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LA THÉBAÏDE

moins dans les zones tempérées, est une chose certaine. La nature n'a pas fixé le sable comme la mer, Dieu n'a pas dit au désert en le créant : Tu n'iras pas plus loin. Ce n'est pas l'Egypte du moins qui pourrait le mettre en doute. Le vent chasse sur elle le sable du Sahara, et il en a déjà jeté assez pour couvrir presque entièrement les parties supérieures de la vallée du Nil. Encore quelques siècles, et la Halite-Égypte sera entièrement ensevelie ; les sables s'accumuleront au pied des montagnes qui la séparent de la mer Rouge jusqu'à ce qu'enfin ils se soient élevés à leur niveau et qu'ils puissent, continuant leur route, combler la mer et étendre sur l'Arabie le manteau continu du désert.

« Les cantons de la Thébaïde, autrefois les plus peuplés et les plus florissants de la terre, appartiennent maintenant au désert. Les temples élèvent sur le sable, comme sur les eaux d'un déluge, leurs sommités désolées, et les sphinx, semblables à ces animaux fossiles de l'ancien monde dont on ne découvre plus les traces qu'au sein des couches souterraines, dorment en paix dans ces profondeurs. »

A cet émouvant tableau de l'envahissement progressif des déserts, Jean Reynaud ajoute les considérations suivantes : « La traversée de ces inhospitalières solitudes deviendra-t-elle jamais plus facile et plus prompte qu'elle ne l'est maintenant? L'industrie des nations civilisées a-t-elle à ajouter quelque chose à ce qu'a institué pour cet objet l'expérience des populations nomades qui hantent le désert? Gela ne me paraît point douteux, tant la puissance humaine me paraît grande ; mais je reconnais en même temps qu'une pareille tâche est au-dessus de ses forces. Nous avons soumis l'O céan à la puissance de la vapeur au moyen des pyro-

scaphes ; nous lui soumettrons, quand nous le voudrons, les montagnes, au moyen des routes de fer inclinées ; mais comment lui soumettrons-nous jamais Télément indocile du désert? G^est un rude problème. Sa solution ne doit sans doute pas s'attaquer directement; d'ailleurs le temps n'en est pas encore venu. Mais il suffit de poser la question pour entrevoir aussitôt toute la majesté du désert : une force qui a renversé tant d'autres barrières n'a pas même prise sur celle-ci. Tout ce que l'on est fondé à dire avec certitude, à l'honneur de rhomme, sur ce sujet, c'est que l'ingénieur sait dès à présent fixer les dunes mouvantes en couvrant leurs flancs de plantations convenables ; que l'agriculteur, en s'aidant du secours des irrigations, cultive et fertilise peu à peu les sables les plus arides; enfin que, dans les contrées les plus éloignées du cours des rivières, le mineur, comme jadis Moïse au désert, peut, en frappant le rocher de sa verge de fer, en faire jaillir des fontaines, et donner ainsi naissance, au milieu des plaines les plus dépourvues des biens de la nature, à de verdoyantes oasis. Mais de ces essais entrepris sur une petite échelle dans quelques cantons, à la culture en grand du Sahara et à rétablissement des voies perfectionnées de communication sur son ondoyante surface, il y a aussi loin que de l'époque actuelle à l'époque la plus reculée dans la profondeur de l'avenir que notre imagination puisse concevoir. »

Ajoutons ici que la récente découverte par nos ingénieurs d'une grande couche aquifère s'étendant audessous du Sahara algérien à une profondeur qui permet d'établir facilement des puits artésiens, peut permettre d'espérer une moins lente transformation. Partout où jaillit la nappe souterraine s'élèvent aussi bientôt

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