UNITÉ DB COWUJDE^HT
J'annonce la marche de l'ennemi et je demande des secours : on me répond par des observations ; ma lettre n'est parvenue que lentement, parce que les communications sont difficiles dans ce pays ; la réponse et la réplique iront de môme, et l'ennemi sera sur moi. Mais comment pourrai-je, même d'avance, faire des calculs raisonnables sur les mouvements de troupes dont je ne connais ni la force ni l'emplacement , lorsque je ne sais rien de la situation du pays ni des besoins de troupes qu'on y éprouve? Je ne puis raisonner que sur ce qui est à mes ordres, et, puisque les troupes qui n'y sont pas me sont cepen-
cause. >
€ En 1812, l'empereur Alexandre I", voulant ménager l'amourpropre des généraux Barclay de Tolli et Bagration, dont l'an était plus ancien de grade (Bagration), et l'autre (Barclay) ministre de la guerre, ne subordonna point d'une manière précise, en quittant l'armée, l'un à l'autre, mais il les invita à agir constamment de concert et en parfait accord, recommandation qu'il ne cessa de leur réitérer par la suite dans toute sa correspondance. L'histoire de la campagne a montré de quelle singulière manière ils agirent de concert et en parfait accord ! Il n'y eut d'harmonie dans les opérations des l*e et 2e années russes, ainsi que des corps détachés , pendant cette guerre, que du jour où un commandant en chef unique , Koutousofî, rat investi d'une autorité souveraine sur toutes les troupes du théâtre de la guerre. »
M. le colotfel de l'état-major russe Leer. m
Extrait du mémoire confidentiel sur la campagne de 1812, adressé à V empereur Alexandre ItT par le général Barclay de ToUi, qui commandait l'armée pendant la première partie de la campagne.
« (Par ma jonction avec Bagration), jamais les combinaisons de Napoléon ne furent aussi complètement déjouées ; mais jamais aussi commandant en chef d'aucune armée ne se trouva dans une position aussi pénible que le fut alors la mienne. Les deux commandants des deux armées réunies relevaient également de l'autorité unique de Votre Majesté, et étaient munis également des pleins pouvoirs inhérents à leurs fonctions. Chacun d'eux avait le droit d'adresser ses rapports directement à Votre Majesté, et de prendre les dispositions qu'il jugeait convenables pour l'armée qui lui était confiée. Sans doute, à titre de ministre de la guerre, je possédais le droit particulier de parler au nom de Votre Majesté ; mais, dans des affaires aussi majeures, affaires dont dépendait le sort de la Russie entière, je n'osais faire usage de ce droit sans une autorisation spéciale de Votre Majesté.
« Je fus donc obligé , pour obtenir une action commune des deux
UNIT* m COMMIIUMHKNT. 123
armées et les faire concourir au même but, de chercher à mettre en jeu tous les moyens de nature à rétablir l'harmonie nécessaire entre le
Ï>rince Bagration et moi ; car notre correspondance antérieure sur la enteur de ses mouvements avait créé entre nous une certaine mauvaise humeur. J'étais obligé de flatter son amour-propre et de lui céder dans diverses circonstances contre ma propre conviction, mais uniquement pour gagner l'accord nécessaire à l'exécution d'entreprises plus importantes; en un mot, il me fallut tenir la conduite qui me répugnait le plus, celle le plus contraire à mon caractère et à mes sentiments. J'espérais cependant atteindre ainsi complètement mon but, mais les suites me convainquirent du contraire, car les cabales et l'esprit de parti ne tardèrent pas à se faire jour. A peine les deux armées étaient-elles réunies, que des jugements offensants, des bruits malveillants commencèrent à se faire entendre et furent propagés à dessein à Saint-Pétersbourg. À cette même épooue, S. A. I. le grandduc Constantin revint de Moscou et rejoignit l'armée. Il faut mentionner encore l'attitude de plusieurs personnes qui appartenaient à la maison militaire de Votre Majesté et qui suivirent l'exemple d'opposition donné par votre frère, ce qui présentera une idée, quoique affaiblie, de ce qui se passait à ce moment. Je veux citer seulement quelques personnages considérables qui se trouvaient au quartier général à Smolensk, et dont chacun se croyait appelé à condamner tout ce qui se faisait. Le duc Alexandre de Wurtemberg, les généraux Bennigsen, Korsakow, Armfeld avaient chacun leurs partisans parmi les aides de camp de Votre Majesté et dans les deux armées, qui répétaient tout ce qui arrivait à leur connaissance. Bien plus , le chef même de mon état-major, homme de talent, mais faux et intrigant, tenait envers moi une conduite aussi coupable, uniquement pour flatter quelques-uns de ces grands personnages, le grand -duc et le prince Bagration. »
AIMÉS ÀUTRICHTBUHE.
Ordre du jour, da 8 avril 4809.
« Si deux corps ne forment qu'une seule colonne, le plus ancien des deux commandants en assumera de suite le commandement.
« Les commandants de corps d'armée seront, en toute circonstance, instruits du but des opérations, afin que leurs mesures soient prises en concordance.
c Pour gagner du temps, les rapports des avant-postes seront simplement visés par les commandants de corps et envoyés de suite au général en chef.
< Dans les rapports de chaque jour, on indiquera d'une manière précise jusqu'à quelle date la troupe est alignée en vivres, et les animaux pourvus de fourrage.
< Ce rapport portera, en outre, les demandes et Ja mention, si la troupe, a un approvisionnement de chaussures en réserve. »
L'archiduc Charles, généralissime.
124 UNITÉ DE COMMAHDKMENT.
Le duc de Marlborough au comte de Wratislaw (ministre de F empereur à" Autriche).
A Saint-James, ce $0 mars 4705.
« J'ai reçu l'honneur de votre lettre du 7 courant, touchant la mésintelligence qui règne entre milord Galway et M. de Fagel, et vous prie de représenter très-respectueusement à Sa Majesté impériale, qu'ayant été convaincu, il y a déjà quelque temps , des mauvaises conséquences qui en pourraient résulter, je n'ai cessé de mon mieux à y mettre fin, et me flatte que mes soins n'ont pas été sans effet, puisqu'on nous fait espérer qu'on a trouvé des expédients pour cela ; mais si, à mon arrivée à La Haye, il se trouvait que cette affaire ne fût pas entièrement terminée, je ne ferai aucune difficulté de solliciter le rappel de M. de Fagel, comme Sa Majesté le demande, puisque le bien au service le demande. »
Wellington à don Josef de Carvajal (ministre de la guerre espagnol),
à Madrid.
Freneda , le 4 décembre 4 84 2.
« Je n'ai connu réellement que fort tard le véritable état de l'armée espagnole ; sans cela, j'aurais hésité avant de me charger d'un travail aussi herculéen que celui de son commandement. Mais, puisque je l'ai accepté, je ne l'abandonnerai pas parce que la tâche est laborieuse et d'un succès douteux, et je l'exercerai aussi longtemps que je posséderai la confiance des autorités qui me l'ont confié. Il est nécessaire, toutefois, que le Gouvernement m'arme des pouvoirs indispensables pour que je puisse m'acquitter de ma tâche. Mon avis est:
< 1° Que les officiers ne reçoivent d'avancement, ou ne soient appelés à un commandement, que d'après ma recommandation ;
< 2* Que j'aie le pouvoir de renvoyer du service ceux qui, à mon avis, le mentent ;
c 3* Que les ressources de l'Etat applicables au paiement, à l'équipement ou à la nourriture des troupes, reçoivent la destination que j'indiquerai ;
« 4* Afin de me mettre à même de remplir mes fonctions, il sera nécessaire que le chef d'état-major de l'armée, et le nombre voulu d'officiers d'état-major, soient envoyés à mon quartier général ; que le Gouvernement ordonne que tous les rapports militaires passent par mon canal. J'adresserai naturellement les miens à Votre Excellence. >
Il y avait eu (chez les coalisés), en 1813, une grande habileté dans l'organisation de leurs armées. Les corps d'armée étant presque tous composés de troupes de différentes nations, la condition de chacune était égale, sauvait les amours-propres, et établissait au contraire chaque jour l'occasion de développer une émulation utile. De plus, elle empêchait l'action immédiate d'une*politique particulière à cha-
€NITt DE COMMANDEMENT. 12S
que souverain, qu'une circonstance fortuite aurait pu développer. Cette réunion constante des trois souverains (de Russie, d'Autriche et de Prusse) au même quartier général avec les chefs des cabinets établissait une harmonie complète et rendait faciles et promptes toutes les décisions. Enfin le caractère de sagesse, de bienveillance et de douceur du généralissime (Schwarzenberg) faisait disparaître jusqu'aux plus légères aspérités aans le contact des hommes et des choses.
