‹ Les méthodes allemandes d'expansion économiqueChapitre 9 sur 31 · ingénieurs paran)formenU'état-major desusines · texte numérisé non relu

ingénieurs paran)formenU'état-major desusines

Sous leurs ordres travaillent des sujets plus nombreux encore, d'une éducation technique moins avancée, sortis des Technicums. Ce sont les sous-olïiciers de l'armée industrielle, et la hiérarchie n'est pas moins stricte dans cette armée que dans 1 autre. En France, par une confiance souvent justifiée, parfois excessive dans les qualités natives de la race, nous sommes disposés à croire qu'il est inutile d'avoir appris pour savoir, que l'intelligence personnelle — capital intransmissible — et la culture générale suppléent à tout, permettent de tout comprendre. Et il arrive que les faits nous donnent souvent raison, mais cette confiance que nous faisons aux qualités de l'individu retarde et restreint l'évolution de la masse. En Allemagne on croit, avec une foi excessive, que tout s'apprend et que tout s'enseigne — la cuisine comme la chimie, l'art de tenir une maison comme celui de la construire, le bon goût comme les formules chimiques — et on croit aussi qu'on ne sait que ce que l'on a bien appris. Un

* Cité par The iron trade circulât. — Un exemple typique nous est encore fourni par la céramique (Société d'encouragément, l'Jlo, t. I, p. 91). La céramique française manque actuellemont de « montres Seger » pour la mesure des températures des fours Ces montres, « application commerciale des travaux faits : Lauth et Yogel », étaient fournies p;ir le laboratoire de la Tun Industrie Zeitung, sous le contrôle de la Manufacture

de Charlottenbourg. 'St organise, ni Indu

lement, ni administratif ement, pour en fournir à notre industrie,

; V. Cambon, Y Allemagne au travail.

représentant des industries d'art avouait à M. Blondel que ses compatriotes étaient, dans ce domaine, en retard sur la France. Qu'à cela ne tienne ! nous enverrons nos élèves à Paris s'initier à l'art industriel français : « Nous formons ainsi des jeunes gens qui produisent des travaux pleins de goût et contribuent peu à peu au perfectionnement des objets de provenance allemande » *. Du moins ils le croient — ils croient qu'on peut, avec des recettes, suppléer à des siècles de culture — et le plus fort est qu'ils finissent par le faire croire, même aux Français !

Mais s'il n'est pas une pédagogie du bon goût, il en est une de la fabrication des couleurs d'aniline ou des lampes à filaments métalliques. Et si cette pédagogie est impuissante à conférer le génie des grandes découvertes aux cerveaux sur lesquels l'Esprit n'a point soufflé, elle a pour résultat, dans le détail, une très heureuse diffusion de l'esprit inventif. L'une des caractéristiques de la vie industrielle allemande, remarque M. V. Cambon, c'est que « les demandes de brevets sont innombrables ». Le Patentamt examine 35.000 brevets par an 2. Ajoutez que la législation allemande sur les brevets, très différente de la nôtre, très éloignée de notre prudent S. G. D. G., est une perpétuelle excitation à la recherche. Souvent même ce sont des découvertes étrangères, méconnues dans leur pays

1 Blondel, L'essor commercial et industriel du peuple allemand, p. 91.

* M. Wahl (rapport sur les Matières colorantes organiques dans Société d'encouragement, 191b, t. III, p. 492), note que le recueil des brevets de couleurs d'aniline formait, pour 1877-1887, un volume unique de 600 pages. Actuellement, deux seules années remplissent 1.200 pages, à raison de 300 brevets par an, presque un par jour !

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d'origine, qui se transforment en brevets allemands, quitte à revenir ensuite, grevées de redevances, dans la terre ingrate qui n'en a pas voulu. Hier encore on en avait un exemple : des Français, soucieux de supprimer les incendies si fréquents dans les cinématographes, imaginent de remplacer, dans la fabrication des films, le nitrate par l'acétate de cellulose. Ne trouvant pas à placer leur procédé en France, ils vendent leur brevet à une maison allemande, et maintenant les communes françaises imposent aux entrepreneurs de spectacle l'usage du nouveau procédé1! N'est-ce pas aussi avec ce produit, baptisé cellon, qu'un constructeur allemand prétend donner aux avions des ailes invisibles ?

