‹ Les méthodes allemandes d'expansion économiqueChapitre 8 sur 31 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

LA

La concentration industrielle et l'organisation scientifique de la production. — L'usine et le laboratoire. — La production massive et en série. — La surproduction. — La rupture d'équilibre entre la capacité de production et la capacité de consommation du marché intérieur. — L'industrialisation du peuple allemand et l'exode rural. — La question des débouchés — Les capitaux, les salaires; le besoin de denrées alimentaires, de matières premières. — Caractères des exportations allemandes. — L'organisation systématique de la surproduction.

L'Allemagne, dit M. Lévy-Bruhl, « a donné un développement prodigieux à son industrie, en vue de l'exportation. Par ce moyen, elle s'enrichit très vite, mais à la condition que son exportation aille toujours croissant. Elle en vit... Mais si son exportation cesse de croître, elle risque d'en mourir. Sa propre production surabondante l'étouffé1 ».

Cette remarquable analyse ne pèche que par un point : elle semble, du moins dans les termes, laisser croire que si l'Allemagne a tourné toutes ses forces

* Lévy-Bruhl, Causes économiques et politiques de la conflagration européenne {Scientia, 1915, 1, et à part, F. Alcan, éditeur).

vers la conquête systématique des marchés extérieurs, c'est en vertu d'un propos délibéré. Il y aurait là un phénomène sans exemple dans l'histoire économique. En tout temps, en tout pays, les producteurs cherchent d'abord à travailler pour le marché intérieur. Ce marché s'est progressivement élargi : au Moyen âge c'était la ville et sa banlieue; depuis le xvc et le xvie siècle, c'est de plus en plus la nation ; ajoutez-y, chez quelques peuples modernes, des parties plus ou moins importantes de leur empire colonial. Dans tous les pays de culture déjà ancienne, le marché intérieur absorbe la très grosse majorité des produits de l'activité nationale. C'est seulement le surplus, ce que le marché intérieur a refusé, qui prend le chemin de l'étranger.

L'Allemagne, d'abord, n'a pas échappé à cette loi. Encore en 1894 Lamprecht constatait que l'exportation ne prenait pas le huitième de la production allemande, et il se posait cette question : « Ce huitième est-il suffisant pour faire souhaiter la politique économique mondiale et l'impérialisme?» Il répondait affirmativement, parce que déjà ce huitième représentait un accroissement rapide de la part réservée aux acheteurs du dehors, parce que les Allemands éprouvent le besoin de cristalliser en formules les observations qu'ils peuvent faire sur les stades de leur propre évolution — formules qui agissent à leur tour pour accélérer cette évolution dans le sens qu'elles indiquent — enfin parce que les Allemands étaient déjà pris de cette fiévreuse mégalomanie qui devait les pousser à déborder sur le monde. A la politique bismarckienne d'isolement économique, les hommes du « nouveau cours » avaient substitué celle des traités de commerce, la politique de

l'expansion. Non seulement, pour reprendre les mots typiques des Allemands, l'Empire passait de YAgrarstaat à V Ind».$t)'iestaat ; mais i\ passait, avec une brusquerie extraordinaire, de l'économie nationale à l'économie mondiale*.

Lt concentration Cette transformation était imposée

industrielle. à l'Allemagne par tout un ensemble de circonstances. Nous avons rappelé que la formation de l'Allemagne comme nation et comme Etat économique avait coïncidé avec l'ère de la concentration industrielle. Elle devait donc recevoir fortement l'empreinte des temps nouveaux. L'Allemagne entrait dans la famille des peuples précisément à l'heure où ceux-ci, déplus en plus soumis au régime de la surproduction continue, étaient de plus en plus obligés de taire passer au premier rang de leurs préoccupations les questions d'exportation. De 1815 au milieu du \i\ Biècle, la conquête des deb.ouch.es extérieurs n'avait guère été un problème vital que pour la seule Angleterre. En 1870, ce problème se posait déjà pour la France, il allait se poser pour les Etats-l'nis. Unifiée une première lois par le Zollverein (qui ne sera complet qu'en 1888), unifiée plus fortement par l'Empire, fortifiée dans sa capacité productrice par l'annexion de l'Alsace, l'Allemagne allait monter son usine sur le type le plus moderne ; elle allait imprimer au mouvement de cette usine le rylhme le plus accéléré.

