AIMÉE DE SAINT-DOMINGUE
Au Cap, le l\ ventôse an xi.
Au citoyen Devaivres, chef du bureau des colonies.
c Dans cette guerre, le manque de talents militaires dans la plupart des officiers particuliers de l'armée se voit aussi dans tout son jour. En Europe, les compagnies marchaient avec leurs bataillons, les brigades avec des divisions toujours bien commandées ; et le courage suffisait, en quelque sorte, aux officiers particuliers pour que l'armée obtînt des succès. Par la nature de cette guerre , un capitaine, un lieutenant, un sous-officier môme est souvent chargé d'un poste important, auquel une opération ou la sûreté d'un endroit se trouve liée. S'il se défend mal, s'il ne sait pas parer à un événement imprévu ou se laisse surprendre, il en résulte des revers. Voilà souvent ce qui nous arrive ! »
Le général de brigade commandant l'artillerie de l'armée, Thouvenot.
Liste des ouvrages possédés en 1792 par Louis Davout, lieutenantcolonel en second du 3e bataillon des volontaires de VYonne (depuis maréchal, duc d'Auerstaedt et prince d'Eckmûhl).
Observations sur la constitution militaire et politique des armées de S. M. prussienne. — Amsterdam, 1778.
Principes de Y- art de la guerre, par M. Le Roy de Bosroger. — Yverdon, 1779.
Essai sur la science de la guerre, ou Recueil des observations de différents auteurs sur les moyens de la perfectionner. — La Haye, 1751.
L'arithmétique et la géométrie de r officier, par M. Le Blond. — Paris,
La trigonométrie rectiligne et sphêrique, par M, Ozanam. — Paris,
Tables de logarithmes pour les sinus, etc. — Paris, Desaines, 1781.
( Eléments de fortification , tirés de Le Blond par De Belair, ancien capitaine d'artillerie. — Paris, 1792.
Manuel de Vartilleur, ou Traité des différents objets d'artillerie pratique, par M. le chevalier d'Urtubie. —Paris, 1787.
Campagne du maréchal de VUlars en Allemagne Van 1703. — Amsterdam, 1762.
Nouvelles constitutions militaires, avec une Tactique adaptée à leurs principes. — Francfort- sur-le-Mein, 1760.
Eléments de tactique démontrés géométriquement, ouvrage allemand traduit par M. le baron de Holtzendorff. — Paris, 1777.
Règlements pour Vinfanterie prussienne, traduits de l'allemand par M. de Kéralio. — Berlin, 1787.
Archives de la ville d'Auxerre.
Le maréchal Ney au major général Berthier,
Schmolainen, le 6 mars 4807.
« Je ne me plains point de la bravoure du général Gardanne : j'ai été satisfait de lui sous ce rapport ; mais c'est une des qualités les moins essentielles pour un général. *
Le maréchal Soult, commandant en chef les armées d'Espagne,
au ministre de la guerre.
Saint-Jean de Luz, le 4W septembre 4813.
« Hier, au matin, j'ai attaqué l'armée ennemie, mais nous n'avons pu forcer ses positions.
« J'ai de nouveau éprouvé avec peine que les généraux, les chefs de corps et les officiers manquent généralement ^instruction, ainsi que de fermeté pour se faire obéir sur le champ de bataille. Le peu de soin que Ton porte dans les formations, l'irréflexion avec laquelle des colonnes s'engagent, où souvent Ton voit des divisions et des brigades entières se disperser en tirailleurs sans se ménager aucune réserve ni point d'appui, malgré les ordres réitérés qui sont donnés à ce sujet aux généraux, sont souvent les causes qui font échouer les entreprises les mieux concertées et procurent les avantages aux ennemis. »
C'est à tort que l'on croit, dans le public, qu'à la première Révolution les généraux ont pu s'improviser presque instantanément,
La guerre a éclaté en avril 1792.
Ce n'est que dix-sept mois après, en septembre 1793, que Jourdan a été nommé général en chef, Hoche chef de brigade.
Moreau n'a été promu général de division qu'en avril 1794, au bout de deux ans de guerre.