Assurément, cette conception scientifique de l'industrie n'est ni spéciale aux Allemands ni une invention allemande. Sans remonter plus haut, c'est au moins à la lin du xvm' siècle en Angleterre, au début du en France qu'est apparue en pleine lumière la notion relativement nouvelle des « sciences appliquées à l'industrie ». C'est en 1801 que se créait, avec ceprogrammeJaSociétéd'encouragementpourl'industrie nationale, avec les Fourcrov, les Monge, les Conté, les IWthollet, les Thénard. C'est en 1819 que le premier en date des présidents de cette société, Chaptal, dans son remarquable ouvrage De l'industrie française, annonçait que l'industrie allait être renouvelée par la scienee; et les découvertes de Chevreul lui donnaient raison. Mais de cette tendanc \ de eette orientation de la science vers les applications pratiques, les Allemands ont fait un système.

1 Fait cité par M. Y. Guyot.

La production La mise en œuvre méthodique et

par masses. universelle de ce système entraîne des conséquences industrielles très importantes. Le perfectionnement de la technique a pour effet d'aggraver l'un des caractères essentiels de l'industrie moderne, la production par grandes masses. Ce n'est plus la demande qui règle le rythme de la production, c'est l'outillage ; c'est le fourneau qui ne doit pas s'éteindre, c'est la machine-outil qui doit continuer à tourner, c'est la dynamo qui ne cesse de transformer en force électromotrice l'énergie fournie par la houille ou par les chutes d'eau. C'est aussi l'outillage intellectuel ; au lendemain d'une découverte, il faut récupérer, par une production intensive du produit nouveau, non seulement les dépenses occasionnées par l'entretien de l'heureux docteur qui a trouvé, mais aussi de tous ceux qui n'ont rien trouvé. Production d'autant plus intensive que l'un des résultats les plus clairs du progrès technique, c'est d'abaisser le prix de revient, par suite le prix de vente. En 1870, le kilogramme d'alizarine valait 17 francs ; en 1890 la Badische le vend moins de 2 francs1. Pour réaliser des bénéfices dans ces conditions nouvelles, il faut produire par masses énormes.

La production La fabrication par masses a pour comen série. plément la fabrication en série. L'organisation scientifique industrielle rend cette fabrication possible : le technicien a pour mission d'établir des types, et ensuite de réaliser l'outillage spécial qui permettra de répéter ces types à un nombre

1 P. de Rousiers, Hambourg, p. 89 et suiv.

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indéfini d'exemplaires. Et lorsque l'outillage a été installé, la fabrication en série devient une nécessité, car elle est le seul moyen d'abaisser considérablement le prix de revient et d'amortir rapidement les frais d'établissement. C'est ainsi qu'un seul atelier de VA llgemeine Elektrizitdtsgesellschaft fabrique par an 150.000 moteurs, tandis qu'un autre atelier fabrique 95.000 compteurs1. C'est ainsi qu'une usine de films cinématographiques fournit annuellement 50 millions de mètres de pellicules.

« A première vue, remarque un observateur perspicace, le système industriel allemand paraît être très onéreux. Les sociétés enfouissent en matériel coûteux et incessamment renouvelé des sommes effrayantes2. » Obligés qu'ils ont été, en 1870, de se procurer tout d'un coup un outillage tout neuf, les Allemands ont conservé l'habitude de le renouveler sans cesse, et c'est ainsi qu ils ont conquis, dans le domaine des machines-outils, une place voisine de celle des Américains. L'outillage à son tour commande la production, l'enferme dans un certain nombre de types définis, parce qu'on ne peut pas multiplier à l'excès les machines, parce que les pièces fabriquées par ces machines doivent rester interchangeables. L'outillage

1 D. Beliet, Le commerce allemand... (Revue des sciences politiques, 15 août 1915.)

'- V. Cambon, ouvrage cité, p. 52 : ces sommes, chaque année, sont « immédiatement remployées en matériel ou en agrandisse- Que de foisj'ai entendu dire qu'on doit profiter des années >ur renouveler ion matériel! » M. Cambon cile en exemple la Hamburg-Amerika, qui vend chaque année 40 à 60.000 tonneaux parce que ses bateaux ne doivent jamais evolf plus de vtngl ans. Aussi avec un capital-actions de 1 ^5 millions et 80 d'obligations a son matériel seul vaut au moins trois fois plus ».

perfectionné exerce ainsi une perpétuelle action d'inhibition sur les facultés créatrices de l'ouvrier, il s'oppose dans une certaine mesure à l'esprit de découverte. Mais il provoque un abaissement considérable et constant du prix de revient et, en supprimant pour chaque commande isolée les études préparatoires, il permet de livrer beaucoup plus vite1. M. David-Mennet2 citait récemment le cas d'un usinier qui avait besoin à très bref délai d'une machine. Il s'adresse à plusieurs constructeurs français. Un seul se déclare disposé à traiter, mais il demande plusieurs mois, et un prix élevé, pour cause de fabrication spéciale. Trois maisons allemandes se présentent comme fabriquant couramment ce type de machines, en ayant toujours quelques-unes en train, et offrent de livrer en trois ou quatre semaines, à 20 ou 25 p. 100 au-dessous des prix de leur concurrent français !

