‹ Les méthodes de guerre actuelles et vers la fin du XIXe siècleChapitre 13 sur 85 · CONDITIONS A REMPLI* POUR COMMANDER · texte numérisé non relu

CONDITIONS A REMPLI* POUR COMMANDER

Macdonald, quoiqu'il eût en le secret de se faire de bonne heure la réputation d'officier habile, comme dans ses commandements il a été continuellement battu, peut au moins être raugé au nombre des généraux malheureux.

Moreau ne croyait pas beaucoup à cette fatalité continuelle : « Le malheur ,lui ai -je ouï dire à ce sujet, est dans l'inhabileté des combinaisons : le général qui se fait toujours battre est à coup sûr un mauvais général. >

Le général de division Berthezène.

• Le général Provera avait été pris à Cosseria, le lendemain de Millesimo (au début de la campagne de 1796); il avait fait preuve de peu de talent, ce qui fut la véritable raison qui engagea Napoléon à l'exalter, afin de l'accréditer. Gela lui réussit : Provera fut réemployé, et se laissa prendre pour la seconde fois à la Favorite.

« Il faut donc tenir pour suspectes les louantes de ses ennemis, à moins qu'elles ne soient données après la cessation des hostilités. »

Napoléon Pr.

Nous avons dit que le commandement d'une troupe n'est confié par l'Etat à un chef militaire qu'à la condition de ne pas la livrer à 1 ennemi, sans quoi il ne peut y avoir de sécurité pour un pays.

À quoi servirait à ce dernier de s'imposer de si lourds sacrifices, si les troupes qui doivent le détendre lui sont enlevées par des capitulations et le livrent sans merci aux coups (le l'étranger ?

L'empereur Napoléon au général Clarke, ministre de la guerre.

Schœnbnran, 4" octobre 4809.

c Quant à l'ouvrage pour l'Ecole militaire, je désire qu'on y traite de l'administration en campagne, des règles du campement, pour que chacun sache comment se trace un camp, enfin, des devoirs d'un colonel ou d'un commandant de colonne d'infanterie.

« Il faut surtout appuyer sur les devoirs de l'officier qui commande une colonne détachée ; bien exprimer l'idée qu'il ne doit jamais désespérer ; que, fut-il cerné, il ne doit pas capituler ; qu'en pleine campagne, il n'y a pour de braves gens qu'une seule manière de se rendre : c'est, comme François I" et le roi Jean, au milieu de la mêlée et sous les coups de crosse ; que capituler, c'est chercher à sauver tout, hors Vhonneur ; mais que, lorsqu'on fait comme François Ier, on peut du moins dire comme lui : « Tout est perdu, fors Vhonneur ! » Il faut citer là des exemples, tels que celui du maréchal Mortier à Krems, et un grand nombre d'autres qui remplissent nos annales, pour prouver que des colonnes armées ont trouvé moyen de se faire, passage en cherchant toutes leurs ressources dans leur courage ; que quiconque préfère la mort à l'ianominie se sauve et vit avec honneur, et qu'au contraire celui qui préfère la vie meurt en se couvrant de honte. On peut aussi prendre dans les histoires anciennes ou dans les histoires modernes tous les traits faits pour exciter l'admiration ou le mépris. Au nombre des actions honteuses, il faut mettre les affaires de Blenheim et de Hôchstett, et celle du corps de grenadiers français qui, dans la guerre de Sept ans, a capitulé. On peut même citer l'affaire du général Dupont (à Baylen), qui, tandis que des colonnes de secours s'avançaient , se tint pour battu dans une première attaque, préféra, pour sauver des bagages, obtenir une prétendue capitulation qui ne fut point exécutée, et entraîna ainsi les antres divisions dans sa perte.

« Il y a un grand nombre de traits historiques pour et contre, qu'il faudra choisir et citer, de manière à inspirer toujours l'admiration pour les uns et le mépris pour les autres. »

« Les lois de la guerre, les principes de la guerre autorisent-ils un général à ordonner à ses soldats de poser les armes, de les rendre à leurs ennemis et à constituer tout un corps prisonnier de guerre?

« Cette question ne fait pas un doute pour la garnison d'une place de guerre. Mais le gouverneur d'une place est dans une catégorie à part. Les lois de toutes les nations 1 autorisent à poser les armes lorsqu'il manque de vivres, que les défenses de sa place sont ruinées et qu'il a soutenu plusieurs assauts. En effet, une place est une machine de guerre qui forme un tout, qui a un rôle, une destination prescrite, déterminée et connue. Un petit nombre d'hommes, protégés par cette fortification, se défendent, arrêtent l'ennemi et conservent le dépôt qui leur est confié contre les attaques d'un grand nombre d'hommes. Mais, lorsque ces fortifications sont détruites, qu'elles n'offrent plus de protection à la garnison, il est juste, raisonnable, d'autoriser le commandant à faire ce qu'il juge le plus propre à l'intérêt de sa troupe. Une conduite contraire serait sans but et aurait, en outre, Pineonvénient d'exposer la population de toute une cité, vieillards, femmes et enfants. Au moment où une place est investie, le prince et le général en chef chargé de la défense de cette frontière savent que cette place ne peut protéger la garnison et arrêter l'ennemi qu'un certain temps, et que, ce temps écoulé, les défenses détruites, la garnison posera les armes. Tous les peuples civilisés ont été d'accord sur cet objet, et il n'y a jamais eu de aiscussion que sur le plus ou le moins de défense qu'a fait un gouverneur avant de capituler. Il est vrai qu'il est des généraux, Villars est de ce nombre, qui pensent (ju'un gouverneur doit ne jamais se rendre, mais, à la dernière extrémité, faire sauter les fortifications et se faire jour, de nuit, au travers de l'armée assiégeante (1), ou, dans le cas que la première de ces deux choses ne soit pas faisable, sortir du moins avec sa garnison et sauver ses hommes. Les gouverneurs qui ont adopté ce parti ont rejoint leur armée avec les trois quarts de leur garnison.

« De ce que les lois et la pratique de toutes les nations ont autorisé spécialement les commandants des places fortes à rendre leurs armes en stipulant leurs intérêts, et qu'elles n'ont jamais autorisé aucun général à faire poser les armes à ses soldats dans un autre cas, on peut avancer qu'aucun prince, aucune république, aucune loi mh litaire ne les y a autorisés. Le souverain ou la patrie commandent à l'officier inférieur et aux soldats l'obéissance envers leur général et leur supérieur pour tout ce qui est conforme au bien ou à l'honneur du service. Les armes sont remises aux soldats avec le serment militaire de les défendre jusqu'à la mort. Un général a reçu des ordres et des instructions pour employer ses troupes à la défense de la patrie : comment peut-il avoir l'autorité d'ordonner à ses soldats de livrer leurs armes et de recevoir des chaînes ?

(4) C'est ce que fit le général Brenier à Almeida en 48M, Don Juan Estrada à Hostalrich en 4810, le général Hammerstein à Menin en 4794, etc.

o 11 n'est presque pas de batailles où quelques compagnies de voltigeurs ou de grenadiers, souvent quelques bataillons, ne soient momentanément cernés dans des maisons, des cimetières ou des bois. Le capitaine ou le chef de bataillon qui, une fois le fait constaté qu'il est cerné, ferait sa capitulation, trahirait son prince et son honneur. U n'est presque pas de bataille où la conduite tenue dans des circonstances analogues n'ait décidé de la victoire. Or, un lieutenant général est à une armée ce qu'un chef de bataillon . est à une division. Les capitulations faites par des corps cernés, soit pendant une bataille, soit pendant une campagne active, sont un contrat dont toutes les clauses avantageuses sont en faveur des individus qui contractent, et dont toutes les clauses onéreuses sont pour le prince et les autres soldats de l'armée. Se soustraire au Déni pour rendre la position de ses camarades plus dangereuse est évidemment une lâcheté. Un soldat qui dirait à son commandant : « Voilà mon fusil, laissez- moi m'en aller dans mon village, » serait un déserteur en présence de l'ennemi ; les lois le condamneraient à mort. Que fait autre chose le général de division, le chef de bataillon, le capitaine qui dit : « Laissez-moi m'en aller chez moi, ou recevez-moi chez vous, et je vous donne mes armes ! » Il n'est qu'une manière honorable d'être fait prisonnier de guerre, c'est d'être pris isolément les armes à la main et lorsque l'on ne peut plus s'en servir. C'est ainsi que furent pris François I", le roi Jean et tant de braves de toutes les nations. Dans celte manière de rendre les armes il n'y a pas de conditions, il ne saurait y en avoir avec l'honneur : c'est la vie que Ton reçoit, parce que l'on est dans l'impuissance de l'ôter à son ennemi, qui vous la donne, à charge de représailles, parce qu'ainsi le veut le droit des gens.

