L. de Vibil-Castel
L'empereur Napoléon à M. Jérôme Bonaparte, son frère.
Milan, 43 prairial an xiu.
« C'est la volonté, le caractère, l'application et l'audace qui m'ont fait ce que je suis. »
Le duc de Vendôme, commandant V armée française en Italie, à M. de ChamiUart, ministre de la guerre.
Do camp de Castagnaro, 46 juin 4706.
a Je commencerai d'abord par vous dire que je suis toujours prêt d'obéir à Sa Majesté et d'aller où elle me croira nécessaire pour le bien de son service, n'ayant jamais eu en ma vie d'autre volonté que la sienne ; mais, quand vous ne m'ordonneriez pas de sa part de vous
dire ce que je pense, je n'eusse pas manqué de le faire, par rattachement que j'ai pour Elle, car ces conjonctures-ci sont d'une trop grande conséquence pour que ceux qui aiment autant que moi le roi et l'Etat cachent leurs véritables sentiments.
c Je connais parfaitement le maréchal de Marcin pour l'avoir vu servir ici sous moi la première campagne; il est rempli de courage, de bonne volonté, d'honneur et de probité, mais je ne lui crois pas assez d'étendue ni de fermeté dans la tête pour le charger des affaires d'Italie. Ce que j'ai l'honneur de vous dire, Monsieur, est certain ; et j'ai éprouvé plusieurs fois que l'on le fait changer de sentiment quand on veut, et qu'il est «toujours de l'avis du dernier qui lui parle, caractère très- opposé à celui que doit avoir un homme qui commande en chef et qui doit conduire les autres. J'ajouterai, de plus, que les difficultés de cette guerre sont si grandes, que tel homme qui gouvernerait bien les affaires ailleurs donnera du nez à terre ici ; en un mot, il faut avoir une tête de fer pour qu'elle ne tourne point à tous les embarras qu'il y a à essuyer ici tous les jours. Il est bien triste que Sa Majesté ait à soutenir une aussi grosse guerre et qu'elle ait aussi peu de bons sujets. Cependant, si Elle m'ordonne de quitter l'Italie, je ne connais que M. le maréchal de Berwick qui ait assez de hardiesse dans l'esprit pour se bien acquitter de tout ce qu'il y a à faire. »
« Un caractère irrésolu ne peut mener à bonne fin une opération, parce qu'au milieu des incertitudes le temps se passe, et les choses possibles cessent bientôt de l'être par mille événements imprévus. »
Le général marquis de Montalembert, attaché au quartier général des coalisés pendant [la guerre de Sept ans (l'inventeur dn système de la fortification polygonale).
Le lieutenant général Custine au ministre de la guerre.
Strasbourg, le 42 juin 4792.
« Je ne puis vous dissimuler que, quoique M. de La Morlière (général en chef de l'armée du Rhin) signe tous les ordres que je lui présente, toutes les lettres que je lui fais écrire, je rencontrerai cependant de grandes difficultés, qu il faut plus que la fermeté de mon caractère pour vaincre.
« Après un ordre donné, envoyé, celui auquel il est adressé vient faire aes représentations, ne l'exécute pas; qu'on lui cède, que je ne le sache souvent que quelques jours après, qu'il y ait des comités aue j'ignore , alors il est impossible de mettre la moindre liaison dans les plans. D'ailleurs, pour faire exécuter littéralement ses ordres, il a été dans tous les temps nécessaire d'avoir beaucoup de fermeté. Que ne faut- il pas aujourd'hui de force pour réussir à se faire obéir ; et lorsque celle qu'on emploie est atténuée, annulée par une bonté naturelle à laquelle s'ajoutent les effets de l'âge, on doit s'attendre à tous
les inconvénients qui en résulteront, sans pouvoir en rendre personne responsable. »
L'empereur Napoléon au maréchal Lefebvre, commandant les troupes
devant Dantzig.
Fiokeastein, 48 mai 4807.
« J'ai vu avec la plus grande surprise votre lettre ; je vous croyais
Ï>lus de caractère et d'opinion ; est-ce à la fin d'un siège qu'il faut se aisser persuader par des intrigants qu'il faut changer le système d'attaque, ainsi décourager l'armée et faire tort à son çropre jugement 7 Rien ne vous autorise à dire que mon opinion était qu'on attaquât le Bischofsberg ; mon opinion était qu'on attaquât d'abord le camp retranché, qu'on investît hermétiquement la place, et qu'alors on attaquât le point que le corps du génie et de l'artillerie aurait jugé le plus faible. Après un conseil que vous avez tenu, vous avez décidé de ne pas attaquer le camp retranché, mais le Hagelsberg ; vous avez depuis remédié à l'inconvénient de n'avoir pas attaqué l'île en la prenant, et cela est très-important. Vous êtes sur le point de prendre le Hagelsberg. Chassez de chez vous à coups de pied au cul tous ces petits critiqueurs. Attaquez le Hagelsberg : maître du Hagelsberg, vous l'êtes de la place, d'abord parce que vous le serez du Bischofsberg, et enfin, quand vous ne seriez pas maître du Bischofsberg, cela est très-indifférent ; vous cheminerez sur le bas front de la place, sous la protection du Hagelsberg. Que veut dire que vous ne pourrez pas mettre sur le Hagelsberg assez de canons ? Vous avez un espace de plus de 400 toises jusqu'à la rivière. Prenez le Hagelsberg, et vous verrez avec quelle rapidité la place tombera. Mais, encore une fois, accordez votre confiance à un ingénieur ; accordez-la à Chasseloup, qui est le meilleur et a le plus d'expérience de ces affaires. Ne souffrez pas qu'on critique; car, enfin, serait-il vrai qu'il eût fallu attaquer le Bischofsberg, qui est-ce, si ce n'est des malveillants, qui pourrait se permettre aujourd'hui de le conseiller ? Dantzig a toujours été pris par le Hagelsberg. D'ailleurs, les officiers du génie et d'artillerie ont décidé que ce serait le point qu'il fallait attaquer ; ils en savent plus que des subalternes et aes bavards qui, au lieu de faire le passage du fossé, s'amuseront à critiquer. Je reconnais bien là la légèreté du caractère français. Faites jeter des sacs à terre et des tonneaux pleins de terre dans le fossé, et, sous la protection de cette levée, faites briser les palissades et donnez l'assaut. Ne prenez conseil que de Chasseloup et de La Riboisière: »
Le général en chef Pélissier au ministre de la guerre.
