BROUILLARDS SECS
lorsqu'il paraît au travers, aune teinte rouge sombre. La callina est une vapeur semblable qui, en Espagne, donne au ciel une couleur plombée.
Dans le nord de l'Allemagne, certains brouillards secs sont une véril^able fumée produite dans les champs par la combustion de la tourbe et autres matières végétales. De grandes surfaces s'allument souvent spontanément dans les tourbières, et la quantité de combustible brûlé atteint alors des millions de kilogrammes. On a constaté que le vent souffle toujours du côté des tourbières quand le brouillard sec apparaît. « Le brouillard si épais de 1 834 venait, dit Kœmtz, de la combustion des tourbières et des incendies qui ont signalé cette année. Pendant qu*on l'observait à la Un de mai dans le Hartz, aux environs de Bâle et d'Orléans il y avait des incendies dans les tourbières. Ainsi, en particulier, la tourbière de Dachau, en Bavière, brûla jusqu'à la profondeur de trois mètres, et rincendie se propagea même par-dessous des fossés pleins d'eau. Aux environs de Munster et dans le Hanovre, plusieurs tourbières furent consumées. Plus tard, en juillet, il y eut des incendies terribles de forêts et de tourbières près de Berlin, en Silésie, en Suède et en Russie ; la sécheresse favorisa la propagation de ces incendies et le transport de la fumée. »
M. Le Verrier a donné la description d'un nuage singulier qui s'observe tous les jours à Paris et qui provient de la fumée des usines situées du côté de la Maison- Blanche : « Le spectacle, dit-il, est vraiment curieux à voir. Du haut de la cheminée sort un cône noir comme l'encre. Ce cône s'épanouit petit à petit, passe au-dessus de Paris, et vient passer tantôt ai)
nord, tantôt au sud de l'Observatoire. Quand il passe au nord, nous le suivons jusqu'à Gentilly. Il n'y a pas de soleil sur une grande partie de Paris, c'est du moins ce que la population s'imagine; il est voilé au sud par la fumée de ces usines, tandis qu'au nord il est éclatant.
On a vu quelquefois d'immenses vols d'insectes présenter l'apparence de nuées : « Le mardi 7 septembre, par un temps très-calme, des ouvriers employés au reboisement d'une partie de la montagne de TEspérou, ont été témoins d'un phénomène extraordinaire et peut- être sans exemple dans ces contrées. A deux heures du soir, un bruit sourd et monotone, à peu près analogue à celui que produit un orage lointain, fixa leur attention sur un épais brouillard qui traversait un mamelon à environ 10 kilomètres devant eux. L'air était très-calme, ils furent étonnés de ce bourdonnement, et leur première pensée les fit croire à un incendie du côté de l'Espérou ; mais voulant bien reconnaître la cause réelle de ce brouillard intense, ils ne furent pas peu surpris lorsque, s'étant avancés, ils reconnurent que c'était, une colonne immense de moucherons dont la longueur était de plus de 1500 mètres, sur une largeur de 30 et 50 de hauteur. Cette colonne d'insectes se dirigeait de l'est à l'ouest. Un témoin oculaire, le garde forestier qui dirige le reboisement, nous a fourni ces renseignements*. »
Un brouillard sec extraordinaire s'étendit en 1773 sur toute la surface de l'Europe et sur une partie de l'Asie. Son épaisseur était telle que dans quelques