Cours d'agriculture, t. II
pas été soumis à une critique sévère, mais ils se vérifient assez souvent pour qu'ils ne puissent paraître douteux. »
Pronostlos tirés des végétaux.
« Presque tous les signes qui ont été indiqués annoncent plutôt l'humidité de Tair que l'approche de la pluie, car ils manquent quand un orage survient par un temps sec. Ainsi, Ton range le gonflement des boiseries qui rend difficile la clôture des portes faites de bois tendre, le raccourcissement et la tension des cordes composées de fibres végétales, parmi les signes de cette humidité ; on a même construit avec ces fibres des hygromètres grossiers. On a remarqué aussi que la fleur de la pimprenelle s'ouvre, que les tiges de trèfle et les autres légumineuses se redressent quand Tair se charge d*humidité. Linné a observé que le souci d'Afrique ouvrait ses fleurs le matin entre 6 et 7 heures et les refermait à 4 heures du soir par un temps sec, mais que s'il devait tomber de la pluie il ne s'ouvrait pas le matin ; que lorsque le laitron de Sibérie ferme sa fleur pendant la nuit, on a du beau temps le lendemain ; que si au contraire elle reste ouverte, on doit s'attendre à la pluie. »
Pronostics tirés de l'état du oiel.
« La pâleur du soleil annonce la pluie ; on ne le voit alors qu'à travers un air chargé de vapeurs ; s'il fait éprouver une chaleur étouffante, c'est aussi un signe de pluie ; on se trouve alors entouré d'une atmosphère saturée de vapeurs et plus propre à s'échauffer à cause de son défaut de transparence. Si les vapeurs sont
groupées en nuages, le soleil qui passe à travers ce nuages élève la température plus qu'il ne l'aurait fai par un temps parfaitement clair. Si le soleil est clair et brillant, il présage une belle journée ; mais quand le ciel est rouge au levant avant son apparition, et quand cette rougeur disparaît au moment où il se montre, c'est encore un signe de pluie. On présume alors que Pair froid et chargé de vapeurs réfracte les rayons du soleil, pouvoir qu'il perd en s échauffant par la raréfaction de ces mêmes vapeurs. Le soleil couchant, clair et sans nuage, dans un ciel orangé, est un signe de beau temps ; si le ciel est rouge, c'est un signe de vent.
« Quand le soleil, à l'horizon, paraît plus grand qu'à l'ordinaire, c'est un signe de pluie; il en est de même de la lune. On juge aussi que la couleur pâle de celle-ci, que les cercles concentriques plus ou moins obscurs dont elle est entourée, que ses cornes mal terminées, que l'auréole lumineuse qui s'étend autour d'elle et qui fait dire que la lune baigne ^ sont autant de signes de pluie. Les étoiles présentent aussi des signes pareils : leur lumière perd de sa vivacité, et elles baignent aux approches de la pluie.
« Le ciel est d'autant plus bleu qu'il y a moins de vapeurs interposées entre lui et l'œil du spectateur. Sur les montagnes, il prend une couleur d'indigo foncé. Si l'air se charge de vapeurs, il perd de sa diaphanéité, et la teinte du ciel devient blanche, farineuse^ comme on dit. Ce signe n'est pas équivoque. L'air cesse aussi d'être transparent par l'effet des vents qui agitent et transportent une telle quantité de poussière que le ciel en paraît quelquefois rougeâtre, à cause des reflets de la lumière sur ces corpuscules solides.
« La transparence de Tair n'est pourtant pas toujours altérée aux approches de la pluie; nous avons même déjà fait observer qu'un des signes qui l'annonçaient le plus sûrement, c'était une translucidité inaccoutumée qui faisait que les objets éloignés semblaient se rapprocher de nous dans ce moment. Ainsi, dans un cas, le défaut de transparence de l'air, et dans Tautre, l'excès de transparence, seraient tous deux des signes précurseurs de la pluie. Les faits s'accordent avec ces deux énoncés. Examinons-en les circonstances :
c< 1® Si la masse de l'air tout entière est très-humide et a une température assez élevée pour que la vapeur se trouve parfaitement dissoute ; si Ton suppose en même temps que la chaleur soit répartie entre ses couches de manière qu'elles restent en équilibre, il n'y a plus de courant ascendant qui, en se refroidissant, diminue la transparence de l'air, et cependant toutes les circonstances qui peuvent changer la température, l'abaissement de la chaleur à mesure que le soleil décline, le rayonnement nocturne, l'arrivée d'un vent froid, amènent la chute de la pluie. Cet état d'équilibre des couches, joint à leur presque saturation de vapeur, se remarque surtout en été, et c'est alors que les objets éloignés paraissent être rapprochés.
ce 2° Il arrive aussi que les nuages supérieurs forment au-dessus de nos têtes une espèce de dôme comme celui des panoramas, et qu'alors, nous trouvant dans une obscurité relative, les objets éclairés semblent être plus voisins. Nous nous rappelons avec plaisir le magnifique spectacle que nous présenta une semblable disposition sur le sommet du mont Ventoux. Tout l'horizon était clair, mais la montagne était surmontée d'une calotte de nuages noirs qui nous mettait dans
robscurité. Alors nous pûmes contempler ce que nous n'avons plus revu dans d*autres ascensions, les Pyrénées orientales et les côtes de la Méditerranée jusqu'au point où elles tournent au sud pour regagner la Catalogne. Un moment après, un nuage s'étendit et une grande pluie tomba sur toute cette contrée, dont l'atmosphère était sans doute dans l'état d'équilibre que nous avons décrit plus haut.