Le maréchal Marmont.
Le général Canrobert, commandant en chef V armée française,
au ministre de la guerre.
Devant Sébastopol, le 45 mai 4856.
« Dès aujourd'hui, et lorsqu'il s'est agi d'arrêter définitivement les bases de la répartition des troupes, lord Raglan n'a pas paru penser
Si'avec la nécessité de tenir ses tranchées, de sauvegarder Balaava, etc., il lui fût possible de former avec son effectif et l'armée piémontaise le corps à réunir à Baïdar.
€ Ainsi» après tant et de si laborieuses discussions, alors que de la théorie il s'agit de passer à l'exécution, surgissent des difficultés qui, depuis le commencement de cette guerre, sont sans cesse renaissantes, troublent continuellement la situation et éloignent la conclusion. Il faut reconnaître, pourtant, que toute récrimination serait ici injuste et déplacée : lord Raglan, comme Orner-Pacha, comme moimôme, apportons une part égale de bon vouloir, de conciliation, d'ardeur a assurer en commun le succès de la cause commune. Mais la difficulté d'introduire l'harmonie dans des vues, des passions différentes, des instructions qui ne sont pas absolument identiques ou oui donnent lieu à des commentaires sur lesquels on se divise, est 1 une des plus grandes que l'on puisse imaginer à la guerre. Il faut y ajouter, dans l'exécution, la difficulté qui résulte des instincts trèsdifférents, des possibilités également très-différentes qui se rencontrent dans des troupes dont la nationalité est distincte et qui sont commandés par des généraux dont les pouvoirs sont égaux.
« J'aurais cent exemples tirés de cette guerre à mettre, à l'appui de ces vérités, qui ne sont pas nouvelles. >
L'intendant de la colonie du Canada, Bigot, au ministre de la guerre.
Québec, 43 août 4758.
< Je suis de retour de Montréal depuis quelques jours; j'y avais été pour affaire de service à la prière de M. le marquis de Vaudreuil (gouverneur de la colonie) (ij; je l'ai trouvé bien piqué contre M. le
(4) M. de Vaudreuil, né dans la colonie, était capitaine des vaisseaux du roi, mais sans avoir jamais servi sur mer.
486 UNITÉ DB GOMMÀNDBMBRT.
marquis de Montcalm (commandant des troupes); il a été informé de mille propos tenus sur son compte après l'action du 8 juillet (victoire de M. de Montcalm sur les Anglais à Carillon), et il prétend que M. le marquis de Montcalm y a donné lieu, les ayant tenus le premier.
« M. le marquis de Montcalm, de son côté, se plaint de ce que M. de Vaudreuil n'a pas de confiance en lui, et de ce qu'il ne lui communique point ses projets ; il m'a même écrit dernièrement de l'armée à ce sujet. J'en parlai à M. de Vaudreuil, qui me dit qu'il avait toujours eu attention de lui faire part de tout ce qu'il se proposait de faire.
« Je fais de mon mieux auprès de l'un et de l'autre pour les enga-
§er de cacher au public les petits reproches ou'ils croient être en roit de se faire; et je les excuse réciproquement lorsque je leur écris. Une brouillerie d'éclat serait aussi dangereuse dans la colonie que l'entrée d'une armée anglaise; il n'y a déjà que trop de jalousie répandue dans les différents corps.
« M. le marquis de Montcalm et M. de Vaudreuil ont tous les deux des parties nécessaires pour la conservation et la défense du Canada; le premier s'est fait connaître pour un bon général et un homme d'un grand détail, vif et actif, zélé pour le service ; le second fait ce qu'il veut des nations sauvages et des Canadiens, et il connaît parfaitement le genre de guerre de ce pays-ci ; il sait aussi tirer parti de la terreur que les Anglais ont des sauvages. Comme îe leur suis attaché également, je vivrais au mieux avec eux, mais je doute qu'ils en fiassent de même; leur humeur est trop opposée l'une à l'autre, et il y a longtemps qu'ils m'ont paru ne vivre ensemble que politiquement.
< M. le marquis de Vaudreuil vous prie de procurer le commandement des troupes françaises à M. le chevalier de Lévis : il passe pour être très-bon officier ; il est aimé de tous les corps et des nations sauvages ; mais je croirais qu'il serait nécessaire d envoyer un troisième officier qui fût au-dessus des commandants de bataillon. M. le marquis de Vaudreuil dit que M. de Bourlamaque suffira ; cela peut être
Ï>our la guerre : c'est à lui à en juger ; mais pour ce qui est de la poice et de la discipline des troupes, un troisième officier principal la maintiendra mieux que les commandants des troupes : ils ont trop d'indulgence pour les officiers et les soldats de leurs corps.
< M. le marquis de Montcalm vient de rendre un service mémorable au Canada : il a battu les ennemis et les a empêchés d'y pénétrer. Le grade de lieutenant général, auquel cette victoire peut le faire parvenir, le rappellera vraisemblablement en France : Sa Majesté ne voudra peut-être pas faire servir un lieutenant général sous M. de Vaudreuil. Je ne saurais trop répéter que c'est un officier d'une grande distinction, et qu'il a un détail et des talents qui sont rares.
« J'ai pensé, monseigneur, qu'il était de mon devoir de vous instruire de ce que je savais sur le mécontentement réciproque de ces deux généraux. Je serais mortifié qu'ils sussent que j'ai eu l'honneur de vous en écrire, parce qu'ils me croiraient peut-être partial. »
UNIT* M COUUNimHEHT. 127
Le général Cousin de Montauban, commandant le corps expédition* naire en Chine, au ministre de la guerre»
Shang-Haï, le 22 arril 4860.
« J'ai eu l'honneur de répondre officiellement à la lettre de service que vous m'avez adressée le 27 février dernier, pour m'annoncer la nomination de M. le vice-amiral Gharner au commandement en chef des forces navales de l'expédition de Chine.
« Je vous ai exposé les observations qu'elle avait suscitées de ma part; mais le fait étant accompli, je n'avais pas à le discuter d'une manière officielle. •
« Je n'ai pu que vous dire que le prétexte allégué par la marine n'était pas fondé, car l'amiral anglais Hope n'est pas réellement vice* amiral : il en exerce seulement les fonctions, comme il arrive souvent en Angleterre de nommer temporairement à un grade fictif ; il est même assez peu ancien comme contre-amiral*
« Quel que soit d'ailleurs le grade du commandant des forces navales françaises en Chine ; je ne vois pas en quoi il eût pu être soumis au fonctionnaire anglais d'un grade supérieur ; nos relations avec nos alliés ne peuvent être que des relations de bonne entente, mais sans priorité de part et d'autre.
« Le véritable motif de ce changement d'attributions doit ressortir de considérations plus sérieuses, qui tiennent, sans doute, à un autre ordre d'idées.
« En effet, quel rôle la marine peut-elle être appelée à jouer dans une guerre qui n'offrira pas l'occasion d'un seul combat naval ?
< Il s'agit de faire tomber les torts de Pé-Ho, qu'elle aura toujours beaucoup de peine à aborder, en raison des difficultés naturelles et des obstacles créés qui s'y opposent, et ensuite de marcher sur Tien- Sin. Son concours, dans toute cette campagne, devra donc se borner à des transports de troupes et de matériel, opérations que*nécessiteront la plupart du temps de très-petits bâtiments pour pouvoir remonter les rivières, véritables routes en Chine pour nos convois, pendant que l'armée côtoiera ces mêmes rivières.
< Il était donc indispensable, pour le bon résultat des opérations projetées, qu'une seule direction sans entraves pût être imprimée à ces opérations ; et cela était si bien compris tout d'abord, que l'on avait songé à me confier les pouvoirs diplomatiques, et qu'en fin de cause? les instructions du ministre plénipotentiaire de Sa Majesté en Chine lui prescrivaient de me laisser exclusivement la direction des affaires, devenues essentiellement militaires.