On a pu comparer les deux méthodes, au début de la guerre actuelle, dans une industrie qui paraissait bien française, celle de l'aviation. Donnant l'essor à

1 P. de Rousiers (Hambourg, p. 134) remarque qu'en Prusse il y a un seul type de locomotives d'express, de locomotives de marchandises, etc., ce qui permet aux constructeurs : 1° de recevoir d'un seul coup commande de 20 locomotives pareilles; 2° d'économiser sur les plans, modèles, etc.; 3° de faire les livraisons plus vite; 4° de fabriquer certaines pièces à l'avance.

1 David-Mennet, De la méthode à suivre pour substituer les produits français aux produits allemands et austro-hongrois (Fédération des industriels et commerçants, janvier 191a, et reproduit dans Bulletin de la Chambre de commerce de Paris). Les caractéristiques du travail en série sont très bien exposées par M. Delloye (Soc. d'encouragement, 1915, t. III. p. 442) : « Devant, par exemple, obtenir en moyenne 100 unités, nous nous installons pour en faire 80 et comptons sur des expédients pour produire les 20 dernières... L'Allemand... se met en mesure d'en faire 150 sans effort ».

Sprit inventif, nos constructeurs avaient multiplié les modèles ; (le celte émulation, de cette perpétuelle recherche du mieux le théoricien ne pouvait que se réjouir, puisque chaque pas nouveau nous rapprochait de l'avion idéal . Mais, pratiquement, il devenait très difïicile de constituer des escadrilles homogènes, presque impossible de procéder, dans les divers centres, aux réparations urgentes et d'y trouver les pièces de rechange nécessaires. Moins soucieux de perfection que de fabrication abondante et rapide, les Allemands s'étaient volontairement restreints à trois types.

Conséquence de la production par masses, la production en série pousse à son tour à la production par masses, parce qu'elle réalise le bon marché. « Mauvais et pas cher », — billig und schlecht — fut longtemps li devise de l'industrie allemande. Cette devise avait , dans les dernières années, d'être absolument une vérité. Assurément, pour beaucoup d'articles, la « camelote allemande » n'était pas un vain mot1, et les produits d'outre-Rhin possédaient rarement ces qualités de solidité loyale, de fini artistique qui caractérisent les produits anglais ou français. Cependant les articles allemands commençaient, en bien des genres, à devenir bons tout en restant bon marché. Le bas prix lit surtout comme une nouvelle excitation à la production, comme un perpétuel appel aux inventeurs : en réalisant un perfectionnement de l'outillagv

- rapports consulaires de Perse signalent le bon marché logeant de l'article allemand. En Espagne (1913), « si les moteurs électriques allemand! lotit dignes d'être apprêci appareils sont Bouvenl de qualité médiocre et (routeraient difficilement acquéreur sur un autre marché européen ». Le

is écartent toute concurrence. Mais « on peut prévoir que les Espagnols se lasseront » d'être mal servis.

accroissant la part du mécanisme dans le travail, en transformant en fabrication en série les quelques opérations non encore soumises à ce régime, ils abaissaient encore le prix de revient, et par conséquent augmentaient encore la capacité des usines. La capacité, c'est-à-dire aussi le besoin do produire. Pour toutes ces raisons, l'industrie allemande marchait d'un pas de plus en plus accéléré vers la surproduction.

La surproduction. On dira, non sans raison, que ce

phénomène n'est pas spécial à l'industrie allemande. Il y a là un des caractères généraux de l'industrie moderne. Tandis qu'autrefois la production réglait son allure sur les besoins constatés ou du moins prévus à brève échéance, il est presque fatal que l'usine moderne arrive à multiplier ses produits plus vite que ne croît le nombre des consommateurs. Mais nulle part ce phénomène n'apparaît plus frappant que dans l'Allemagne nouvelle. Il n'est pas nécessaire d'être un économiste professionnel pour s'en apercevoir. Il suffit, dans les rues de Leipzig, de Dresde, de Hanovre, de voir ces immenses magasins, ces énormes vitrines qui embrassent plusieurs étages, et derrière lesquelles s'accumulent, en un entassement aussi prodigieux que dépourvu d'art, des masses d'articles tous semblables. On ne peut se défendre de la pensée que, malgré l'accroissement de la population, il ne se trouvera pas en Allemagne assez d'acheteurs pour tant et tant de marchandises. Et derrière celles qui encombrent les magasins, il y a celles que la machine, infatigablement, continue de produire. On a le sentiment d'une perpétuelle crise de pléthore.

