‹ Les méthodes allemandes d'expansion économiqueChapitre 11 sur 31 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Le problème qui se posait devant l'Allemagne unifiée c'était celui de la conquête des débouchés. Conserver ceux qu'elle possède, en écarter les concurrences étrangères et même cette concurrence qui naîtrait, en territoire étranger, d'un développement autonome de l'industrie indigène; acquérir de nouveaux débouchés pour le jour où les débouchés anciens seront saturés ou se montreront récalcitrants, voilà les éléments du problème.

Mais pour procéder à ces opérations, pour inonder le monde de produits allemands et diriger sur l'Allemagne un courant croissant de commandes, il faut d'abord constituer des capitaux, créer des usines, immobiliser et renouveler de coûteux outillages; il faut faire circuler ces capitaux, les transporter là où ils peuvent obtenir leur maximum de rendement, les volatiliser par le crédit. Il faut grouper les industriels allemands en unions solides, organisées pour cette conquête des débouchés qui est une nécessité et qui

devient un mot d'ordre. Il faut substituer à la concurrence individuelle sur le marché national la compétition collective sur le marché du monde. L'industrie allemande doit apparaître sur ce marché comme un bloc de forces, comme une force disciplinée, divisée en corps d'armée. La lutte économique est une guerre, comme les autres guerres, soumise elle aussi aux règles de Clausewitz. Dans cette guerre, comme dans les autres, il s'agit, par tous les moyens appropriés, d'écraser l'adversaire, de briser sa volonté de résistance, de lui imposer la volonté de l'agresseur. Il existe un Kriegsbrauch ira Wirtschaftskriege, et ce code des usages de la guerre économique est totalement différent de la morale courante, de celle qui, à l'intérieur du pays, commande les rapports des commerçants entre eux.

Le rôle qui, dans la guerre proprement dite, est joué par la terreur, ce rôle, dans la guerre économique, est surtoutdévoluauprestige. Proclamer, par des méthodes variées, la supériorité de l'industrie allemande, faire pénétrer cette idée comme un axiome indiscutable dans le cerveau des clientèles actuelles ou possibles, c'est une besogne à laquelle doivent collaborer les forces intellectuelles de la nation et la puissance publique. Rien, dans cette œuvre capitale, ne doit être laissé au hasard, ou au caprice des fantaisies individuelles. Tout doit être ordonné en vue du but à atteindre, qui est l'exploitation rationnelle de la planète. Par cette organisation méthodique se réalisera sur le terrain des échanges, comme sur celui de la stratégie et de la politique, la formule souveraine : Deutschland ûber Ailes.

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