ORAGES VOLCANIQUES
cet abîme dut avancer avec une certaine horreur, se demandant à chaque détour s'il n'allait pas voir se dresser devant lui quelque efifroyable dieu. Maintenant encore, ce n'est pas sans frissonner qu'on pénètre dans ce défilé marin, où les anciens auraient vu l'entrée des Enfers.
ce Lorsque le vent du sud-est soufQe avec violence et 8 engoufifre par rafales dans l'immense fissure du Lyse- Pjord, un étrange météore vient accroître la terrible majesté de la scène. A 500 mètres au-dessus de la mer et vers les deux tiers de la paroi qui s'élève au sud de l'entrée du golfe, on voit de temps en temps jaillir du rocher noir un éclair qui s'épanouit, puis se resserre pour s'élargir encore, se contracter de nouveau, et se perdre en franges lumineuses avant d'avoir atteint la paroi septentrionale. La nappe de feu avance en tournoyant, et c'est à ce mouvement de rotation que sont dues les expansions et les contractions apparentes de l'éclair. De rapides détonations se font entendre avec une force croissante avant que la flamme jaillisse du rocher ; un violent coup de tonnerre l'accompagne et se répercute en longs échos dans l'étroit corridor marin : on dirait qu'une batterie cachée dans l'intérieur de la falaise canonne quelque casemate invisible de la muraille opposée. »
Dans les éruptions volcaniques, les nuages qui sortent des cratères laissent échapper de nombreux éclairs. Ces nuages sont composés de vapeurs mêlées à de la cendre et souvent de cendre pure. En 1631, une immense colonne de fumée s'éleva du Vésuve et fut transportée à plus de quarante lieues de distance. Pendant le trajet on en vit sortir des coups de foudre qui tuèrent plusieurs personnes. Dans une autre éruption, le
*nuagç, qui était extrêmement noir et composé de cendres impalpables, atteignit la ville de Tarente où la foudre incendia des édifices. Ces orages volcaniques se ; sont aussi produits en mer. Lorsqu'en 1811, l.'îlot Sa-, brina surgit des eaux dans le voisinage des Açores, les colonnes de poussière et de cendre qui s'élevèrent étaient sillonnées, d'après un capitaine de navire témoin du phénomène, par des éclairs d'une vivacité extraordinaire.
Action de l'orage sur les eaux souterraines*
Arago parle de modifications survenues quelquefois dans les eaux souterraines pendant des temps orageux — de sources qui se troublent, débordent, même après une grande sécheresse, — de puits profonds qu'on entend bouillonner bruyamment, de fontaines jaillissantes dont la force de projection augmente d'une manière . sensible. Vallisneri a remarqué que les salses et les solfatares, dans le voisinage de Modène, annoncent les orages par une sorte d'ébullition et par des bruits semblables à ceux du tonnerre.
« Les historiens, les météorologistes, dit Arago, citent des inondations locales, dont les effets ont semblé bien supérieurs à ce que pouvait faire craindre la médiocre quantité de pluie provenant des nuages et tombée dans un certain rayon. Il est rarement arrivé qu'alors on n'avait pas vu, pendant un temps pluS; ou moins long, d'immenses masses d'eau surgir des en- .■ trailles de la terre par des ouvertures jusque-là inconnues, et aussi qu'un violent orage n'ait pas été le précurseur du phénomène et probablement sa cause première. Telles furent de point en point, par exemple.