Devant Sébastopol, le 3 août 4855.
« Invité par son Gouvernement à faire connaître son opinion sur la conduite ultérieure du siège (de Sébastopol) et à s'entendre avec moi,
le général (anglais) Simpson a provoqué une conférence qui a eu lieu hier matin et à laquelle assistaient les généraux en chef, les amiraux et les commandants d'armes spéciales des deux armées,
« Un mémorandum des généraux Niel et Harry Jones (du génie anglais) a été communiqué par moi dans cette séance. Je vous adresse une copie de ce document. Par suite des habitudes de l'armée anglaise, l'opinion du commandant du génie de cette armée pèse d'une façon presque décisive sur les résolutions de son général en chef. D'autre part, les circonstances où se trouve le ministère britannique ajoutent à la portée de ce mémorandum.
* C'est pourquoi je crois devoir en accompagner l'envoi des appréciations personnelles que j'ai exposées dans la conférence d'hier, en faisant la lecture de cette pièce, dont je ne puis adopter toutes les idées.
« Je ne voudrais pas, en effet, monsieur le maréchal, vous celer que ma fibre militaire s'est révoltée devant certains passages et certaines conclusions de cet écrit. Le général anglais a réservé son avis ; quant à moi, je n'ai aucune raison pour ne pas dire le mien et hésiter à m' élever contre des idées qui seraient de nature à affaiblir le moral de l'armée si elles transpiraient et si leur source était connue.
c Certes, il n'entre pas dans mon esprit de jeter un voile complaisant sur les difficultés dont il nous faut triompher. Je les reconnais autant que personne ; et Votre Excellence me rendra cette justice que j'ai toujours signalé recueil de chaque manière d'opérer, soit qu'il fat question de se porter à l'extérieur tout en satisfaisant aux exigences du siège, soit que l'on proposât de livrer un assaut général et à fond, sorte de résolution désespérée dont on n'a pas toujours suffisamment calculé les dangers.
c Mais il ne faut pas non plus transformer les difficultés en impossibilités, et, comme le général Harry Jones le fait dans une note qui a précédé son mémorandum collectif avec le général Niel, conclure qu'il n'y a pas lieu d'attaquer le grand redan.
« Cet officier général paraît avoir reconnu ee qu'avait d'excessif une pareille détermination, et, d'accord avec notre commandant du génie, il comprend le grand redan dans les ouvrages qui doivent être assaillis.
« Les auteurs du mémorandum opinent pour une attaque simultanée contre Karabelnaya et les bastions du Mât et du Centre. L'attaque sur le bastion du Mât a toujours été réclamée par les Anglais comme la condition de réussite indispensable de toute entreprise sur le grand redan. C'est contestable , et j'aurais désiré ne pas ajouter cet effort à ceux que nous coûteront les attaques de la droite. Mais c'est une concession à faire à nos alliés, je le vois bien, pour que la conclusion de la note du général Harry Jones ne soit pas remise en avant. L'attaque sur le bastion du Mât ne peut se séparer de celle du bastion du Centre; mais j'entends les limiter au terre-plein de ces ouvrages, où, en cas de succès, nous devrons établir un logement solide avant de nous jeter sur la ville même.
« Toutefois, je crois devoir subordonner Faction décisive à l'effet produit par les mortiers que m'a annoncés Votre Excellence, et chercher, avant de donner le coup de collier, à avoir obtenu de notre artillerie, non- seulement contre des fortifications en terre facilement réparables, mais surtout contre la garnison, des effets destructeurs. Le rapport du prince Gortschakoff sur l'affaire du 18 juin nous a fait voir ce que notre feu d'artillerie coûte à l'ennemi en 24 heures, s'il est convenablement nourri. Il nous faut l'employer plusieurs jours de suite, fatiguer les Russes par de fausses alertes, les menacer partout par des attaques secondaires, mais cependant ne pas perdre de vue que le point capital est Malakoff, que cette position décisive entraîne la chute de Karabelnaya et facilite complètement celle de la ville, que la doit être frappé le coup suprême, que là sera la victoire.
« Pour y arriver avec certitude, il faut savoir patienter encore, jusqu'à ce que nous ayons reçu les renforts que vous nous avez annoncés et que nous ayons disposé le matériel et les munitions promises et qui débarquent journellement. J'ai prescrit l'étude des batteries de mortiers que nous attendons ; je vous adresserai l'état de leur emplacement. Nous aurons donc enfin des moyens formidables de rendre Malakoff inhabitable aux Russes. Ils seront écrasés par nos feux avant d'être abordés à la baïonnette. Pourquoi, ayant encore du temps devant nous, diminuer par une précipitation mal raisonnée les chances de succès de notre prochain assaut 7 Si, avec quelques jours de plus de travail et de persévérance, nous pouvons réduire la part du hasard, nous serions bien coupables de ne pas le faire. Mais, certes, ce n'est pas moi qui me laisserai entraîner par les lassitudes, l'ennui et les impatiences dont je suis parfois témoin. Je ne perdrai pas un jour, pas une heure; mais je ne ferai rien d'imprudemment prématuré.
< Sans doute, nos troupes sont éprouvées, et personne n'est plus touché que moi de leurs fatigues et de leurs pertes. Mais jamais rien ne me déterminera à prononcer de sang- froid ce mot que j'ai eu la douleur de lire dans le dernier paragraphe du mémorandum : < Lever le siège. > Lever le siège ! quand nous sommes deux fois plus nombreux que le dernier hiver, lorsque la vie du soldat est mieux assurée, lorsque nous avons l'expérience des moyens à employer pour combattre les intempéries, lorsque le service sanitaire est mille fois mieux installé, que nous sommes infiniment plus riches en matériel, en transports, en munitions... Voilà un de ces mots qui ne doivent pas être écrits. D'ailleurs, Dieu merci t nous n'en sommes pas là ; et puis, une telle opération est tout simplement impossible.