D'après les archives du Dépôt de la guerre.
« À la fin de notre guerre civile, qui a duré quatre ans (de 1861 à 1865), quelques-uns de nos meilleurs généraux parvenus au commandement d'un eorps d'armée ou d'une division, et des officiers d'état-major, sortaient auparavant de la vie civile ; mais je n'en connais aucun des plus capables gui n'ait exprimé le regret de n'avoir pas reçu de bonne heure une instruction basée sur les principes élémentaires de l'art de la guerre, au lieu d'avoir été forcé d'acquérir ces connaissances à l'école dangereuse et coûteuse de la guerre ellemême. »
M. le général Sherman, commandant en chef de l'armée des États-Unis.
« On a cru quelquefois pouvoir, par l'adjonction d'un homme éminent, comme chef d'état-major général ou comme commandant en second, remédier à l'insuffisance du général en chef. On espérait suppléer ainsi, par exemple, à son peu d'expérience de la guerre (si c'est un prince), à l'insuffisance de ses connaissances, à la faiblesse de son caractère..., etc. Mais les plus amères désillusions ont toujours été le résultat de semblables replâtrages.
« Le motif qui a conduite répéter si souvent ces tentatives demande une explication.
« Gomme personne n'est parfait, et comme ce sont précisément dans les caractères fortement trempés que les côtés faibles sont d'habitude le plus fortement accusés, il est utile et souvent même nécessaire que les personnes qui entourent le chef ne contribuent pas, par la similitude des caractères, à une aggravation nuisible de ces côtés faibles, et qu'il y ait, au contraire, une sorte de compensation entre les lacunes de l'esprit du général en chef et les qualités de son état-major.
« Ce principe est absolument juste si, en choisissant le général en chef, on n'oublie pas' qu'il doit être avant tout à hauteur de sa position, si on constate qu'il a le caractère et la majorité des connaissances nécessaires, sinon toutes; et, qu'à défaut de toutes les qualités, il possède du moins les plus importantes pour sa position. Mais cette donnée a été souvent interprétée, comme si l'on pouvait, chez un commandant d'armée, parer même à l'absence des qualités indispensables à un général en chef au moyen des talents de son état-major. Là a été l'erreur capitale et toujours funeste.
« On cite souvent, comme preuve du contraire , les grandes choses accomplies par Radetzky, doublé de Hess, son chef d'état-major ; par Blûcher, doublé de Gneisenau. On oublie que Radetzky était un général en chef dans toute l'acception de ce mot , qu'en 1848. et 1849, il avait déjà plus de 80 ans, et que son grand âge exigeait qu'il eût près de lui une personne capable de l'aider au double point de vue physique et moral ; aucune n'en était plus digne que le général Hess , dont le dévouement égalait l'abnégation. Quant a Blûcher, quoiqu'il fût appelé au commandement en chef de l'armée de Silésie à un tse moins avancé que Radetzky, il avait cependant 70 ans ; de plus, il avait fait peu d'études théoriques, mais il possédait à la fois une grande expérience
de la guerre, un jugement droit et prompt, une profonde connaissance des hommes, une ténacité à toute épreuve et une volonté de fer, qui ne cédait devant aucun obstacle. C'était beaucoup plus qu'un « sabreur, » et il avait dans le chef de son état-major, le général Gneisenau, l'homme possédant les qualités complémentaires qui lui manquaient. Tous deux, — Radetzky et Bhicher, — commandaient des armées composées de soldats de profession, et leurs lieutenants généraux étaient d'anciens compagnons d'armes rompus aux leçons de la guerre.
« Qu'on ne se fasse pas d'illusions : ces chefs d'état-major que nous venons de citer, ces hommes si richement doués, eussent difficilement mis en pleine valeur leurs brillantes qualités s'ils avaient été accolés à des hommes irrésolus, incapables , ou livrés à des intrigues de bas étage.