« Certainement, M. le vice-amiral Charnier possède toutes les meilleures qualités propres à assurer notre entente complète ; mais les instructions données pour une mission à 4,000 lieues au siège du Gouvernement ne peuvent être faites en vue du caractère particulier des hommes, mais bien en vue des choses à accomplir.
« J'ai eu l'honneur d'écrire à Votre Excellence que je mettrais toujours de côté les questions personnelles dans l'intérêt du service, et
je suis bien convaincu que M. le vice-amiral Charner est dans les même» dispositions; mais la nature même de nos rapports et des instructions que nous avons reçues peut déterminer une manière différente d'interpréter ces instructions.
« Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, les instructions données par S. Exe. le ministre de la marine ne me considèrent plus comme commandant la position de Canton, occupée cependant militairement par l'infanterie de marine, évidemment placée sous mes ordres, puisque j'ai reçu de l'empereur, par un décret récent, le droit de nommer aux emplois vacants dans ce corps comme dans l'armée'de terre.
< Cependant Canton est un point dont le concours est utile à mes opérations militaires, sous plus d'un rapport.
• C'est à Canton que j'ai dû recourir pour l'engagement de 4,000 coolies (portefaix chinois), puisque ces engagements sont prohibés sur tout autre point, par suite d'un accord commun entre le gouvernement anglais et le nôtre.
t C'est de Canton qu'il m'a fallu tirer 200 hommes pour occuper, ainsi que me le prescrivaient mes instructions, l'île de Chu-San.
« Si, par suite de dispositions hostiles du cabinet de Pékin, la population de Canton venait à se remuer, il pourrait devenir nécessaire d'y envoyer quelques renforts pris parmi les troupes de l'expédition ; ces troupes cesseraient donc dès lors d'être placées sous mon commandement! »
L'intervention ou la présence à l'armée d'autorités civiles de rang suprême ne peut qu'affaiblir le prestige et l'autorité nécessaires au commandant en chef.
Le maréchal de Turenne au marquis de Louvois, ministre
de la guerre.
% juillet 4 675.
« Je suis, bien aise de la résolution que le Roi a prise de quitter l'armée; ce n'était plus un temps pour Sa Majesté à y demeurer, et il me semble qu'il n'y a rien de plus prudent que ce qu'Ëlle a fait, après avoir témoigné tant de résolution dans le temps qu'Elle y a été. »
Le maréchal de Saxe au comte éPArgenson, ministre de la guerre.
Du camp derant Tournay, 43 mai 4745.
« Je ne saurais vous faire d'assez grands éloges de la fermeté de son air et de sa tranquillité (du roi). Il a vu pendant plus de 4 heures la bataille (de Fontenoy) douteuse ; cependant aucune inquiétude n'a
UMÎÊ DK COMMANDEMENT. 129
éèlaté de sa part ; il n'a troublé mon opération par aucun ordre opposé au mien, qui est ce qu'il y a le plus à redouter da la présence d'un monarque environné d'une Cour qui voit souvent les choses autrement qu'elles ne sont. Enfin le Roi a été présent pendant toute l'affaire et n'a jamais voulu se retirer, quoique bien des avis fussent pour ce parti-là pendant toute l'action. »
Le général Turreau, commandant en chef Vannée de* Pyrénées orientales, au Comité de salut public.
Perpignan, le 3 brumaire an h.
« Je rends justice au civisme, au zèle et à l'activité des représentants du peuple près de cette armée ; mais je crois qu'ils se laissent circonvenir par des hommes adroits et ambitieux et qui ne cherchent qu'à surprendre leur bonne foi. Je crois encore qu'ils ne doivent pas se mêler des opérations militaires et chercher à substituer leurs idées et leurs plans à ceux des généraux; autrement ceux-ci sont inutiles à Vannée. »
Le citoyen Boursault, représentant du peuple près les armées des Côtes de Brest et de Cherbourg, au Comité de salut public.
A Hennés, le 4 pluviôse an iv.
« J'allais me rendre à Laval au moment où mes collègues Bissi, Serveaux et Plaichard m'annoncent que vous allez y envoyer un nouveau collègue. Je laisse à votre sagesse à considérer si le trop grand nombre de députés ne nuit pas a la marche du gouvernement. Les collègues qui arrivent, dévorés du désir de faire le bien, ne peuvent établir une correspondance assez suivie avec leurs autres collègues déjà sur les lieux pour combiner l'effet des mesures respectives. Ils agissent souvent, sans le savoir, en sens contraire les uns des autres, leurs arrêtés se contredisent, leurs pouvoirs se heurtent ; et les autorités civiles et militaires, étonnées, fatiguées et dans l'impossibilité de satisfaire à tant de demandes particulières, ne savent plus avec crui correspondre ; et le bien reste à faire par cela même que dix ou douze volontés le provoquaient à leur manière. »
Le général Biron9 Commandant en chef Varmée des Côtes de la Rochelle, au Comité de salut public.
Niort, le 25 juin 4793.
« Quoique les représentants du peuple aient constamment manifesté l'intention de ne pas décider des opérations, leur opinion et leurs discours embarrassent ou influencent indispensablement la conduite des généraux. On leur donne des idées, on leur fait des propositions, qui ne sont à la vérité nullement officielles, qui ne sont pas toujours très-militaires et quelquefois n'embrassent pas tous les in*
130 UftlTi DE COMMANDEMENT.
convénients, toutes les précautions que doit peser le commandant d'une année.
c Le Comité se convaincra facilement que dans une telle situation le général devient également responsable de tout ce qu'il fait, et de tout ce qu'il ne fait pas. »
L'adjudant général Rouyer, employé dans V armée de la Vendée, au citoyen Bouchotte, ministre de la guerre.
Rennes, le 7 frimaire an h.
< Peut-être faut-il compter pour quelque chose dans nos revers l'incertitude où l'on est jusqu'où doit s'étendre l'autorité des Représentants du peuple relativement aux opérations de guerre. Ils y ont voix consultative et délibérative. Leur titre de Représentant en impose, ainsi que la crainte, mal fondée sans doute, que Ton a qu'ils ne suspendent ou ne destituent par la suite ceux qui seraient d'un avis contraire au leur. Il y a plus : il y a eu des cas où, sans conseil de guerre, ils ont ordonné des marches et des attaques. >
Les citoyens CeUiez, Varin et Berton, agents du Conseil exécutif à V armée du Nord, au citoyen Bouchotte, ministre de la guerre.
Maubeuge, le 26 octobre \ 793.
Nous savons que Jourdan est tellement entravé dans ses opéra-
coup de chagrin de voir que nationale (les Représentants du peuple) sont tout à l'armée, excepté ce qu'ils doivent être. Nous sommes cependant forcés de dire que Jourdan a montré de la faiblesse envers les Représentants en souffrant que, lors de la bataille des 15 et 16 de ce mois, ils aient donné impunément des ordres à des officiers généraux. Nous voyons d'ailleurs que Jourdan a porté la complaisance ou la faiblesse jusqu'à faire un éloge pompeux du général Duquesnoy, frère du Représentant, et qu'à peine a-t-il parlé des autres qui ne se sont pas moins bien montrés que lui. Pourquoi donc le 15, Jourdan témoigna-t-il hautement son étonnement de ce que la colonne de Duquesnoy ne donnait pas, lorsque le centre et la gauche se battaient depuis deux heures ? Nous l'avions bien prévu lorsque dans une lettre précédente nous vous disions que l'on ne manquerait pas de faire l'éloge du général Duquesnoy. Si Jourdan eût eu plus de fermeté, il n'eût pas souffert que le représentant Duquesnoy logeât avec lui, ne le quittât pas, et que#de concert avec son collègue Garnot ils eussent pour ainsi dire été les généraux de l'armée : mais il a craint de déplaire à la représentation nationale; il a craint peut-être d'être dénoncé par les Représentants ; et c'est ainsi/ comme nous vous l'avons toujours dit, que, par une condescendance qui a toujours existé entre les généraux et les Représentants, ils ont réciproquement fait l'éloge
UNITÉ DB COMMÀlfMMBNT. 131
des uns des autres. Quoiqu'il en soit, Jourdanest pur; autaoins nous n'avons encore rien remarqué qui puisse nous faire croire le contraire ; et nous espérons qu'enfin il saura déployer l'énergie d'un républicain qui, fier de la cause qu'il défend, ne doit pas souffrir que des hommes fassent ce qu'il doit faire, mais doit les rappeler à leurs devoirs lorsqu'ils s'en écartent. >
le Comité de ealut publie aux Représentant* du peuple prie t armée
des Alpes et d? Italie.