« Non ! nous ne serons pas acculés, je me plais à le croire, aux difficultés que prévoient trop facilement et aux impossibilités qu'admettent trop complaisamment les auteurs du mémorandum, et l'excès même de leurs appréhensions me rassure contre leur raisonnement. Je n'en suis que plus décidé à ne pas me laisser aller à l'empressement d'en finir avant d'avoir reçu ce que les deux pays envoient de renforts, en hommes et en matériel, aux armées assiégeantes. C'est ici une lutte d'opiniâtreté et d'énergie. La pensée qui a inspiré aux gêné-
raux du génie leur dernière considération ne saurait entrer dans mon esprit, et je ne la relève que pour déclarer que je m'en sépare complètement. •
Le marquis (depuis maréchal) de ViUars, ambassadeur du roi de France à vienne, à M. Chamillart, ministre de la guerre.
Vienne, 7 mars 4704.
« Vous êtes informé, par l'Etat que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, des forces de Pempereur. Peut-être ne serez-vous pas fâché de connaître quelque chose du caractère de MM. les princes de Bade et (Eugène) de Savoie ; et vous en jugerez par ce que je leur ai ouï dire sur celui des généraux d'armée.
« Les uns, disent-ils, parvenus aux dignités à iorce d'années et de patience, se trouvant un commandement inespéré, et qu'ils doivent plutôt à leur bonne constitution qu'à leur génie ou à leurs actions, sont plus que contents de ne rien faire de mal. D'autres, plus heureux par des succès qu'ils doivent uniguement à la valeur de leurs troupes, aux fautes de leurs ennemis, enfin, à leur seule fortune, ne veulent plus la commettre, quelque avantage certain qu'on leur fasse voir dans des mouvements qui. n'engageant à rien, peuvent, cependant, détruire un ennemi déjà en désordre. Mais une troisième espèce d'hommes, assez rare à la vérité, compte n'avoir rien fait tant qu'il reste quelque chose à faire ; ils oublient une victoire complète pour ôter toute ressource au vaincu ; profitent de la terreur qui l'aveugle presque toujours à tel point, aue les plus grosses rivières, les meilleurs bastions ne lui paraissent plus un rempart. Voilà, Monseigneur, comme ils raisonnent ; et à qui pense ainsi, on pourrait lui croire ces dernières qualités, lesquelles véritablement ne sont pas communes. »
Le felâ-marèchal Blûcher à la maréchale.
Meudon, le 4 juillet 4 84 ci.
« Paris est en mon pouvoir ; l'armée française se retire derrière la Loire, et la capitale m'est livrée. C'est à la bravoure incroyable et à l'énergie sans pareille de nos troupes ainsi qu'à ma volonté de fer, que ce triomphe est dû. Les observations, les lamentations sur l'épuisement des troupes n'ont pas manqué de pleuvoir autour de moi ; mais je suis resté sourd à tout; je savais par expérience (i) qu'on doit et ne peut recueillir tous les fruits d'une victoire qu'en poursuivant le vaincu sans trêve ni répit. »
(4) Poursuivi à outrance par Bernadottc, Soult et Mural, après la bataille l'Aoerstedt, Bliicber avait été oblige de capituler à Ratkau, le 7 novembre 4806.
Le major général Wellesley (depuis duc de Wellington) •
à Jonathan Duncan.
Au camp da Rajah Peepulgaum, le 7 janvier 4804.
c Je ne crois pas devoir regretter la disposition naturelle de mon caractère à ne rien considérer comme impossible, et à croire que tout peut être effectué* si Ton proportionne les efforts au but à atteindre. »
Wellington à John Villiers (depuis lord Clarendon), ministre plénipotentiaire d'Angleterre en Portugal.
El vas, le 28 mai 4844.
« Personne ne peut mieux apprécier que vous les difficultés contre lesquelles j'ai eu à lutter (pendant l'expédition de Masséna en Portugal) ; mais je crois que vous ne les connaissez pas toutes. J'ai persévéré J— J — "-?— -• -—- — «i— F-~i-' — !.-&-*-
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d'un autre côté, les autorités civiles "portugaises prétendaient que j'aurais dû maintenir la guerre sur la frontière, au heu de venir dans les lignes de Torrès-Vedras, quand nous manquions pour cela, nonseulement des forces matérielles, mais encore des moyens de pourvoir aux besoins des seules troupes portugaises qu'elles avaient pu mettre sur pied. Il ne m'a rien moins fallu qu'une fermeté inébranlable pour résister à ces neuf mois de discussions avec des opinions contraires. Ajoutez à cela que l'opinion publique en Angleterre variait presque comme le vent, et vous reconnaîtrez que je ne pouvais compter que sur moi-môme. »
« J'ai souvent entendu le général Grant déclarer qu'il arrive un moment, dans chaque bataille chèrement disputée, où les deux armées opposées sont presque épuisées par leurs efforts et où il semble que chacune n'en peut plus. C'était là, à son avis, la crise décisive ; et le général en chef qui avait assez de caractère pour prendre l'offensive, était sûr de vaincre. »
M. le colonel Badeau, aide de camp du général Grant pendant la guerre de sécession aux Etats-Unis.
« Je faisais un jour cette question à un militaire de premier rang, à Souvaroff : «Dites-moi, monsieur le général, qu'est-ce qu'une bataille perdue? Je n'ai jamais bien compris cela. » — Il me répondit, après un moment de silence : « Je n'en sais rien. » Et après un second moment de silence, il ajouta: « C'est une bataille qu'on croit [avoir perdue. »
Le comte Joseph de Maistre, longtemps ministre plénipotentiaire do roi de Sardaigne à la cour de Russie.
C'est dans les irrésolutions de l'état-major hanovrien qu'il faut surtout chercher la cause de la catastrophe de Langensalza (1866), qui coûta le trône au roi de Hanovre.