« Les dangers d'autoriser les officiers et les généraux à poser les armes, en vertu d'une capitulation particulière, dans une autre position que celle où ils formeraient la garnison d'une place forte, sont incontestables. C'est détruire l'esprit militaire d'une nation, en affaiblir l'honneur, que d'ouvrir cette porte aux lâches, aux hommes timides, ou même aux braves égarés. Si les lois militaires prononçaient des peines afflictives et infamantes contre les généraux, officiers et soldats qui posent leurs armes en vertu d'une capitulation, cet expédient ne se présenterait jamais à l'esprit des militaires pour sortir d'un pas fâcheux; il ne leur resterait de ressources que dans la valeur et l'obstination, et que de choses ne leur a-t-on pas vu faire!

« Si les vingt-huit bataillons, troupes d'élite, qui posèrent les armes à Hôchstett (1704), eussent été convaincus qu'ils entachaient leurs noms, flétrissaient leurs familles, encouraient la peine d'être décimés, ils se fussent battus; et., si leur obstination n'eût pas fait changer les destins de la journée, ils eussent certainement regagné l'aile gauche et fait leur retraite. Si l'infanterie bavaroise qui avait défendu avec gloire le village d'Allerheim à la bataille de Nôrdlingen, et avait repoussé les attaques du grand Condé, n'eût pu capituler avec Turenne qu'en attirant sur elle le déshonneur et le châtiment d'être décimée, elle n'eût pas même songé à quitter sa position ; uuc

heure plus tard, elle eût reconnu qu'elle n'était pas coupée de Jean de Weerdt; les Bavarois auraient eu le champ de bataille et la victoire ; Gondé eût ramené peu d'hommes de son armée en deçà du Rhin.

«t Mais, que doit faire un général qui est cerné par des forces supérieures 7 Nous ne saurions faire d'autre réponse que celle du vieil Horace. Dans une situation extraordinaire, il faut une résolution extraordinaire ; plus la résistance sera opiniâtre, plus on aura de chances d'être secouru ou de percer. Que de choses qui paraissent impossibles ont été faites par des hommes résolus n'ayant plus d'autres ressources que la mort t Plus vous ferez de résistance, plus vous tuerez de monde à l'ennemi, et moins il en aura le jour même ou le lendemain pour se porter contre les autres corps de l'armée» Cette question ne nous parait pas susceptible d'une autre solution sans perdre l'esprit militaire d'une nation et s'exposer aux plus grands malheurs.

« La législation doit-elle autoriser un général cerné, loin de son armée, par des forces très-supérieures, et lorsqu'il a soutenu un combat opiniâtre, à disloquer son armée, la nuit, en confiant à chaque individu son propre salut, en indiquant un point de ralliement plus ou moins éloigné? Cette question peut être douteuse; mais toutefois, il n'est pas douteux qu'un général qui prendrait un tel parti dans une situation désespérée, sauverait les trois quarts de son monde, et, ce qui est plus précieux que les hommes, il se sauverait du déshonneur de remettre ses armes et ses drapeaux par le résultat d'un contrat qui stipule des avantages pour les individus au détriment de l'armée et de la patrie.

ce Dans la capitulation du général prussien Finck à Maxen (en 4759), il y à une circonstance fort singulière. Le général Wunsch, avec la cavalerie, s'était, à la pointe du jour, ouvert le passage ; une des conditions de la capitulation fut qu'il reviendrait au camp poser les armes (1) : ce général eut la simplicité d'obéir à l'ordre que lui donna le général Finck (2) ; ce fut un malentendu de l'obéissance militaire : un général au pouvoir de V ennemi n'a plus (Tordre à donner \celui qui lui obéit est criminel. On ne peut pas s'empêcher de dire ici que, puisque Wunsch avec un gros corps de cavalerie avait percé, l'infanterie pouvait percer aussi ; car, dans un pays de montagnes comme Ifaxen, elle avait plus de facilité de s'échapper la nuit que la cavalerie.

c Les Romains désavouèrent la capitulation faite avec les Samnites ; ils refusèrent d'échanger les prisonniers, de les racheter. Ce

(4) Le même fait eut lieu lors de la capitulation de Baylen.

(ï) Frédéric II s'exprime ainsi sur cet érénement : « M. de Wansch voulut percer avec la cavalerie ; M. de Finck et ses collègues, plus attachés à leur bagage qu'à leur réputation, lui interdirent toute hostilité. Ces généraux, indignes du nom prussien, eurent la lâcheté de capituler avec l'ennemi et de mettre bas les armes. Le corps qui se rendit si honteusement était tort de seize bataillons et de trente-cinq escadrons. »

peuple avait l'instinct de tout oe qui est grand ; ce n'est pas sans raison qu'il a conquis le monde. > Napoléon I9'.

f Bien des corps de troupes ont été perdus par l'incertitude des commandants, qui ne savaient pas se résoudre et se déterminer euxmêmes; tout est perdu quand le commandant perd lui-même la tète. Voilà ce qui arriva au général Finck, à Maxen ; son irrésolution et sa mauvaise disposition causèrent sa perte, car a-t-on jamais vu mettre des hussards sur une montagne pour la défendre ?

« Mais, dira-t-on, que faut-il faire si, étant détaché, on se trouve

de monde que votre corps est fort ; alors votre honneur est sauvé. Mais quiconque capitule à la tête d'un corps qu'il commande est un infâme; ou bien 1 attachement à son misérable bagage Ta déterminé à cette lâcheté, ou bien une poltronnerie non moins exécrable. »

Frédéric II.

Extrait des règlements anglais sur le service à la mer, en vigueur

de 1792 à 1815.

SECTION III. Chapitre F*. — Officiers généraux de la marine non commandant en chef.

« B. — Dans un combat, chaque officier général doit observer trèsattentivement la conduite des vaisseaux qui l'avoisinent, qu'ils soient ou ne soient pas de son escadre ou de sa division. Il doit, à la fin du combat, en rendre compte au commandant en chef, pour que chaque officier puisse être loué ou censuré comme sa conduite l'aura mérité réellement. Si quelque officier général observe qu'un vaisseau esquive évidemment le combat, ou ne fait pas bien son devoir, il doit immédiatement envoyer un officier pour suspendre le capitaine de ce vaisseau et pour en prendre le commandement à sa place. »

ARMÉE EXPEDITIONNAIRE D* IRLANDE. 27 brumaire an T.

Ordre du jour.

t À bord des vaisseaux, la police appartient exclusivement aux officiers de la marine ; les troupes de terre doivent strictement se conformer et se conformeront à ce que ordonneront les capitaines des bâtiments sur lesquels elles se' trouveront, excepté toutefois le cas de

reddition à V ennemi. »

Le général en chef, Hoche.

Instruction particulière pour tout officier commandant dans un poste ou lieu fermé,

« Tout officier, en arrivant dans le poste qu'il doit occuper, s'y re-

tranchera et emploiera tous les moyens possibles pour le mettre en état de défense.

« Il déterminera la force et l'espèce de son retranchement, relativement à la nature du terrain, à la force de son détachement et à l'objet de son poste.

« Si son poste est en avant de l'armée et à portée d'être attaqué, il se retranchera par une redoute, les redans, flèches, ou autres sortes de retranchements pouvant être tournés par leur gorge, et ne devant être employés que quand ils seront soutenus et appuyés par un corps de troupes.

« S'il est dans un village ou autre endroit fermé dont il ne puisse défendre l'enceinte entière, il se placera dans une maison isolée qu'il fera créneler, dans un cimetière, masure de pierre ou réduit avantageux, d'où il puisse à la fois couvrir le chemin par où il devra se retirer, et celui par où l'ennemi pourra venir à lui.

« Lorsque l'ennemi paraîtra en force, il fera rentrer ses postes et sentinelles avancées dans son retranchement, et eu fera fermer toutes les barrières et avenues.

« Il enverra sur-le-champ informer le général de l'armée, et avertir le corps de troupes le plus à portée de son poste.

« Si le poste n'était susceptible d'aucune défense, l'officier qui y commandera pourra se retirer lorsque l'ennemi menacera de l'attaquer avec des forces très-supérieures.

« Tout poste retranché à portée de l'armée ou d'un corps de troupes devant s'attendre à être secouru, l'officier qui le commandera fera, en conséquence, ses dispositions de défense, ne prenant conseil que de lui seul, parlant aux troupes d'un ton ferme, et n'écoutant à aucune sommation de la part de l'ennemi, en quelque nombre qu'il arrive.

