‹ Les météoritesChapitre 139 sur 208 · Comptes rendun, t. LXXIY. p · texte numérisé non relu

Comptes rendun, t. LXXIY. p

plus abondante qu'aucune dont le souvenir soit reslè. M. Nordenskjold ^ en fit tondre un mètre cube et recueillit un résidu noir et peu abondant. En distillant un peu de cette matière on obtint un produit liquide; après combustion la substance laissa une cendre rouge ; Taimant en retira quelques parcelles qui, écrasées dans un mortier d*agate, prirent Tëclat métallique et donnèrent par les réactifs les caractères du fer. Bien qu*on ait pu se demander si ces grains métalliques ne proviendraient pas des cheminées et des toitures en fer de la ville, en ce moment couverte d*une épaisse couche de neige, le fait parut assez remarquable pour faire désirer de semblables observations dans des points éloignés de toute habitation. A cette fin, de la neige fut recueillie le 13 mars 1872, par le D^ Karl Nordenskjôld, à Evoia, en Finlande, au nord dllcisingfors, dans le centre d*une vaste foret. Après fusion, cette neige laissa un résidu d*apparence de suie qui montra sous le microscope non seulement une substance charbonneuse noire, mais encore des granules d*un blanc jaunâtre qui, extraits par Taimant, apparurent dans le mortier comme du fer malléable. Ce{)endant la quantité de matière était trop faible pour permettre d*y rccberolier le nickel et le cobalt ou, si Ton veut, pour en établir Torigine météoritiquc.

L'expédition arctique de 1872 offrit des conditions favorables pour recueillir de la neige dans une région aussi distante que possible de toute habitation humaine. Le 8 août, la neige étendue sur la glace par 80^ lat. N. et 15^ long. E. était recouverte d'une épaisse couche de petites particules noires qui pénétraient d'ailleurs çà et là dans la neige à plusieurs centimètres de profondeur. Les grains magnétiques y étaient fort abondants et on reconnut leur faculté de précipiter le cuivre de ses dissolutions. De même le 2 septembre, par 80^ lat. N. et 15^ long. E., le champ de glace était recouvert d'un lit de neige fraîchement tombé, épais de 50 centimètres ; au-dessous était une couche plus compacte de 8 millimètres et au-dessous 50 millimètres de glace transformée en une substance granulaire. Cette dernière était remplie de granules magnétiques noirs devenant gris par la dessiccation ; il y en avait de 0'°'°,1 à 1 milligramme par mètre cube de neige.

« La quantité de substance dont j'ai pu disposer, dit M. Nordenskjôld ' était trop minime pour qu'il pût être question d'une analyse quantitative ; mais en dissolvant cette poussière dans l'eau régale, séparant le fer par l'ammoniaque en excès, précipitant les autres métaux par le sulfhydrate d'ammoniaque ; puis traitant le préci|>ité au chalumeau avec du borax, j'ai pu constater la 'présence du nickel et du cobalt. Quant au fer hydraté, précipité par l'ammoniaque, après avoir été de nouveau dissous par l'acide nitrique et précipité à Taide du moiybdate d'ammoniaque, il d(mne la réaction du phosphore.

c J'ai encore examiné la grêle tombée à Stockholm l'automne dernier, et j'y ai trouvé de petits grains noirs qui, triturés entre deux mortiers d'agate, donnaient des lames de fer métallique. Malheureusement cette grêle était tombée dans une ville où toutes les maisons sont couvertes de toits en fer, et je ne mentionne ce fait que pour engager d'autres observateurs à renouveler ces observations dans des conditions plus favorables. Je suis personnellement convaincu que la grêle s'était

i. Redogôrelse for en Expédition till Gronland ar, page 23. 2. Comptes rtndw, t. LXXVIII, p. 236.

au SNCYCLOPtelB CEmnQDE.

coiuioii»!^^ autour de grains minimes d*une origine cosmique flottant dans l'air et uutt oe fer tétait de la même origine que le fer trouvé dans la neige par moi, à SttH'kImInu el par mon frère en Finlande; mais il y a toujours une grande dilTén4H'<' entre une conviction personnelle et une conviction scientifique ; je regarde m^endant comme prouvée par toutes ces observations l'existence d'une poussière cosmique tombant imperceptiblement et continuellement , fait d'une importance immense non seulement pour la physique du globe, mais encore pour la géologie et les questions pratiques, par exemple pour l'agriculture, en raison du phos-

plion^. *

La poussière de b glace polaire au nord du Spitzberg offre une ressend[>lance intime av^* le cr^-omke. dont nous parlerons plus loin.

l^ a plusieurs tV.H> constaté au Canada des chutes de poussières, accompagnées de cîrviMUtuices aoa^Aries à celles que nous venons de décrire. C'est, par exem- |4e« c^qttv^ aoik«emf le> 5et 4 juillet 1814 S ainsi qu'en novembre 1819*.

