BOLIDES
« Vers sept heures du soir, le météore apparut dans le ciel, semblable à une étoile filante ; mais peu à peu il grossit jusqu'à offrir une surface apparente comparable au quart de la lune, et un éclat qui faisait pâlir les astres visibles. Après avoir illuminé l'horizon d'une vive lueur, à laquelle les différents observateurs attribuent toutes les couleurs du prisme, depuis le rouge jusqu'au violet, le bolide disparut avec détonation. En plusieurs endroits on a vu des étincelles et une traînée. La durée du phénomène a été d'environ cinq secondes. La trajectoire, dirigée du nord au sud, était inclinée de 22 degrés sur l'horizon, et la longueur du trajet, depuis le point d'inflammation jusqu'à celui de l'explosion , situé à 26 kilomètres au-dessus du sol , était de 285 kilomètres, ce qui donne une vitesse de 63 kilomètres par seconde. On trouve 420 mètres pour le diamètre véritable du globe embrasé, qui devait être généralement de nature gazeuse, n'offrant qu'un petit noyau solide. »
C'est cette grande vitesse, supérieure à celle de notre globe dans son orbite, qui, avec la résistance de l'air, rend compte des apparences présentées par ces bolides. <c La chaleur que les météorites possèdent, dit J. Herschel dans son Astronomie^ lorsqu'elles tombent sur le sol , les phénomènes ignés qui les accompagnent , leur explosion lorsqu'elles pénètrent dans les couches plus denses de l'atmosphère, tout cela est suffisamment expliqué à l'aide de lois physiques , par la condensation que l'air éprouve en conséquence de leur énorme vitesse de translation, et par les relations qui existent entre l'air très-raréfié et la chaleur. » On attribue l'explosion à la pression supportée par la masse solide. Le calcul montre qu'à une hauteur de 18 kilomètres, où la den-
site de Tair est dix fois moindre qu'à la surface terrestre, une vitesse de 40 kilomètres produirait déjà une pression de 675 atmosphères, que le fer peut supporter, mais qui fait éclater une pierre. Ce calcul est confirmé par l'observation; les aérolitfaes, composés presque exclusivement de fer, arrivent entiers, tandis que ceux d'une moindre consistance tombent à Tétat de fragments.
Le 14 octobre 1863, vers trois heures du matin, M. J. Schmidt, directeur de l'Observatoire d'Athènes, a pu suivre, avec le télescope, un très-remarquable bolide. Ce météore apparut comme une étoile filante, à marche assez lente , entre les constellations du Lièvre et de la Colombe. « Elle surpassa bientôt Sirius en splendeur, sa teinte était d un jaune clair. Elle traversa Êridanus, vers l'ouest, en répandant une lumière si extraordinaire que toutes les étoiles disparurent ; la ville d'Athènes , la campagne et la mer paraissaient embrasées. L'Acropole et le Parthénon se détachaient en couleur d'un gris mat verdâtre sur le fond du ciel d'un vert doré. » C'est à ce moment que M. Schmidt, approchant l'œil du télescope, put observer le météore pendant plusieurs secondes, et constater un curieux phénomène. « On ne voyait plus un seul corps lumineux, mais deux brillants bolides, d'un jaune verdâtre, en forme de gouttes allongées : le plus grand précédait le plus petit, et chacun d'eux laissait une trace rouge à bords bien définis. Ces deux corps étaient encore suivis de corps lumineux de moindre grandeur et de même apparence , distribués irrégulièrement , comùie des étincelles, dans la queue des bolides. Au moment de sa disparition, le météore paraissait divisé en quatre ou cinq fragments d'un rouge sombre. On
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n'a point entendu de bruit ni pendant ni après sa disparition. «
drate d'aèrolithes.
Nous citerons encore quelques détails sur Tappari • tion d'un bolide et la chute d^aérolithes dans le midi de la France :
ce Hier (14 mai 1864), à huit heures du soir, écrivait un observateur de Castillon (Gironde), un magnifique météore s^est montré à nous dans le voisinage de la lune, et s'est dirigé vers l'est. Son apparition a duré environ cinq secondes, pendant lesquelles il a parcouru un arc de plus de 60 degrés. Il a enfin éclaté en étoiles et disparu à nos yeux.
a La grosseur apparente du météore a progressivement augmenté. Au moment où il allait disparaître, son diamètre semblait égaler au moins la moitié de celui de la lune. La lumière avait d'abord une teinte bleu-verdâtre,puis elle est devenue blanche et a brillé alors d'un tel éclat que les personnes mal placées pour apercevoir directement le météore ont cru voir le reflet d'un éclair vif et prolongé. »
Dans plusieurs endroits, éloignés les uns des autres, on a entendu une forte détonation, et un assez long intervalle s'est écoulé entre l'explosion visible du météore et la perception du bruit. On a compté trois ou quatre minutes, et à deux minutes seulement correspond une distance verticale de 40 kilomètres. Les couches d'air à cette hauteur sont très-raréfiées. Pour qu'une explosion qui s'y produit donne lieu à un bruit d'une pareille intensité à la surface de la terre et sur une étendue horizontale si considérable, il faut admet-
tre qu'elle dépasse en violence tout ce que nous connaissons.
D'après la hauteur et la dimension apparente du bolide, on a trouvé que son diamètre pouvait avoir de 4 à 500 mètres. 11 était donc quatre à cinq fois aussi gros que la cathédrale de Paris. M. Laussédat a calculé qu'il parcourait cinq lieues par seconde, c'est-à-dire les deux tiers de la vitesse de la terre dans son orbite.
On a recueilli des aérolithes près d'Orgueil (Lot-et- Garonne) et dans plusieurs localités voisines. M. Daubrée, qui les a examinés, leur trouve de la ressemblance avec les lignites* terreux. « Dans cette masse noire, dit-il, on distingue de petits grains d'une substance métallique, laune de bronze, que sa densité permet d'isoler par le lavage. En les examinant au microscope, j'y ai reconnu des formes cristallines fort nettes, quoique de très-petite dimension. Ces grains sont très-fortement attirables au barreau aimanté, et possèdent tous les caractères physiques et chimiques de la pyrite ^ magnétique découverte il y a quarante ans dans la pierre météorique de Juvinas. — La météorite d'Orgueil doit être rapportée au type des météorites charbonneuses^ dont jusqu'à présent trois chutes seulement ont été signalées. Tous les morceaux ont leur surface fondue et vitrifiée ; cependant l'intérieur renferme des substances qui sont facilement volatilisables. Ces deux circonstances, en apparence contradictoires, s'expliquent si on admet que la chaleur subie par les météorites a été de si courte durée qu'elle n'a pu pénétrer dans l'intérieur de la masse, dont la substance est d'ailleurs mauvais