< Il aura attention surtout de ne point confondre les attaques volantes avec les attaques véritables, afin de ne pas consommer ses munitions mal à propos.

« 11 ne garnira le parapet de son poste que de quelques fusiliers, gardant le gros de sa troupe ensemble, laissant arriver l'ennemi au pied du retranchement, et s'avançant alors en force sur la banquette pour le repousser.

« Il n'abandonnera le poste qu'après avoir épuisé tous les moyens possibles de défense, et après avoir perdu par la supériorité de l'ennemi toute espérance de s'y soutenir.

« De n'avoir plus de munitions, après les avoir ménagées avec soin ;

a De manquer de vivres, après avoir réduit la nourriture du soldat, et avoir souffert quelque temps de la faim ou la soif;

« Et enfin, d'avoir perdu la plus grande partie de son monde, et, avec le reste, d'avoir fait son possible pour traverser l'ennemi en fonçant sur lui avec la baïonnette.

c II observera toutefois, en se rendant, qu'il n'y a que deux formes de capitulation dont on ne peut s'écarter; Tune, d'obtenir les honneurs de la guerre, et la seconde de se .rendre prisonnier de guerre ; dernière condition qu'il n'acceptera qu'à toute extrémité. Toute autre capitulation, comme de ne pas servir à la guerre, ou dans un pays déterminé, ou contre la puissance avec laquelle on est en guerre, ne pouvant jamais être admise dans sa justification.

« Aucun officier ne pourra de même capituler, par la considération de ménager le lieu et les habitants, ou de conserver les troupes qui lui sont confiées : ce n'est point à lui à calculer ces motifs ; son premier et unique objet doit être de se défendre jusqu'à l'extrémité, et de saisir l'occasion de se signaler. »

Extrait du Règlement provisoire pour le service des troupes eu campagne, imprimé pour l'armée d'Allemagne par ordre de Napoléon (4840).

Wellington au comte Bathurst, ministre de la guerre.

Lesaca, le 40 septembre 4843.

« Le dernier décret publié en France (1) sur les devoirs des commandants de place a puissamment contribué à augmenter les difficultés d'un siège et à en prolonger la durée, car on ne peut y mettre fin qu'en donnant l'assaut à la brèche du corps de place. »

Le maréchal de Villars à M. de Barrière, commandant de la garnison française de Fenestrelle.

8 septembre 4708.

« C'est une consolation pour moi, Monsieur, par l'estime que j'ai pour vous, de trouver dans votre lettre que vous avez été forcé à rendre votre place par l'indignité de quelques officiers, dont vous auriez pu justement punir l'insolence en leur passant votre épée au traven du corps. La peur seule leur a donné le courage de vous parler avec hauteur; et ces misérables n'ont pas voulu se souvenir de ce que j'ai dit si souvent fort haut en visitant votre place : c'est que la timidité fait rendre une garnison prisonnière de guerre. Quand même la place serait ouverte, quand les demi-lunes seraient prises, la descente du fossé faite, quand on n'aurait enfin qu'une simple palissade devant soi, si on a la fermeté de dire qu'on ne veut pas être prisonnier de guerre, et si l'ennemi est bien persuadé qu'on veut attendre l'assaut, tout général, quoique bien sûr de vous emporter, aimera mieux laisser aller quatre ou cinq cents hommes, que de les forcer en hasardant de perdre cent braves gens.

« Que peut-il, en effet, arriver de plus indigne, que d'être prisonniers de guerre? Et, quand votre garnison aurait été forcée, un en-

(4) Cité plus haut dn 4er mai 484?.

nemi la fait-il massacrer pour avoir fait son devoir? On est, au contraire, toujours porté à bien traiter de braves gens ; et les vôtres déshonorent la nation. Ils trouveront en moi un ennemi plus dur, plus sévère que celui qu'ils avaient en tète; et, pour commencer à leur faire sentir l'indignité de leur conduite, j'ai défendu au commissaire du roi de donner aucune sorte de subsistance aux officiers prisonniers. J'en excepte ceux qui n'ont pas voulu signer de capitulation. Que les autres soient entièrement à la merci de l'ennemi ; qu'ils subissent toute la honte et toute l'indignité qu'ils ont si justement méritées. Quiconque peut devoir sa gloire et son salut à sa fermeté ne mérite aucun égard quand elle l'abandonne. >

« Après que je me fus emparé de Césanne (1708), dans la vallée de Suse, le duc de Savoie, qui était en bataille derrière les deux villages de Saint-Sicaire et de Chanlas; se. retira très-diligemment. Je le suivis de même, marchant par la crête des montagnes , route jusqu'alors inconnue, et je gagnai les hauteurs d'Exilles. Par ce moyen, je dominais tous les postes qu'occupait l'armée ennemie. Je craignais seulement que le duc de Savoie n'eût le temps de se retirer et de sauver son artillerie. Je me voyais au-dessus de tous ses quartiers, et il n'avait pour s'échapper que le passage d'Exilles, dont je me croyais sûr. Pendant que j'étais dans cette confiance, j'appris que le commandant de ce fort, situé sur un roc très-escarpé, à qui j'avais commandé devant tous les officiers généraux de se laisser emporter d'assaut plutôt que d'entendre à aucune capitulation, s'était rendu prisonnier de guerre, sans avoir vu la moindre apparence de brèche.

« Ce misérable, troublé d'une peur sans fondement, résolut de se rendre. On lui représenta que le bruit du canon , que l'on avait entendu la veille vers le Mont-Genèvre, était une action entre les deux armées ; que, selon les apparences , elle n'avait pas été heureuse pour les ennemis, puisque leur armée se retirait. Il dit que c'était une réjouissance qu'ils faisaient de la bataille d'Oudenarde, gagnée (par leurs alliés) en Flandres, et que leur marche était pour le resserrer davantage. « Mais, lui répliqua-t-on, si c'était pour vous resserrer on ne verrait pas leurs troupes marcher vers Suse et même en désordre. » Toutes ces raisons ne purent le rassurer ; et enfin le traître ou le lâche se rendit la nuit.

t On le crut gagné par de l'argent , car il est surprenant que la tête tourne à ce point-là ; il est plus surprenant encore que, dans une garnison composée de troupes choisies et presque tous grenadiers , il ne se trouva pas un seul officier qui eût le courage de s'opposer à une pareille infamie.

€ Je le fis échanger et mettre au conseil de guerre. Il fut condamné à être dégradé des armes par le bourreau, à une prison perpétuelle et à là confiscation de tous ses biens. Cette sentence fut exécutée publiquement, pour l'exemple; il aurait même perdu la vie, si l'on avait trouvé des lois qui punissent de mort une lâcheté pareille à la sienne.

OBUGATION SB NE POIWT CAPITULER. 43

J'eus encore la bonté de me prêter à demander au roi la confiscation des biens de cet infâme pour sa malheureuse famille, et je l'obtins. < Sa reddition me priva d'un avantage certain sur l'armée de M. le duc de Savoie, sur laquelle j'avais gagné les hauteurs , et dont toute l'artillerie et l'arrière-garde au moins était perdue. »

Le eurechal pe Yillars.

« Malgré la mort du comte de Mercy (leur général en chef) et le défaut de circonspection de Jean de Weerdt, la victoire restait encore aux Bavarois (à la bataille de Nœrdlingen, 1645), si l'infanterie, postée et victorieuse au village d'Allerheim , n'eût pas capitulé. La capitulation qu'elle accepta ou proposa est une nouvelle preuve qu'un eorps de troupes de ligne ne doit jamais capituler pendant les batailles. Le sort de cette bataille a tenu au faux principe qu'ont, en général, les troupes allemandes (1), qu'une fois cernées elles peuvent capituler, s'assimilant mal à propos à- la garnison d'une forteresse. Si le Gode militaire de Bavière eût défendu une pareille conduite comme déshonorante, elle n'eût pas eu lieu, et la victoire eût été aux Bavarois.

« Aucun souverain, aucun peuple» aucun général ne peut avoir de garantie s'il tolère que les officiers capitulent en plaine et posent les armes par le résultat d'un contrat favorable aux individus des corps qui le contractent, mais contraire à l'armée. Cette conduite doit être proscrite, déclarée infâme et passible de la peine de mort. Les généraux, les officiers doivent être décimés : un sur dix ; les sous-officiers, un sur cinquante ; les soldats, un sur mille. Celui ou ceux qui commandent de rendre les armes à l'ennemi, ceux qui obéissent sont également traîtres et dignes de la peine capitale. *

Napoléon Ier.