« Du moment où on commençait au quartier général hanovrien à entrer dans la voie des négociations, le sort de l'armée était décidé. À partir de ce moment, nous ne rencontrons qu'une succession d'hésitations entre la détermination d'exécuter des mouvements militaires décisifs, et la tendance à accepter un arrangement à l'amiable. »
« Dans l'après-midi du 23 juin, on entame des négociations avec Berlin ; cependant, le soir même, on se décidé à s'ouvrir le passage le lendemain par Eisenach. Le lendemain matin, quand les troupes sont déjà rassemblées, on les renvoie dans leurs cantonnements, parce qu'on veut, avant de partir, attendre la réponse de Berlin ; puis, sans attendre qu'elle soit arrivée, on se décide de nouveau à exécuter l'opération sur Eisenach, et, à peine rentrées dans leurs cantonnements, les troupes sont obligées d'en repartir. On déclare maintenant vouloir rompre toutes les négociations, et pourtant, pour éviter une effusion de sang, on est prêt à recevoir le plénipotentiaire prussien qui est attendu. Ainsi, on ne prend dans les deux sens que des demi-mesures : on pourrait capituler, mais on se refuse à faire aucune concession ; on veut percer la ligne ennemie, mais on voudrait éviter une effusion de sang I >
Rédigé par l'état-major prussien (d'après les idées de son chef M. le général von Moltke).
ni
La troisième série des documents qu'on va lire, montre que ni la naissance sur les marches du trône, ni l'ancienneté, ne sont des titres suffisants pour prétendre au commandement.
« Le fils aîné du duc de Saxe-Cobourg était capitaine au service de Prusse dans la guerre de 1778. Il s'ennuya de ce poste, et le témoigna au roi (Frédéric U), en le priant de l'avancer. Le roi lui répondit qu'il avait cru lui faire beaucoup d'honneur en le nommant capitaine dans son armée ; que si lui, prince, n'en jugeait pas ainsi, il était le maître d'en sortir» Le fils du prince de Prusse, aujourd'hui (1787) roi, a fait le service d'officier subalterne dans le régiment des gardes jusqu'à l'avènement de son père au trône. Et remarquez que tous ces princes se garderaient bien de se dispenser le moins du monde de la discipline. >
Mirabeau, qui a étudié l'armée prussienne sur place à Berlin, un an avant la mort de Frédéric II.
« J'allai visiter Potsdam (1826). Le roi (de Prusse) voulut bien m'en faire voir la garnison. Cette fois, il ne fut plus question de ma-
nœuvrcs, mais d'une parade avec toutes les recherches d'une belle tenue. Les troupes étaient magnifiques et défilaient devant le roi.
< Le prince Albert, fils du roi, jeune homme de seize ans, était lieutenant dans un régiment d'infanterie de la garde. Il défila à la tète de son peloton : beau spectacle et hommage flatteur rendu au service militaire, à son importance, à ses droits, et manière puissante de rehausser la considération dont il doit jouir à tant de titres; enfin, réponse péremptoire aux prétentions et aux ambitions désordonnées. Nous sommes loin de là en France ! Et il semble que la raison, la partie pratique des affaires et du Gouvernement, soient seulement connues dans le Nord. Au Midi tout est caprice et misère. Chez nous, on donnait, il n'y a pas longtemps, à un enfant en jaquette et ne sachant pas lire, des aides de camp ! Contre-sens misérable et digne de pitié! >
Le maréchal Marmont.
Le prince Eugène de Savoie au comte de Sinzerdorff, chancelier
de V empire d'Autriche.
48 juillet* 709.
c Si un autre général commandait sur le Rhin, on aurait déjà depuis longtemps envoyé des ordres positifs ; mais y ayant un fantôme de Prince qui doit commander l'armée, il est en droit de ne jamais rien faire. »
L'empereur Napoléon au prince Eugène (son beau- fils, qui venait
de perdre la bataille de Sacile).
Burghausen, 30 avril 4809.
? La guerre est un jeu sérieux, dans lequel on peut compromettre sa réputation et son pays ; quand on est raisonnable, on doit se sentir et connaître si Ton est fait ou non pour ce métier. Je sais qu'en Italie vous affectez de méprisçr Masséna ; si je l'eusse envoyé, ce qui est arrivé n'aurait point eu lieu. Masséna à des talents militaires devant lesquels il faut se prosterner ; il faut- oublier ses défauts, car tous les hommes en ont. En vous donnant le commandement de l'armée, j'ai fait une faute ; j'aurais dû vous envoyer Masséna et vous donner le commandement de la cavalerie sous ses ordres. Le prince royal de Bavière commande une division sous (le maréchal Lefebvre) le duc de Dantzig. Les rois de France, des empereurs même régnants, ont souvent commandé un régiment, ou une division, sous les ordres d'un vieux maréchal. Je pense que, si les circonstances deviennent pressantes, vous devez écrire au roi de Naples (Murât) de venir à l'armée ; il laissera le gouvernement à la reine. Vous lui remettrez le commandement et vous vous rangerez sous ses ordres ; cela sera d'un effet convenable. Il est tout simple que vous ayez moins d'expérience
de la guerre qu'un homme qui la fait depuis seize ans. Je n'ai point de mécontentement des fautes que vous ayez faites, mais de ce que vous ne m'écrivez pas, et que vous ne me mettez point à même de vous donner des conseils et même de régler ici mes opérations. Si vous saviez l'histoire, vous sauriez que les quolibets ne servent à rien, et que les plus grandes batailles dont l'histoire fasse mention n'ont été perdues que pour avoir écouté les propos des armées. »
Le major général Berthier au roi de Westphalie, Jérôme Napoléon.
Mayence, le \ « août \ Si 3.
a L'Empereur a pris connaissance de la lettre que Votre Majesté m'a fait l'honneur de m'adresser en date du 29 juillet.
a Voici la réponse littérale que Sa Majesté m'a dictée. Votre Majesté ne peut avoir aucun commandement dans l'armée française, si :
ce f • Elle ne fait connaître qu'Elle désaprouve la conduite qu'Elle a tenue l'année passée en quittant l'armée (en Russie) sans la permission de l'Empereur, et qu'Elle en est fâchée ;
« 2* Si, en prenant du service dans l'armée française, Votre Majesté ne se soumet à obéir à tous les maréchaux commandant des corps d'armée qui n'auraient pas été mis spécialement sous ses ordres par l'Empereur, Votre Majesté ne devant avoir d'autre grade dans l'armée française que celui de général de division, et ne devant commander de droit, en cas de circonstances imprévues, qu'à des généraux de division.
