Comptes rendus, séance du 18 lévrier
exposées à l'air. Le noyau ainsi isolé a été enveloppé, puis broyé, sans choc, par écrasement dans un étau, et la poudre a été soumise au triage à Taimant. Pour répondre à l'objection qui consisteruit ù dire que les globules peuvent tomber de Tair dans les préparations, au cours des manipulations (ce qui serait s'exagérer beaucoup leur nombre dans ratmrsphère), nous avons traité exactement de la même manière des roches cristallines, et spécialement un gneiss du Simplon (8. R. 173) S un micaschiste du Saint -Gothard (11. B. ii), une serpentine verte du Val d*Ao8te (8. R. 197), etc., et nous n'avons jamais rien observé qui ressemblât, même de très loin, aux globules proprement dits. Le même résultat négatif a été donné par Texamen d'une maguétite friable de Norvège.
Traité par la méthode qui vient d'être décrite, un grès infra-liasique de Saint- Jalien-lès-Metz (9. Z. 186) a présenté, au contraire, une sphérulc presque parfaite de 0^,014. Un psamniite micacé du trias d'Esslingerberg, en Wurtemberg (4. 1). 79), en a fourni un de même dimension. Le grès ferrugineux permien de Salzbach, en Brisgau (0. 110. a), est infiniment plus riche. Une préparation que nous consert'ons au Muséum contient au moins quatre globules dont le diamètre varie de 0"",014 à O^'njOiâ. L'une de ces sphérules, grosse de 0'"'°,028, est parfaite et identique à celles de la période actuelle. La richesse de cette roche nous a engagé à Tétudier avec un soin spécial; plusieurs préparations nous ont donné les mômes résultats.
Continuant à remonter la série des uges, nous avons examiné les sédiments carbonifèi*es. Un pséphite, extrait d'un puits de mine de Samt-Avoldt, nous a donné uu globule parfait de 0'°'°,01. Plus ancien encore, un grès dévonien des environs lie Yiiledieu (Manche) (2. A. 52) a offert plusieurs globules irréprochables, entre autres celui que présente une préparation conservée, et qui a 0"™,0i.
En résumé, les faits qui viennent d'être rapidement exposes montrent que les sédiments actuels de la mer, comme ceux des océans géologiques, renferment des globules sen.blables aux sphérules que l'atmosphère laisse constamment tomber à la surface de la terre. iNous n'avons jusqu'ici aucun moyen de les distinguer les uns des autres, puisqu'ils sont également noirs, sphériques et attirables, et nous sommes dès lors autorisé à les identiticr entre eux. Si l'on admet cette conclusion, il faut reconnaître que les couches du globe renferment des matériaux d'origine cosmique dont la chute remonte à un passé des plus reculés. On comprendra i'im- \miance qu'il y aurait à préciser, si faire se peut, l'époque où la Terre a reçu, pour la première fois, cette contribution de l'espace.
D'après les études de M. Tissandier ', les corpuscules aériens attirables à l'aimant ne se présentent pas toujoui-s en sphérules à surface lisse. Ils affectent sou- ?ent d'autres formes. Tantôt ces corpuscules sont amorphes : ce sont des fragments très noirs; tantôt ils sont constitués par une réunion de granulations extrêmement petites, groupées en amas compacts : cette forme est très rare ; quelquefois ils atteignent des dimensions plus considérables, et dans ce cas leur surlace est rugueuse ou
mamelonnée. Quelques fragments ferrugineux magnétiques atteignaient une Ion-
gueur de ttt de millimètre.
1. Ces signes et les suivants correspondent uux cntalop;ues des collections du Nusëum. 3. Comptes rendu»^ l. LXXXIIL p. Tl,
316 ENaCLOPÉDlB CHIMIQUE.
A Taide d'une lame d'acier» l'auteur a gralté la surface d'une masse du fer méléoritique tombée le 14 juillet 1847, à Braunau-Hauplmansdorf (Bohême). Cette surface, formée d'une croûte noire adhérente au métal, se divisait facilement eU parmi les fragments pulvérulents détachés, se sont trouvées quelques parcelles [globulaires et mamelonnées très apparentes sous un grossissement de 100 diamètres. Plusieurs fragments semblables ont été rencontrés en grattant la surface d'autres échantillons, parmi lesquels la météorite tombée le 11 juillet 1868 à Omans (Doubs). La surface noire extérieure, très peu adhérente au silicate formant la masse intérieure, est mamelonnée, et on y a o'oservé par place des sphérules qu'on dirait incrustées.
Il faut ajouter d'ailleurs que si, parmi les poussières ferrugineuses atmosphériques, il en est dont l'origine est extra-terrestre, il en existe aussi d'autres qui sont soalevées par les vents à la surface de la terre, ou emportées dans l'air par la fumée des usines. Le fer affecte la forme globulaire quand il jaillit en étincelles ou qu'il brûle dans une flamme : l'oxyde des battitures, formé au rouge, donne naissance à des sphérules magnétiques. Lors de Tinondation de la Seine (1878), un sable apporté à Choisy-le-Roi par des eaux qui avaient sans doute balayé le voisinage de quelque usine, contenait une grande quantité de globules sphériques d'oxyde de fer magnétique, mais qui ne renfermaient pas de nickel. Mais cette source terrestre de poussières ferrugineuses n'explique en aucune façon l'abondance extraordinaire de parcelles de fer qui flottent dans Tatmosphère, dans la neige des régions polaires, dans celle dos Alpes, dans les eaux météoriques recueillies au milieu des campagnes ; «Ho est étrangère à l'existence dans l'air de ces innombrables corpuscules nickéliiTiroB, dont il faut chercher l'origine dans In poussière qui se détache en pluie de feu de la surface incandescente des météorites.
Kiifin, pour un certain nombre de poussières, la question de leur origine est encore fort douteuse. C'est ainsi que le lieutenant Nordquist, qui faisait partie de l'expédition de la Vega, recueillit en 1880, sur la glace de la côte de Taimur S des écailles jaunes qui furent examinées par le D^ Kjellman. M. Nordenskjôld avait supposé d'abord qu'il s'agissait simplement de diatomées, mais on y reconnut au contraire les grains d'un sable cristallisé. La quantité de cristaux provenant de 3 litres de neige prélevés à la surface de la neige sur une étendue de 10 mètres carrés s'éleva à 2 décigrammes environ. On n'en voyait qu'à la surface, aucun ne fut rencontre plus bas. Ils avaient plus de 1 millimètre de diamètre et semblent appartenir au système rhombique ; ils possèdent un clivage parfait, et se présentent en prismes striés terminés à chaque extrémité par une pyramide tronquée. Malheureusement leur mesure n'est plus possible, l'elTet de l'air sur eux ayant été au bout de quelque temps de les réduire en une poudre blanche non cristallisée. Ils restèrent toute une nuit dans l'eau de fusion de la neige sans s'y dissoudre- Soumis à la chaleur, ils tombèrent bientôt en poussière et celle-ci, analysée lors du retour, c'est-à-dire 21 mois après la découverte, ne fournit que du carbonate de chaux.
La composition première de cette substance parut à M. Nordenskjôld extrêmement énigniatiquc. 11 se demande si les cristaux n'auraient pas pu être originelle-