Après la bataille de Fleurus (36 juin 1794), sur le rapport de Carnot au Comité de salut public, la Convention décréta, le 16 messidor an II (4 juillet 1794) : < Que toutes les troupes des tyrans coalisés renfermées dans les places du territoire français envahi par l'ennemi, et qui ne se seront pas rendues à discrétion vingt-quatre heures après la sommation qui leur en aura été faite par les généraux des armées de la République, ne seront admises à aucune capitulation et seront passées au fil de l'épée. » %

Le 3 août, Schérer notifia le décret de la Convention au colonel autrichien Le Blanc, commandant de la place du Quesnoy, qui lui fit la réponse suivante :

« Général, le décret crue vous m'annoncez me jparaît injuste : une nation n'a pas le droit de décréter le déshonneur aune autre ; je vous

H) Ecrit avant 4 8tS.

répèle donc que je suis déterminé à ne manquer jamais à mes devoirs, à me conduire toujours en 'soldat, et je me flatte qu'une pareille conduite ne peut que me mériter l'estime de la nation française. »

Le colonel Àugoyat, qui a cq sous les yeux les pièces originales.

Le premier consul Bonaparte aux consuls de la République française.

Genève, 24 floréal an vni.

« J'ai reçu ce matin, citoyens consuls, votre courrier du 17 floréal.

• Je vois, au numéro 4 des notes que vous m'avez envoyées, que Ton réclame toujours pour le citoyen Maris, condamné à mort pour la reddition de Ceva. Je ne sais pas où en est cette affaire ; mais ie sais que Ceva a été lâchement livrée à des paysans, et qu'épargner le coupable dans cette circonstance n'est point humanité : c'est causer la mort d'un grand nombre de braves. »

V empereur Napoléon au générai Clarke, ministre de la guerre.

Paris, 6 mars 4809.

« Faites-moi un projet de lettres patentes sur parchemin, avec le grand sceau de l'Etat, qui donne le commandement de Palmanova au général Walther.

« Après la formule et le préambule d'usage, qu'il lui soit ordonné expressément de ne s'éloigner de l'intérieur de la place que d'une

J)ortée de fusil, et tout au plus d'une portée de fusil ; qu'il est spéciaement chargé : de conserver le complet de l'organisation, de la surintendance, des approvisionnements d'artillerie et des magasins ; qu'il ne doit, sous aucun prétexte, rendre la place. Investi et assiégé, être sourd à tout ce que l'ennemi pourra dire : < Que les Français repassent les Alpes, que Paris est pris, etc., etc. » En général, peu de communications avec l'ennemi.

« Enfin, il perdra notre estime, encourra la rigueur des lois qui condamnent à mort lui et tout l'état-maior s'il livre la place, même auand les deux lunettes seraient prises, le corps de la place ouvert. Que si l'ennemi avait fait sauter la contrescarpe, il doit alors retrancher le bastion et s'exposer aux hasards d'un assaut. Que la vie d'un Français n'est rien en comparaison de son honneur et qu'il ne doit pas avancer la reddition d'une heure, sous prétexte d'une rédaction honorable.

« Rédigez ces lettres patentes avec soin : elles serviront de lettres patentes pour les autres places. •

L'empereur Napoléon au major général Berthier.

Dresde, 49 juin 4843.

• J'ai été extrêmement mécontent de l'enquête faite sur la reddition de Thorn. Je remarque d'abord que non-seulement le corps de la

place n'était pas attaqué, mais que même aucun ouvrage avancé n'avait été pris, et que toutes les attaques avaient été repoussées» estil dit, par la mitraille des ouvrages avancés ou du rempart. On allègue que la garnison ne pouvait pas faire de sorties ; si cela était une raison de rendre une place, il ne vaudrait pas la peine d'en avoir. La crainte d'être enlevé de vive force était chimérique ; d'ailleurs c'est une chance qu'on doit toujours courir. Si, dans la crainte d'être défait, on n'allait pas à l'ennemi, il serait inutile de lever des armées* Mais comment concevoir une pareille crainte, quand les tranchées ennemies étaient encore à cent toises (200 mètres) des ouvrages avancés, que les ouvrages étaient fraisés et palissades, et que la ville était entourée d'un fossé plein d'eau? Enfin, indépendamment de la ligne magistrale, il y avait une seconde ligne formée par une vieille muraille, précédée d'un fossé.

• Faites donc former une nouvelle commission et faire une enquête en règle. On interrogera les commandants du génie et de l'artillerie, et on leur demandera positivement combien de jours la place aurait pu encore tenir. La lunette B n'était pas même encore pnsc.

« Quant à la raison : qu'il y avait dam la placé des cadres précieux à conserver, cette raison seule accuserait le commandant. Les commandants de place n'ont pas de politique à faire ; le soin de l'Empire ne leur est pas confié ; ils sont chargés de défendre un poste, et ils doivent le faire jusqu'à la dernière extrémité, puisque chaque jour qu'ils ajoutent à la défense de leur place peut les mettre à même d'être secourus, ou d'être de la pins grande utilité à l'Etat en empêchant l'ennemi de disposer de ses troupes.

« Placez dans cette nouvelle commission d'enquête trois généraux de division. Quant à la poudre, cela doit être l'objet d'une enquête, car l'artillerie serait bien coupable si elle avait laissé cette place avec aussi peu de poudre.

< Quand même il résulterait de cette enquête que personne n'est coupable, il faut qu'elle soit faite d'un ton très-ferme ; on doit y rappeler tous les f principes. Avant qu'une place puisse capituler, les ouvrages avancés doivent être pris et la ligne magistrale attaquée ; le fossé doit être passé et la place doit avoir soutenu plusieurs assauts. En un mot, une place doit se défendre jusqu'à ce qu'il n'y ait plus ni pain, ni munitions, ou bien jusqu'à ce que l'ennemi, ayant passé le fossé, soit logé sur la brèche ; encore le gouverneur est-il coupable s'il n'a pas établi un retranchement pour rendre la brèche inutile. »

f Lorsque j'arrivai à Madrid (juin 1808), on n'avait point reçu de nouvelles du corps du général Dupont depuis son entrée à Cordoue, et Ton ne savait pas où il était. J'envoyai la division Yedel, qui était à Tolède, pour le joindre, et lui lis prendre la même route que celle qu'il avait suivie ; en même temps, je profitai de cette occasion pour informer le général Dupont de tout ce qui s'était fait à Bayonne, et de l'état général des affaires en Espagne : je lui disais que sa position

4ft OBLIGATION ME NE POINT CAPITULER.

en Andalousie n'était plus en harmonie avec l'état des choses, qu'elle» avaient changé depuis qu'il était parti pour occuper cette province ; que l'empereur (Napoléon) m'avait bien ordonné de l'y laisser, parce qu'il croyait encore que le corps espagnol campé à Saint-Roch (devant Gibraltar), sous les ordres du général Castanos, se réunirait à lui, qu'il me l'avait même mis en ligne de compte dans le nombre des troupes qui devaient se trouver sous ses ordres (a lui Dupont), mais que, si je devais m'en rapporter au bruit du pays, le corps de Castanos s'était joint aux insurgés ; que j'attendais un rapport pour me décider sur le parti crue j'aurais à prendre.

« La division Vedel partit, et mit environ sept* ou huit jours pour pénétrer jusqu'au général Dupont. Il m'envoya des lettres du général Dupont lui-même, qui m'apprenait qu'après avoir été jusqu'à Gordoue, il avait été obligé de se retirer à Andnjar, où il gardait une tête de pont sur le Guadalquivir ; il me rendait compte- de l'insurrection de l'Andalousie, et de la part qu'y avait prise le corps du général Castanos, qui était devant lui, ayant quitté les lignes de Saint-Roch où il était campé auparavant.

« La guerre prenait, dans ces contrées, un caractère qu'il était important de faire changer promptement par un succès décisif ; et, au lieu de cela, nous éprouvâmes un revers désastreux. J'avais prévenu l'empereur que, malgré son instruction, je prendrais sur moi de retirer le corps d'Andalousie, parce que je craignais de ne pouvoir pas le soutenir. Il me répondit que j'avais tort, que je devais l'y laisser, mais bien assurer ma communication avec Andùjar, de manière à pouvoir le rappeler au premier moment.

