Comptes rendus, t. XIX, p
SIËTBOHITI^S. 383
Ces Kmarques font envisager l'origine des Ters météoriques sous un jour tout DOUTcau, qui De doit cependant pas Taire oublier que certains d'entre eui, tels que ia brècbe deDeesa, citëe plus haut, ont manifestement passe par l'état de fusion.
Depuis les traraux de H. Péligot*, la réduction du protochlorura de fer ou du dilomre de nickel au rouge par l'hydroffèoe n'a rien de nouveau et l'eipérience ert deTeaue clissique ; mais on ne savait pas si le mélange des deux chlorures fiMunirait des alliageS' S'il en devait être ainsi, on ignorait si ces alliages auraient <1b l'uialogie avec les fers nickelés météori tiques.
Or, à ce double point de vue, le succès de mes expériences a été complet, et je tims à exprimer ici à U. Frcmj ma vive reconnaissance pour les précieux conseils ^ je lui dois.
J'ai d'abord reconnu que le mélange des clilonu'es de fer et de nickel donne par itincdon dans l'hydrogène des alliages parfaitement défmis et parfois même admirablement cristalluës. Je n'ai pas fait l'analyse de toutes les combinaisons que l'oo peut ainsi obtenir, mais je signalerai l'aspect très différent sous lequel se [Content des alliages très voisins, les uns, de la tatuite météoritique, les autres, de la luniadle.
Pour obtenir ces alliages, il suffit d'opérer sur des proportions convenables de deux chlorures élémentaires.
La lenite artificielle (Fe'Ni) pi-oduite dans une cornue de porcelaine de 350 gram- ■les s'est développée en cristaux aciculaircs de ^i à 5 centimètres de long sur i milfimèlre de grosseur (fig. 90). Ce sont évidemment descubes déformés, et l'on observe
à leur sommet des troncatures qui devront être examinées de plus près. Cette forme de la tnnite se rapproche de celle qu'elle afîecle dans la masse même dus fers météoriques oii la décèle l'expérieDcc de Widmannsta:tten.
La kamacite artificielle (Fc"Ni) est au conlnùre finement grenue et dès mamtenant on peut reconnaître que chaque alliage offie, dans les mêmes conditions de formation, un grain particulier. Les uns sont en petits mamelons hémisphériques hérissés de cristaux ; d'autres en lamelles triangulaires régulièrement groupées d'autres eu fines aiguilles disposées en dendrites ou feuilles de fougère ; d'autres, très riches en nickel, eu masses contournées à peine cristallines, etc. J'ai constaté pour ces alliages des solubilités différentes dans les acides et qui sont d'autant moins faciles que la proportion de nickel est plus grande.
SYNTHÈSE DE U UWRENaiE.
Au cours des expériences dont on vient de 'parler comme ayant fourni la reproduction synthétique des fers nickelés météoritiques, il m*est arrivé à plusieurs reprises de trouver entre les lamelles de kamacite et bien plus souvent à Textrémité des aiguilles de taenite, je retirais des appareils d'admirables petits cristaux de plusieurs millimètres de côté. Ces cristaux, d*un blond clair, étaient remarquables par leur extrême déliquescence, laquelle donnait lieu à un liquide d*un brun rougeàtre. La solution de ces cristaux, dabord vert jaunâtre, passe très rapidement à Tocreux au contact de Tair; on y trouve du chlore et du fer. Toutes ces propriétés sont celles de la lawrencite, et mes expériences rendent très évident le procédé par lequel les cristaux de chlorure ferreux découverts par Smith dans plusieurs fers météoriques, se sont trouvés englobés dans les alliages métalliques.
Cette synthèse, outre son intérêt spécial vis-à-vis le chlorure de fer, jette donc du jour sur le mode de formation des holosidères elles-mêmes : jamais une masse de fer fondu ne pourrait conserver dans sou intérieur des cristaux d*un corps aussi peu fixe que la lawrencite.
SYNTHÈSE DES SILICATES MAGNÉSIENS ; PËRIOOT, PYROXÈNE, ENSTATITE, ETC.