' Lamprecht dénonçait (en i'JOi) l'impossibilité d'étendre largement le marché intérieur sans un recours croissant à l'exportation. Il signalait la rupture d'èqnIHbw enter l'agriculture H 1'indusirie, qui se développe avec une rapidité plus foudroyante : d'où tendance générale « auf Industriestaat, auf Weltpolitik und Industrialismus ».

Elle allait donc se trouver très vite, presque du jour au lendemain, aux prises avec des problèmes qui avaient mis, ailleurs, des siècles à se poser. La politique agrarienne des junkers, soutenue par le chancelier de 1er, a bien pu masquer un temps ces problèmes. Mais l'usine allemande continuait à marcher, de même que le parti industriel à grandir, et tous deux ne pouvaient manquer de triompher, l'un avec l'autre.

Nous avons dit aussi que certaines qualités ethniques des Allemands — labeur et méthode, esprit scientifique, discipline et sens du groupement — correspondaient au stade de l'évolution auquel le monde était arrivé vers les années 1880. De la conjonction entre ces qualités et ces circonstances devait sortir une nouvelle cause d'accélération de la machine.

L'organisation scientifique Les qualités des Allemands de la production. devaient naturellement con-

duire, chez eux plus que partout ailleurs, à la production conçue scientifiquement et scientifiquement organisée. Ce n'est pas, il s'en faut de beaucoup, que l'intelligence et l'esprit de découverte soient plus généralement répandus en Allemagne qu'ailleurs. Il suffirait, pour démontrer le contraire, de rappeler que quelques-unes des découvertes techniques qui font aujourd'hui la richesse industrielle de l'Allemagne — les couleurs d'aniline, la dynamo1, le transport de la force électromotrice à distance, le pro-

1 Ce qui n'empêche pas les Allemands {Deutsche Export Revue, lo août 1915) d'attribuer cette découverte à Siemens. Déjà en 1902 M. Haller signalait les inventions françaises attribuées par l'Allemagne à des chimistes allemands. Sur la part réelle de la collaboration allemande à l'œuvre scientifique internationale, voy. P. Duhem, Revue des Deux Mondes, 1" février 1915.

cédé Thomas — sont des découvertes françaises ou anglaises.

Mais, en premier lieu, la Prusse au moins a la pratique séculaire de l'enseignement primaire obligatoire : ainsi a été créé, je ne dirai pas un état intellectuel supérieur, mais un véhicule qui permet de faire pénétrer très vite dans des couches très étendues la connaissance des idées scientifiques et des applications pratiques. En second lieu la science jouit en Allemagne d'un prestige quasi-mystique. Le titre de Doktor, celui surtout de Prof essor sont, outre-Rhin, de véritables titres de noblesse; s'ils ne sont pas transmissibles héréditairement, ils se communiquent cependant à la femme de celui qui en est revêtu, et Frau Professor peut s'asseoir sans crainte à côté de Frau Oberst ou de Frau Regierungsrat. En un pays où la hiérarchie sociale est demeurée rigide et toute-puissante, en cet immense Empire qui n'est que la « petite ville » de Kotzebue démesurément agrandie, cela n'.est pas sans quelque importance. En France, un professeur d'université est un fonctionnaire, qui fait des cours à certains jours de la semaine ; il jouit, dans la ville qu'il habite, tout juste de la part de prestige que lui confèrent le zèle et le succès avec lesquels il s'occupe de ses étudiants, l'autorité qu'il exerce par sa parole sur le public groupé au pied de sa chaire. Hors de la ville, il possède la notoriété que lui valent ses livres, s il en écrit, et surtout ses relations parisiennes, s'il en a. Mais il viendrait rarement aux hommes d'action, aux chefs des administrations publiques, aux directeurs des grandes entreprises, l'idée de le consulter1. On

1 II est juste d'ajouter que le tableau que nou9 esquissons ici retarde quelque peu. Ce n'est encore qu'à titre exceptionnel que

serait plutôt disposé, s'il émettait une opinion sur des problèmes pratiques, à le renvoyer, avec un sourire un peu dédaigneux, à sa tour d'ivoire. En Allemagne, le professeur est une puissance. Décoré, titré, Geheimrat, Excellence, il fait partie de l'état-major social, il est un dépositaire de l'autorité impériale. Physicien, chimiste, physiologiste, économiste, géographe, il est l'auxiliaire obligé des services publics et des grandes industries.