« Malgré l'ordre de l'empereur, je persistai dans mon opinion et, tout en prévenant le général Dupont que l'empereur m'ordonnait de le tenir jusqu'à la dernière extrémité en Andalousie, je prenais sur moi de lui ordonner de l'évacuer sur-le-champ, et de repasser les montagnes, derrière lesquelles il établirait son corps d'armée dans la Manche. Je l'engageais à ne pas se laisser séduire par la gloire d'une opiniâtreté qui était tout à fait hors de proportion avec Tes malheurs qui pouvaient en être la suite ; je me servis même de cette expressioa: ce Surtout évitez un malheur dont les suites seraient incalculables. »

a Ma lettre fut remise au général Dupont par Vedel ; il m'en accusa réception, et j'envoyai la copie de l'une et ae l'autre à l'empereur. Il persistait à rester en Andalousie, en m'observant qu'il n'aurait rien à craindre des troupes de Castanos, s'il avait une fois réuni son corps d'armée. Lorsque sa lettre me parvint, les affaires avait empiré sur les autres points de l'Espagne ; les craintes que sa position m'inspirait devinrent encore plus vives.

« Je me déterminai à faire partir une troisième division, celle de Gobert, à laquelle je joignis la seule brigade de cuirassiers qui était en Espagne; je lui donnai ordre d'aller se poster à Manzanarès. dans la Manche, et de se mettre en communication avec le général Vedel. Je lui remis une lettre qu'il devait faire parvenir au général Dupont. Par cette communication, je prévenais le général que je faisais mar-

OBLIGATION Dl IfC POIHT CAPITULER. 47

cher la division Gobert pour appuyer sa retraite, que je prévoyais devoir être forcée, mais non pour protéger aucune opération en avant de lui, que je lui défendais expressément d'entreprendre ; que consé» quemment il ne pourrait appeler cette division à lui que dans le cas où la sûreté des deux qu'il avait déjà serait compromise. En même temps, j'ordonnais au général Gobert de me prévenir de tous les ordres qu'il recevrait de la part du eénéral Dupont.

i Aussitôt qu'il eut atteint les échelons de communication du général Vedel, il envoya ma dépèche au général Dupont, gui lui envoya en retour Tordre de passer la Sierra-Morena et de venir le. joindre. J'en fus averti par le général Gobert ; sa lettre me jeta dans une agitation que je ne puis rendre, et qui ne se calmait que par la confiance que j'avais dans la prudence et dans les talents du général Dupont. Néanmoins je ne pus être le maître d'un pressentiment que j'éprouvais ; je me relevai la nuit pour écrire à ce général quatre lignes, par lesquelles je lui ordonnais impérativement de repasser la Sierra-Morena avec ses trois divisions, et de se mettre au plus vite en communication avec moi. Je priai le général Belliard de faire partir cette lettre sur-le-champ par un officier d'état-major bien escorté. Ce fut M. de Fénelon qui fut chargé de cette mission.

« M. de Fénélon fut pris en descendant de la Sierra-Morena dans l'Andalousie ; ses dépêches furent portées au général Gastaôos, pendant qu'il faisait conclure aux plénipotentiaires du général Dupont la première et la plus honteuse transaction qui ait jamais terni l'honneur de nos armes.

« Voici comment ce malheureux événement arriva.

« Le général Dupont était, de sa personne, à Andûjar avec une de ses divisions : je crois crue c'était celle du général Barbou; il avait un fort poste à Menjibar, sur le Guadalquivir, à quelques lieues au-dessus d' Andûjar. Il défendait donc la tête de pont a'Andûjar, en même temps qu'il observait le bac de Menjibar où l'on passe le Guadalquivir. Il avait fait venir la division Vedel à Baylen, sur la route de la Sierra-Morena à Andûjar, à quatre lieues de cette ville, et

* Nous étions à la mi-juin : la chaleur était excessive, surtout en Andalousie. Les Espagnols vinrent attaquer la tête de pont d* Andûjar, je crois le 44 ouïe 15 juin, et en même temns passèrent à Menjibar avec quelques troupes. Le général Dupont envoie ordre au général Vedel, qui était à Baylen, de marcher à la défense du passage de Menjibar, d'où il retirait les troupes qui y étaient postées^ en ayant besoin à Andûjar où il était attaqué ; et en même temps il donna ordre à la division Gobert de s'approcher depuis La Carolina, où elle était, jusqu'à Baylen, d'où venait de partir la division du général Vedel. Ce mouvement fut bien fait.

« Cette première attaque des Espagnols fut insignifiante ; mais le lendemain elle se renouvela, et parut vouloir devenir sérieuse.

« Le général Dupont appela à Andûjar la division Vedel, qu'il avait envoyée la veille de Baylen à Menjibar, et elle dut quitter ce dernier

S oint au moment où les Espagnols taisaient mine de passer le fleuve ; eureusement que Yedel y laissa environ une brigade aux ordres du général Liger-Belair : ce fut ce dernier qui appela le général Gobert à son secours. Le général Dupont avait donné ordre à la division Gobert, qui se trouvait à Baylen, de venir remplacer le général Yedel à Menjibar. Le général Gobert trouva les ennemis déjà sur la rive droite du Guadalquivir ; il voulut les charger lui-même à la tête d'un escadron de cuirassiers dont il était accompagné, et en payant bravement de sa personne. Il fut tué dans cette misérable affaire. Cet événement, qui n'eût été que de peu d'importance dans toute autre occasion, devint funeste dans celle-ci.

« Il fut remplacé dans le commandement de sa division par le général de brigade Dufour, qui se trouvait à la tête de la colonne d'infanterie, à quelque distance en arrière, lorsqu'on vint le prévenir que c'était à lui à commander la division ; celui-ci ignorait, sans doute, ce qu'il y avait à faire, quelles étaient les instructions qu'avait reçues le général Gobert, en sorte qu'il fut dupe de tous les rapports qu'on lui fit, entre autres, de celui par lequel on lui rendait compte que les ennemis l'avaient tourné par la gauche, ce qui était une supposition ridicule, parce qu'il n'y avait à Menjibar qu'un bac insuffisant pour exécuter le passage du nombre des troupes nécessaires à cette opération. Effectivement, la division espagnole qui était à Menjibar (elle était commandée par le général suisse Reding) ne l'effectua pas ; et d'ailleurs, si le général Dufour avait poussé jusqu'à Menjibar, il aurait su s'il avait passé des troupes sur la rive droite du fleuve.

« Le général Dufour, abusé par ce rapport, part avec sa division, abandonnant le projet de s'approcher du fleuve, pour aller chercher les ennemis qu'il supposait l'avoir tourné; il reprend la route de Baylen, où on lui apprend, dit-il, qu'ils ont paru à Linarès, se dirigeant vers les montagnes, sans doute, pour intercepter les communications avec Madrid. Sur ce nouveau rapport, il part de Baylen pour La Garolina, ayant soin de faire prévenir le général Dupont, crai était encore à Andûjar, de son mouvement, ainsi que du motif qui l'avait déterminé (1). Celui-ci, toujours au dire de Dufour, non- seulement l'approuve, mais il envoie encore à Baylen la division Yedel, qui était avec lui, pour appuyer le général Dufour, qu'il supposait être devant lui, et non pas courant après une chimère dont un bon capitaine de chasseurs à cheval n'aurait pas été dupe.

«c Le général Yedel arrive à Baylen, où il passe la journée, et apprend que le général Dufour est en marche sur La Garolina, où il croit trouver l'ennemi. Gela paraissait si positif, qu'il ne vint pas à la pensée du général Yedel, d'envoyer une reconnaissance sur Menjibar (il y eût trouvé M. de Reding),"présumant que le général Dufour

(4) Le général Dupont assuro n'avoir eu aucune nouvelle de ce mouvement.

OBLIGATION D£ NE POlNT CAPITULER. 49

avait eu cette précaution avant de prendre la résolution de marcher à La Carolina avec toute sa division. Gomme il avait ordre d'appuyer le mouvement du général Dufour, il prévint le général Dupont que, conformément à son instruction, il allait partir le lendemain avec sa division pour La Carolina. Il envova sa lettre au général Dupont, qui était resté à Andûjar avec la division Barbou.

« Cette lettre lui fut portée par un maréchal des loçis de chasseurs à cheval, accompagné de treize chasseurs, qui partirent le soir de Bayien pour Andûjar ; ils y arrivèrent de grand matin, et firent bien leur commission. Le général Dupont répond de suite au général Vedel qu'il approuve sa marche pour rejoindre le général Dufour, en le prévenant que lui-même va partir d' Andûjar le lendemain 17, pour se réunir à eux. Il envoie cette lettre par le retour du même maréchal des logis de chasseurs, qui repassa à Bayien à la pointe du jour, le lendemain du départ du général Vedel. Il n'y avait point encore d'ennemis à Bayien : il continua son chemin vers La Carolina, où il arriva sans coup férir, et remit au général Vedel les lettres du général Dupont.