Paris, 40 messidor an ni.
« En un mot les Représentants du peuple sont placés près du général en chef non pour lui intimer des ordres, à moins qu'ils n'en soient chargés par le Gouvernement, mais pour encourager son zèle et pour seconder de leur autorité les opérations du général. »
Cambacérès, Treilhard, Gillet, Babant.
M. de Freycinet, délégué au Ministère de la guerre, à M- de Serres, en mission à V armée de l'Est.
% janvier 4874.
Je vois une dépêche de vous à colonel Fischer, le vous prie instamment de vous abstenir de télégraphier en termes qui pourraient faire supposer que vous êtes pour quelque chose dans le commandement. De telles dépêches, je vous l'ai déjà dit, doivent être expédiées par l'état-major du général en chef, ou, si elles le sont par vous, il faut qu'elles lassent mention que c'est par ordre du général. Je sais bien que celle-là est dans ce cas, mais il faut que cela apparaisse clairement dans la forme, pour ne pas déplacer la responsabilité.
Le colonel WeUesley (depuis duc de Wellington) à lord Mornington, son frère, gouverneur général de VInde.
Camp près de Vellore, 29 janvier 4799.
« Je viens de recevoir une lettre de notre frère Henry, dans laquelle il me demande s'il serait convenable et utile que vous vinssiez rejoindre l'armée et l'accompagner pendant la campagne.
t J'ignore complètement quel est le but que vous avez en vue en venant nous rejoindre, but qui peut certainement contrebalancer mes objections ; mais il me semole que votre présence au camp, au lieu d'être pour le général en chef une marque de confiance, aboutirait en fait a le priver du commandement de l'armée ; et les scènes dont j'ai été si souvent témoin à Madras se renouvelleraient probablement en présence de l'ennemi. Tout ce que le général en chef jugerait nécessaire serait contrecarré et discuté, non par vous probablement, mais par ceux que vous seriez naturellement porté à consulter, c'est-à-dire
rétat-major même du général en chef et les principaux officiers de l'armée ; et ces derniers, au lieu de ne songer, comme c'est leur devoir, qu'à l'exécution de3 ordres donnés par leur chef, en voudraient apprécier la convenance, et les contrecarreraient s'ils les désapprouvaient. Tout ce oue je puis dire sur ce sujet, c'est que si j'étais à la place du général Harris et qne vous vinssiez à l'armée, je la quitterais. « A mon avis, il est à présent dans une situation difficile, et il a besoin de toute son autorité pour maintenir à leur place les officiers qui commandent sous lui. Votre présence affaiblirait son autorité; et comme vous êtes étranger aux choses militaires, votre pouvoir ne saurait y suppléer. »
La parité de grade ne peut qu'affaiblir l'autorité du commandement.
Une longue expérience m'a montré que les ordres crue l'on donne à ses inférieurs sont des commandements, et ceux que l'on envoie à ses égaux ne sont que des négociations. •
Le maréchal Jourdan.
Le Directoire exécutif au général Jourdan, commandant en chef
de r armée de Sambre-et-Meuse.
Paris, le 7 ventôse sd iv.
« Le Directoire, à la lecture de l'ordre général du 25 au 26 pluviôse, n'a pas vu sans étonnement, citoyen général, que vous vous exprimez en ces termes : « C'est pour la troisième fois qu'il est enjoint... etc. »
« Il croit devoir vous rappeler que c'est par de semblables condescendances que la discipline militaire a été dissoute, et que pour la raviver et lui rendre toute l'énergie qui lui appartient, il est nécessaire de sévir contre ceux qui négligent ou refusent d'exécuter les ordres émanés d'autorité supérieure. Si vous eussiez usé de rigueur envers les généraux auxquels votre ordre avait été déjà transmis, vous auriez évité de le leur rappeler une troisième fois sans peutêtre encore en obtenir l'exécution. »
Extrait des registres des délibérations des Consuls delà République
française.
Paris, le 3 frimaire an vin. t II y aura dans chaque grande armée trois ou quatre généraux de
division qui seront temporairement employés comme lieutenants du général en chef.
c Os seront désignés par le Ministre de la guerre, sur la présentation du général en chef.
€ Ils seront pris parmi les généraux de division, quelle que soit la date de leur brevet, et auront le commandement partout où ils se trouveront. »
Hoger-Dacos, Sieyès, Bonaparte.
Paris, le 7 frimaire an nn.
Les Consuls de la République, Vu le rapport du Ministre de la guerre,
Arrêtent :
* Les appointements des généraux de division désignés pour remplir les fonctions de lieutenants des généraux en chef seront augmentés d'un tiers pendant la durée desdites fonctions.
< Le nombre des rations de bouche et de fourrage qui leur seront attribuées sera porté à dix. »
Sieyès, Bonaparte, Roger-Ducos.
Le 2Î mars (1811), à trois heures et demie, le (maréchal Ney) duc d'Elchingen, instruit par la lettre que (son général en chef) Masséna lui avait adressée dans la matinée, que l'armée se dirigerait prochainement sur Goria et Plasencia, ne garda plus, dès lors, de ménage-, ment, et protesta contre cette manœuvre. Il déclara qu'il se refusait à l'exécuter, à moins que l'Empereur n'eût donné au général en chef de nouvelles instructions. < Il faut que Votre Excellence se désabuse, disait sa dépêche, si elle pense trouver des vivres à Goria et à Plasencia ; j'ai parcouru ce pays : rien n'approche de sa stérilité et du mauvais état de ses communications ; Votre Excellence ne conduira jamais une
compromettre toutes nos opérations en Espagne. Je sais qu'en m'opposant aussi formellement à vos intentions, je me charge d'une grande responsabilité ; mais, dussé-je être destitué ou y perdre la tête, je ne suivrai pas le mouvement dont Votre Excellence me parle sur Goria et Plasencia, à moins, je le répète, qu'il ne soit ordonné par l'Empereur. »
Ce bouillant maréchal ne s'en tint pas là : exaspéré de ne pas recevoir de réponse, il écrivit, à six heures du soir, une nouvelle lettre, plus violente encore que la dernière. Plusieurs renseignements l'informaient, disait-il, crue l'ennemi se renforçait beaucoup près de Fornos, sur la droite au Mondego ; gue lord Wellington avait jeté de grandes forces à Mangualdo, direction de Celorico, d'où il concluait
que, par cette manœuvre, le 6e corps (le sien) pouvait être coupé d'Almeïda et rejeté sur Guarda. « Comme Votre Excellence ne veut prendre aucune détermination pour le départ des troupes, et qu'elle attend toujours jusqu'au moment du danger le plus imminent, je la préviens que je pars demain de ma position de Carapichina et Gortizo, pour aller échelonner mes troupes depuis Celorico jusqu'à Freixadas, et le jour suivant en arrière oie Freixadas et Âlmeïda. Cette disposition est forcée pour que les soldats ne se débandent pas entièrement, sous le prétexte de chercher des vivres, dont ils manquent totalement. • Sfasséna, en supportant depuis le commencement de la campagne tous les écarts et les emportements du duc d'Elchingen, subissait une nécessité de sa position, et d'ailleurs leur mésintelligence n'avait pas encore fait d'éclat ; mais aujourd'hui que le commandant du 6" corps bravait publiquement l'autorité du général en chef, sa conduite se trouvait tracée; cependant, par un reste d'attachement pour son ancien compagnon d'armes, à la fortune duquel il avait autrefois contribué, et qui allait se perdre si l'Empereur traitait avec sévérité le funeste exemple qu'il donnait à l'armée, il crut devoir lui ouvrir la voie du repentir, et à 8 heures du soir il lui adressa ces lignes par un aide de camp : « J'ai reçu vos trois lettres : vous ne devez pas douter de ma surprise. Leur contenu me force à en venir à une extrémité que j'ai cherché à éloigner jusqu'à ce jour. Votre désobéissance est trop
{prononcée pour ne pas exiger de ma part une mesure commandée par 'autorité que l'Empereur m'a donnée sur l'armée de Portugal en me nommant son général en chef, et sans laquelle la sûreté de l'armée confiée à mes soins serait compromise. Je vous préviens, en conséquence, monsieur le maréchal, que vous devenez responsable du mauvais exemple que votre désobéissance donne à l'armée, et peut* être des suites plus fâcheuses encore qui peuvent en résulter. Veuillez me répondre si vous persistez dans votre désobéissance en méconnaissant l'autorité que l'Empereur m'a confiée ; dans ce cas, je saurai prendre des mesures pour la maintenir. J'attends votre réponse par le retour de mon aide de camp. »
