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LE MIRAGE

dont on trouve en Egypte les plus remarquables exemples, a une origine analogue. Dans cette contrée, Tatmosphère est d'ordinaire calme et d'une très-grande pureté. Au lever du soleil, on distingue avec une netteté parfaite les objets lointains. Des bords du Nil jusqu'aux limites du désert apparaissent de distance en distance de petites éminences couronnées de villages et de bois de palmiers qui dominent l'inondation de chaqpie année. A mesure que le soleil s'élève, la terre échauffée communique aux couches inférieures de Tair sa haute température. Souvent se manifeste alors le tremblement ondulatoire dont nous venons de parler. Mais lorsque le vent ne souffle pas et que le calme de l'atmosphère permet aux couches inférieures de se dilater, sans se mêler à celles qui leur sont superposées, on croit avoir devant soi un grand lac au milieu duquel apparaissent les images renversées des éminences et de leurs villages. Le magnifique ciel bleu semble s'y réfléchir aussi, mais à mesure qu'on avance la nappe d'eau imaginaire fuit pour faire place au sol brûlant, tandis que le même tableau se reproduit plus loin sous un autre aspect.

Ces apparences ont bien souvent trompé nos soldats de l'armée d'Egypte. Fatigués par des marches forcées, mourant de soif sous Tardente chaleur du soleil dans un air chargé de sable, ils se précipitaient vers le rivage, qui fuyait toujours devant eux;

On doit à l'illustre Monge, qui faisait partie de l'expédition, Texplication du phénomène. Il a montré que, les couches d'air les moins denses étant les plus basses, un rayon lumineux dirigé d'un objet élevé vers le sol s'inclme de plus en plus, par suite de la réfraction, jusqu'au moment où une réflexion s'opère sur une

dernière couche ainsi que sur un miroir, et où ce rayon se relève en subissant des réfractions en sens contraire des premières, pour arriver àToeil de l'observateur avec la même direction que s'il était parti d'un point situé aurdessous du sol, lui présentant ainsi l'image renversée comme s'il, la voyait sur la surface d'une eau tranquille.

Les navigateurs observent des mirages dans des circonstances qui contrastent avec celles que nous venons de décrire. La température de la mer, plus froide que celle des couches calmes superposées, rend leur densité décroissante de bas en haut et l'image renversée des côtes ou des navires éloignés se dessine sur l'atmosphère . Le capitaine Scoresby a fait un grand nombre d'observations semblables dans les parages du Groenland.

(( Le 19 juin 1822, dit ce savant marin dans une de ses relations, le soleil était très- chaud, et la côte parut subitement rapprochée de 25 à 35 kilomètres; les différentes éminences étaient tellement relevées, que du pont du navire on les voyait aussi bien qu'auparavant de la hune de misaine. La glace à l'horizon prenait des formes singulières ; de gros blocs figuraient des colonnes ; des glaçons et des champs de glace ressemblaient à une chaîne de rochers prismatiques ; sur beaucoup de points la glace parut en l'air à une assez grande dis-, tance au-dessus de l'horizon. Les navires qui se trouvaient dans le voisinage avaient les aspects les plus bizarres ; dans quelques uns la grande voile semblait réduite à rien, tandis que la voile de misaine paraissait quatre fois plus grande qu'elle ne l'est; les huniers semblaient rapetisses. Au-dessus des navires éloignés on voyait leur propre image renversée et agrandie;

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