« L'Empereur, Sire, me charge de dire à Votre Majesté que ce qui vient d'arriver en Espagne fait connaître de plus en plus l'importance de tenir à ces principes; que la guerre est un métier, qu'il faut l'apprendre; que Votre Majesté ne peut pas commander, puisqu'elle n'a pas l'habitude des champs de bataille ; que le roi d'Espagne ((Joseph), à qui l'Empereur a fait dans le temps de semblables observations, en est aux regrets et aux larmes de ne les avoir pas comprises. >
c Envoyé à Saint-Pétersbourg par le maréchal Koutousoff pour porter à 1 empereur Alexandre la nouvelle de l'abandon de Moscou, le colonel Michaud, après s'être acquitté de sa mission, parla ensuite à l'empereur du désir que toute l'armée russe avait de le voir venir la commander lui-même.
• La réponse de l'empereur peint parfaitement son estimable caractère ; après un moment de réflexion (jamais il ne répondait surle-champ lorsqu'on lui adressait une question importante), il dit à Michaud : « Mon cher colonel, je suis très-flatté de ce que mon armée désire me voir partager ses dangers et sa gloire, mais je me crains moi-même: vous savez que chaque homme a sa dose d'amour-propre, et j'ai la mienne comme un autre, Je ne puis me dissimuler que je n'ai, pour conduire la guerre, ni l'habitude de la faire, ni les talent?
de mon adversaire ; je voudrais cependant peut-être quelquefois ordonner, commander, etc., et je tremble de penser que je pourrais être cause d'un revers, ou de la perte de beaucoup d individus. Cependant, je ne renonce point entièrement à aller combattre avec, vous: je me conduirai selon les circonstances. »
Le lieutenant général comte de Langeron, émigré français alors au service de Russie.
Le marquis (depuis maréchal) de ViUars à M. de ChamiUart,
ministre de la guerre.
Du camp de Schweighausen, le 28 juin 4702.
« Ne voulez-vous point, monseigneur, dans la guerre la plus difficile qu'on ait vue depuis 30 ans, peser la différence qu'il y a d'un homme à un autre? Et quel malheur n'est-ce point, de n'avoir pu tirer de la plus fière de toutes les nations, toujours victorieuse depuis le règne du plus grand roi qui ait jamais porté la couronne, un peu plus d'hommes capables de mener cette nation ! J'ai tout le respect que je dois pour ceux qui sont à la tête de nos armées ; mais cependant, peut-être y aurait- il encore chez eux quelque chose à désirer. Faut-il que les raisons de Cour, les protections, certains emplois déjà occupés, le grand à^e, de longs mais froids services, l'habileté seule d'un homme qui, faisant son premier mérite de plaire à tout ce qui peut lui être utile, néglige ou peut-être ne peut avoir les autres talents plus importants à son maître ! faut-il que les hommes ne soient presque jamais choisis par les principaux motifs ! »
Le maréchal de ViUars à Louis XIV.
2oaoûH70o.
« Mon zèle pour le service de Votre Majesté me fait prendre la liberté de lui dire qu'Elle ne peut être trop difficile sur le sujet de, ceux qui tiennent les premiers postes dans les armées. Le trop grand nombre même ne convient pas. Par exemple, je vois dans l'ordre de bataille de l'armée de Flandres, quinze lieutenants-généraux à une première ligne, cinq à chaque aile. Il est vrai que le plus ancien commande 1 aile ; mais, Sire, le hasard ne permet pas toujours que le plus ancien soit le plus capable. D'ailleurs, gens égaux en dignités ne sont point naturellement portés à s'estimer, ni à s'obéir assez promptement. La guerre veut une autorité trop décidée, pour que la parité puisse s'en accommoder. Il y a des gens plus occupés de la manière dont ils ordonnent, que de la force qui doit être dans le commandement. Il est bon de se faire aimer des troupes ; mais leur confiance ne s'acquiert que par la fermeté et la, justice, »
Le représentant du peuple Gillet, chargé de V embrigadement aux armées de la Moselle et des Ardennes, à ses collègues composant le Comité de salut public.
Vil le rs-la- Chèvre, le 44 germinal an h.
« L'ancienneté de service donne des titres à la reconnaissance nationale, mais non pour occuper des places où la vie des hommes repose sur les talents de celui qui les occupe. Lorsqu'on accorde un grade à un militaire, ce n'est pas une récompense, c'est un devoir qu'on lui donne à remplir; et souvent, plus un homme est âgé, moins il^st capable de s'en acquitter. >
Le maréchal Bugeaud, gouverneur général de l'Algérie, au ministre
de la guerre.
Alger, le 43 novembre 4846.
« Je voudrais voir entre les mains du Gouvernement le moyen de récompenser les anciens services de quelque mérite, autrement que par un grade. Si le Gouvernement était autorisé à demander aux Chambres une augmentation de retraite, sous un titre quelconque, à partir du grade de lieutenant- colonel et jusqu'à celui de colonel inclusivement, pour ceux de ces officiers qui auraient [longtemps et bien servi, mais qui ne seraient pas propres à remplir le grade supérieur, on ne mettrait pas dans les cadres de l'état -major général des généraux qui ne devraient jamais y figurer. En l'absence de cette institution, le respect des intérêts individuels nous donne beaucoup de médiocrités, pour ne rien dire de plus, »
Le général de La Motterouge, commandant la V brigadejde la 5e division, au général de division.
Devant Sébastopol, le 40 décembre 4854.
« M. le colonel du 42€ me faisant connaître, par la lettre ci -jointe, l'inconvénient grave qu'il y aurait à confier le commandement du bataillon de tranchée, demain 11 décembre, à M. le capitaine J ,
que son ancienneté appelle à remplacer le chef de bataillon momentanément indisposé, j'ai l'honneur de vous rendre compte que j'ai autorisé le chef de corps à confier le commandement du bataillon de service au capitaine le plus ancien après M. J...., sauf votre approbation à cette mesure qui me paraît nécessitée par le bien du service. » « Approuvé. » Le général de division»
Le maréchal Bugeaud, gouverneur aénéral de V Algérie, à S. M. le roi Louis-Philippe.