« Comment concevoir que le général Dupont ne soit pas parti de suite le 17, au lieu de remettre son mouvement au lendemain ? Il était beaucoup plus qu'autorisé à se retirer, puisqu'il en avait reçu l'ordre de moi. Il était informé de l'état des choses derrière lui, et, qui plus est, en supposant qu'il ait soupçonné que le général Dufour avait été dupe de fausses informations, devait-il ne pas songer9qu'en restant à Andûjar, il allait se retrouver dans le même embarras qu'avant d'avoir été rejoint par les deux divisions que je lui avais envoyées sur ses instances réitérées ? Je ne sais quel motif Ta porté à ne partir que le lendemain du jour où il reçut le maréchal des logis de chasseurs que lui avait envoyé le général Vedel ; mais voici ce qui en arriva.

« Le général espagnol Reding (suisse de nation) était resté à Menjibar, et n'avait pas songé à tourner le général Dufour, qui était pour le moins aussi fort que lui. et peut-être plus ; aussi se contenta-t-il d'observer le mouvement de Dufour sur La Carolina, sans rien faire qui pût déceler son projet, et, voyant le général Dupont resté seul à Andûjar, il passe le Guadalquivir à Menjibar, et vient se placer à Bayien sur la communication entre Dupont et Vedel. Il eut le temps de bien s'établir et de 6e préparer à recevoir le général Dupont, qui effectivement arriva le matin, ayant marché toute la nuit pour éviter la chaleur, et qui fut fort surpris de trouver à Bayien les mêmes Espagnols qu'il croyait poursuivis par les deux divisions de Dufour et de Vedel.

< Il n'y avait pas deux partis à prendre : il se disposa à combattre pour forcer le passage ; les Espagnols l'avaient prévu, et avaient, dans tous les cas, leur retraite assurée sur Menjibar. La canonnade s'engagea. On a fait sur cette action toute sorte de contes, tant sur la manière dont elle fut engagée et conduite, que sur les motifs que l'on avait eus d*empîoyer les meilleures troupes à une autre destina-

tion qu'au combat (1). La vérité est, que les troupes étaient exténuées de fatigue, et que la chaleur les trouva le lendemain dans cet état d'épuisement, sans une goutte d'eau. On ne peut se faire une idée, dans un climat tempéré, de ce que c'est que cette souffrance ; il faut l'avoir éprouvé pour en juger. Une autre circonstance à ajouter a cela, c'est que le général Dupont était malade, et que, dans cet état, il n'avait pas la moitié de ses facultés.

« M. de Reding sentait sa position mauvaise, parce qu'il n'obtenait point de succès sur des troupes qu'il croyait prendre aussitôt qu'il les aurait attaquées, mais surtout parce que, pendant l'action, on vint le prévenir que les troupes qui avaient pris le cbemin de La Carolina (c'étaient Dufour et Vedel), s'étaient mises en marche pour revenir à Baylen, et qu'elles ne tarderaient pas à paraître. M. de Reding se tira habilement de la mauvaise situation où cette circonstance inattendue l'aurait jeté. Il profita du moment où le général Dupont ne pouvait pas encore être informé de la marche des généraux Vedel et Dufour, pour lui envoyer proposer une suspension d'armes, afin d'entrer en accommodement, si cela était possible. Cette proposition convenait d'autant mieux au général Dupont, que le moins qu'il pouvait y gagner, était un peu de repos pour ses troupes, qui en avaient grand besoin.

« Il accepta, et envoya près le général Reding des officiers pour régler la position des troupes, et les conditions d'un armistice qui fut conclu de suite. Il avait eu aussi la précaution d'envover en observation le plus loin possible sur la route d'Andûjar, par laquelle il était venu, afin d'être prévenu si le corps espagnol du général Castanos s'approchait, parce qu'il présumait bien que ce général se serait mis à sa poursuite immédiatement après qu'il aurait été averti de son départ d'Andûjar.

« Il y avait à peine quelques heures que l'on était en armistice, que le général Vedel paraît à la vue des Espagnols, de l'autre côté de tëaylen, n'ayant que cette ville, que les Espagnols défendaient, entre luf, Vedel, et le général Dupont.

« Le général Vedel, voyant les ennemis, attaque de suite, et pousse Vivement tout ce qui est devant lui ; il fait mettre bas les armes au régiment espagnol de Jaen, le chasse de sa position, lui en enlevant deux pièces de canon qui la défendaient : encore quelques efforts, et il consommait la perte du général Reding, qui, s'if n'avait pas été pris ou détruit, aurait dû stipuler pour lui dans les conditions qui devaient suivre l'armistice existant, et dont il tira un bien autre parti.

« Il envoie, au milieu de l'action, un parlementaire au général Vedel, pour le prévenir de ce qui s'était passé entre lui et le général Dupont, avec lequel il était en armistice. Le général Vedel ne veut entendre à rien, et poursuit' ses avantages, lorsque enfin, la persévé-

(4) On prétend qu'on les employa à la garde de caissons contenant des objets particuliers qui étaient la propriété de quelques généraux.

OBLIGATION DE KB POIHT CANTCU». 54

ranoe dd M. de Reding lui suggéra d'employer le général Dupont luimême, par lequel il fit intimer au général Vedel de suspendre son attaque; et il le comprit dans l'armistice, en lui envoyant un de ses aides de-camp, M. Barbara, pour l'obliger à se conformer à ses dispositions. Vedel reçut un second ordre de Dupont: de rendre au général Reding le régiment de Jaen et l'artillerie qu'il avait pris, comme Payant été, disait-on, postérieurement à l'armistice conclu entre la division Barbou, avec laquelle Vedel n'avait cependant rien de commun.

< Dès que Vedel se vit en communication avec son général en chef, qui loi envoyait des ordres par un officier de son état-major, il s'y conforma : c'était au général en chef à profiter de cette circonstance poiir rendre, an moins, sa position meilleure, s'il ne voulait pas détraire le général Reding, qui resta ainsi à Baylen, entre la division Dupont et celles de Vedel et de Dufour, c'est-à-dire au milieu de plus de trois rois autant de monde qu'il n'en avait. Il eut la constance d'y attendre l'arrivée de son général en chef M. de Castaftos, avec lequel il ne pouvait communiquer que par Menjibar et la rive gauche du Gtaadalquivir ; encore Castaflos ne serait-il pas arrivé si tôt sans la sottise la plus incroyable qui ait jamais été faite par un officier, quelque médiocre qu'il puisse être ; si ce n'était pas une turpitude, cela ne pouvait être qualifié que de trahison.

« Dupont avait envoyé un officier d'état-major, M. de Villoutreys (1), sur la route d'Àndûjar, le plus loin possible, pour être averti de l'approche du général Castaftos. Lorsque cet officier reçut les ordres du général Dupont, l'armistice était conclu avec le général Reding. Que croirait-on qu'il fit? Je le donne en mille au plus fin, et vais le raconter comme fl me l'a dit lui-même lorsqu'il est venu à Madrid me rendre compte du malheureux sort de ce corps d'armée.

« Il alla depuis Baylen jusqu'à la première poste sur la route d'Àndûjar, c'est-à-dire à deux lieues du pays, qui en font, à peu près, trois de France ; de ce point, il pousse encore une reconnaissance un peu plus loin : il n'aperçoit personne, le plus grand silence régnait autour de lui, lorsqu'il entend le canon qui recommence à tirer à Baylen, ainsi que la mousqueterie. 11 ne lui vient pas dans l'esprit que ce canin pouvait être celui du général Vedel, qui serait revenu de La Caroline au bruit de celui du général Dupont, qui avait dû s'entendre toute la matinée de Baylen à La Carolina, et qui avait dû déterminer Vedel à revenir sur ses pas.

« H ne lui vint pas non plus dans l'esprit que ce pouvait être le général Dupont qui essayait de nouveau de forcer le passage, ou qui se défendait contre une perfidie dont on aurait voulu le rendre victime dans sa mauvaise position ; et, au lieu de revenir à toutes jambes à Baylen prévenir le général Dupont de ce qu'il avait observé, et

0) I. de Viltoutreys était écnyer de l'empereur ; il arait témoigné le désir dp servir militairement, et on ratait enroyé en Espagne.

lui dire que, dans tout état de choses, il avait au moins cinq ou six heures avant d'entendre parler de M. de Castanos, à la rencontre duquel il aurait pu d'ailleurs être envoyé une seconde fois si cela eût été nécessaire, cet officier imagine tout le contraire : il va à la rencontre de M. de Castanos, qu'il trouve à Andûjar, se disposant à partir pour Baylen. Peut-être même avait-il déjà commencé son mouvement ; mais il ignorait complètement ce 'qui se passait à Baylen, il n'avait pas encore reçu la dépêche du général Reding, qui lui en rendit compte.