La rupture d'équilibre Ce qui aggrave cette crise,

entre la consommation c'est la brusquerie de l'essor alle-

et la production. mand. L'allure de l'évolution allemande a été presque catastrophique. Du complexus d'États agricoles, semés de taches industrielles, qui constituaient en 1870 leZollverein, l'Empire industriel a surgi en quelques années, par une sorte de volte-face historique, sans rien de cette lente et séculaire préparation qui caractérise, par exemple, la puissance anglaise. L'Allemagne industrielle est une œuvre où le temps n'a pas collaboré. Chez elle, comme presque partout dans l'Allemagne moderne, nous retrouvons le parvenu. La rupture d'équilibre entre la production nationale et la capacité d'absorption du marché intérieur s'est produite ici tout d'un coup.

On pourrait croire que ce déséquilibre a été atténué par l'accroissement de la population et par l'arrêt de l'émigration. Si l'Allemagne gagne chaque année 800.000 nouveaux sujets, cela fait aussi 800.000 nouvelles bouches, 800.000 nouveaux consommateurs des produits de l'usine allemande. Il y a un quart de siècle, une partie considérable de ce croît s'en allait au dehors. Entre 1880 et 1883, l'émigration dépassait le chiffre annuel de 200.000. Mais aujourd'hui elle n'atteint pas 20.000, c'est-à-dire à peu près le chiffre de l'émigration française, laquelle passe pour très faible. Bien plus : le nombre des arrivées dépasse de beaucoup, actuellement, celui des départs. De pays d'émigration, l'Allemagne devient un pays d'immigration. Sans parler de l 'immigration temporaire qui amenait chaque année dans les grands domaines de l'Est 700.000 ouvriers slaves — Russes, Polonais, Galiciens — ni des Italiens

qui travaillaient dans les mines lorraines, on sait qu'à la veille de la guerre les Polonais étaient en train de « slaviser » — district après district — la région rhénane-westphalienne. Immigrants définitifs ou immigrants temporaires, c'étaient autant de consommateurs gagnés par les fabriques allemandes.

L'exode rural. Mais ce mouvemeut est plus que com-

pensé par un autre, dune bien plus grande ampleur. La brusquerie avec laquelle s'est opérée la révolution industrielle, la création presque magique de nouvelles et immenses usines ont eu pour conséquence un énorme afflux des campagnes vers les villes, des populations rurales vers les districts industriels. Littéralement, la campagne allemande s'est vidée. Habitués que nous sommes, nous autres Français, à situer dans le paysage agricole la silhouette du laboureur qui enfonce le soc dans la terre, du bouvier qui pique ses bœufs, du faucheur, de la laitière, du vigneron, nous cherchons le paysan par la portière du wagon allemand, et nous ne le trouvons pas. En ce pays surpeuplé, la terre nous apparaît déserte, surtout sur les froids plateaux de la Bavière, sur les bruyères du Nord. C'est qu'en réalité la population qui vit aux champs a cessé d'être, depuis 189o, la moitié de la population totale. Actuellement elle n'en est plus que les 44 p. 100. Sur 67 millions d'Allemands, 17 à peine sont agriculteurs ou vivent de l'agriculture.

Nous retrouvons là, encore, un phénomène qui n'est pas spécifiquement allemand — qui s'est produit en Angleterre, qui se produit en France — mais qui sévit en Allemagne avec une intensité et une rapidité remarquables. L'industrialisation même de l'agricul-

turc, l'accroissement de la culture intensive a pour effet de précipiter l'exode rural. Elle augmente les rendements, mais elle exige de gros capitaux. Aussi les propriétaires moyens, incapables de s'adapter à ces conditions nouvelles, cèdent-ils leurs terres à des banquiers qui les exploitent comme des usines, ce qui a pour effet de. chasser vers les villes, avec les familles des propriétaires, les tenanciers et tout le personnel agricole. Dans toute la région orientale de la monarchie prussienne triomphe de plus en plus l'agriculture capitaliste, avec recours à la main-d'œuvre étrangère.