Tout n'est pas à louer dans ce système. Les prérogatives conférées au professeur allemand ont pour rançon une véritable domestication des savants, et qui mène parfois à une domestication de la science. S'il est placé très haut dans la hiérarchie, le professeur allemand est un échelon de cette hiérarchie ; il a des subordonnés, mais des supérieurs; il est au-dessous d'un général ou d'un président de province. Et les égards qu'il doit à son titre déconseiller intime ou d'Excellence lui font oublier ceux qu'il doit à la science. Titré, rente aussi, enivré du parfum de l'encens administratif, il lui en coûterait de renoncer d'un coup à tout cela. Et voilà comment l'Allemagne est le seul pays au monde où pouvait naître le Manifeste des 93. Entre le professeur allemand et les autres, il y a la môme différence qu'entre le chien et le loup de la fable.

Cette hiérarchisation de la science a un autre inconvénient : ce n'est pas la valeur personnelle qui confère ici l'autorité, c'est le titre, nous allions dire le grade. Tant vaut la fonction, tant vaut l'homme. L'affirmation d'une Excellence vaut plus que les démonstrations

les industriels entrent directement et régulièrement en contact avec les hommes de science, mais ces exceptions se font chaque jour plus nombreuses.

d'un privat-docent. Ce mal dont souffrent déjà, en France, quelques sections au moins de notre haut enseignement, le culte et la domination du « cher maître », est en Allemagne une maladie endémique. Der Prof essor, a-t-on dit, ist die deutsche Nationalkrankheit1. D'échelon en échelon, une cascade de pédantisme descend sur la nation, noyant les initiatives, étouffant l'esprit de découverte. Es ist nicht ivahr..., proclament les Excellences, et le chœur des simples famuli va répétant docilement : Es ist nicht wahr...

L'usine Mais, à côté de ces graves dan-

et le laboratoire, gers, la religion du doctorat n'est pas sans présenter, au point de vue de la technique industrielle, de très sérieux avantages. En France, tout commerçant estime, en son for intérieur, — ou du moins, estimait encore il y a une quinzaine d'années — qu'on ne saurait rien entendre aux affaires si l'on n'en fait soi-même, et pour son compte ; bien souvent aussi, il pense qu'il n'y a qu'un seul moyen d'apprendre cette science qu'il appelle de cv nom mystérieux « les affaires » : c'est de faire ce qu'on\ fait les premiers créateurs des entreprises aujourd'hui prospères, commencer par balayer la boutique, faire les courses, les écritures, auner les pièces d'étoffe, bref s'instruire par l'expérience. C'est seulement depuis une époque relativement récente que les collectivités industrielles et commerciales, excitées plutôt qu'éclairées par l'exemple allemand, se sont mises à subventionner des cours ou des instituts techniques dans nos

1 Voy. Gaston Raphaël, daP9 Cahiers de la quinzaine, 8« cahier de la 9» série.

universités, à créer des écoles techniques ou des écoles de commerce. Je ne crois pas d'ailleurs que la majorité des commerçants soittrès persuadée de l'utilité de ces créations. Pour beaucoup d'entre eux c'est un luxe, dont il est élégant et presque indispensable de se parer à l'heure actuelle, mais ce n'est qu'un luxe. Il viendra rarement à un directeur d'usine 1 idée de s'attacher à titre fixe un professeur — à moins que ce professeur n'ait délibérément quitté sa chaire pour devenir un industriel1.

Pénétrons dans une usine allemande, particulière ment dans une de ces usines qui, travaillant pour satisfaire aux besoins de la science universelle, sont encore plus strictement que d'autres soumises à la discipline scientifique. Nous voici, par exemple, dans cet Institut géographique de Gotha dont la supériorité s'affirme partout hors des frontières de l'Allemagne, qui jouit en matière de cartes, d'atlas, de guides, de revues géographiques, dune sorte de monopole, et que les maisons étrangères les plus puissantes n'ont jamais pu battre. C'est le triomphe de l'organisation scientifique. C'est une usine, mais c'est un laboratoire. Une bibliothèque spéciale, constamment tenue à jour, reçoit et classe la littérature géographique universelle2.