« Ce lut cet officier du général Dupont qui le mit officieusement au courant de tout ce qui était arrivé, et qui lui dit qu'on l'attendait pour traiter de l'évacuation de l'Andalousie par les troupes françaises. M. de Castanos, apprenant l'état des choses et la position malheureuse du général Dupont, ne se lait pas prier plus longtemps de partir, et il amène son armée au plus vite, pour augmenter les embarras dont le général Dupont ne savait plus comment sortir.

« Je laisse le lecteur juge de cette sottise comme de ce oui aurait pu arriver à la division Reding, si cet officier, au lieu d'aller chercher Castanos, fût venu dire à Dupont sur combien d'heures il pouvait compter avant d'être attaqué par la route d' Andûjar, sur laquelle il avait été jusqu'à cinq lieues sans rencontrer personne. Vedel et Dufour étaient arrivés, et Dupont pouvait prendre d'abord toute la division Reding, et écraser ensuite le corps de Castanos, sur lequel il aurait eu une supériorité numérique hors de toute proportion.

< L'arrivée de M. de Castanos rendait affreuse la position de la division Barbou, avec laquelle se trouvait Dupont. Les Espagnols s'attachèrent à empêcher la communication entre elle et celles de Vedel et de Dufour, parce que cette division allait devenir le gage de tout ce qu'ils se proposaient d'exiger. Je ne fais nul doute que, si le général Dupont avait eu ses trois divisions rassemblées, comme il pouvait et aurait dû les avoir sans les fautes de ses généraux, je ne fais nul doute, dis-je, que, malgré son état maladif, le général Dupont aurait malmené Castanos et Reding ; mais, dans Ta malheureuse position où l'avait mis l'ineptie de ceux qui exécutaient sous lui, il ne pouvait guère faire mieux que de chercher à traiter.

• Il avait par hasard avec lui le général Marescot, premier inspecteur général du génie, que l'empereur avait envoyé en reconnaissance en Andalousie, et qui, pour sa sûreté personnelle, s'était réuni au corps du général Dupont ; ce fut lui qu'il chargea d'assister aux conférences avec le général Legendre (chef d'état-major) et d'autres officiers. Elles s'ouvrirent à Baylen, chez le général Castanos , qui avait de même avec lui quelques officiers généraux espagnols. Les plénipotentiaires du général Dupont demandaient le libre passage par la Sierra-Morena, pour revenir à Madrid avec tous les corps d'armée. Ils n'avaient pas autre chose à demander; et les Espagnols n'avaient d'avantage de position sur le général Dupont que de tenir la division Barbou séparée de celles des généraux Vedel et Dufour, par la position qu'avait prise à Baylen le général Reding, lequel pouvait être

OBLIGATION DB NB POINT CAPITILBR. 53

aussi considéré comme coupé du général Castaûos par la position même de la division Barbou, qui le séparait de ce général. Il n'y avait donc pas plus de motifs pour imposer à la division française du général Barbou des conditions que Ton n'aurait pu imposer, et que cependant Ton n'imposa point à la division espagnole de Reding, qui était dans le même cas ; c'est-à-dire qu'il n'y avait pas même le cas d'une négociation, et il fallait avoir perdu la tête pour se conduire comme l'ont fait les généraux français qui étaient là présents. Par une absurdité sans exemple, il fut posé en principe que les Français demandaient, et que c'était aux Espagnols à accorder ou à refuser ; et pas une voix ne se fit entendre pour faire l'observation dont je viens de parler.

« Cependant M. de Castanos ne manqua pas de considérer que sa

division Reding était, pour le moins, aussi compromise que l'était la

division Barbou, et, qu'en dernière analyse, le combat qui avait eu

lieu entre ces deux divisions n'avait eu aucun résultat; il n'y avait

point eu de perte d'artillerie, ni de bataillons pris, ni enfin aucun de

ces événements qui marquent le succès ou l'intériorité. Il considérait,

en outre, que le corps de Dupont, réuni, lui serait supérieur par sa

nombreuse cavalerie et son artillerie, et sa réunion était infaillible au

bout d'une demi-heure d'efforts de la part du général Vedel, auquel

il ne pouvait pas s'opposer, et qui était impatient de combattre. Il

n'y avait pas 5O0 toises entre les postes de Vedel et ceux de Barbou.

M. de Castanos était bien, il est vrai, de sa personne à Baylen chez le

général Reding, mais il avait à traverser la division Barbou pour

rentrer à son corps sur la route d'Andûjar, et il craignait que, si l'on

se séparait sans rien conclure, on eût vent de la supercherie, qui

n'aurait pas manqué de tourner contre lui. Il préféra donc ne pas

gâter la bonne affaire que la fortune lui présentait, en voulant obtenir

trop. En conséquence, il consentit au libre passage par la Sierra-

Morena de tout le corps qui était en Andalousie ; l'acte en fut dressé

et signé sur-le-champ.

«Tout était terminé lorsqu'on apporta à* Castaûos les dépêches prises sur le jeune M. de Fénelon, que j'avais ordonné que l'on fit partir de Madrid pour porter au général Dupont la lettre dans laquelle je donnai à ce général l'ordre impératif de quitter l'Andalousie pour ramener son corps d'armée à Madrid , en me faisant connaître l'itinéraire de sa marche, et s'il était suivi par les Espagnols, afin que je pusse aller à sa rencontre avec tout ce que j'avais de troupes disponibles.

< M. de Castanos, ayant lu cette cette dépêche, appela successivement dans une pièce voisine les plénipotentiaires du général Dupont, et leur ayant fait lire la lettre que j'écrivais au général Dupont, il leur dit : c Messieurs, je venais de vous accorder le retour à Madrid par la Sierra-Morena pour vous et les troupes sous vos ordres ; je suis bien fâché du contre-temps qui survient, mais voilà une lettre de votre général en chef qui ordonne au général Dupont de revenir à Madrid, et je dois m'y opposer ; en conséquence, je change de résolution, et

noue allons parler d'autres arrangements. » M. de Villoutreys, qui était présent, m'a rapporté mot pour mot ma lettre, qu'il m'a dit avoir lue entre les mains du général Castanos , avoir bien reconnu mon écriture et l'avoir certifié aux généraux Marescot, Legendre, Pannetier, et à tout ce qui était là de Français.

< Il n'y avait donc plus de doute que c'était moi qui avais écrit et ordonné que Ton se retirât sur Madrid. Peu importe par quelle voie mes intentions avaient été connues : on avait reconnu mon écriture et ma signature ; conséquemment, on était obligé de faire au moins tout ce qui aurait été possible pour exécuter ce que je commandais, à moins d'en être empêché par une force et des événements majeurs. Or, ce que je prescrivais était précisément les conditions qui venaient d'être accordées par le général Castanos. On les avait obtenues avant de connaître ma lettre, et pourquoi ? Parce que le général Castanos avait cru ne pouvoir accorder moins à un corps d'armée qui était en état de se mesurer avec lui et même de le battre. Ma lettre ne diminuait rien de la force du corps du général Dupont, qui était encore, après cette circonstance, ce qu'il était avant qu'elle survint. Elle ne changeait donc rien à sa situation ; elle lui imposait , au contraire, le devoir de recourir aux armes, si le hasard avait fait qu'il eût Obtenu moins que ce que j'ordonnais que l'on fit, puisqu'il avait encore son corps entier lorsqu'il connut les ordres que je lui envoyais ; et il faut avoir fait un singulier raisonnement en partant de cette lettre pour faire le contraire de ce qu'elle prescrivait.

« Et en supposant que, trompé moi-même par de faux rapports» je lui eusse donné par cette lettre des ordres qui l'auraient mis dans une position moins heureuse que celle qu'il avait obtenue , il aurait encore dû ne se relâcher en rien des avantages auxquels la supériorité de ses armes lui donnait le droit de prétendre, surtout les ayant obtenus avant d'avoir reçu mes ordres, que, dans ce cas, il aurait pu méconnaître.

c Ce raisonnement est un axiome du métier, et je rends trop 'de justice au général Dupont pour douter que, s'il avait été bien portant pour monter à cheval, et venir lui-même juger ses ennemis et plaider ses affaires, elles n'eussent tourné tout autrement. Au lieu de cela, elles ont été livrées à des hommes qui se sont empressés de sortir d'embarras à ses dépens, et qui n'ont pas eu honte de trouver les observations de M. de Castanos fondées et raisonnables. Par suite de cet incident, ils entrèrent dans une nouvelle négociation, en annulant la première capitulation.