Le duc d'Elchingen s'était trop avancé pour reculer ; soit qu'il crût Masséna incapable de prendre contre lui une détermination vigoureuse, soit qu'il se flattât d'associer les troupes du 66 corps à sa désobéissance, il répondit à 9 heures du soir : « Je persiste à ne point laisser marcher le 6e corps sur Coria et Plasencia, ainsi que Votre Excellence m'en a donné l'ordre par sa lettre de ce jour, à moins qu'elle ne me fasse connaître les ordres de l'Empereur qui l'y autorisent ; je ne puis que rappeler à Votre Excellence tous les m(h tifs que je lui ai fait connaître à cet égard dans ma lettre, de ce jour et qui me déterminent à me diriger demain sur Almeïda. >
Fondé, comme on le voit, sur l'étrange prétention d'obliger un chef à communiquer ses instructions, ce refus péremptoire devait mettre un terme à la longanimité de Masséna. Il enjoignit, à 10 heures du soir, aux généraux de division du 6* corps de ne plus obéir au duc d'Elchingen, d'exécuter les instructions directes de l'état-major
général, et les rendit personnellement responsables de tonte infrac* tion à cet ordre. En même temps, il signifia au récalcitrant^maréchal de se rendre immédiatement en Espagne ponr y attendre les volontés de l'empereur ; et, afin que quelques-uns de ses subordonnés ne fussent pas entraînés dans la révolte, il ordonna au général Loison de prendre le commandement du 6' corps à titre d'ancienneté. A 2 heures du matin, le duc d'Elchingen accusa réception de l'injonction de quitter l'armée par ces mots : « L'Empereur m'ayant confié le commandement dn 6* corps, personne, autre que Sa Majesté, n'a le droit de me le retirer. Je proteste donc encore contre cette nouvelle disposition ; cependant, si les généraux de division du 6* corps vous obéissent, je me rendrai en Espagne. >
Sans doute, en écrivant ces lignes criminelles, il comptait assez sur l'attachement des généraux et des soldats du 6* corps pour croire
Su'ils épouseraient sa querelle ; mais il ne tarda pas à se désabuser, ta n'était plus au temps où les troupes se prononçaient par acclamation pour Dumouriez ou Lafayette, sans autres garanties que leurs promesses. Malgré le mauvais exemple donné par quelques chefs et les misères de la campagne, qui avaient déjà relâché les liens de la discipline, généraux, officiers et soldats restèrent dans le devoir, et furent fidèles à celui que l'empereur avait choisi pour les commander. Toutefois, le duc d'Elchingen persista dans sa désobéissance, et il écrivit à Masséna le* lendemain, à 8 heures du matin : « L'ennemi manœuvrant devant le front de mon corps d'armée, je préviens Votre Excellence que j'en conserve le commandement, qu'elle n'a pas le droit de m'ôter. » Au lieu de répondre à ce billet , le maréchal ordonna à Loison de serrer le 6* corps sur Celorico, s'il jugeait sa position trop étendue. Cette injonction, communiquée au duc d'Elchingen par le général, lui démontrant enfin que tout retour était désormais impossible, il adressa à 10 heures 1/2 ce dernier billet à Masséna : « Par la lettre que je reçois à l'instant du général Loison, il parait que Votre Excellence le maintient dans le commandement provisoire du 6e corps, malgré la lettre que je vous ai écrite ce matin a 8 heures que je reprenais le commandement du 6a corps. Vous n'avez pas le droit de me remplacer. En conséquence, je vous somme au nom de l'honneur de me faire parvenir un ordre positif de quitter l'armée de Portugal pour me rendre en Espagne; je n'attends plus que ces dernières dispositions pour partir. » .
Malgré leur ton altier, on devine par ces deux billets que le duc d'Elchingen demandait à capituler ; mais les choses avaient été trop loin, le scandale ne pouvait s'effacer, et d'ailleurs le chef de bataillon Pelet courait depuis minuit sur la route de France avec une dépêche pour le prince de Wagram (Berthier), où Masséna rendait compte de la mesure que les circonstances l'avaient obligé de prendre, et lui envoyait copie des quatre premières lettres du duc d'Elchingen : • Il est bien douloureux, disait le maréchal, pour un vieux militaire qui commande les armées depuis si longtemps , et qui a été honoré de la confiance de Sa Majesté, d'en venir à une semblable extrémité via-à-
136 UNITÉ DK COMMANDEMENT.
vis de l'un de ses anciens camarades. Depuis mon arrivée à l'armée, M. le maréchal duc d'Elchingen n'a cessé de me contrarier dans mes opérations militaires. J'y ai mis peut-être trop de patience; mais pouvais-je m'attendre à le voir porter le scandale aussi loin? Le caractère du duc d'Elchingen est connu ; je n'en dirai pas davantage. » A 11 heures 1/2 du matin, Masséna signifia sa volonté au duc d'Elchingen : « En réponse à votre lettre de ce matin à 10 heures 1/2, je vous préviens, lui écrivit-il, que, d'après le refus obstiné que vous avez fait de vous conformer aux ordres que je vous avais transmis en qualité de général en chef, et d'après le compte que j'ai rendu, dès la nuit dernière, à l'Empereur des dispositions auxquelles votre désobéissance m'avait forcé à votre égard, vous devez vous rendre de suite en Espagne pour y attendre les ordres de Sa Majesté, ainsi que je vous l'ai déjà mandé par ma lettre d'hier au soir, à 10 heures 1/2. »
Le général Koch, qui a eu sous les yeux les documents originaux,
A son tour, le maréchal Ney allait sentir en 1813 les angoisses résultant pour le commandant en chef de la désobéissance de ses subordonnés, tomme le montre la lettre ci-après ;
Le maréchal Ney, commandant V armée réunie près de Torgau,
au major général Berthier.
Wurtzen, le 40 septembre 4843.
« C'est un devoir pour moi de déclarer à Votre Altesse Sérénissime ou'il est impossible de tirer un bon parti des 4e, 7° et 12* corps d'armée dans l'état actuel de leur organisation. Ces corps sont réunis par le droit, mais ils ne le sont pas par le fait. Chacun des généraux en chef fait à peu près ce qu'il juge convenable pour sa propre sûreté ; les choses en sont au point qu'il m'est très-difficile d*obtenir une situation. Le moral des généraux et, en général, des officiers, est singulièrement ébranlé. Commander ainsi n'est commander qu'à demi, et j'aimerais mieux être grenadier.
« Je vous prie d'obtenir de l'Empereur, ou que je sois seul général en chef, ayant seulement sous mes ordres des généraux de division d'aile, ou que Sa Majesté veuille bien me retirer de cet enfer. Je n'ai pas besoin, je pense, de parler de mon dévouement : je suis prêt à verser tout mon sanff, niais je désire que ce soit utilement. Dans l'état actuel, la présence de l'Empereur pourrait seule rétablir l'ensemble, parce que toutes les volontés cèdent à son génie, et que les petites vanités disparaissent devant la majesté du trône. »
Wellington au maréchal Beresford.
Freneda, 2 décembre 4842.
< J'ai toujours été pénétré de l'inutilité et de l'inconvénient qu'il y a à créer l'emploi de commandant en second dans une armée. C'est un
imiTt DB COMMANDEMENT. 137
titre pompera et sonore, sans fonctions définies ni responsabilité d'aucune sorte, et qui, en même temps, donne des prétentions fort
fènantes ; vous savez, je crois, que j'en ai fait une fois l'expérience, but officier dans une armée doit avoir un service nettement défini à faire et être responsable de ses actes ; telle est la position, à ce crue j'entends, d'un général commandant une division ou un corps d armée. Un commandant en second n'a aucun devoir qu'on puisse définir, sauf peut-être de donner des avis pour l'exécution de mesures dont il ne sera nullement responsable ; et je l'ai vu, une fois du moins, tout prêt à les renier, quand il sut qu'on ne les goûtait pas en Angleterre. »
Le général en chef Wellington au comte Bathurst, secrétaire d'Etat,
Freneda, 26 janvier 4843.