1 Nous répétons qu'à cet état de choses général il existe déjà, et de plus en plus, d'heureuses exceptions. Elles sont infiniment plus rares en Angleterre qu'en France. Voy. Henry le Chàtclier, Du l'aie de la science dans la lutte contre l'industrie allemande (Bulletin de la Société d'encouragement, 11)15, t. II, p, 174). Cf., dans ce même bulletin, E. Fourneau, La fabrication des produits ■pharmaceutiques (t. III, p. 444). Sur ce rôle des savants, non pas autour de l'usine mais dans l'usine même, voy., ibid., t. II, p. iiS, la communication de M. Berlemont sur la Verrerie scientifique.

1 Comparez, pour les industries chimiques, ce que M. Haller, dans son célèbre rapport sur l'Exposition universelle de 1900

Dans de grandes armoires, consacrées chacune à un pays distinct ou à un ensemble géographique, viennent s'entasser les documents nouveaux, levés d'explorateurs, tracés de frontières, cartes publiées par les revues géographiques, et jusqu'à ces croquis sommaires que donnent les journaux. Aussi, chaque fois que l'on procède à un nouveau tirage d'une des cartes de l'atlas qui fait la gloire de la maison, il suffît au cartographe de puiser dans ces collections pour mettre sa carte au courant. 11 peut hardiment la dater. C'est bien le dernier état de la science que le lithographe inscrira sur sa pierre, que l'on reportera ensuite sur cuivre, que la galvanoplastie reproduira économiquemont à de nombreux exemplaires, et dont la photographie permettra d'obtenir des éditions réduites, véritablement « de poche ». Rien de plus curieux que de voir, sous les hangars du rez-de-chaussée, l'entassement des pierres qui ont servi autrefois, cimetière des cartes défuntes... Cela seul en dit long sur la puissance de cette organisation, sur la continuité dans l'effort. — Et si l'on demande à être présenté à l'un des chefs de cette prodigieuse usine, qui trouve-ton assis dans un cabinet directorial ? Un professeur d'université, un de ces savants illustres que nous ne connaissons en France qu'à travers leur réputation scientifique, et qui ne dédaignent pas ici de consacrer une partie de leur temps — un temps grassement rétribué — à une entreprise industrielle. 11 y aurait à en dire autant de la célèbre fabrique d'instruments d'optique d'iéna, née de la collaboration entre un ouvrier méca-

(Rapporl... groupe XIV. dtSM 87, t I. 19QS* p. uni), dit de la

bibliothèque centrale d'Klborfcld-Leverkusen, bibliothèque ïamment tenue au courant.

nicien qui avait suivi les cours des universités, Cari Zeiss, et un savant, le professeur Abbe. Dans son histoire môme s'est affirmée l'union de la science et de l'industrie1. Il ne s'agit pas, on le voit, d'une union purement formelle, bonne à fournir des thèmes aux orateurs officiels, mais bien d'une association intime, pour un objet précis.

Ce sont là choses cent fois dites, et que l'on a honte de redire. Il faut les redire cependant, jusqu'à ce qu'elles aient pénétré dans toutes les intelligences. C'est surtout dans le domaine des industries chimiques que s'affirme cette union intime, quotidienne, du laboratoire et de l'usine. Déjà en 1897 le professeur Fi Fischer2 le déclarait avec orgueil : « Il est généralement reconnu que l'industrie chimique allemande doit sa position prépondérante uniquement à la haute préparation scientifique de ses collaborateurs ». Et notre compatriote le Dr Roux, l'élève de Pasteur, faisait écho à son collègue allemand en ouvrant, à la rentrée de 1898, les cours de l'Université de Lille3 :

4 B. Brunhes, Une industrie scientifique en Allemagne : la fondation Cari Zeiss àléna {Bulletin... Société des Amis de l'Univ. de Dijon, 1898) et V. Cambon, Y Allemagne au travail, p. 116-123. Le musée des 25.000 modèles de la maison est le pendant de la collection des pierres lithographiques de Gotha.

