LA F AT A-MORGAN A
avait une image renversée d'une hauteur double de la première. Le phare du cap Gris-Nez donnait cinq images en ligne verticale ; la plus basse était droite et seument un peu amplifiée. Au-dessus, mais séparément, s'élevait un couple d'images du centre et du faîte du bâtiment, Tune droite et les autres renversées ; et encore au-dessus un autre couple, l'image renversée égale à la première, mais l'image droite représentant le bâtiment tout entier. Au-dessus de Boulogne il y avait dans Tair deux images des doubles cheminées et du mât d'un remorqueur. L'image inférieure était droite et la supérieure renversée; la fumée. formait deux couches tendant. Tune en haut, l'autre en bas, toutes deux vers l'ouest, jusqu'à leur jonction. Autant que j'ai pu le savoir, le seul remorqueur près de Boulogne était dans le port. La cathédrale était très-visible, mais ne donnait qu'une image. Vers le sud-ouest et au delà des côtes de France, on observait des bateaux pêcheurs, la cocpie en bas, de manière à faire déterminer avec certitude la position de l'horizon. Jusqu'à trois heures, ils n'eurent que l'apparence ordinaire ; mais au-dessus d'eux il y avait deux couples d'images de vaisseaux qui, ordinairement, eussent été invisibles. A certains moments, on put observer trois et même quatre couples en ligne verticale, la ligne inférieure renversée dans chaque couple. Excepté le couple le plus élevé, les images ne semblaient représenter que la voile du grand perroquet, mais très-allongée. L'image droite, la plus haute, représentait les mâts de misaine, le beaupré et le grand foc; on ne pouvait voir les coques. Dans tous les cas, les images renversées avaient environ une hauteur double des images droites. » Bernardin de Saint-Pierre rapporte le fait suivant :
« Un phénomène très-singulier m'a été raconté par notre célèbre peintre Vernet, mon ami. Etant, dans ba jeunesse, en Italie, il se livrait particulièrement à Fétude du ciel, plus intéressante sans doute que celle de l'antique, puisque c'est des sources de la lumière que partent les couleurs et les perspectives aériennes qui font le charme des tableaux ainsi que de la nature. Vernet, pour fixer les variations, 9.vait imaginé de peindre sur les feuilles d'un livre toutes les nuances de chaque couleur principale et de les 'marquer de différents numéros. Lorsqu'il dessinait un ciel, après avoir esquissé les plans et la forme des' nuages, il en notait rapidement les teintes fugitives sur son tableau avec des chiffrés correspondants à ceux de son livre , et il les colorait ensuite à loisir. ïJn jour, il fut bien surpris d'apercevoir au ciel la forme d'une ville renversée; il en distinguait parfaitement les clochers, les tours, les maisons. Il se hâta de dessiner ce phénomène, et, résolu d'en connaître la cause, il s'achemina, suivant le même rhumb de vent, dans les montagnes. Mais, quelle fut sa surprise de trouver, à sept lieues de là. la ville dont il avait vu le spectre dans le ciel, et dont il avait le dessin dans son portefeuille*! »
C'est peut-être à des effets de mirage qu'il faut rapporter une^ faculté extraordinaire 'de vision, célèbre à l'île de France. Vers la fin du dernier siècle, un colon de cette île, M. Botlineau, signalait des navires placés bien au delà des limites de l'horizon, jusqu'à une distance considérable. La science nouvelle qu'il prétendait avoir constituée en combinant les effets produits
l . Harmonies de la nature.
LA NAUSCOPIE. 21
par les oLjets éloignés sur Tatmosphère et sur Teau, était nommée par lui la Nauscopie. Il vint à Paris, muni de certificats de l'intendant et du gouverneur de l'île de France attestant la réalité de sa découverte ; mais il ne réussit même pas à obtenir une audience de M. de Castries, alors ministre de la marine. Personne ne s'enquit des moyens par lesquels il obtenait de si étonnants résultats, auxquels un juge compétent, Arago, ne refusait pas de croire, en cherchant si certains phénomènes crépusculaires où les ombres portées de montagnes éloignées jouent probablement un rôle, ne pouvaient pas mettre sur la voie de cet important secret. Le pauvre colon retourna dans son île, où on le vit jusqu'à la fin de sa vie passer presque tout son temps sur le bord de la mer, Tœil fixé sur Thorizon, continuant à exciter l'étonnement de tous par l'exactitude de ses indications.
NUAGES ET BROUILLARDS
Les nuées. — Formation des nuages et brouillards. — Influence des courants marins. ^ Brouillards extraordinaires. — Apparence et mouvements des nuages. — Nuages de glaçons. — Formes des nuages. — Cloud-ring. — Influence des montagnes. — Distribution des nuages. — Spectre du Brocken. — Ombre du mont Blanc.
Lob nuées.
Dans ksNuées^^ Socrate prononce Tinvocation suivante :
« Souverain maître, air immense, qui enveloppes la terre de toutes parts, lumineux éther, et vous, vénébles déesses. Nuées, mères de la foudre, levez-vous, ô souveraines, apparaissez dans les hauteurs de TEmpyrée.
« Venez, ô Nuées augustes, soit que vous occupiez les cimes sacrées de TOlympe blanchies par les neiges, soit que dans les plaines de T Océan, votre père, vous formiez des danses en l'honneur des Nymphes, soit