‹ Les météoresChapitre 62 sur 117 · TROMBES TERRESTRES · texte numérisé non relu

TROMBES TERRESTRES

l'odorat, soit le goût mais seulement d'un bruit assourdissant. Il y avait deux courants, dont Tun s'élevait obliquement, entraînant les tiges et les épis avec d*autres corps légers, Tautre avait une direction contraire.

« La route que le météore s'était frayée à travers les champs avait, suivant différents rapports, de dix à dixhuit pas de largeur sur une longueur de deux mille cinq cents pas. Sa forme était à peu près conique ; sa couleur était tantôt gris blanc ou jaune, tantôt brun obscur, le plus souvent celle du feu. Le premier météore resta en Fair au-dessus du second et suivit une marche à peu près parallèle, en allant vers le nord. H présenta, pendant environ dix-huit minutes, une grande masse d'un gris blanchâtre, qui semblait souvent vo-* mir de la fumée rouge de flamme, et qui, vue à la dis-* tance d'environ une demi-lieue, avait la forme d'un serpent de cent quarante pas de long, dont la tête était vers le nord-nord-est, la queue à Topposite.

« En huit à dix minutes de temps, la queue s'était changée déjà en s'abaissant. Au moment où elle allait toucher la tête, tout le phénomène disparut, et en même temps aussi le météore inférieur, sans que ni de la partie élevée en l'air, ni, comme l'assure un témoin oculaire, de la partie inférieure, il partît aucune détonation. Mais alors une forte odeur de soufre se répan« dit sur toute la campagne. Presque aussitôt un orage éclata sur les bois situés au nord- nord-ouest du lieu du s'était montré le météore, et fut accompagné d'unô grêle à grains extraordinairement gros.

« Le soleil ne parut point pendant tout ce temps, à ce qu'affirment la plupart des spectateurs. Il n'y avait aucun souffle de vent.

« Le météore supérieur fut aperçu de Gotweiler, G^sel et autres endroits, comme aussi de Trêves. Jl paraissait descendre des hauteurs de Hochwald. »

Trombe de MonviUe.

La trombe de Monville et Malaunay produisit des effets encore plus épouvantables. La description insérée dans les comptes rendus de l'Académie des sciences a été ainsi résumée par M. le professeur Daguin * . : « Le 19 août 184(i, il régnait aux environs de Rouen un vent violent du sud; dans l'après-midi, un vent du sudouest, chassant des nuages très-noirs, rencontra le vent du sud, et forma un violent tourbillon, animé d'un mouvement de translation qui arracha cent quatrevingts gros arbres en les tordant presque tous, et renversa une sécherie dépendant d'une fabrique d'indiennes. Au même moment, il tomba une forte averse accompagnée de grêle et de tonnerre. 11 n'y avait pas encore de trombe proprement dite. Après s'être éloigné et avoir parcouru 41 kilomètres, ce tourbillon revint tout à coup dans la vallée, près de Malaunay et Monville, en traversant un bois dont les arbres furent brisés près de leur base. C'est alors qu'il se forma un énorme cône à contours nettement dessinés, et noirs comme la fumée du charbon de terre. Le sommet était d'un jaune rouge; des éclairs s'échappaient du cône, et on entendait un fort roulement. En quelques secondes, la trombe se porta successivement, avec une rapidité effrayante et en zigzags, sur trois filî^tures con-

1. Traité de physique théorique et expérimentale, avec ses applications à la météorologie el aux arts industriels, par P. A. Daguin, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse.

Page 1