« A mon avis, le titre officiel de commandant en second dans une armée, aujourtfhui que l'habitude de réunir fréquemment un conseil de guerre a disparu et que le général en chef est rendu strictement responsable de tous les événements, est non-seulement inutile, mais même nuisible au bien du service. Un personnage sans devoirs définis, qui n'a qu'à émettre des opinions en l'air et dont il peut changer à son gré, doit nécessairement être un embarras dans les moments où il faut prendre une décision. Soit qu'on m'envoie un commandant en second ou non, je suis parfaitement déterminé à n'agir jamais que d'après ma propre manière de voir, attendu qu'on me regardera toujours comme responsable du résultat, quelle que soit la personne qui ait conseillé la mesure. >
f Nul corps de troupe opérant avec l'armée ne doit être soustrait à l'autorité du général en chef, ni aucun service administratif être une entrave à ses opérations.
ARMÉS DE L'EST. Besançon, le 5 novembre 4870.
Etat-major général.
Le général Michel, commandant en chef dans TEst, • au ministre de la guerre, à Tours.
* A mesure que j'examine toutes choses, je découvre des difficultés sérieuses pour l'organisation de la petite armée que nous voulons former. Je vais vous signaler particulièrement plusieurs de ces diffi-
cultes et vous prier de me mettre à même de les lever. J'ai besoin de votre puissant appui, car souvent on se sert de votre nom pour perpétuer le désordre et gêner à la fois la régularisation des opérations et l'établissement des bases qui doivent régir toute armée.
< Plusieurs chefs de détachements, autorisés par vous à agir isolément, se répandent dans la région avec leurs troupes ; quelquefois ils s'engagent imprudemment ou en des moments inopportuns, et obligent le corps principal à les secourir, quand ce corps serait plus utile ailleurs. Pour la moindre des opérations, faut-il déranger une armée en organisation, et la mettre à la direction du premier venu qui aura le caprice de l'entraîner? D'un autre côté, faut-il laisser croire que le commandant en chef laisse écraser par timidité des Français placés en avant et compromis dans leur sûreté ? On se sert malheureusement souvent, contre l'autorité, de l'arme de la calomnie, et on l'accuse de pusillanimité toutes les fois qu'elle n'agit pas, sans s'inquiéter si son inaction est raisonnable ou si elle ne Test pas.
« D'un autre côté, pour que- tous ces petits corps isolés puissent se mouvoir en defiors du corps principal, il faut leur donner le droit de réquisition pour leurs subsistances, leurs transports et leur logement. Si tout était régulièrement demandé et payé, il n'y aurait évidemment rien à dire. Mais, la plupart du temps, tout est exigé sans
paiement et sans mesure ; et les populations sont tellement pressurées qu'elles préféreraient, sans contredit, voir l'ennemi chez elles que de
indiscipline y telle que des chefs sont venus se plaindre à moi que certaines troupes
au'ils avaient avec eux menaçaient leur personne. Il est indispensable e faire rentrer toutes les fractions isolées à leur place de bataille, sauf à envoyer des détachements quand il en est besoin. La colonne Perrin, qui devait opérer dans le Tillot, est rentrée d'elle-même à
Sortée de notre protection, heureuse de n'avoir pas été enfermée à elfort ou anéantie en rase campagne. Les bataillons corses de cette colonne n'obéissent plus du tout ; je les ai fait rentrer, et je les ai mis sous un commandement vigoureux et sage. « Rien n'est difficile ici comme le maintien de la discipline. Tout ce ui augmentera cette difficulté retardera le moment de la possibilité 'une action vigoureuse et sérieuse ; et on ne pourra compter sur nous que quand l'ordre régnera dans l'armée. »
Le général en chef Chanzy au ministre de la guerre.
Le Mans, décembre 4870.
« Nous sommes envahis ici par une foule de francs-tireurs, qui prétendent avoir des ordres directs de vous, qui n'obéissent à personne, ui sont une plaie pour les populations et qu'il me tarde de voir dans es positions ou ils pourront rendre des services. Je demande à dis-
UNITÉ M COnUNDBMinT, 439
poser d'eux dans la zone d'action de mon armée, et je désire connaître exactement quels sont les ordres donnés directement au colonel Li-
{>owski et quelle est la mission spéciale qu'il a à remplir. Dans tons es cas, je lui donne Tordre formel d'avoir à quitter la ville du Mans ; il devrait être organisé complètement depuis quelques jours, s'il n'avait pas perdu son temps. »
Jf. le capitaine de vaisseau Ribourt, commandant supérieur des batteries barrant la presqu'île de Carentan, au sud de Cherbourg, au Ministre de la guerre.
Carentan, le 44 janvier 4874.
< L'unité de commandement n'existe pas aux lignes de Carentan. Je n'en citerai que deux exemples, tirés de circonstances capitales pour la défense.
< Le département de la Manche avant été déclaré en état de guerre le 40 décembre, et le général en chef des lignes de défense ayant pris, le 42, le commandement auquel il venait d'être appelé, l'un de ses premiers actes fut de m'ordonner de faire évacuer tous les bateaux de là rivière d'Isigny, et de les mettre en sûreté sous la protection de nos batteries ou plus en arrière.
« Cette prudente mesure, n'entravant en rien le commerce journalier, commençait à s'exécuter, lorsque je reçus de M. le vice-amiral, préfet maritime à Cherbourg, Tordre d'arrêter le mouvement ; ce gui hit fait. L'amiral ajoutait qu'il suffirait de prendre cette précaution à l'approche de V ennemi.
« C'est avec toute la douleur d'un souvenir personnel, qui se réveille à chaque mot du sujet de cette note (déroute d'Orléans du 3 décembre), que je songe à quels funestes mécomptes on s'expose lorsqu'on remet quoi que ce soit à ce dernier moment, toujours si plein de trouble, pour qui n'a pas eu la prévoyance de le réserver uniquement au maintien du bon ordre, ce qui est déjà bien assez.
« Encore, s'il ne s'agissait ici que de préserver les bateaux, en tant que propriété t Mais l'intérêt est bien plus grave. 11 y a en rivière d'Isigny 450 bateaux pouvant porter 8,000 hommes, dont 86 peuvent naviguer sur l'inondation, plus une nuée de barques plates connues sous le nom de picoteaux. Ce matériel aux mains de l'ennemi, lui fournirait un pont sur l'inondation, partout où il lui plairait de l'établir ; et, tandis qu'on attend le dernier moment, il suffit d'une gelée, comme celle qui vient de durer 42 jours, pour immobiliser les bateaux dans la glace. L'ennemi vient, s'en empare, attend le dégel, passe Veau en vue et hors de portée de nos batteries, et arrive à Cherbourg sans coup férir, au mépris de cette inondation base de notre défense naturelle.
« Le général en chef m'avait également prescrit de faire inonder les terres basses qui entourent, à l'abri des digues, les hauteurs de Brévands, et d'interdire ainsi à l'ennemi l'accès de cette position, qui menace nos défenses de gauche. J'ai transmis Tordre : il .n'a pas été
140 unité de GOMMAïamaonr*
exécuté. A cette mesure, qui ne lui agrée point, le service des Ponts et Chaussées ne résiste pas ouvertement, mais il oppose une force d'inertie des plus tenaces, et jusqu'ici victorieuse.
« Il y a plus : informé le 7 janvier que les Ponts et Chaussées se disposait à ouvrir les écluses pendant plusieurs jours pour abaisser le niveau, déjà au plus bas, de l'inondation, j'avertis à la fois le préfet maritime et le général en chef, tous deux à Cherbourg. Le préfet me répond de laisser les Ponts et Chaussées gouverner l'inondation comme ils l'entendent ; le général me prescrit au contraire de ne permettre aucun mouvement d'eau.
« Pour aller jusqu'au bout de cette question, je dois faire remarquer que l'indépendance attribuée jusqu'ici aux collaborateurs des défenses de Carentan me paraît incompatible avec le but qu'on se propose. Investis d'une autorité souveraine et sans partage sur les travaux militaires de leur spécialité, ces services, représentés le plus souvent par des auxiliaires civils, ont opéré en dehors de l'autorité chargée de la défense. L'exercice de cette prérogative, consacrée par divers actes réglant les attributions et la comptabilité, fait qu'il n est peut-être pas une batterie qu'il n'ait fallu retoucher, ou modifier, ou refaire en partie.
