Humboldt
ture pour qu'il lui soit permis d'espérer encore lui en surprendre*. »
Cette juste appréciation des services que la météorologie est appelée à rendre , et de la nécessité des nombreuses observations qui peuvent seules lui donner une solide base, indique à la fois le but à atteindre et les moyens d'y parvenir. Mais tandis que pour la plupart des autres sciences les observations à recueillir sont presque toujours ou hors de notre portée, ou entourées de difficultés qui les renferment dans le cercle d'un petit nombre de savants, pour la météorologie au contraire chacun peut, en y mettant quelque persévérance, arriver à connaître les signes du temps d'une manière utile.
Orphée, Homère, Hésiode, VirgUe.
Dès l'origine, l'homme s'est trouvé soumis, soit directement, soit indirectement, à l'influence des météores. Exposé aux intempéries il dut non-seulement chercher à s'abriter dans une demeure solide, mais encore s'appliquer à prévoir les perturbations atmosphériques dont il pouvait avoir à souffrir.
Le rapport de ces perturbations et de la variabilité des saisons avec la production des fruits de la terre, était aussi d'ailleurs étroitement lié à son bien-être, et on s'explique facilement la reconnaissance des premières peuplades envers les hommes dont l'intelligence plus haute et plus active, plus patiente, plus éclairée, put saisir le lien de certains phénomènes avec l'apparition des signes précurseurs.
1. Charles d'Orbigny, Dictionnaire universel dliistoire natU' relie.
Les premiers prêtres, les premiers législateurs furent aussi, dans l'antiquité, les premiers météorologistes. Nous trouvons les traces de leurs enseignements, mêlés aux plus étranges superstitions, dans les fragments primitifs attribués à Orphée, dans les poèmes d'Homère, d'Hésiode et de Virgile.
Deux hymnes d*Orphée appellent les brises favorables, les pluies bienfaisantes qui fécondent la terre :
Les nuages.
« Nuages aériens, voyageurs célestes, générateurs de tous les fruits, vous qui renfermez dans votre sein les tré^ sors de la pluie, vous qui parcourez le monde poussés par le souffle des vents, nuages foudroyants, enflammés, retentissants, qui tour à tour répandez dans Tair un doux murmure ou qui faites entendre Tafl'reux sifflement des tempêtes, je vous supplie maintenant de verser sur la terre les pluies propices qui fécondent les fruits. »
Les saisons.
c< Saisons, filles chéries de Jupiter et de Thémis, la plus féconde des déesses ; vous qui nous comblez de biens, saisons verdoyantes, fleuries, pures et délicieuses; saisons aux couleurs diaprées répandant ime douce haleine ; saisons toujours changeantes, accueillez nos pieux sacrifices, apportez-nous le secours des vents favorables qui font mûrir les moissons. »
Homère, dans VOdyssée^ Hésiode, dans les Travaux et les Jours^ indiquent les premières observations météorologiques des marins et des agriculteurs, les pé-
rîodes de chaque saison qui doivent être préférées pour mener à bien les travaux de la terre, ou pour éviter les dangers de la navigation. Ces périodes correspondent au cours des astres, des principales constellations, Arcturus, les Pléiades, Orion , Sinus, qui tour à tour se lèvent ou disparaissent, marquant dans le ciel étoile la marche des saisons. Ainsi les « humides Pléiades, » qui, vers l'automne, remontent sur notre horizon au commencement do la nuit, annoncent le retour des pluies. Arcturus, que ramène « le printemps aux blanches fleurs, » se lève en avril et préside aux premiers travaux de la saison nouvelle. Orion, Sirius éclairent le ciel orageux des longues nuits d*hiver, quand le froid dépouille les campagnes, et quand les tempêtes déchaînées retiennent le navigateur au port.