Le:^ poos^rvs t^nbées dans ces deux circonstances étaient semblables et caraclefft»«s piir k'ur oKii^or otoire. La pluie de 1819 est la mieux étudiée, et il est Mvftabi». Jjpc^ ia iescnption qu'on en a donnée, que sa composition était fort Y^ùttie de c^iîtf i^ niéWorites charbonneuses.

(^wr Mt -t uift P^tt étudié ces dernières et les a maniées, l'explication des pluies dr pM«fc<s«èf^ simp^i^ d elle-même. Si, par exemple, le 14 mai 1864 au lieu de Smk^ Jntfts r^rt^^Hiiaroiine, un temps beau et sec, l'atmosphère eût été saturée d^^^^ftfefcf. vw ^ contenu des nuages suffisamment épais, il est clair que les AU Iwtt de tomber sous la forme de pierres, se fussent désagr^ées pen- S^^ tra«.< cottime elles le font quand on les met dans l'eau, et fussent tombées 1 I \lM ^ ^«Mftii^i^* C'est, ù n'en pas douter, ce qui eut lieu lors de la pluie

tv^ .»«K4K»iu<>iH' fut surtout sensible à Montréal : le ciel s'obscurcit de plus en ;4ux UAaiu'A vv quo les ténèbres fussent complètes. On entendit dans les airs des J^u.'iKu*^*'^ lW«uidal»les, accompagnées de lueurs intenses que l'on prit pour des x^Uiiv t\»i>uùou f^éiiorale fut qu'un orage, remarquable par sa violence, coïnci- Jteil ovv luicvudio d'une forêt voisine qui doimait naissance à la suie qui tombait. vV u\'>>^ q^*^ V^^^* ^'^^^^ ^" discutant les circonstances du phénomène, que l'on .utOv* À i^HHUUiaîlre sa nature niéléorilique.

\V K^^t !tun>i doute expliquer les pluies de poussières non charbonneuses par r;MH\\v do nuMôorites minérales friables. Peut-être aussi certaines météorites cM^U'Ul «'llo!« originairement ù l'état incohérent. C'est la conclusion qu'il faudrait mIhh^^Mv, n\ l'on regardait comme météoritiques certaines poussières formées de Uh iua^i^^^I'M*'*^ analogues à celle qui tomba, dit-on, à Lœbeau, en Saxe, le 13 janxicv IH^Ni ot dont le Muséum possède un échantillon.

M. ^unn" a entrepris pendant les hivers de 1874-1875 et 1875-1876 des analyses \\k^ lômdii» do noige, afin d'y déceler la présence du fer.

Il II riMMioilli la neige à plusieurs reprises, en diverses altitudes qui sont : Mon-

I /•A^/(i«o/'/iiV'i/ Magazine, t. \L!V.

\| Aitniift^* tlf Chimie, t. XV.

\ ( itinfiit'" trmiim, l. LXXXIII, p. 242.

treux aa bord du lac Léman (575 mètres), la station des Avants au-dessus de Mon- ' treux (979 mètres) et Thospice du Saint-Bernard (2491 mètres), et toujours dans le* mêmes conditions. H. Yung a examine les résidus de ces neiges au microscope el les a comparés aux poussières recueillies dans les clochers de plusieurs cathédrales (Paris, YarsoTie, Samara sur le Volga, Genève, Lausanne, etc.), et il est arrivé à ces conclusions :

1^ Le fer existe dans toutes les poussières accumulées depuis des siècles dans les clochers d*église. 11 y possède une forme globulaire caractéristique indiquant qu'il a été porté à une haute température.

2** Ce fer flottant dans Tatmosplière est entraîné par la neige dans sa chute ; on Ty a retrouvé dans tous les cas, par les procédés chimiques.

5' On n'a pas rencontré dans les résidus de neige, le fer avec la forme globulaire, mais toujours en fragments irréguliers.