Alger, 3 juin 4846.
« Quand on rencontre des hommes de capacité et de vertus militaires hors ligne, il ne faut pas les tenir dans l'ornière commune. En les
laissant vieillir dans les grades inférieurs, on prive le pays des grands services qu'ils pourraient lui rendre dans une position plus élevée.
« Trop d'hommes incapables arrivent au sommet en vieillissant ; leur nombre dans le cadre de l'état-major général est effrayant pour l'avenir de la patrie : ils peuvent nous ramener plusieurs journées de Waterloo.
« Faisons donc surgir de bonne heure quelques capacités bien démontrées, pour que, jeunes encore quand elles atteindront au grade d'officier général, elles soient une garantie pour la sécurité de la France et l'honneur du drapeau. »
Ce sont les petits esprits qui en temps de paix excellent dans les détails, s'occupent du matin au soir de minuties, sont inexorables sur l'uniformité absolue de la tenue, les alignements et le maniement d'armes en intervenant à chaque instant dans les fonctions de leurs subordonnés. Ils acquièrent par là une réputation imméritée, rendent le service un fardeau, mais ils sont surtoux funestes en empêchant des caractères de se former et en arrêtant l'avancement des officiers capables et fiers.
Qu'une guerre éclate, et ces petits esprits, épuisés par leurs occupations de détails, sont incapables d'aucun effort : ils échouent misérablement. C'est là l'éternelle histoire !
S. Â. !. l'Archiduc Albert.
Extrait de V Ordre du roi de Prusse en date du 16 décembre 1858.
Si les supérieurs s'ingèrent dans les attributions des inférieurs, il en résulte immanquablement que ceux-ci perdent le goût, l'amour et le zèle du service ; on empêche de se développer les individualités, qui sont cependant si nécessaires, et le courage de la responsabilité. Les supérieurs eux-mêmes ne sortent pas alors d'un cercle d'idées étroites : au lieu de se préparer à remplir des fonctions plus élevées, leur esprit en reste au point où il était dans le dernier grade. Il est du devoir des généraux d'agir énergiquement contre cette tendance.
Quand un officier est promu à un nouveau commandement, il doit passer une revue de détail de sa troupe afin qu'il apprenne à connaître les personnalités sous ses ordres et cju'il se rende compte exactement de l'état de la troupe ; mais, à moins de circonstances exceptionnelles, il devra ensuite s'abstenir des revues de détail. A l'égard des écritures, on rappelle ce vieux et sage principe qui veut que tout sujet de service ordinaire, qui peut être traité de vive voix, ne le soit point par écrit ; notamment, il est défendu aux chefs de corps de correspondre par écrit avec ceux de leurs inférieurs qui sont dans la même localité.
Il faut doctrine
simplifier, coordonner les règles, et les ramener à l'unité de ; simplifier, coordonner les moyens, et les ramener à l'unité
d'exécution. Mais comment espérer la réalisation de ce vœu dans un temps où toutes les affaires, les petites, les moyennes et les grandes, se pressent vers le centre gouvernemental pour* obtenir une solution? Par des raisons que je n'ai pas à exposer ici, les plus minces questions ne sont considérées comme bien résolues que si elles l'ont été par le ministre lui-même. Aucun des dépositaires du pouvoir à ses divers degrés ne veut engager sa responsabilité. Tous perdent ainsi l'habitude de statuer, et bientôt celle d'étudier les affaires; car il est évident que cette étude n'est attentive que dans la mesure de la responsabilité que la solution à intervenir doit créer. Dès lors les points d'interrogation pleuvent autour du ministre, l'accablent, l'absorbent tout entier ; et il arrive que : « Celui-là qui doit mener la voiture, la tire », — disait le maréchal Bugeaud.
H. le général de dmsion Troebu.
Le maréchal de camp Bugeaud, commandant une colonne expédition' mire dans la province d'Oran, au Ministre de la guerre.
Tlemcen, le 24 juin 4836.
« J'arrive à Tlemcen après six jours de marche. Ce serait de petites journées pour l'Europe ; elles sont assez fortes pour l'Afrique avec les chaleurs actuelles. La marche de la Tafna à Oran m'avait appris de reste qu'il fallait conduire les troupes avec une extrême sagesse si Ton ne voulait perdre en cina ou six jours de route autant d'hommes que dans une bataille. J'ai donc pris toutes les précautions imaginables (et possibles à Oran) en ce qui touche les vivres et les transports ; j'ai fait des haltes fréquentes ; partout où il avait de l'eau je restais deux heures, ou je couchais ; et, malgré cela, à deux jours d'Oran j'ai dû renvoyer près de trois cents hommes qui ne pouvaient plus marcher par une cause ou par une autre. Depuis, mes cacolets et mes chameaux se sont encore couverts de soldats et d'officiers. Les nouveaux régiments sont détestables pour faire cette guerre. Ils ne deviennent bons qu'après s'être épurés de près de la moitié de leur monde. Le 17* léger en est là : entré il y a sept mois en Afrioue avec seize cents et tant d'hommes, il n'en a pas neuf cents dans le rang; mais ces neuf cents sont bons» Il faut. convenir que l'apprentissage est un peu cher.
«t Parmi les nouveaux régiments, le 24e est celui dont j'ai été le plus mécontent. Il a été très-démoralisé : c'était presque du désespoir. Quatre hommes se sont suicidés dans une marche de quatre lieues, et il a fourni autant à lui seul que tous les autres aux cacolets et aux chameaux. Cette maladie venait d'en haut. Le corps d'officiers était en très-grande partie mécontent d'avoir été réembarqué immédiatement après son retour de Corse. On exhalait hautement ses plaintes ; on s'apitoyait sur le sort du soldat, et l'on prétendait que Ton n'avait jamais vu mener des troupes d'une manière aussi dure ; lorsque dans tous les autres régiments on convient que jamais on n'a été conduit
avec autant de soin et d'abondance. Comparons cela, disent-ils, avec l'expédition de Mascara, où nous avons manqué de vivres pendant cinq jours. (C'est une brigade seulement ; les autres n'en ont manqué que durant trois jours).
