I. II
Fer 92.5 92.7
Nickel .... 6.0 5.6
Il est facile, avec un peu d'habitude, de reconnaître dans ces trois al nages ceux que je décrirai bientôt sous les noms de kamacite, de tsenite et de plessite et les relations de coloration peuvent remplacer les essais chimiques pour déceler ces corps dans un fer quelconque. C*est ainsi, par exemple, que je suis arrivé, par Texamen de lames irisées, à reconnaître une très petite quantité de plessite dans le fer de Charcas et cela, comme on va voir, dans une position extrêmement intéressante.
Ayant chauffé avec une lenteur extrême une lame polie du fer de Charcas, j'ai vu se dessiner la mosaïque colora dont il vient d'être question, mais, dans certaines régions, les lames de taenite présentaient la particularité suivante : on voyait ça et là une telle lame se diviser par place pour se réunir presque immédiatement, de façon à circonscrire un espace à peu près circulaire dans lequel un anneau de plessite entourait un pomt métallique inoxydé consistant, non en schreibersite, mais en tœnite.
L'intérêt de ce fait ressortira de la lecture du passage de ce chapitre, où je traite des auréoUi auxquelles donnent souvent lieu les sels métalliques sur les lames de fer météorique.
Je dirai enfin un mot d'une circonstance nettement visible sur les figures irisées et que les autres réactifs dont il s'agira tout à l'heure font du reste ti*ès bien apparaître aussi. Je veux parler du contournement et de l'étirement des fers nickelés le long des fissures naturelles dont les fers sont habituellement traversés. En examinant ces parties avec attention, on y constate l'existence de tous les alliages qui ont été amincis, mais qui ne se confondent pas et qui conservent l'ordre même qu'ils affectent dang les autres parties de la masse.
Ces figures sont donc, d'une manière générale, identiques à celles que déterminent les acides : comme celles-ci, elles apparaissent tout à coup et prennent de plus en plus de netteté à mesure que l'action corrosive se fait sentir plus longtemps pourvu toutefois que la durée de l'attaque ne dépasse pas un maximum après lequel les détails de la figure disparaissent successivement. Les parties qui, sous l'influence de Ift chaleur, prennent simultanément des nuances diverses, sont ici caractérisées par un grain particulier. Cependant, il ne faut pas considérer les deux méthodes comme faisant double emploi.
Les figures irisées, en effet, permettent de reconnaître dans tous les cas, d'après la méthode qualitative que je décrirai plus bas (p. 45), la nature de chacun des alliages météoritiques, quelle que soit la forme qu'il affecte, et cela, d'après sa nuance. Les acides ne pourraient rien indiquer de pareil, car il faut remarquer que le grain rendu sensible par ces réactifs est dû à des causes simplement physiques et peut varier par exemple suivant la plus ou moins grande rapidité de cristallisation des alliages. Au contraire l'irisation est due entièrement à une action chimique; elle est indépendante d'une foule de circonstances qui peuvent au contraire modifier certaines au moins des propriétés physiques. Et c'est par exemple pour avoir donné le pas à ces dernières sur les autres que M. de Reichenbach est arrivé à des définitions si vagues des alliages dont il a tenté l'étude.
Toutefois, relativement aux études que j'ai entreprises, les acides ont l'inconvénient d'être beaucoup trop énergiques, même à leur plus grand état de dilution.
oe qui empêche de saisir des phases, à supposer qu'il en existe, dans la formation des figures. De plus ces réactifs ne suffisent pas pour indiquer la nature de tous les principes qui concourent à la production de ces figures.
Od Ta voir que j*ai ajouté aux deux agents qui interviennent ainsi, savoir : les acides et Toxygène chaud, deux autres réactifs, les alcalis caustiques en fusion, et les sels métalliques qui m*ont permis de constater des faits que les premières méthodes ne peuvent indiquer.
Mes recherches, d'ailleurs, n'ayant pu porter que sur un petit nombre de fers diffirents, je me garderai bien d'universaliser les résultats que j*ai obtenus. Le plus soaTenty les masses de Caille et de Gharcas ont été le sujet de mes expériences et c'est d'elles qu*il s'agira dans ce qui suit, toutes les fois que la provenance du fer en expérience ne sera pas indiquée.
Action det alcalis fondus. — La principale raison qui m'a conduit à plonger dans la potasse fondue, et à l'y laisser séjourner, une lame polie de fer météorique a été de voir quel est le rôle de la schreibersite dans la formation des figures de Widmanstaetten.
