BROUILLARDS SECS
endroits on ne pouvait distinguer les objets distants d'un quart de lieue, et qu'à midi on fixait le soleil sans être ébloui. Le phénomène fut remarqué d'abord à Copenhague, le 19 mai, après une succession de beaux jours. Sur d'autres points il fut précédé de vent et de pluie. On le vit le 6 juin à la Rochelle, à Dijon le 14, le 16 à Manheim et à Rome. Il parut le 19 dans les Pays-Bas, le 22 en Norvège, le 23 sur le Saint-Gothard et en Hongrie ; vers la fin de juin en Syrie, et le l®' juillet sur les cimes de T Altaï. Sa durée fut plus ou moins longue dans ces différents lieux, où il fut plusieurs fois interrompu par des jours sereins. Ce brouillard présentait une particularité Lrès-remarquable pendant la nuit. Il était phosphorescent, et la clarté qu'il répandait suffisait pour permettre de lire.
On a fait un grand nombre de suppositions sur la cause de ce phénomène. D'après van Swinden et Toaldo, il faudrait l'attribuer aux tremblements de terre et aux éruptions volcaniques qui, cette même année, bouleversèrent la Calabre et l'Islande. Du mois de février à la fin de mars, on vit en Calabre d'énormes dislocations dans les montagnes, un grand nombre de gouffres s'ouvrirent et projetèrent de Ja fumée ; plus de cent mille hommes périrent sous les débris des villes écroulées. Les éruptions commencèrent en Islande le l"juin. Dix- sept villages furent engloutis, et les laves de l'Hécla consumèrent une très-grande quantité de végétaux. Il y eut bien aussi en Europe de nombreuses tourbières en combustion. Mais aucune de ces explications ne paraît suffisante. Franklin émit une hypothèse qui se rapproche peut-être de la vérité. Selon lui, un immense bolide était venu
s'enflammer dans les hautes régions de T atmosphère, et rétrange brouillard était dû à une vapeur d'origine cosmique.
Un phénomène semblable fat observé, au mois d*août 1831, dans une partie de l'Europe, sur la côte nord de l'Afrique et aux États-Unis. Il afifaiblissait aussi la clarté du jour et répandait, la nuit, une lueur phosphorescente. Aucune comète n'ayant été découverte aux époques où apparurent ces brouillards secs, on n*a pu les considérer comme produits par les vapeurs cométaires que la Terre, d'après Arago, traverse plusieurs fois dans le cours d'un siècle, et qui doivent être Torigine de phénomènes atmosphériques, parfois visibles, mais qui, le plus souvent, passent inaperçus, à cause de l'excessive ténuité des matières dont se compose la queue des comètes.
Progrès de la météorologie. — Préfision da temps. — > Orphée, Homire, Hésiode, Virgile. — Pronostics foamis par les animaux. — Pronostics tirés des végétaux, de l'état du ciel. — Caractères des saisons et des années futures. — Étoiles filantes. — Influence de la lune.
Progrès de la mdtéorologie. ,
Hippocrate, dans son Traité des airs, des eaux et des lieux ^ Aristote, dans %q^ Météorologiques^^ soumirent robservation des phénomènes atmosphériques aux méthodes expérimentales , et rassemblèrent les premiers éléments d'une météorologie positive. Les progrès de la science, malgré la vive impulsion donnée par ces deux grands esprits, et malgré les travaux de Théophraste, de Pline et de Sénèque, furent très-lents jusqu'au moyen âge, où les découvertes d*Avicenne,
1. Météorologie â^Aristotef traduite en français pour la première fois par J. Barthélémy Saiot-Hilaire. Paris, 1863.
d*Albert le Grand et de Roger Bacon lui firent faire un nouveau pas. Mais c*est au remarquable progrès des sciences physiques, à Galilée, Porta, Descartes, Pascal, Huygens, Mariotte, que la météorologie doit les découvertes qui ont assuré son développement.
Parmi les savants dont les travaux ont donné, plus récemment, un puissant essor à cette branche si importante de la science, nous citerons seulement Humboldt et Maury, auxquels on doit surtout la multiplication des observatoires qui, sur terre et sur mer, recueillent aujourd'hui tant de précieux documents. C'est aussi à leur persévérante initiative que nous devons les grandes associations par lesquelles la météorologie entre aujourd'hui dans la voie pratique, justifiant, par ses nombreuses applications à l'agriculture, à la navigation, à rhygiène, à la géologie, l'intérêt universel qui s'est toujours attaché à ses recherches.
Si nous rapprochons les croyances superstitieuses du passé des enseignements de la science contemporaine, nous voyons que c'est à l'amour du merveilleux, à notre commune tendance vers l'inconnu, autant qu'à notre primitive ignorance, qu'il faut attribuer l'intervention du surnaturel dans l'explication ancienne de la plupart des phénomènes atmosphériques et terrestres. Mais cet amour, cette tendance, qui, à travers tant d'erreurs , nous ont pourtant guidés vers la vérité , existent toujours en nous, et nous devons penser qu'ils ne cesseront pas d'intervenir dans notre progrès intellectuel et moral. Dirigés maintenant vers des régions moins obscures, vers des vérités plus lumineuses, ils nous conduiront à une interprétation plus haute de l'action divine, à une connaissance plus exacte des lois fondamentales dont le règne bienfaisant maintient
« Tordre dans l'univers et la magnificence dans Tordre*. »
Prévision du temps.
u Malgré la direction favorable imprimée à la météorologie par les travaux de plusieurs savants célèbres , cette science est encore loin d'approcher de la perfection des autres sciences naturelles. Elle se compose de phénomènes variables et multipliés que vient encore compliquer une foule de circonstances, à Tinfluence desquelles il est impossible de les soustraire , et qui sont modifiées à l 'infini en raison des climats, de la constitution locale, de la configuration, la nature, Télévation ou l'abaissement du sol. Aussi n'est-ce qu'en multipliant les observations, en les répétant sans cesse dans différents endroits, qu'on parviendra à en faire sortir des lois générales, que Ton entrevoit dans l'ensemble des phénomènes, mais dont l'application échappe dans les circonstances particulières. Si Ton parvient jamais à ramener à un petit nombre de lois fondamentales les phénomènes de la météorologie, peutêtre arrivera-t-on un jour à prévoir avec im certain degré de probabilité la force et l'intensité des saisons. Sans parler de tous les avantages qui en résulteraient, on conçoit l'importance de celui qui permettrait au cultivateur de combiner ses travaux en raison du temps qui devrait ou les favoriser ou leur nuire. Mais ce perfectionnement est encore loin d'être la conquête de l'homme. Toutefois on ne doit pas désespérer d'y arriver un jour. Qui oserait poser des limites à la science ? L'esprit humain a déjà assez dérobé de secrets à la na-