« Le colonel du 24* est un homme faible, peu propre à cette guerre. Il se bornait à faire de longs soupirs, et ne cherchait nullement à relever le moral. Le lieutenant-colonel est faible aussi, et par-dessus cela il est frondeur et grognard. Ce ne sont pas des hommes comme cela qu'il faut pour cette guerre : il faut des jeunes gens ayant de l'ardeur et de l'avenir.
« J'ai dû m'occuper sérieusement du moral du 24". J'ai réuni les officiers ; je les ai harangués en présence des soldats ; j'ai discuté leurs plaintes à haute voix ; je leur ai prouvé qu'aucune n'était fondée, qu'ils avaient eu de J'eau et des vivres en abondance, qu'on avait fait halte après chaque heure de marche, que les régiments avaient été tour à tour à la tête, au centre et à la queue des colonnes... etc. Enfin, quittant le ton de la discussion, je leur ai dit que leurs plaintes sur le sort du soldat dissimulaient mal l'affaissement de leur moral,
3ue les soldats ne se seraient pas plaints si eux-mêmes n'avaient onné l'exemple. Le lieutenant-colonel a eu la sottise de me reprocher les fatigues de la journée du 12, qui était un jour de combat. lime faisait beau jeu. Je lui ai répondu comme il le méritait, et ma réponse produisit bon effet
« Si pareille chose se renouvelait, Voterais le commandement aux deux chefs supérieurs, et je le leur ai dit à huis clos. >
« Dans les premiers jours de mai 1857, sur l'esplanade de Mirât (baraquement de troupes anglaises et indigènes près de Delhi), les munitions nouvelles pour fusil Enfield furent distribuées, aux exercices du matin, à 90 nommes du 3a régiment de cavalerie régulière, choisis proportionnellement par escadron. Cinq soldats seulement ayant accepté (1), les 85 autres furent arrêtés, traduits devant un conseil de guerre, et condamnés à cinq ans de fers. Tout acte de clémence eût été mal placé et n'eût servi qu'à mettre l'insurrection à l'ordre du jour dans l'armée du Bengale. Le commandant en chef décida, à juste titre, que la sentence serait mise à exécution dans toute sa rigueur. Le 9 mai, les condamnés furent dépouillés de leurs uniformes devant toutes les troupes de la station réunies ; les ouvriers de l'artillerie scellèrent les chaînes à leurs jambes, et on les ramena ensuite à la prison. Un morne silence avait régné parmi les régiments natifs présents à l'exécution, mais pas un mot, pas un geste d'insubordination n'était sorti des rangs. L'épreuve semblait heureusement terminée, et le brigadier-commandant put écrire, avec une apparence
(4 ) Les Hindous croyaient que les cartouches étaient enduites de graisse de vache ; or la vache est, d'après leur religion, un animal sacré.
de vérité, dans son rapport officiel, qu'il avait mené à bonne fin la périlleuse épreuve des cartouches graissées. Les événements du lendemain allaient cruellement démentir cette assertion. Le dimanche 10 mai, au moment où la population européenne de Mirât se disposait à se rendre à l'église, un grand tumulte éclata dans les rangs des troupes natives ; le 3- régiment de cavalerie se distinguait par sa violence. Les officiers, gui accourent en toute hâte pour faire entendre la voix de la discipline, sont attaqués avec rureur; plusieurs tombent sous les coups de leurs soldats, et le régiment entier se porte vers la prison. Par une inconcevable aberration de l'autorité anglaise, aberration que nous retrouverons souvent dans les scènes de l'insurrection, la garde en est confiée, comme d'habitude, à un poste de cipayes, qui ne fait même pas mine de se défendre. Les portes, ouvertes sans combat, livrent passage aux condamnés militaires et à un millier de prisonniers de la pire espèce. Dès le début, le 20e régiment d'infanterie a arboré l'étendard de la révolte, mais le 41* régiment reste indécis : la voix du colonel et celles des officiers sont encore écoutées, sinon obéies. Au milieu de cette émotion, les soldats révoltés du 20* régiment envahissent les lignes du 11* régiment, indécis jusque-là, déchargent leurs armes sur le groupe de l'état-major. dont le colonel tombe mortellement blessé. Ce meurtre enlève le régiment : cipayes, écume des bazars, forçats évadés, promènent ensuite dans la ville, pour plusieurs heures, le vol, le meurtre et l'incendie. Pendant ce temps, la faiblesse d'un vieux général accablé par les infirmités, paralysait l'action de l'agglomération la plus considérable de forces européennes réunies dans une seule station militaire de l'Inde. La surprise avait été complète. Il faut ajouter cependant, pour être juste, que la grande étendue de la station de Mirât, qui couvre une circonférence de plus de cinq milles (2 lieues), la séparation entière des troupes européennes des troupes natives, expliquent jusqu'à un certain point comment la nouvelle des événements qui se passaient dans les lignes des cipayes ne parvint pas immédiatement au quartier général. Le jour tirait à sa fin avant que les troupes royales fussent rassemblées sur le champ de manœuvres, autour du général Hewett. Après avoir assuré la défense des caisses publiques et des casernes, la brigade européenne se porta vers les lignes natives. Les cipayes rebelles les avaient déjà quittées, marchant à toute vitesse dans la direction de Dehli, et à peine aperçut-on de petites bandes de maraudeurs, que l'artillerie salua de quelques boulets inoffensifs. Une profonde obscurité' enveloppait la station, et le général commandant, sans se préoccuper autrement de poursuivre les rebelles, donna l'ordre aux troupes indignées de rentrer dans les cantonnements, où elles passèrent la nuit. Pour tout secours, on se contenta de prévenir, par télégramme, l'autorité de Dehli des événements de la journée. A l'aube, le lendemain, des patrouilles purent enfin parcourir la station, à la recherche des familles que la fidélité de leurs serviteurs, l'ombre de la nuit ou tout autre heureux incident avait dérobées au fer des massacreurs. Les nombreuses et riantes vallées de Mirât ne présen
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taient plus que des monceaux de ruines fumantes, d'où Ton retira trente et un cadavres européens horriblement mutilés.