Un des minéraux les plus essentiels des météorites est, comme on le sait, un silicate magnésien de nature pyroxénique. La fusion permet d'obtenir, avec le mélange des éléments, un composé dont la composition chimique est celle du corps naturel ; mais ce procédé ne reproduit pas la structure spéciale du minéral et surtout ne permet pas, comme on le verra plus loin, d'imiter son association avec les autres substances météoritiques.
Il n'est pas besoin de rappeler ici comment M. Daubrée a mis en évidence les effets désorganisatcurs de la fusion sur les types les plus variés de pierres tombées du ciel; mais on relira avec intérêt cette remanjue dont il accompagne le récit de ses expériences : « La température élevée produite dans le laboratoire a amené, dit-il, la formation de silicates en cristaux nets et volumineux tels qu'on n'en rencontre jamais dans les météorites. 11 est, en effet, extrêmement digne de remarque que les substances silicatées qui composent les météorites du type commun y soient toujours à 1 état de cristaux très petits et essentiellement confus, malgré leur extrême tendance à cristalliser. S'il était permis de chercher quelque analogie autour de nous, nous dirions que les cristaux obtenus par la fusion des météorites rappellent les longues aiguilles de glace que l'eau liquide forme en se congelant, tandis que la structure à grains 0ns des météorites naturelles du type commun ressemble plutôt à du givre ou à de la neige, formée, comme on le sait, par le passage immédiat de la vapeur d'eau atmosphérique à l'état solide ^ »
C'est d'après ces considérations que j'ai cherché à^reproduire, suivant Theureuse
1 Études synthétiques de géologie expérimentale^ p. 585.
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expression qui vient d'âtre rappelée, une sorte de gtvre dont la substance f&t, non pas de l'eau, mais du bisilicale de magnésie. Le succès m'a mis en présence du premier cas de production artificielle d'an silicate anhydre en présence de la vapeur d'eau i la pression ordinaire.
La disposition de l'eipérience, qui ne pouvait avoir d'intérêt qu'autant qu'elle reproduirait des conditions naturelles, a été inspirée pur des considérations faisant partie dn domaine de la Géologie comparée et qui ont été rappelées plus haut. On a vu comment, d'après elles, il est logique de supposer que, soumis à un refroidiisement suffisant, le mélange des vapeurs protubérant! elles donnerait naissance, entre autres produits, à des silicates magnésiens.
C'est cette idée, toute risquée qu'elle puisse sembler tout d'abord, que j'ai soumise à l'expérience, et, ne pouvnnt emprunter au soleil une partie de sa photosphère, j'ai cherché è faire de celle-ci une imitation aussi parfaite que possible pour le bat spécial qui était en vue. En d'autres termes. J'ai mis en présence, à une température convenable, la vapeur d'eau, la vapeur de magnésium et la vapeur de chlorure de silicium.
Dans la pratique, le magnésium, en fils ou en rubans, est placé vers le milieu d'un tnbe de porcelaine disposé dans un fourneau (G^. 91). L'une des extrémités
du tube est en rapport avec une cornue où bout de 1 eau, à 1 autre extrémité débouche le (ube abducteur d un petit rpcipienl tenrermant du chlorure de silicium chauffé au bain marie ou à I aide d une petite lampe On ménage, bien entendu, dans l'un des bouchons une issue pour le« produits volatils A peme le tube est il parvenu au rouge, que la réaction suivante s'établit :
Hg + SiCl*-
■3HO = SiO',MgOH Pjroiine mignélii
U8 BItCYCLOPËDIB CHIWQDE.
C'est, coaune on voit, la composition de la sillimanite.
Ce qui précède rnootre que la reproduction de silicates alumineux par la méthode que j'ai décrite est beaucoup plus difQcile et plus incertaine que celle des dlicates mignésiens. Hais, contre toute attente, l'expérience devient au coatnire très fadle n, par une complication considérable, on fait ialerrenir la potasse caustique au eontact de l'aluminium. Dans ce cas, il se produit, en abondance extrâme, dei cristaux bninfttres (Gg. 93), parTaitement nets, donnant à l'analyse :
Silice 55,85
Alumine 35,54
Potasse (pal- airfû;-ii(;c), . . 20.85 100,00 Tous ces caractères sont ceui de l'amphigène naturelle.