« Il est, je crois, nécessaire de laisser au commandant supérieur des batteries, non la direction des détails, mais la surintendance et l'initiative absolue des travaux des batteries, sous l'autorité du général en chef, en un mot, que les ouvriers de réquisition et leurs chefs agissent par ses ordres, de même que les marins, et ne puissent nullement se considérer comme un service parallèle, libre de semer partout la confusion.
< Je ne parle ici qu'incidemment de l'ordre lancé par le général commandant la subdivision de la Manche,en date du 14 décembre, pour l'évacuation des chevaux, bestiaux, voitures et approvisionnements de toute sorte, en arrière des lignes. Des instructions détaillées ont été données et affichées par lés maires des différentes communes pour un parquage régulier et arrêté à l'avance. Jusqu'à ce jour, rien ne s'est fait. Les nombreux bestiaux du Cotentin sont encore en avant de l'inondation, et le mouvement serait fort difficile à faire au dernier moment avec une année se repliant, même dans le plus grand ordre.
Enfin il a été ordonné de couper les voies de communication qui
pour couper les chaussées et miner les ponts.
« Je ne crains pas d'affirmer que ces travaux de la dernière heure ne seront pas exécutés, et que l'ennemi trouvera les voies ouvertes.
< C'est maintenant, sans attendre une minute de plus, qu'il faut couper les routes et remplacer les parties interrompues, ainsi que l'avaient si bien indiqué l'amiral Jauréguiberry et le colonel Lacour, par des tabliers sur chevalets, que deux voitures enlèvent en cinq minutes. C'est maintenant qu'il faut charger les fourneaux de mines et les amorcer.
mort dx couandeurt. 141
Au dernier moment, il manque toujours quelque chose et l'ennemi passe.
« Si l'autorité militaire avait eu incontestablement la haute main sur ces mesures, elles seraient depuis longtemps accomplies. L'indépendance des services civils, en matière de défense, a tout ajourné, tout compromis*
« Enfin, je ne puis passer sons silence la désorganisation, aujourd'hui consommée, de rarmée des lignes. Les dernières troupes, deux bataillons d'infanterie de marine, viennent de partir pour l'armée de la Loire. Demain, partent les détachements de l'artillerie de marine. Toutes les autres troupes régulières ont depuis longtemps regagné Cherbourg et d'autres destinations. Il ne reste peut-être pas aux lignes un homme ayant tiré un coup de fusil. Le 19' corps a englobé tout ce qui avait quelque apparence de cohésion. Or, il faut, comme on sait, 30,000 hommes pour garder les intervalles, mais 30,000 hommes de troupes exercées, aguerries, connaissant le terrain. Si l'on disperse cette force, à peine en germe, les lignes tombent sans combat.
« Je me résume :
« Si le commandement n'est pas énergiquement centralisé ;
« Si les services spéciaux ne sont pas ramenés sous la même et unique direction;
« Si les mesures défensives interrompues, principalement l'évacuation de tous les bateaux, le maintien de l'inondation, la coupure des chaussées, ne s'exécutent pas le plus tôt possible ;
« Si on ne laisse pas un noyau de troupes suffisant, formé d'éléments
{>lus solides et surtout rivé à son poste pour être exercé ad hoc; ai 'on compte pour ce service sur les troupes en retraite, quelles qu'elles soient, nous devons redouter un grand désastre en cas de marohe en avant de l'ennemi.
« J'entends l'écho des propos qui ont cours dans le pays, même dans les sphères supérieures. On se dit que l'ennemi ne viendra pas jusqu'ici, et l'on s'endort dans cette persuasion, qui dispense de résoudre les difficultés, mais qui ne les supprime pas. Vienne le dernier moment, et, si Ton n'y met ordre, notre imprévoyance aura tout préparé en faveur de l'ennemi»
Le devoir du commandant supérieur des lignes est tout tracé : c'est celui de défendre les positions jusqu'à la dernière extrémité. Mais il manquerait à son devoir de chef s'il gardait le silence sur les plus périlleuses illusions, et s'il n'indiquait les mesures nécessaires pour préserver nos armes et le pays d'une semblable défaite. Enfin, il ne doit pas négliger de garantir sa responsabilité contre tout reproche. C'est dans ces sentiments que, ne croyant paslenfreindre les lois de la hiérarchie, il a rédige la présente note pour être mise sous les yeux du Ministre.
« En terminant, ce que je redoute de plus funeste, aux lignes de Carentan, c'est qu'au moment de l'alerte, on leur prodiguera des ressources inutiles, parce qu'elles viendront trop tard, tandis que la moitié seulement, organisée à l'avance, eût été m'en employée. »
142 l'NITÉ DE COMMANDEMENT.
Le général en chef Dumouriez au général Beurnonville,
ministre de la guerre.
Anvers, le U février 4793.
« Je serais coupable d'ineptie si je laissais manquer mes opérations en attendant que les formes toujours trop lentes de la Trésor e rie nationale fussent remplies. »
Le général Championnet, commandant V armée des Alpes, au général Joubert, commandant en chef Varmée d'Italie.
Au quartier général de Grenoble, le 46 thermidor an vu.
« Sous le rapport du personnel, j'ai lieu d'espérer que dans quel-
3ues moments il manquera peu de choses à l'organisation complète e l'armée des Alpes, mais qu'elle sera bien inférieure au nombre des forces qui m'avaient été promises dans le premier tableau.
« Il s'en faut de beaucoup que j'aie les mêmes espérances sous le rapport des moyens ; mais j'y ai jusqtfici suppléé par mes propres efforts, et j'ai agi avec toute la latitude que le danger autorise.
« Il n'y avait en caisse, à mon arrivée, que la somme de 20,000 livres ; et, ce qu'il y a de plus étonnant, c'est qu'il n'avait pas même été donné aucun ordre pour pourvoir à mes besoins. J'ai fait un appel à tous les départements compris dans l'arrondissement des 7% 8f et!9è divisions militaires, que je commande, pour la somme d'un million 30,000 livres.
« Cet appel aura tout l'effet que j'en ai attendu. La Drôme m'a fourni sur-le-champ 100,000; le Rhône, 450,000; l'Isère, 100,000; le Mont-Blanc, 70,000; le Léman, 50,000 livres ; et tous m'ont promis de compléter dans peu leur contingent conformément à la répartition que j'en avais fixée.
« Ces fonds n'ont, pour ainsi dire, fait que toucher la caisse, par le soin que j'ai pris de les employer exclusivement au paiement de la solde, qui était arriérée, pour le soldat, de plusieurs décades, et pour les officiers de plusieurs mois.
« Cette opération inconstitutionnelle a tout sauvé: la désertion était générale ; elle n'a cessé qu'avec l'affreuse misère à laquelle le soldat était réduit, tant par le manque de solde que par l'abandon absolu de tous les services.
« Je ne me suis pas contenté de faire aux départements un appel en argent. J'ai, par un ordre exprès à tous les receveurs, suspendu tous les paiements, jusqu'à ce que les fonds nécessaires à l'armée des Alpes fussent assurés. Cet ordre s'exécute. malgré les réclamations et les cris des compagnies qui, après avoir abandonné tous les services,, ont couvert toutes les caisses de délégations.
« Les magasins n'étaient pas en meilleur état que les caisses. J'ai été obligé de m'en occuper avec le môme soin. Au 17 prairial il avait
été fiait un appel en denrées, par le Directoire exécutif, sur les départements de l'Isère, de la Drôme, du Mont-Blanc et des Hautes et Basses-Alpes, Ces magasins ne devaient être ouverts qu'au 1" thermidor, suivant les dispositions expresses des arrêtés. Les compagnies (de fournisseurs), qui devaient faire les services à leurs dépens, les ont tous envahis et épuisés 15 jours avant le terme fixé. Les communes, abandonnés par les compagnies pour le service des étapes, ont imité les fournisseurs ; de sorte qu'à mon arrivée, je n'ai trouvé que des réclamations et des plaintes de tous les cantonnements, où l'on n'existait que par les Dienfaits des habitants, les réquisitions forcées, ou par l'herbe que produisent les montagnes, comme cela est arrivée au mont Genis.— J'ai consacré 100,000 livres pour les premiers besoins, et j'ai fait un nouvel appel en denrées qui me fournira un mois de subsistances.