« Croira-t-on que, sans tirer un coup de canon ni un coup de fusil depuis la première capitulation, ils en signèrent une autre par laquelle ils rendirent prisonnier de guerre, pour être conduit en France par mer, tout le corps d'armée qui devait défiler et mettre bas les armes, avec la sotte condition qu'on les leur rendrait1 au moment de leur embarquement pour la France ? Enfin , on eut l'infamie de ne pas rejeter un article que le général espagnol y fit insérer, par lequel les malheureux soldats qu'on sacrifiait lâchement furent déshonorés. On

OBLIGATION DE HX POINT CAPITUU1. 55

les obligea de mettre leurs havre-sacs à terre, et, sous prétexte de leur faire restituer des effets d'église, qu'on les accusait d avoir volés, on les soumit à cette dégoûtante visite. Cette seconde capitulation portait qu'il y aurait un nombre déterminé de caissons (fourgons) qui. ne seraient point visités. Eht c'étaient ceux-là gui auraient dû l'être.

« Enfin, après ces honteuses stipulations signées, on se mit en devoir de les exécuter, et la division Barbon dénia la première. Les généraux Vedel et Dufour, qui n'étaient point tournés , ayant appris de quoi il était question, s'arrangèrent de manière à partir à l'entrée de la nuit, et reprirent le chemin de La Carolina, qu'ils suivirent pendant deux jours.

« Les Espagnols s'étant aperçus de ce mouvement, et n'ayant aucun moyen de s'opposer à la retraite de ces deux -divisions, imaginèrent celui-ci : ils déclarèrent au général Dupont que, si ces deux divisions ne venaient pas exécuter les conditions de la capitulation, dans laquelle leur intention avait été de les comprendre, ils n'exécuteraient point cette même capitulation en ce qui concernait la division Barbon ; qu'ils la traiteraient avec toute la sévérité des représailles , et ne répondaient pas des excès où ce manque de loyauté porterait la population révoltée.

< On était véritablement dans la veine des sottises : cette menace fit peur (on rougirajt d'avouer pourquoi) au point que l'on envoya le général Legendre, qui était le chef d'état-major du corps d'armée, courir après les deux divisions de Vedel et de Dufour pour les ramener. Il ne put les joindre qu'à quatre lieues au delà de La Carolina, et, sans dire autre chose à ces deux généraux, sinon qu'ils étaient compris dans une capitulation d'évacuation qui avait été signée entre le général Dupont et le général Castaâos, il leur ordonna, de la part du général Dupont, de ramener leurs divisions, les grondant même d'être partis du champ de bataille sans ordre , et d'avoir ainsi compromis la vie des soldats de la division Barbou. Ce général Legendre se garda bien de dire à ces deux généraux qu'il venait les chercher pour leur faire mettre bas les armes, quoique lui-même eût déjà fait procéder au désarmement de la division Barbou avant de venir chercher Vedel et Dufour, qu'il abusait sciemment.

« On a blâmé ces deux généraux d'avoir obéi ; je doute qu'à leur place on eût osé ne pas le faire (1). Etaient-ils autorisés à soupçonner un piège dans ce que leur disait le chef d'état-major du corps d'armée au nom de leur général en chef? Non; si l'on admettait ce principe, il en résulterait les plus grands inconvénients à la guerre, ou l'on n'a le plus souvent que des jeunes gens pour porter les ordres des généraux. Devra-t-on les croire lorsqu'on ne les connaîtra pas personnellement, si l'on doit douter de la véracité du chef d'état-major du corps d'armée qui vous porte lui-même un ordre du général en chef, surtout

(!) Napoléon a dit arec raison, dans ses Mémoires, qu'un général au pouyoir de l'ennemi n'a plus d'ordres à donner.

56 OBLIGATION Dl NE POINT CAPITULER.

quand il a soin de ne pas vous dire que c'est pour vous livrer aux ennemis ?

« Enfin, ces deux divisions revinrent à Baylen, d'où la division Barbou était partie plusieurs jours auparavant. Elles furent remises aux généraux espagnols, qui les séparèrent et désarmèrent, puis les mirent en marche sur Séville.

« Le général Dupont rendit ainsi un effectif de 21,000 hommes d'infanterie, avec 40 pièces de canon et 2,400 hommes de cavalerie, c'est-à-dire le bon tiers des troupes françaises qui étaient en Espagne.

« Si le général Legendre avait voulu, il aurait sauvé les deux divisions de Dufour et de Vedel; il n'avait qu'à les suivre au lieu de les faire revenir pour les déshonorer; mais tout le monde était plus occupé de suivre de l'œil les caissons réservés et non soumis à la visite. Enfin, chacun fut puni par où il avait péché ; les soldats, indignés d'être soumis à cette honteuse visite, indiquèrent aux Espagnols les caissons qu'ils regardaient comme la cause de l'affront qu'on leur avait fait, et leur dirent qu'ils contenaient, bien plutôt que les havresacs, les objets que l'on cherchait. Les Espagnols ne se le firent pas dire deux fois, et les pillards furent pillés à leur tour. Si le général Dupont avait commencé par cette précaution en se mettant en marche, il aurait trouvé tout le monde prêt à faire son devoir.

« Cette malheureuse armée rat victime de l'erreur de son général: la Junte insurrectionnelle d'Andalousie ne ratifia pas la capitulation ; tout fut fait prisonnier et mourut de langueur ou de mauvais traitements dans les prisons d'Espagne ; les moins malheureux furent ceux qui obtinrent d'être livrés aux Anglais.

« Le général Dupont, après ce désastre, était bien obligé de m'en rendre compte ; il m'écrivit une lettre fort courte, contenant la capitulation qu'il avait ratifiée, et chargea M. de Villoutreys de m'apporter cela à Madrid.

c Cet officier ne me donna d'abord que des détails obscurs, qui rendaient ma curiosité plus impatiente. Je lui demandai pourquoi il m'avait amené une escorte de cavaliers espagnols jusqu'à Madrid, où leur présence aurait suffi pour encourager un soulèvement, au lieu de les laisser au Puerto de la Sierra-Morena, et de prendre les deux bataillons qui gardaient ce passage pour s'en faire escorter, puisqu'il revenait à petites journées. Après quelques moments d'hésitation (1), il me dit qu'il n'avait pas eu cette pensée, et qu'il s'était cru plus en sûreté avec son escorte espagnole pour traverser un pays qu'il me disait insurgé. < Mais au moins, lui répondis-je, avez-vous dit à ces bataillons, comme à ceux que vous avez dû trouver à \al-de-Penas, à

(4) J'ai sa depuis le motif pour lequel M. de Villoutreys s'était fait escorter par une garde espagnole et pourquoi il revenait à petites journées : c'est parce qu'il voyageait dans une calèche à lui, conduite par ses propres -chevaux, et sa calèche était chargée d'objets non soumis à la visite. Ce sont les seuls qui aient été sauvés de tout 1p corps d'armée. {S,

OBLIGATION DK NB K)INT ClHlULEtt. 8)

Manzanarès et à Madridejos, ainsi qu'à la brigade du général Laval que vous avez rencontrée, ce qui était arrivé au général Dupont ? Puisque vous me dites que le pays est insurgé, il va devenir trèsdifficile de communiquer avec eux ? »

H répliqua qu'en sa qualité de parlementaire il ne leur avait rien dit ; et plus tard, c'est-à-dire de retour à Paris, il m'avoua que du Puerto de la Sierra-Morena, où il avait trouvé les deux bataillons qui gardaient ce passage, il avait écrit à Castanos de les envoyer chercher comme faisant partie du corps d'Andalousie, tant il était loin de les prévenir de se retirer. Les militaires oui me liront ne concevront pas une pareille démence, et plaindront le général Dupont d'avoir été dans le cas d'employer de tels hommes.

« Gastanos ne manqua pas de profiter de l'avis, et fut beaucoup mieux servi par M. de Villoutreys dans le cours de sa campagne qu'il ne l'avait été par aucun officier de l'armée espagnole (1). »

Le général Savary, qui avait alors la direction supérieure des corps français on Espagne, comme lieutenant général de l'Empereur.

« Dupont, en désunissant ses troupes et en se plaçant au point le moins central, courait la chance des accidents que pouvaient produire )a fausse direction , les fautes, les manquements des subordonnés, d'après les impressions partielles qu'ils éprouveraient. •

Le général Foy.

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