« Il est des qualités que personne ne peut donner à un général en chef, si celui-ci en est privé. Que, par exemple, il n'ait pas le jugement assez sûr pour discerner, au milieu du grand nombre de résolutions possibles, celle qui a pour elle la plus grande somme d'avantages, ou que, cette résolution une fois prise, il n'ait pas la fermeté de la poursuivre à travers les difficultés deTexécution/qu'ilnesachepas imposer à tous la stricte obéissance à ses ordres, et personne au monde ne pourra suppléer à ces défauts. •
S. À. I. l'archiduc Albert, qui a remporté la victoire de Custozza en 4866.
< Pendant la campagne de 1800 en Italie, où je commandais l'artillerie sous les ordres de Brune, je, passais pour le conseiller du général en chef. J'ai vu par expérience le rôle détestable que ce métier vous fait jouer à l'armée ; c'est le métier le plus ingrat possible. On ne conseille pas un général en chef; il peut chercher des lumières sur des questions spéciales, mais il doit s'en rapporter à ses inspirations. Si les opérations vont bien, c'est au général en chef qu'en appartient la gloire; si elles vont mal, on les reproche à son conseil. La guerre, où tout est du moment, ne peut se conduire^par des discussions continuelles ; ce qui est bon, utile, sublime aujourd'hui, peut être funeste demain ; et si l'on a pris, pour convaincre, le temps où il aurait fallu agir, tout est perdu. La guerre, dans son positif, se réduit toujours à un calcul de temps et de distance ; mais, dans sa partie morale, dans celle qui fait les grands généraux, dans celle qui dérive de la connaissance du cœur humain, elle tient à des inspirations, à un je ne sais quoi donné par la nature, qu'elle accorde rarement, mais que personne ne saurait enseigner. L'expérience de cette campagne, cependant sans aucun résultat fâcheux, m'a fait renoncer pour toujours à jouer ce rôle mixte et bâtard, amené alors par la force des choses. Il faut s'en tenir à obéir ou à commander, suivant sa position; et, autant que je l'ai pu, j'ai réduit mes fonctions à cette alternative. Quand j'ai été forcé de m'en écarter, je m'en suis toujours mal trouvé. »
Le maréchal Marmont,
c Lorsqu'un conseil de guerre est convoqué, peu de ses membres ont assez d'énergie et de caractère pour formuler nettement, hardiment leur opinion, sans égard aux personnes ni à la responsabilité. D'ailleurs, rien ne blesse plus l'amour-propre que de s'entendre accuser plus tard de manquer de jugement, parce que le plan qu'on a proposé a échoué; car la plupart des hommes jugent uniquement du mérite d'une résolution d'après le succès, qui cependant, à la guerre, ne peut jamais se calculer d'avance avec certitude. Il en résulte que ceux qui sont appelés à un conseil de guerre y entrent avec la conviction que le général en chef se trouve dans l'embarras et cherche à s'étayer sur leur avis, pour rejeter sur eux, en cas de revers, le fardeau de sa responsabilité. Chaque membre hésite d'autant plus à émettre une opinion tranchante qu'il sait que, le nombre des témoins de son dire, et pouvant déposer plus tard contre lui, est crand. Aussi ces conseils, dans lesquels on fait ressortir les chances d'être coupé ou tourné, prennent- ils d'ordinaire des décisions pusillanimes. On veut éviter le danger présent et ne rien hasarder, ce qui est pourtant inévitable dans toute affaire décisive, et on recule devant des embarras qnt vont cependant aller en augmentant , tant il est peu d'hommes prévoyants ! •
L'archiduc Charles.
Nous avons dit, dans l'introduction de ce thapitre, qne l'instruction ne suffit pas chez un chef, qu'il lui faut; en outre, la fermeté du caractère. De ces deux conditions, laquelle est la plus importante?-— Question oiseuse : elles doivent être aussi unies que l'âme et le corps.
« Quand un homme de guerre a le sentiment intime d'être éclairé, quand il sait qu'au moyen de l'instruction qu'il a acquise il pourra s'orienter rapidement dans des circonstances extraordinaires, son caractère s'affermit, il acquiert la facilité de prendre à propos une résolution nette et de la mettre pratiquement à exécution. Au contraire, tout homme qui a conscience ae son ignorance ou du besoin qu'il ressent de prendre conseil des autres, est toujours indécis, perplexe, et il est prêt à se démoraliser.