1 Das Studium der techniseken Chemie an den Universitâten und technischen Hochschulen Deutschlands, Brunswick, 1897. Voy. aussi le rapport de M. Haller, p. xu.

3 « Un des plus illustres chimistes d'Allemagne disait récemment à un de mes amis, qui le visitait dans son laboratoire : « Ce qui fait la force de la science et de l'industrie allemandes, c'est qu'elles sont étroitement liées. Tous les chefs d'usine, tous les chimistes sont nos élèves, nous leur venons sans cesse en aide ; ils nous le rendent en tenant toujours à notre disposition leur puissant outillage ». Ces idées ont été popularisées, à la même époque et plus tard, par M. G. Blondel. Voy. aussi Raphaël-

Là NÉCESSITÉ DE L 'EXPANSION 33

« Il y a quelques semaines, disait-il, je visitais une immense usine de matières colorantes près de la Prusse rhénane. Je parcourais un laboratoire plein d'activité» merveilleusement outillé, où plus de cinquante chimistes avaient leur place. Comme je m'étonnais de leur grand nombre : « Ce ne sont point les chimistes « employés de la maison, me fut-il répondu, ce sont de « jeunes docteurs sortis des universités, qui désirent « poursuivre des recherches. Ils trouvent ici, gratui- « tement, les moyens de travail et orientent leurs « recherches dans la direction qui leur plaît. Peu nous « importe le but qu'ils poursuivent : pourvu que la « science progresse, nous y trouverons toujours « prolit ». — Au lendemain de l'Exposition universelle de l'.NJO. M. Haller nous montrait « ce que peut un peuple qui a su mettre au service d'une volonté tenace cet outil merveilleux : la science alliée à la technique ». 11 est juste de dire que cette alliance s'était déjà conclue avant 1870. L'Allemagne était prête à répondre à l'appel de la destinée, elle était armée pour'une lutte où les armes scientifiques allaient jouer le premier rôle. Elle était, dit encore M. Haller, « déjà organisée et outillée, aussi bien matériellement qu'intellectuellement, pour tirer parti des résultats obtenus à l'étranger et pour profiter en même temps du prestige que lui donnaient Ses victoires ».

Cette foi dans la science, dans le rendement économique de la science n'a pas baissé, puisqu'on 1!»10 te directeur d'une société de produits chimiques mbrait devant M. Victor Cambon ses lia chiiit la moitié employée ,ui service courant et

s Lévy {Revue des Deux Mondes, 1898. lo février et 15 avril.)

au contrôle, et 70 occupés à des recherches. « Ces 70 chercheurs, disait le chef d'entreprise, nous coûtent 350.000 francs par an ; les neuf dixièmes ne produisent rien, mais le dernier dixième peut nous trouver de quoi gagner quelques millions chaque année1. » Que l'on compare cette « union de la théorie scientifique et de l'application pratique », comme dit M. Paul de Rousiers2, à l'empirisme anti-scientifique des Anglais, ou bien à la maladie française, le réciproque dédain du diplômé pour les occupations industrielles, du chel d'industrie pour le produit des écoles.

La conception allemande a valu à l'usine allemande une supériorité incontestée. Si les chimistes allemands n'ont à leur actif — n'en déplaise à Wilhelm Osiwald — que peu de découvertes géniales, il n'est pas de jour où les légions de chimistes employés dans les usines allemandes n'ajoutent une nuance inédite à la gamme des couleurs, n'enrichissent d'un produit nouveau la liste des spécialités pharmaceutiques. L'industrie chimique allemande (je ne dis pas la chimie allemande) était si bien devenue la dominatrice du monde, que la guerre a failli arrêter, chez les ennemis de l'Allemagne et même chez les neutres, le fonctionnement des industries qui emploient des matières colorantes, des phénols, etc. Par le blocus de l'Allemagne, c'est Lyon et Côme, ce sont les draperies anglaises qui se sont trouvés bloqués, ce sont même