Lespaysansquichaqueannée — environ un demi-million par an — quittent la terre pour l'usine, ce sont des consommateurs dont la capacité de consommation s'est accrue. En tout pays l'ouvrier consomme plus que le paysan, et l'ouvrier allemand épargne peu. Mais ces consommateurs sont aussi des producteurs. Ils accroissent prodigieusement le rendement de l'usine allemande; sous l'action de leur masse, la roue formidable tourne toujours plus vite. Cette accélération croissante, désordonnée, de la production, entraîne un déséquilibre croissant entre cette production même et le pouvoir d'absorption du marché intérieur.

La question Par suite se pose, avec une urgence

des débouchés, presque tragique, la question d>

bouchés extérieurs. Ces débouchés, il Kit, pour écouler le surplus de la production nationale : mais ce surplus a cessé d'être une quantité négligeable, une sorte de marge qui s'ajoute à la masse consommée au dedans des frontières. C'est quelquefois la moiliédu produit qui est exporté, comme pour les (ils de fer. Dans l'ensemble, et en y conque-

nant la houille et la fonte, on évalue à 60 ou 70 p. 100 la proportion des produits de l'industrie allemande qui reste disponible pour l'exportation.

Les capitaux. a tout prix, il faut vendre ce surplus. Il le faut d'abord pour rémunérer les capitaux engagés dans l'industrie, capitaux toujours accrus par le perpétuel rajeunissement de l'outillage. Le nombre des sociétés par actions était de 200, avecun capital de moins de 2 milliards et demi de marks, vers le milieu du xix° siècle ; dans les années qui suivent la dernière guerre, ce nombre monte à 857, avec 3. 300 millions. En 19 14 ce capital dépassait 20 milliards. A tout instant ces sociétés accroissent leur capital, dans des proportions qui nous feraient frémir. L'AUgemeine Elektrizilatsgesellschaft, en 1883, avait un capital-actions de o millions de marks seulement, de 60 en 1900, de 130 en 1911, en 1912 de 160, plus 110 millions obligations. Certaines sociétés procèdent à ces augmentations à l'heure qu'il est, en pleine guerre. Mais aussi quelles charges elles assument ! Gelsenkirchen doit payer des dividendes à 180 millions de marks actions, plus des intérêts à 78 millions obligations. Krupp rémunère 180 et 55 millions, Phœnix 106 et 32. Or les actionnaires, grisés par la rapidité même de la croissance industrielle, ont pris l'habitude des gros dividendes. 15, 25, 35 p. 100 sont les chiffres admis sur le marché des valeurs métallurgiques ou électriques. Mais que la restriction des débouchés provoque une crise, comme en 1901, l'énormité même de ces bénéfices donne à la crise une ampleur formidable : entre 1898-1900 et 1900-1901, de nombreuses firmes métallurgiques voient le cours de leurs actions tomber res-

pectivemcnt de 256 marks à 83, de 149 à 42, etc., tandis que les dividendes fléchissent de 45 p. 100 à 0, de 7 à 0, de 25 a 1 2. de 35 à 0. Les actions de la Schuckert. cotées 288 marks en 1897, sont à 100 en décembre 1901, et le dividende est passé de 15 à 0. Que les affaires se restreignent encore, et c'est la faillite, ou plutôt c'est une cascade de faillites qui s'abat sur léconomie allemande '.

Les salaires. 11 faut vendre au dehors pour rémunérer les capitaux, il le faut pour solder ces armées ouvrières dont nous avons étudié le recrutement. Thyssen a fondé son usine en 1871 avec 70 ouvriers : en 1911, il en emploie 8.000à Mûlheim, 8.500 à Bruckhausen, plus 15.000 mineurs à Duisbourg. Toute restriction des débouchés provoque le chômage, qui prend tout de suite des proportions effrayantes dans

le nombre de ces ouvriers croît aussi le taux de leurs salaires. Il croR, contrairement à une idée très répandue, plus vite qu'en France. En 18SliIcs mineurs de houille recevaient annuellement ancs dans la Ruhr, 1.010 dans la Sarre, 612,50 en Sil.-ie, la moyenne en France étant de 1.049. A partir

faillites de 1901 sont restées célèbres. En 1911, une crise ible encore a été sur le point d'éclater. Plus récemment, tout.- une série de faillites, dont une de 20 millions de marks. Faillite du « tiust des princes » en 1913.

rbeitsmarkt donne comme chercheurs de travail maies

i) places, en juin 1899: lûo, 7 seulement : en décembre : 144.6

i juin et d rtivement : 119,1 et 101,4.

four le irs de travail des deux sex.'S. eu Octobre 189'J :

Ctobre l'JUÛ : l'JS.l. A tertio, le 1" novembre 1901, on

comptait 93.000 chômeurs complets ou employés quelques heures

Depuis deux ans, on comptait couramment

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