« Les qualités du caractère sont sans doute les premières chez un homme de guerre ; mais où peut mener l'énergie, si on n'est pas assez instruit pour connaître quel but il faut poursuivre et les chemins qui y conduisent?
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Le général d'infanterie prussienne Ton Peucker.
Napoléon à sa sœur, la reine de Naples.
24 février 1813.
« Yotre mari (Murât) est un fort brave homme sur le champ de
bataille ; mais il est plus faible qu'une femme et qu'un moine quand il ne voit pas l'ennemi. Il n'a aucun courage moral. •
« La première qualité d'un général en chef est d'avoir une tête froide, qui reçoive des impressions justes des objets, qui ne s'échauffe jamais, ne se laisse pas éblouir, enivrer par les tonnes ou mauvaises nouvelles ; que les sensations successives ou simultanées qu'il reçoit dans 4e cours d'une journée s'y classent et n'occupent que la place juste qu'elles méritent d'occuper ; car le bon sens , la raison, sont le résultat de la comparaison de plusieurs sensations prises en égale considération. Il est hommes qui, par leur constitution physique et morale, se font de toute chose un tableau : quelque savoir, quelque esprit, quelque courage et quelques bonnes qualités qu'ils aient d'ailleurs, la nature ne les a point appelés au commandement des armées ni à la direction des grandes opérations de la guerre. »
Napoléon Ier.
V empereur Napoléon au prince Jérôme, son frère, commandant
un corps d'opérations en Silésie.
Finkenstein, 2 mai 4807.
« Votre lettre contient trop d'esprit. Il n'en faut point à la guerre. Il faut de l'exactitude, du caractère et de la simplicité. »
« Il faut qu'un homme de guerre ait autant de caractère que d'esprit; les hommes qui ont beaucoup d'esprit et peu de caractère y sont les moins propres; c'est un navire qui a une mature disproportionnée à son lest ; il vaut mieux beaucoup de caractère et peu d'esprit. Les hommes qui ont médiocrement d'esprit et un caractère proportionné réussiront souvent dans ce métier : il faut autant de base que de hauteur. Le général qui a beaucoup d'esprit et du caractère au même degré, c'est César, Annibal, Turenne, le prince Eugène (de Savoie) et FrSdéric. »
Napoléon Ier.
Causant un jour avec un officier d'arme spéciale , qui vantait la supériorité des études transcendantes et abstraites des officiers de son origine, le maréchal Bugeaud lui répondit : « C'est vrai, vous êtes des corps savants; nous, dans l'infanterie, nous sommes des gens sachant! »
M. le général de division Gandil.
« Le maréchal Marmont était avant tout un homme de beaucoup d'esprit, c'est-à-dire que , saisissant facilement et vivement les rapports des choses, il savait les considérer sous leurs aspects divers et
traduire dans une forme séduisante l'impression qu'il en recevait. Cette faculté est si brillante, elle procure de telles jouissances à celui qui la possède et même à ceux qu'il favorise de ses entretiens, qu'on est très-naturellement porté à en exagérer la valeur. Il est certain pourtant que, dans la conduite des affaires, lorsqu'elle n'est pas unie, comme chez les vrais grands hommes, à d'autres facultés plus solides, plus sérieuses, qu'elle n'exclut pas sans doute, mais qui ne se concilient avec elle que dans les natures parfaitement organisées, elle égare plutôt qu elle ne dirige utilement. Il faut, en effet, une grande force de raison, une rare énergie de caractère pour soutenir, sans être ébloui et entraîné, la lutte à laquelle un esprit fin, vif et pénétrant est nécessairement livré par la foule des pensées, des opinions, des points de vue que la réflexion ne cesse de lui suggérer. Tandis que les intelligences droites, simples et même, si l'on veut, un peu lentes, guidées par l'instinct du non sens vers les idées et les résolutions dans lesquelles réside la plus grande somme de vérité, hésitent d'autant moins à les adopter qu'elles entrevoient à peine les objections et les doutes inhérents à toutes nos conceptions, les esprits ingénieux et subtils, apercevant tout à la fois le pour et le contre avec une sagacité merveilleuse, se