LA THÉBAÏDE
les forêts de palmiers qui forment les oasis. L*oasis d'Ouargla, qui possède un grand nombre de puits artésiens, compte jusqu'à 150 000 palmiers qui, suivant le dicton arabe, vivent « le pied dans l'eau et la tête dans le feu, » favorisant les cultures, qui ne sont possibles que sous leur bienfaisant abri.
Les navigateurs rencontrent souvent, en suivant les côtes d'Afrique, des vents auxquels leur chaleur brûlante, une extrême sécheresse et la présence du sable donnent un caractère particulier, qu'il faut attribuer à leur passage sur le désert. Ils sont désignés, suivant les localités, par les noms de simoun, de sirocco, de khamsin, d'harmattan,, etc. Pendant la durée du simoun, qui souffle souvent en tourbillon, on a constaté une température de 50 degrés, à l'ombre. Le sirocco arrive jusqu'aux rivages méridionaux de l'Italie et y transporte des sables. Le khamsin, d'une température très-élevée, doit son nom {cinqrmnté) à sa longue durée ; il précède et suit l'équinoxe pendant vingt-cinq jours. L'harmattan, qui souffle sur la côte de Guinée, est toujours accompagné d'un brouillard d'une espèce particulière. « Ce brouillard, dit Arago, assez épais pour ne donner passage à midi qu'à quelques rayons du soleil, s'élève toujours quand l'harmattan souffle. Les particules dont il est formé se déposent sur le gazon, sur les feuilles des arbres et sur la peau des nègres, de telle sorte que tout alors paraît blanc. On ignore quelle est la nature de ces particules ; on sait seulement que le vent ne les entraîne sur l'Océan qu'à une petite distance des côtes : à une lieue en mer le brouillard est déjà très-aflaibli ; à trois lieues il n'en reste plus de trace, quoique l'harmattan s'y ftusse encore sentir dans toute sa force.
â26 > LES MÉTÉORES.
Brume ronsse du oap Vert.
M. Ehrenberg croit que le nom de m&r ténébreuse^ donné par les anciens à l'océan Atlantique, provenait du phénomène qu'on observe lorsqu'après être sorti du détroit de Gibraltar on s'avance vers les parages du cap Vert. Aux approches des équinoxes, dans un intervalle de temps qui varie de trente à soixante jours, il y tombe une poudre rouge, très-fine, qui obscurcit l'air et se dépose sur les agrès des navires. Cette pluie de poussière, connue aussi sous le nom de brume rousse, s'étend sur une surface maritime de plus d'un million de milles carrés.
Sur différents points de la Méditerranée, de l'Europe et de l'Asie occidentale, on a aussi constaté de nombreuses chutes de poussière rouge, mais à des époques irrégulières. Près de Lyon, par exemple, en 1846, il en tomba sur une surface de quatre cents milles carrés une quantité dont on évalua le total à 7200 quintaux. Cette poussière n'est pas composée seulement de sable et d'argile, mais encore de substances organiques, d'infusoires qu'un microscope puissant rend visibles. Une espèce de galionelle, qui avec l'argile donne la couleur au mélange, est si petite qu'il faut près de deux millions de ces animalcules pour remplir un pouce cube. Ce qui est surtout remarquable, c'est que dans les nombreux échantillons examinés par M. Ehrenberg, et qui ont été recueillis tant sur l'Atlantique qu'en Europe, dans l'Asie Mineure et en Syrie, il a trouvé toujours les mêmes espèces. Ce savant a dressé une carj^ * sur laquelle sont marqués tous les endroits