Virgile, qui a résumé dans les Géorgiques toute la science météorologique de son époque, recommande aussi les indications tirées du mouvement des astres : « Le laboureur doit observer le mouvement de l'Ourse, des Chevreaux et du Dragon lumineux, avec le même soin que le pilote habile, lorsque pour retourner dans sa patrie, à travers des mers orageuses, il doit affronter l'Hellespont ou le périlleux détroit d'Abydos. »
Mais à ces indications élémentaires sont jointes les indications plus importantes que présente l'observation des signes par lesquels « nous apprenons à lire dans un ciel douteux. » Le cours de la lune et du soleil, leurs diverses apparences, la forme et la couleur des nuages, l'apparition des météores, les mouvements instinctifs des animaux, sont en relation avec les variations du temps, que nous pouvons prévoir par une étude attentive du ciel et de T atmosphère. Il est d'ailleurs évident, et Virgile l'avait bien compris, que cette
étude demandait, pour porter tous ses fruits, une série de connaissances à peine entrevues par l'antiquité :
«... Que les Muses daignent m'admettre dans leurs chœurs sacrés ! qu'elles m'apprennent la route que parcourent les corps célestes; quelle cause éclipse tantôt la lumière du soleil, et tantôt celle de la lune ; quel pouvoir secret enfle tout à coup les eaux de la mer, les pousse hors de leurs limites, et les ramène ensuite sur elles-mêmes ; pourquoi la terre s'agite sur ses fondements ; pourquoi le soleil semble se hâter, en hiver, d'éteindre ses feux dans l'Océan, et quel obstacle retarde, pendant Tété, l'arrivée de la nuit. »
Si l'observation inexacte des phénomènes naturels conduisit à des notions erronées ou superstitieuses sur la nature et la formation des météores, on ne peut mettre en doute que cette observation fût aussi la base des connaissances qui amenèrent le progrès de la météorologie, et qui, d'âge en âge, se répandant et se perfectionnant, détruisirent ou modifièrent les idées du passé pour leur substituer des idées plus rationnelles. Autant il est nécessaire, disait Gicéron, d'étendre et d'affermir la religion par la connaissance de la nature, autant il faut déraciner la superstition. »
Cette juste pensée, qui s'applique à toutes les découvertes, à toutes les conquêtes de la science, se rapporte surtout à la météorologie, dont les erreurs, mêlées à celles de l'astrologie et de l'alchimie, ont si longtemps voilé l'ordre providentiel, caché sous l'apparente confusion des phénomènes.
Un résumé de ces erreurs, inséparables des premières recherches qui nous conduisent à la vérité, pourrait offrir quelque intérêt, mais il nous mènerait trop loin, et nous préférons indiquer l'état actuel de la
MéUorognosie^ « qui cherche à déduire les phénomènes futurs de Tobservation d%s phénomènes passés et présents. » Nous empruntons cette définition à TexceUent Traité de M. de Grasparin sur la météorologie agricole^, qui va nous servir de guide et dont nous reproduirons quelques-uns des principaux passages, en les complétant par un exposé succinct des plus récentes observations.
PronostiM mMéorologiqaes f onmis par les animaux.
« Les corps animés reçoivent des impressions particulières qui précèdent et annoncent les changements de temps. Les animaux paraissent doués, à cet égard, d'un instinct que les observateurs ont mis à profit, et rhomme lui-même, dans l'état sain, éprouve des sensations qui lui permettent d'annoncer d'une manière presque certaine les faits météorologiques qui vont survenir.
« Ainsi, nous entendons mieux les sons lointains à l'approche de la pluie ; nous apercevons alors plus distinctement les objets éloignés; les mauvaises odeurs se font sentir d'une manière plus incommode.
« Les hirondelles rasent la terre dans leur vol ; est-ce pour se nourrir des vers qui alors en sortent? Les lézards se cachent, les chats se fardent, les oiseaux lustrent leurs plumes, les mouches piquent plus fortement, les poules se grattent, se couvrent dépoussière, les poissons sautent hors de Peau, les oiseaux aquatiques battent des ailes et se baignent. Tels sont les résultats d'une espèce d'intuition populaire; ils n'ont