La plupart des personnes qui se sont occupées des fers météoriques admettent que les longues lignes inattaquées que l'acide fait apparaître sont de la schreibersite. ]loi*mème, je m'exprimais il y plusieurs années à ce sujet de la manière suivante^: c Ces dessins portent dans la science, en l'honneur du savant qui les a découverts, le nom de figures de Widmanstœtten, Us sont dus à une double cause^ savoir : la cristallisation de la masse, et l'existence dans celle-ci de lamelles régulièrement orientées d'une matière insoluble dans les acides... Cette substance insoluble constitue un pbosphure double de fer et de nickel, contenant toujours une certaine proportion de magnésium. On lui a donné le nom de schreibersite, etc. » Hais comment expliquer dans cette manière de voir que le fer de Caille par exemple, qu'on peut citer conune l'un des plus remarquables au point de vue de la netteté des figures, n'ait pas donné trace de phosphore à H. Rivot qui en a analysé, avec le soin qu'on connaît à cet émment chimiste, deux échantillons différents?
Or les notions que nous avons acquises depuis, relativem^t aux . propriétés de la schreibersite, nous donnent le moyen de décider la question. En effet, j'ai montré que la schreibersite est complètement décomposée par les alcalis caustiques en fusion , tandis que les divers fers nickelés résistent à ces réactifs ; si donc les longues baguettes sont formées de pbosphure elles doivent être attaquées et appa < nitre en creux, tandis qu'elles resteront sensiblement intactes si elles sont constituées par des alliages de fer et de nickel.
L'expérience montre que les baguettes en question sont inattaquables dans la potasse fondue qui, grâce à ses propriétés oxydantes, dessine sur la lame en
expérience une figure identique à celle que produisent les acides. L'analyse directe
de ces baguettes, analyse dont je donnerai plus loin les résultats, a montré qu'elles
sont formées de taenite Fe'Ni.
Par l'action de la potasse, de petits grains de pyrrhotine sont devenus visibles,
i. Éiude descriptive, théorique et expérimentale sur les météorites, par Stanislas Meunier, D. 35. 1R67.
après la décomposition de la région externe de plusieurs des masses les mieux connues des fers météoriques, paiilclles qui restent en mélange avec les oxydes produits par la décomposition.
Les paillettes de Sevier County (Tcnne3se) ont fourni à M. Smith les matériaux dont il a fait usage dans son analyse; leur quantité n atteignait pas i gramme. liC fer non altéré de cette masse ne contient que 6 pour iOO de nickel, avec un ncu de cobalt.
L'analyse du fer de Saintc-Catlierinc par M. Damour, comparée à celle que M. Smith a faite des paillettes de Scrvier, donne, pour iOO parties :
Fer.
Nickel.
GO
(Diiniour).
(Smith),
Sainte-Catherine
Paillettes de Sevier
Le nickel contient un peu de cobalt.
Un autre fait important relativement à ces alliages très riches en nickel, c'est la manière dont ils se comportent en présence de Taimant.
L*aimant dont M. Smith se sert est une barre cylindrique d'acier, longue de 0",i5, et ayant 0™,007 de diamètre; elle peut soutenir par chacun de ses pôles, dont l'un est terminé en pointe, un fragment d'acier de 30 à 40 grammes.
De petits fragments détachés du fer de Sainte-Catherine et ne pesant pas plus de 0«%100 à 08%200, étant approchés de cette barre, on trouve que Taimant n'a sur eux qu'une action très faible; mais si l'on a])latit ces fragments en les frap[>ant sur une surlace d'acier, avec un marteau également en acier, ils deviennent sensibles à l'aimant. Pour éviter toute adhérence d'acier, M. Lawrence Smith a répété l'expérience après les avoir aplatis au travers de fouilles de laiton, et le résultat a été le même.
En chauffant au rouge le fer primitif, on le rend encore plus facilement attirable que par l'aplatissement.
Ce qui rend plus «remarquable encore ces particularités magnétiques du fer de Sainte-(]alhcrine, c'est que la météorite est plus ou moins polaire et que le sulfure qu'elle contient est fortement magnétique.
Enlerminant il faut ajouter que dans hs météorites pierreuses on retrouve les mêmes alliages de fer nickelé que dans les météorites entièrement métalliques, tantôt sous forme d'un réseau enveloppant les espèces lithoïdes, tout au contraire, et bien plus fréquemment en grenailles noyées dans la masse.
Toutes les fois que les particules ne sont pas trop petites on reconnaît leur nature complexe, résultant de l'association en plus ou moins grand nombre des alliages précédemment cités.