PLUIES D'ENGRAIS
ce dont nous nous servons, les parcelles de la fumée de nos foyers, les particules provenant de la décomposition des organismes. Ces matières ont une grande importance qui a été signalée par de savants agronomes. « Peut-être, dit M. Barrai, serait-il juste de dire que Tair, considéré dans l'état de pureté que l'on réalise quelquefois dans les laboratoires, frapperait la terre de stérilité; peut-être est-il nécessaire au maintien de la vie sur notre planète qu'une foule d'impuretés soient incessamment transportées par les vents et les tempê'tes, des lieux où elles se produisent vers les terrains où des germes Içs attendent pour être fécondées. »
Un grand nombre de sels, notamment le sel marin, qui sont propres à fournir les éléments nécessaires à la végétation, existent dans les eaux pluviales et par conséquent dans l'atmosphère. Dalton a trouvé 137 milligrammes de chlorure de sodium (sel marin) par litre, près de Manchester; M. Barrai a constaté qu'il y en a 4 milligrammes dans les eaux de pluie de Paris. A mesure qu'on s'éloigne des côtes la proportion de sel diminue, et tout porte à penser que cette substance a été enlevée aux vagues de l'Océan par les grands vents et emportée vers l'intérieur. Des pluies salées sont souvent mentionnées dans les ouvrages de météorologie; Pline en cite plusieurs. Quelquefois on a trouvé avec le seiriode et le brome qui l'accompagnent dans les eaux de la mer.
Des particules de matières phosphorées se trouvent aussi dans l'air, enlevées sans doute, sous forme de poussière, aux parties de la surface du globe où le phosphate de chaux est abondant. Cette poussière, entraînée par les pluies, contribue puissamment àlafécon-
dite du sol. Chaque récolte de blé enlevant près de huit kilogrammes de phosphore par hectare, et l'apport atmosphérique étant beaucoup moindre, on comprend comment les peuples qui, comme les Ârabeg, ne fument pas leurs terres, sont obligés, après avoir obtenu quelques maigres produits, de les abandonner pendant plusieurs années, jusqu'à ce que les champs aient reçu les éléments nécessaires à une nouvelle moisson. La mer, qui, dans certaines circonstances et surtout pendant les orages et les tempêtes, s'illumine de clartés phosphorescentes dues à la présence d'innombrables animalcules, doit aussi contribuer à la diffusion du phosphore. Cette substance provient encore de la putréfaction souterraine des matières animales, et se répand dans l'atmosphère, au-dessus des marécages, par ces mystérieux feux follets qui ont donné lieu à tant de récits superstitieux.
BrooUlards secs.
Nous rattachons aux poussières atmosphériques le phénomène des brouillards secs dû à des matières trèsténues, mais non aqueuses, suspendues dans Patmosphère dont elles troublent la transparence. Humboldt, sur le sommet du Silla, se trouva enveloppé d'un épais nuage qui lui dérobait la vue des objets les plus rapprochés, sans que ses vêtements fussent devenus humides. L'hygromètre marquait le plus haut degré de sécheresse.
En Suisse, on donne le nom de haie à une sorte de fumée qui accompagne les vents du nord, pendant Tété, et s'étend autour de Thorizon en masquant la vue des Alpes. Elle est tantôt grise, tantôt rousse, et le soleil.