1 L'Allemagne au travail, p. 4.J.

* Hambourg et l'Allemagne contemporaine, p. 33, 103. P. 117 : « Elle a peu inventé, mais elle a beaucoup travaillé. Elle a été moins géniale que l'Angleterre ou la France, mais elle a été plus laborieuse, plus scientifiquement éclairée, plus confiante dans les indications de la science, moins lente à s'y conformer. » On ne saurait mieux dire.

les t lis. L'Allemagne a môme pu, pour obtenir

ils neutres certaines concessions économiques, jouer de la menace de ne plus leur livrer ses produits chimiques. N'oublions pas que jusqu'en IS:5il l 'industrie chimique allemande se limitait au traitement des sels de Stassfurt, soude et potasse, au salpêtre, aux levures. La première chambre de plomb pour acide sulfurique ne date que de 1880, et jusqu'en 1843 Tunique fabrique de soude ne produisait que 200 tonnes par an l.

deux découvertes capitales — fuchsine, violet d'aniline — vinrent de France et d'Angleterre. Mais les Allemands s'aperçurent que leur richesse en combustibles minéraux — ils marchaient, en 1914, vers 300 millions de tonnes de production annuelle des charbons — leur conférait un privilège pour la fabrication des matières colorantes extraites du goudron de houille. La Badùche de Ludwigshafen. les Hayer d Klberield, les Meister de Hœchst tirent travailler leurs chimistes. L&Badi$Chêû\ lali/arine synthétique, hn 1880 cette société acheta les brevets de Bayer pour l'indigo artificiel; elle employa dix-sept ans de minutieuses recherches à in 'tire celle découverte au point industriel. Dès 1895, la production de l'alizarine montait à 13 millions de marks, celle: des autres couleurs de goudron a 08. En vingt-cinq ans l'industrie chimique allemande avait devancé toutes les auti NOUS sommes conlraiuls, écrivait au début de ce

IM. Ualler, de reconnaître que l'industrie allemande occupe le premier rang. »

' Vuv. F. Fischer, motos* aité,

* D. Bcllol, L industrie des matières colorantes en Allemagne, et ailleurs {Journal des Economistes, lo juillet 1915.)

Ce que nous disons de la chimie, on peut le dire de l'électrotechnique et de la métallurgie. La métallurgie allemande n'a pas « le caractère inventif, initiateur de ses rivales anglaise, française et américaine » i. Mais elle triomphe dans V «application persévérante » et le « perfectionnement scientifique des méthodes ». Les industriels westphaliens n'ont trouvé aucun des procédés nouveaux de fabrication de l'acier, mais ils ont été « plus prompts que l'Angleterre à les appliquer ».

Un Anglais, sir Robert Hadfield, va nous renseigner sur ce point : « Lorsque j'ai vu, disait-il en 1912, l'immense laboratoire de physique et de chimie nouvellement installé aux usines Krupp pour une dépense de deux millions de marks — une institution de recherches scientifiques comme n'en possède aucune Université du monde — je me suis rendu compte de nouveau du rôle primordial que lWllemagne attribue à la science dans l'industrie. Mon admiration s'est encore accrue lorsque j'ai visité les institutions gouvernementales d'essais mécaniques, d'analyses et de recherches. C'est dans les laboratoires d'Essen, de Berlin et de Gross-Lichterfelde que l'Allemagne remporte ses victoires industrielles. C'est le cerveau des Universités et

1 Paul de Rousiers, Hambourg, p. 103. Dans un tout autre domaine — mais il n'y a pas en matière économique de domaine négligeable — un récent rapport consulaire {Malaga, 1(J13) fait une constatation analogue. L'Allemagne a battu l'horticulture française (et l'on sait quel est l'admirable développement de l'horticulture dans la région de Malaga) pour les graines et semis, « grâce à des méthodes spéciales de sélection... Des spécialistes excessivement instruits et très versés en la matière » s'occupent» du classement des semis ». De là vient que l'importation des graines allemandes monte à 230 tonnes, contre 14 pour la France.

LA NÉCESSITÉ DE i/EXPANSION 37

des écoles techniques qui rend puissante l'Allemagne sur les marchés du monde » *.

Universités et écoles techniques. Les docteurs sortis

Diversités ou des hautes écoles techniques (onze

Polytechnicums, avec 12.000 élèves, livrante l'industrie

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