4û Le fer est toujours en plus forte proportion dans les neiges des régions inférieures que dans les neiges recueillies à de plus grandes altitudes.

De son côté, en étudiant au microscope les poussières de Tair et les sédiments fournis par la neige des Alpes et par les eaux pluviales recueillies dans plusieurs localités, et notamment à Tobservatoire météorologique de M. Hervé-Mangon, à Sainte-Marie du Mont (Manche), M. G. Tissandiery a reconnu des sphérules remarcpiables par la régularité de leur forme ^

Ces sphérules, constituées par de Toxydnle de fer, sont identiques à celles que produit le fer métallique en brûlant dans l'air, et Fanalogie conduit à penser que, chaque fois qu*nn fer météorique pénètre dans notre atmosphère, il doit en produire un grand nombre. En observant au microscope la croûte des météorites, on y distingue d'ailleurs des grains arrondis qui ne sont pas sans quelque ressemblance avec les précédents. En outre, les particules magnétiques retirées des sédiments atmosphériques ont donné à l'analyse des indices révélant la présence du nickel, et de nature, par conséquent, à les faire regarder comme météoritiques.

Toutefois, si ces faits conduisent à faire supposer une origine cosmique aux grains qui nous occupent, d'autres considérations invitent à rechercher s'ils ne dériveraient pas des masses de fer métallique qui brûlent autour de nous, par exemple en subissant les opérations métallurgiques, ainsi qu'en témoigne la richesse en sphérules de l'oxyde des battiturcs, et même en étincelant sous le choc du briquet '.

Il nous paraît difBcile d'attribuer à des sources terrestres l'immense quantité de sphérules que présentent les poussières ramassées dans les lieux les plus distants et dans les situations les plus diverses. C'est ainsi que l'étude des sables rapportés par la drague du fond des océans nous en a procuré des exemples nouveaux.

M. le commandant Mouchez a adressé au Muséum une nombreuse série de fonds de mer, qui ont été collectionnés sur les eûtes de Tunisie et d'Algérie. Leur étude nous a fourni beaucoup de sphérules magnétiques. Nous citerons, en particulier, un sable quartzeux et calcaire, pris par 14 mètres de profondeur au

1, Compte* rendue j t. LXXXllI, p. 76.

3. Brard, Minéralogie appliquée aux arlM, t. III, p. 143, 1821.

mouillage de Beni-Saf, à 700 mètres de la côte ; il renferme des glc diamètre est d*enTiron O^'^^OSS. Un sédiment à la fois quartzeux et se trouve ù i 1 mètres de profondeur, 2 milles au nord-est de Cartha( bien plus riche, et les globules qu*il contient, parfois gros de O'^yO h diverses reprises le petit goulot caractéristique des sphérules du b existe d'analogues et de plus gros encore dans le sable qui constitue mer, à 7 mètres de profondeur, devant la Goulette; dans Targilc 270 mètres dans le golfe de Philippeville et dans plusieurs autres éch

Dans une région bien différente, puisqu*il s*agit maintenant de 1 sphère, H. Tamiral Serres a recueilli des sédiments marins qu'il a égal au Muséum. Les globules n'y font pas défaut ; on les trouve même ai dancc extrême dans le sable qui fait le fond de la baie de Possession gnent 0'"'°,056 de diamètre.

Les faits qu'il nous reste à faire connaître sont bien plus décisi s'agit de la présence de sphérules magnétiques au sein même de se la date de formation est bien antérieure à l'apparition de l'homme si

Au début de ces recherches, nous avons été frappés, M. G. Tissandie l'abondance de belles sphérules (fig. 86) dans le sable extrait du pui Passy, à 569 mètres au-dessous de la surface du sol, sable qui apparti Leurs dimensions varient de O'^'^^OO? à 0'"",020. Ce sable ayant été e

Fig. KO. — Sphérules niét.nlliqiies contenues dans le sable albien qui fourn jaillissanle aux puils artésiens de Grenelle et de Passy ; grossies 225 f<

on pouvait penser que les globules y éUiient tombés récemment. El observations avec des mottes de sable du puits de Grenelle, mottes depuis leur dépôt, comme en témoigne la succession des couches ] composent, nous avons retrouvé le même résultat. L'argile qui Grenelle, la couche aquifère renferme aussi des globules dans Tin masse.

Allant plus loin, nous avons examiné des roches dures dont on poser le remaniement et dont nous avons fait disparaître toutes

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