« Le 11 mai, au lever du soleil, la cavalerie qui formait l'avant-garde des rebelles, prit possession du pont de bateaux de la Iamuna. Nulle ville ne pouvait offrir aux insurgés un asile plus sûr que Dehli contre la vengeance des Anglais. Dans les murs delà capitale de l'Hindoustan vivait le descendant deTimour, chef indiqué de l'insurrection. Auprès de lui se pressaient en masse de grands seigneurs ruinés, des aventuriers, des mécontents de toute sorte, qui appelaient de leurs vœux ardents la fin de la domination anglaise et la restauration des pouvoirs déchus. Déjà, au mois d'avril, une proclamation en persan, affichée clandestinement sur les murs de la grande mosquée, avait annoncé que le temps était venu de chasser de l'Inde les conquérants européens. Les cantonnements aux environs de Dehli, occupés par une force anglo-indienne considérable, ne renfermaient pas un seul soldat européen ; et l'arsenal, à l'intérienr de la ville cependant, était un des mieux fournis de l'empire. H est juste de faire remarquer que la Cour des Directeurs doit seule porter le poids de cette faute inexcusable, les dangers de l'arsenal de Dehli ayant été officiellement dénoncés à plusieurs reprises par les commandants en chef, entre autres car Sir Charles Napier. Réveillé par la nouvelle de l'arrivée des régiments de Mirât, le commissioner (résident anglais) du district, le major Fraser, se porte avec ses officiers et quelques hommes de la police audevant des révoltés. Accueilli à coups de pistolet, abandonné de son escorte, le major Fraser se rendit au palais pour demander l'assistance du vieux Mohammed-Schah, conformément aux termes des traités. Inutile de dire que ses instances restèrent sans réponse.
« Poursuivi par la tourbe des soldats qui avaient aussi franchi la porte du palais, l'infortuné magistrat et ses compagnons furent tous massacrés dans les appartements du commandant européen de la résidence impériale. Ces meurtres consommés, rebelles, gardes de l'empereur, vile populace , se ruèrent sur le quartier européen, qui devint le théâtre, pendant plusieurs heures, des plus hideuses scènes. Les efforts de l'insurrection ne tardèrent pas à se concentrer sur l'arsenal. L'état-major de l'établissement, neuf officiers ou sous-officiers européens, à peine prévenu des événements, avait, avec promptitude et énergie, organisé la défense. Des armes furent distribuées aux ouvriers, des canons chargés braqués à l'entrée des portes ; dernière ressource, une traînée de poudre, confiée à des mains fidèles, devait soustraire le grand magasin de munitions aux mains de l'insurrection. Ces préparatifs à peine achevés, un émissaire se présentait au nom de l'empereur pour réclamer la reddition de l'arsenal. Sur le refus du commandant, l'attaque commença immédiatement. Des échelles appliquées aux murailles introduisirent l'assiégeant dans les cours extérieures. Des toits voisins , couverts d'assaillants , partit une vive fusillade qui, en quelques instants, mit hors de combat plusieurs Européens. Les ouvriers armés, loin de prêter main -forte à curs chefs, se joignirent en grand nombre à l'attaque ; les plus fidèles
jetaient leurs armes et, frappés de terreur, erraient follement h travers les cours.
« Tout espoir de résister victorieusement était perdu. Le lieutenant Wilkmghby, de l'artillerie, donna Tordre au sergent (conductor) Scully — ces deux noms doivent être conservés précieusement par l'histoire — . d'appliquer la mèche à la traînée de poudre* Quelques magasins de munitions et des bâtiments s'écroulèrent avec un bruit terrible, en ensevelissant sous leurs ruines de nombreux assaillants ; mais la destruction ne fut que partielle, et la plus grande partie du matériel et des approvisionnements du grand arsenal tomba intacte entre les mains de l'insurrection. Le sous-officier Scully, blessé dans l'explosion, fut achevé par les vainqueurs. Le lieutenant Willoughby réussit à sortir de la ville ; mais , quelques jours après, il mourut assassiné dans un village. Trois des défenseurs européens de l'arsenal échappèrent sains et saufs au désastre et purent gagner Mirât,
« Si, le soir même du jour où avait éclaté l'insurrection, revenu d'un premier moment de surprise, le brigadier commandant à Mirât avait lancé ses deux régiments de cavalerie et le bataillon de rifles à la poursuite des insurgés, ces derniers ne seraient entrés à Delhi qu'en fugitifs et, en aucun cas, n'auraient pu s'y maintenir. Maintenant ils propagèrent la révolte dans les cantonnements voisins de Delhi. Là aussi les régiments hésitèrent avant de se rendre à l'appel des révoltés de Mirât ; l'un d'eux même était resté jusqu'au soir fidèle à ses devoirs. L'arrivée immédiate des troupes européennes aurait suffi, sans aucun doute, pour prévenir ou réprimer toute tentative d'insurrection. A Mirât, comme à Caboul, de fatale mémoire, l'impéritie d'un vieux chef avait tout perdu. Que de sang, de trésors allait coûter à l'Angleterre la prédilection systématique de la Cour des directeurs pour les généraux invalides î »
M. de Valbezen, ancien consul général de France à Calcutta.
Le Comité de salut public aux généraux commandant en chef
les armées.
Paris, 28 frimaire an m.
« Les quartiers-maîtres trésoriers, ne devant pas être distraits des fonctions qui leur sont assignées, ne pourront, dans aucun cas, prétendre au commandement temporaire de leur corps ni d'aucune place forte.
« Enfin, lorsqu'un quartier-maître trésorier n'aura pas pris une compagnie à son tour d'ancienneté mais conservé son emploi avec le rang de capitaine seulement, il ne pourra plus prétendre, soit à l'ancienneté, soit à l'élection, à un emploi titulaire de chef de bataillon ni de chef de brigade, mais uniquement au brevet pour en tenir rang lorsque son ancienneté de services l'y portera. »