I. Bibliol/tèque brilannigw, t. LV, p
ooQTert toutes les montagnes, commença à obscurcir la lumière du jour et à prendre
mi aspect menaçant. Sa teinte n'était plus rougeâtre comme on l'avait vue de loin,
mais Téritablement couleur de feu, ou plutôt comme du fer rouge. A quatre heures
et demie, les tënèbres furent complètes et on fut obligé d'allumer dans les maisons;
le peuple eflrayé courut en foule dans la cathédrale où il força le prêtre qui prêchait
le carême et le vicaire capitulaire lui-même, à monter en chaire pour se mettre en
prières. A peine le sous-prëfet en eut-il connaissance qu'il se rendit à l'église pour
essayer de calmer le peuple, mais réfléchissant au danger auquel il s'exposait en
se mettant en opposition avec une impulsion populaire aussi prononcée, il se fit
remplacer par quelques prêtres. La précaution fut inutile; vers cinq heures, les
clameurs redoublèrent, et véritablement les personnes timides ])ouvaient alors être
alarmées. Le ciel était rouge jaunâtre ; la lumière du soleil presque totalement
obscurcie ; et le côté du nord offrait déjà d'épaisses ténèbres. Quoique la mer soit
éloignée de six milles, ses mugissements profonds arrivaient jusque dans la ville;
on entendait aussi des bruits sourds dans l'air, sillonné par les éclairs et secoué
du tonnerre. Alors commencèrent à tomber de grosses gouttes d'eau chargées d'une
poudre rougeâtre qu'on prit pour du sang, et que d'autres crurent être une pluie
de feu. Dans cet état de choses, une circonstance extraordinaire mit le comble à la
terreur. Le feu prit à la m:iison d'un particulier dans la ville, et le spectacle
en devint bien plus imposant encore : alors la populace ne connut plus de frein ;
elle se crut à la fin du monde, l'incendie était à ses yeux le commencement de
l'embrasement universel. Le peuple courait çà et là en poussant des cris et des
hurlements lamentables. Les uns tendaient les bras aux prêtres en les suppliant de
les confesser sur l'heure : ceux qui n'en avaient pas à leur portée se confessaient
en public et à haute voix, d'autres se donnaient la discipline, d'autres se frappaient
le visage et la poitrine et s'arrachaient les cheveux, en attribuant à leurs péchés
le fléau qui allait punir la race entière. On demanda à grands cris de porter en
procession les images des saihts, ce qui fut accordé de suite comme le seul moyen
de prévenir les désordres inévitables dans un rassemblement pareil, et le mal qui
pouvait en résulter pour la fabrique et pour l'église. On sortit donc les statues, et
le peuple se mit jusqu'au soir autour d'elles en faisant retentir l'air de ses
prières et de ses cris. Vers la nuit, le ciel commença à s'éclaircir, les éclairs
cessèrent ainsi que la pluie, et le peuple se rassura, surtout lorsque la cause de
l'incendie fut connue et que ses progrès furent arrêtés. »
Ce récit déjà ancien fait certainement ressortir l'intérêt de l'observation bien plus récente de poussières accompagnant les météorites de Hcssle, en Suède (l*' janvier 1869). M. Nordenskjôld ayant promis une récompense aux paysans qui lui apporteraient les météorites, ceux-ci se plaignirent que beaucoup de pierres tombées sur la glace ou sur la neige étaient perdues parce qu'elles s'étaient réduites en poussière noire ou brune que l'on retrouvait çà et là sur la neige. c Je vonlus, dit M. Nordenskjôld, me faire apporter aussitôt des preuves de la réalité de cette poussière ; mais la chute de la neige peu après le phénomène ne permit pas d'abord d'en retrouver. Ce n'est que vers le printemps, après la fonte de la neige, que je réussis à en obtenir un peu d'un paysan ; trop peu pour pouvoir
1. Société des êcience* de GœUingue, séance da 16 juillet, i869.
310 ENCYCLOPÉDIE CHIIIIQUE.
en faire une analyse chimique complète, assez pour pouvoir prouver son origine météoritique et pour pouvoir en déduiœ sa composition chimique essentielle. »
La poudre a une couleur noire ; contidnl des parcelles attirées par Taimant ; s*enflamme par la chaleur et brûle en laissant une cendre brun clair. Chauflee dans un tube, elle donne un peu d*un produit de distillation liquide et brun; desséchée à 110^, elle perd 4,3 pour 100 d*eau, et contient aloi*s, d'après les analyses approximatives faites sur de petites quantités :
Carbone 51,6
Hydrogène 5,8
Oxygène 15,7
Silice 16,7
Protoxyde de fer 8,4
Magnésie 1,5
Chaux 0,8
Soude avec traces de lithium ^ 1,5
Cette substance consiste donc dans le mélange d*un silicate de la formule :
(Mg, Ca, Fe, Na, Li) Si et d*une matière organique
« La découverle de la poudre carbonifère n*e$t duc qu*à cette circonstance, dit M. Nordenskjôld, que la chute de météorites d'Arno-HcssIe s'est faite sur la neige fraîchement loiniiée dont la surface blanche fit remarquer ce corps étranger. •!! est donc probable pour moi que ces substances carbonifères accompagnent la plupart des météorites qui tomlx'nt et qu'elles concourent à Tapparilion de la lumière, ordinairement liée à ce remarquable phénomène, m
Les méléoritcs apportant de fines poussières dans l'atmosphère on doit penser que la neige et la grêle, en balayant l'océan aérien, doivent très efficacement amener sur le sol ces vestiges cosmiques.
Dès Tannée 1875, M. de Baumhauer, dans un mémoire relatif à l'origine des aurores polaires*, rap|)elait que le 21 juin 1821 il est tombé dans la province de Majo, en Espagne, des gréions avec noyaux métalliques ou Pictet a constaté la présence du fer au moyen du ferrocyanure de potassium. « Mais, ajoute-t-il, ce qui mérite surtout notre attention, c'est la chute à Padoue, le 26 août 1834, de grêlons avec des noyaux de couleur gris cendré. Ces noyaux, examinés par Cozari, consistaient en grains de diverses grosseurs, dont les plus gros étaient attirables à Tainiant et furent liouvés composés de fer et de nickel. L'identité de cette matière avec celle des aérolithes ne peut guère faire l'objet d'un doute. »
Au commencement de décembre 1871 il y eut à Stockholm une chute de neige
1. Le lilliium a été décelé par M. Angstroiii à l'aide de la méthode spcclroscopique.