troublent, restent indécis et finissent souvent par prendre le plus mauvais parti, parce qu'ils manquent de la vigueur et de la justesse qui vont droit au point essentiel, qui distinguent du premier coup d'oeil ce qui est vraiment important sans se préoccuper des détails secondaires, sans rechercher dans les choses une vérité absolue dont le discernement échappe à nos faibles facultés. Cette infériorité pratique des esprits principalement ingénieux, comparés aux esprits dont la droiture et la simplicfté sont les qualités dominantes, ne se révèle' pas seulement dans la (politique, dans la conduite des affaires; elle a aussi une influence morale. Les premiers, lorsque leurs intérêts se trouvent en jeu, sont exposés à se tromper eux-mêmes, à se faire de dangereuses illusions par des sophismes subtils que les autres auraient peine à concevoir, bien loin de pouvoir les inventer. Ces derniers, par exemple, ne se seraient pas avisés de la distinction spécieuse que le maréchal Marmont, pour justifier sa défection de 4814, établit entre les « honnêtes gens > et les « gens d'honneur •. Il la met, il est vrai, dans la bouche de l'empereur. Il se peut que Napoléon, dans un de ces entretiens où il se plaisait à agiter toutes les questions comme par forme d'exercice, ait laissé tomber quelques paroles en rapport avec cette bizarre théorie; mais j'affirmerais presque que le maréchal, à son insu peut-être, abusé dans ses souvenirs par le courant de ses préoccupations, a donné à ces paroles un développement et une portée bien étrangers à la pensée de celui qui les avait prononcées. *Un esprit simple et droit, je le répète, n'eût pas fait cette distinction. Il peut arriver à de tels esprits de manquer au devoir, ma» ils le font en connaissance de cause, sans se tromper eux-mêmes ; ils le font donc plus rarement que ceux qui sont pourvus de"la funeste puissance d'égarer et de séduire leur conscience. « Ceux-ci, et cela est parfaitement naturel, ne se soumettent pas
volontiers à cette supériorité du ferme bon sens : ils y voient une usurpation. Trop portés à dédaigner les qualités qui leur manquent et à s'exagérer la valeur de celles qu'ils possèdent, ils ne conçoivent pas que des hommes moins instruits, moins « spirituels » dans le sens étroit de ce* mot, c'est-à-dire moins aptes à discourir facilement et brillamment sur toutes choses, et qu'ils croient moins intelligents . parce qu'ils le sont autrement qu'eux, leur soient préférés pour le gouvernement, pour la pratique et la conduite des affaires, et le plus souvent y obtiennent plus de succès. Ils crient au triomphe de la médiocrité là où ils devraient reconnaître la lutte de deux ordres de supériorités différentes, dont chacune a sa part et son rôl» distinct : dont l'une est appelée à orner, à charmer le monde, peut-être à préparer de loin ses progrès ; l'autre à le conduire et à le dominer dans le présent. Ils ne sentent pas qu'alors môme qu'au point de vue purement intellectuel ils seraient incontestablement supérieurs à ceux en qui ils veulent voir des rivaux injustement préférés, Y intelligence n'est pas tout ici-bas; que la force du caractère, cette force véritable , toujours unie, au moins dans une certaine mesure, à la justesse des idées et des appréciations, est la première des qualités requises pour gouverner les hommes, et que ceux qui en sont doués sont appelés, en quelque sorte de droit divin, à occuper le premier rang dans la politique comme dans le commandement des armées.
« Dans ses Mémoires, le maréchal Marmont cède à cette habitude d'esprit qui consiste à chercher dans de petits incidents les causes des plus grands événements, à restreindre démesurément la part d'influence des grands hommes pour augmenter d'autant celle de ce qu'on appelle la fortune, comme si le génie dans l'action , était autre chose que l'aptitude à discerner et à mettre à profit les chances favorables qu'elle offre à ceux qui savent en profiter, comme si l'infériorité des hommes médiocres ne consistait pas précisément en ceci, qu'ils ne savent pas les apercevoir à temps pour en tirer parti ! »