Les cristaux a^'issent sur la lumière polarisée; leurs dimensions varienl de 0""»,005 a O-^.Oia de diamètre.
A une IcmpcTature peu diflérente, j'ai obtenu en outre des prismes maclés oITrunt les contours de cristaux fcldsp.ilhiques. Jusqu'ici cette substance ne s'est pas proscnlcG en quantité suffisante pour que son analyse ait été possible.
La substitution de la soude ou du chlorure de calcium à la potasse a conduit à des résultats qui semblent analogues aux précédents, mais qui réclament une étude ultérieure.
nilTHËSE DE L'ILUIIMTE DE ■kUEtlE (SPINELLE).
Pour obtenir des alumlnates par le pncéàv propre à fournir des silicalcs crî»tillùés, il lafBl ëTidemmeDt de substituer le chlorure d'aluminium au clilonire de nlicium employé précédemment.
L'exp^rieoca a donc consisté h mettre en présence, dans un tube chauffé, le chloniR d'aimniniom, la vapeur d'eau et le magnésium métallique. Le chlorure d'aluminium étant solide, il m'a paru commode de le placer à l'avance dans le tube de porcelaine, de telle sorte que les rubans de magnésium y fussent simplement enfouis. Ois que la tempéralurc atteint le rouge, on laisse arriver la vapeur d'eau ; on arrête ifomd l'acide cblorhydrique cesse de se dégager.
Le pndnit consiste en ime sobstance blanche ayant conservé par place la forme des nibins métalliques et qui semble au premier abord tout i fait amorphe. Au microMOpe, on constate au contraire qu'elle est cristallisée pour la plus forte part.
Les eristaui, groupé>< ordinairement en druses, sont absolument incolores, lis cwiHsteal pour la plupart en octaèdres réguliers et en cubes. Ils sont absolument înaclils sur la lumière polarisée. Leur dureté eitréme et leur inaltérabilité absolue dansl'acîdeazolique bouillant les identifient comme leur composition avec le spinel le naturel. Dans certaine-^ portions du tube, ils sont mélangés de périclaseou magnésie crislatUsée, alt-iquablc dans l'acide azotique et résultant sans doute de l'action, déjik éludié«, de l'acide rblorfaydrique sur la magnésie. On y aperçoit aussi quelques grains de forme allongée, très actifs sur la lumière polarisée et qui semblent être du corindon.
Ce résultat si net m'u naturellement engagé à tenter la syntlièse de la gahnile ou Epînelle zinclfère, et pour cela le zinc prit dans l'expérience la place du ma-
ToBleTois, l'aluminate de linc ne se lit pas, et je crois pouvoir attribuer l'insuccès à la température trop peu élevée qui fut atteinte et qui ne détermina pas la volatilisation du métal. Celui^ s'était réuni en une sorte de lingot et n'avait subi qa'nne très faible oxydation.
Néanmoins, la poudre blanche qui remplissait le tube se montra remplie d'une mnltitude de lamelles hexagonales d'une netlelé et d'une régularité admirables et n'exerçant aucune action sur la lumière polarisée. Un premier essai ayant démontré que ces cristaux ne renferment point de zinc, il devint probable qu'ils étaient constitués par l'alumine pure et représentaient par conséquent une imitation artificielle du corindon de la nature.
Pour m'en assurer. Je soumis à l'action de la vapeur d'eau seule, du chlorure d'aluminium placé dans un tube de porcelaine et chnufTé au rouge : c'était une simple variante de ces expériences célèbres qui ont donné déjà l'oligisle et la cassitérite, et j'ai peine à croire, malgré le mutisme des livres à cet égard, que les chimistes ne l'aient pas tenté déjj depuis longtemps.
Quoi qu'il en soit, cette manipulation si simple a fourni en abondance les lamelles hexagonales précédemment signalées, et il n'y a plus maintenant à douter de leur vraie nature.