucun bruit. De temps en temps en entendait un léger roulement dans le lointain, mais sans pouvoir distinguer, vu la fréquence, à quel éclair il se rapportait. Beaucoup d'entre eux paraissaient partir d'une sorte de cumulus très-petit situé à peu de hauteur au-dessus de l'horizon, et se propager avec un mouvement ascendant apparent. D'autres semblaient sortir de la couche supérieure et se projeter avec un mouvement apparent inverse. L'orage n'était pas accompagné de pluie. Au commencement seulement il était tombé quelques larges gouttes. Le nuage supérieur, sur lequel se projetaient les éclairs, ne couvrait pas le ciel tout entier, et quelques étoiles se montraient.
a Je passe maintenant à la partie la plus curieuse du phénomène. Outre les éclairs bifurques, et les éclairs à trois ou quatre branches, qui étaient aussi très-fréquents, il ne s'écoulait pas de minute sans que l'on vît ce que l'on pourrait appeler des éclairs arborescents. C'étaient des éclairs qui se divisaient en plusieurs branches principales, lesquelles se ramifiaient à leur
tour en une multitude de rameaux , qui présentaient d'ailleurs les mêmes sinuosités et les mêmes terminaisons arrondies que les autres éclairs. Il n*y avait d'autre moyen de compter ces branches que de reproduire immédiatement sur le papier l'impression produite sur la rétine. L'un de ces éclairs, que j'ai remarqué particulièrement et qui paraissait se propager en descendant, se divisait d'abord en trois branches, qui se subdivisaient à leur tour, de manière à former en tout quinze rameaux. Un autre était rayonnant, et un arborescent, c'est-à-dire que sa propagation se fit en tous sens, en partant d'un centre.
a L'orage sembla rester immobile. Au bout de dix minutes environ, la fréquence des éclairs diminua ; ils cessèrent à huit heures quinze minutes et bientôt les nuages se dissipèrent. La lumière zodiacale se voyait à l'ouest et à l'e it, au-dessous de la voie lactée, faisant le tour entier du ciel. Il est bon de mentionner que la veille la mer était d'une phosphorescence extraordinaire, et comme je ne l'avais pas encore vue. Le soir de l'orage, au contraire, elle avait pris sa physionomie habituelle entre les tropiques. »
Dans un autre orage, M. Liais remarqua de nouveau la courbure de l'extrémité des éclairs arborescents, et une tendance encore plus marquée à se terminer en boules de feu. Trois fois ces boules se détachèrent en laissant une traînée lumineuse, comme un bolide, et en parcourant 13 degrés sur le ciel en une demi-seconde. Nous voyons ici l'origine d'une troisième espèce d'éclairs à laquelle les physiciens ont donné le nom de foudre globulaire^ sans pouvoir jusqu'à présent ni l'expliquer, ni l'imiter comme la foudre ordinaire, entièrement analogue, sauf la dimension, aux étincelles des