LE MIRAGE LATÉRAL
dans quelques cas elle était assez élevée au-dessus du navire, mais alors elle était toujours plus petite que l'original. On vit, pendant quelques minutes, Timage d'un navire qui lui-même était au-dessous de Thorizon. Un navire était même surmonté de deux navires, l'un droit, l'autre renversé. »
Parmi les variétés du phénomène, celle que MM. Soret et'Jurine ont observée sur le lac de Genève et qu'on doit appeler mirage latéral^ n'est pas la moins curieuse. Ils se trouvaient au deuxième étage d'une maison située sur le rivage et regardaient avec une longue-vue plusieurs barques à la voile qui se dirigeaient de droite à gauche vers le milieu du lac, pendant que près de la côte ce même groupe de barques paraissait faire route de gauche à droite. C'était une illusion analogue au mirage égyptien et qu'on explique de la même manière. Sur la côte, l'air était resté dans l'ombre une partie de la matinée, tandis qu'au large il avait été échauffé par le soleil; de là, dans l'atmosphère, des couches verticales de densités décroissantes demeurées immobiles pendant le calme.
Quand, au lieu de se produire dans des couches planes et régulières, les réfractions et les réflexions s'accomplissent dans des couches courbes et irrégulières, on a un mirage où les images sont déformées dans tous les sens, brisées ou répétées plusieurs fois, éloignées les unes des autres à des distances considérables. C'est ce qui arrive dans la fantastique vision aérienne, attribuée jadis à une fée, la fata Morgana^ qui attire quelquefois le peuple sur le rivage de la mer à Naples et à Reggio, sur la côte de Sicile. Le phénomène a surtout lieu le matin, à la pointe du jour, lorsque règne un calme complet.
ce Sur une étendue de plusieurs lieues, dit un témoin de ce spectacle extraordinaire, je vis la mer des côtes de Sicile prendre l'apparence d'une chaîne de moiïtagnes sombres, tandis que les eaux, du coté de la Calabre, restèrent parfaitement unies. Au-dessus de cellesci on voyait, peinte en clair-obscur, une rangée de plusieurs milliers de pilastres, tous égaux en élévation, en distance, et en degrés de lumière et d'ombre. En un clin d'œil ces pilastres perdirent la moitié de leur hauteur, et parurent se replier en arcades et en voûtes comme les aqueducs des Romains. On vit ensuite une longue corniche se former sur le sommet, et on aperçut une quantité innombrale de châteaux, tous parfaitement semblables. Bientôt ils se fondirent, et formèrent des tours qui disparurent aussi pour ne plus laisser voir qu'une colonnade, puis des fenêtres, et finalement des pins, des cyprès, répétés aussi un grand nombre de fois. »
Quelquefois ces objets se peignent dans le ciel à une assez grande hauteur au-dessus de l'horizon. Les uns s.e meuvent avec beaucoup de vitesse, les autres sont en repos. Leurs contours brillent parfois de couleurs irisées. A mesure que la lumière augmente, les formes deviennent plus aériennes, et elles s'évanouissent quand le soleil se montre dans tout son éclat.
Un mirage extraordinaire a été observé le 13 avril 1869, dans la Manche. Voici comment il est décrit par un voyageur placé à deux heures de l'après-midi à Folkstone : « On pouvait voir les côtes de France, depuis Calais jusqu'à plusieurs milles au delà de Boulogne ; cette dernière ville étant ordinairement invisi- ' ble, comme située au-dessous de l'horizon. Immédiatement au-dessous de l'image droite des côtes, il y
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