« Les vents sont aussi des indices du temps qu'il doit faire, non-seulement d'après leurs qualités propres, mais aussi par T étude des vents supérieurs dont on connaît la présence et la direction par la marche des nuages. Si le vent inférieur se renforce beaucoup et que les nuages marchent en sens contraire, ou dans des directions faisant un angle assez ouvert, on juge que le vent inférieur va céder la place auvent supérieur.
<c Deux vents de qualités opposées qui se succèdent amènent souvent la pluie. Ainsi, un vent froid, arrivant dans une atmosphère imprégnée d'humidité par le vent chaud qui le précédait, déterminera une précipitation aqueuse ; c'est ce que fait aussi le vent humide et chaud arrivant dans un air refroidi par le vent qui l'avait précédé.
« En général, on peut d'autant mieux prévoir une pluie prochaine que le ciel présente plusieurs étages superposés de nuages. Les vents entraînant des masses de nuages détachés les uns des autres ne versent que de petites pluies.
« Les nuages fixes, situés du côté oiîi souffle le vent, n'amènent que la continuité du vent ; ils annoncent sa fin s'ils apparaissent du côté opposé.
vc Les nuages arrivant à la fois, et par des vents divers, annoncent un orage prochain.
<c Les nuages s'accumulant sur les flancs des montagnes annoncent la pluie.
« Les brouillards qui se dissipent complètement sans former de nuages accompagnent le beau temps, puisqu'ils annoncent que l'air conserve la faculté de dissoudre la vapeur ; mais plusieurs jours de brouillards de suite conduisent presque certainement à la pluie. »
Nous ajouterons à ces pronostics quelques-uns de ceux recueillis par l'amiral Fitz-Roy, et cités dans son Instruction sur V usage du baromètre:
<c Voici les signes les plus connus des marins et des cultivateurs :
« Ciel rose au coucher du soleil, beau temps. — Ciel rouge le matin, mauvais temps ou beaucoup de vent. — Ciel gris le matin, beau temps. — Si les premières lueurs du jour paraissent au-dessus d'une couche de nuages, vent. — Si elles paraissent à l'horizon, beau temps.
ce De légers nuages à contours indécis annoncent du beau temps et des brises modérées. — Bi^ nuages épais à contours bien définis, du vent. — Un ciel bleu foncé sombre indique du vent. — Un ciel bleu, clair et brillant, indique du beau temps. — Plus les nuages paraissent légers, moins on doit attendre de vent. — Plus ils sont épais, roulés, tourmentés, déchiquetés, plus le vent sera fort. — Un ciel jaune brillant au coucher du soleil annonce du vent ; — jaune pâle, de la pluie. — Suivant que les teintes rouges, jaunes ou grises prédominent, on peut prévoir le temps avec une très-grande approximation.
<c De petits nuages couleur d'encre annoncent la pluie. — Des nuages légers courant rapidement en
sens inverse de masses épaisses annoncent du vent et de la pluie.
« Des nuages élevés passant devant le soleil, la lune ou les étoiles, dans une direction opposée à celle des couches de nuages inférieurs ou du vent qu'on ressent à terre, indiquent un changement de vent.
ce Après un beau temps, les premiers signes d*aQ changement sont ordinairement des nuages blancs élevés, en bandes ou en touffes légères, pommelées, qui augmentent et forment bientôt des masses épaisses et sombres. Grénéralement, plus ces nuages paraissent éloignés et élevés, plus le changement de temps sera lent, mais plus il sera considérable.
« Des teintes douces, légères, délicates, avec des nuages à forme arrêtée, indiquent ou accompagnent le beau temps. — Des teintes extraordinaires, avec des nuages épais, aux contours durs, indiquent la pluie et probablement un coup de vent.
« Observez les nuages qui se forment sur les hauteurs ou s'y accrochent : s'ils s'y maintiennent, s'accroissent ou descendent, c'est signe de pluie. — S'ils montent et se dispersent, c'est signe de beau temps.
« Quand les oiseaux de mer prennent leur vol, le matin vers le large, on aura du beau temps et des brises modérées. — S'ils restent près de terre, s'ils se dirigent vers l'intérieur, c'est signe de coups de vent et de tempête. Beaucoup d'autres animaux sont sensibles aux variations atmosphériques ; il ne faut pas négliger ces indications.
« Ainsi, quand les oiseaux qui volent habituellement
en bandes, les hirondelles se tiennent près des habi-
. tations, volant de côté et d'autre, rasant la terre, c'est
signe de vent ou de pluie. Quand les animaux recher-