« Les places fortes étaient dans un état plus dangereux encore que les cantonnements. Les plus exposées n'avaient que 15 jours de vivres ; les autres ne vivaient qu'au jour la journée. J'ai donné au général Hatry la plus grande latitude dans toutes ses opérations ; il n'eii a pas assez abusé, mais il y a maintenant dans toutes les places un commencement d'approvisionnement que je vais compléter sur-lechamp par la facilité que me donne un second appel de aenrées et par les fonds que je me suis procurés.
« Je n'avais aucun moyen pour les transports, n'ayant aucun argent pour les payer. J'ai "pris un arrêté pour avoir 600 mulets, qui me seront fournis par les départements des Hautes et Basles-Alpes et du Mont-Blanc, à raison de 38 sous par jour tout compris, ou par la voie d'une réquisition forcée, ou par la faveur accordée aux conscrits de convertir le service des transports au service militaire à la condition pour eux de fournir chacun 3 mulets. Par ce moyen, que je regarde comme infaillible, j'assure le service des transports, si difficile et si coûteux dans la guerre de montagnes.
« Si le Gouvernement désapprouve des opérations si indispensables, il me donnera sans doute les moyens de faire autrement ; car, pour moi, je suis absolument décidé de prendre partout où je trouverai, avant de permettre que la frontière s'ouvre tout entière à l'ennemi par la désertion générale des soldats qui ne peuvent soutenir longtemps une crise de besoins aussi violents.
« Il ne me reste plus à pourvoir qu'au service des étapes abandonné : 1* par les compagnies ; 2° par les sous-traitants restés sans paiement ; 3° par les municipalités qui, après avoir épuisé leurs contributions en denrées, ont redouté de n'être pas payées de leurs avances personnelles. Le soldat ne vit presque plus que chez l'habitant qui le loge ; c'est dire que l'état de guerre commencerait presque contre nos concitoyens. Je n'ai aucune ressource encore pour y remédier ; mais je suis résolu à le faire par tous les moyens qui seront possibles si le Gouvernement, auquel je ne laisse aucun repos par mes représentations importunes, ne vient à mon secours. • Je vous donnerai une idée très-exaete de nos magasins par un
144 imiTÊ DE COHUHDBMEKT.
seul mot : il n'y a rien, ni habits, ni chemises, ni souliers, ni havresacs, ni bidons, ni guêtres, ni chapeaux. Les soldats et les conscrits ne sont couverts que par les vieux haillons qu'ils ont pu conserver. Le ministre Bernadotte, m'a promis beaucoup, et il n'y a rien qu'on ne doive espérer de l'infatigabilité de son zèle; mais je crains qu'il ne soit lui-même un peu trompé sur ses ressources.
« Un seul fait vous fera connaître combien cette crainte est fondée, et combien sont fictives et frauduleuses les fournitures dont on lui donne les états trompeurs. Il m'a été expédié 1,400 habits de canonmers, t reçus et vérifiés > dans nos magasins. Le croiriez-vons f D n*va ni formes, ni taille dans la nature, auxquelles cette caricature d'habits puisse être adaptée t Ils ont été tous reformés.
« L'audace des coquins qui fournissent est à son comble. Il y a 10 jours qu'il est arrivé 600 chevaux « bien visités, bien légalement reçus ». Le scandale a été grand dans toute la ville par l'évidence même de la fraude ; une seconde visite a démontré que sur ces 600 chevaux, 400 étaient absolument hors de service.
« Quel remède opposer à un aussi général désordre, auquel le ministre de la guerre, malgré ses continuels efforts, ne remédiera qu'avec le temps f Conserver l'embargo sur les caisses et, si les dangers de* viennent extrêmes, le convertir en saisie. Il n'y a que cette mesure qui puisse sauver la République et l'honneur de ceux qui la gouvernent ou qui commandent les armées.
« Voilà, quant aux opérations administratives, le détail de tous les soins qui m'ont occupé depuis 20 jours que je suis à Grenoble. Je ne puis vous dire combien ils ont été pénibles par les longueurs et les résistances des administrations, dont on ne peut rien obtenir que par Timportunité, surtout lorsque les demandes qu'on leur fait se trouvent en contradiction avec les ordres des ministres, ou compromettent leur responsabilité personnelle par la crainte de n'être pas approuvées par la Trésorerie nationale et d'exposer la fortune de leurs familles. »
Le général de brigade Xaintrailles au citoyen Carnot, membre
dn Directoire exécutif.
Alberaweiler, le 45 frimaire an it.
« On ne peut rien arracher des magasins qu'à force de sollicitations ou de menaces. Quand je suis arrivé à cette brigade, sur 4,000 et quelques cents hommes qui la composent, 3,000 étaient nupieds, absolument nu-pieds, et il a fallu toute la sollicitude du général en chef, l'activité du chef de l'état-major et l'énergie du représentant Rivaud, à qui ie me suis adressé directement, pour arracher 2,000 paires de souliers à des agents qui semblent donner plutôt qu'être distributeurs, tant ils apportent de difficultés à délivrer des objets dont les états sont cependant revêtus de toutes les formalités qu'ils exigent.
« Que si Ton cherche la cause première d'un tel état de choses, on la trouvera, je crois, dans Y indépendance des commissaires des guerres qui, forts de leur dernière organisation, se narguent de nos menaces et trouvent toujours mille e.t une réponses vagues à faire quand nous leur demandons pourquoi tel ou tel service manque; ils accompagnent ces réponses d'autant de promesses aussi vaines pour l'avenir ; et, si nous voulons sévir contre des agents coupables, ils sont là pour les défendre. Ces agents ne prétendent dépendre que des commissaires des guerres, et se rient avec eux, par plus d'une raison, sans doute, de nos plaintes infructueuses. Les uns et les autres ne manquent de rien, tandis que le soldat manque de tout ; et des fortunes aussi rapides que scandaleuses insultent à la misère des honorables défenseurs de la patrie, qui cependant dans les marches et les bivouacs, ne s'adressent qu'à nous pour demander du pain, des souliers, etc. »
Pascal VaUongue, chef de bataillon dans Varme du génie, au citoyen
Carnot, membre du Directoire exécutif.
Au quartier général de l'armée de Rhin-et-Moselle, le 28 germinal an iv.
■ Pendant que l'armée de Rhin-et-Moselle périssait de misère et de faim devant Mayence, durant la dernière campagne, que faisaient les administrations ?
< Les administrations avaient leurs centres placés à trois ou quatre lieues sur les derrières, dans un pays riche et plantureux. C'est là que, dans une commode et imperturbable insouciance pour tout ce qu'endurait le soldat, elles se livraient en paix à leurs plaisirs, à leurs affaires, à leur profonde immoralité, à leur insatiable cupidité. Elles ne laissaient arriver au camp que tout juste ce qu'il fallait pour que le dépérissement ne se fît qu'en détail. Il faut avouer qu'elles avaient plus de soin de tout ce qui leur appartenait ; aussi, si dans cette sphère de détresse il y avait encore aes tables bien servies, des chevaux en bon état, des harnais brillants, des cravates de toutes couleurs, des têtes poudrées, des teints frais et des goussets lestés, c'était chez MM. les commissaires des guerres, gardes-magasins, commis et arrière-commis. Qu'un soldat, un capitaine, un chef de bataillon, un chef de brigade allât. à Bingen, à Creutznach, à Alzev demander dans les magasins de la République, avec un bon dont il avait d'avance payé le montant, une paire de gros souliers, une paire de bottes, il fallait voir la dignité avec laquelle ces jeunes petits messieurs à petits escarpins, à tresses retroussées et souvent dans le simple appareil d'un faquin indolent qu'on arrache au sommeil, recevaient nos modestes guerriers 1 Un garçon, passablement ruslre, vous conduisait au magasin et vous disait brusquement qu'il n'y avait pas à choisir, à moins que quelques kreutzers ou quelque regard imposant ne le convainquissent qu'un militaire avait au moins le droit de prendre parmi tant de chaussures celle qui aljait le moins mal à son pied, heureux encore quand on ne lui disait pas avec froideur et
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fausseté : « fl n'y a point de ces effets-là au magasin ; on en attend. Vous repasserez. » Cette réponse était assez ordinaire sur les derniers temps ; cependant, lors de la retraite, où il n'y avait pas un ^cheval de prêt pour emmener les parcs d'artillerie, on trouva dans les magasins beaucoup d'effets dont manquait le soldat. Qu'arriva -t-il? On les lui donna à piller. Quelle aimable facilité cela met ensuite dans les comptes I
• Qui prend intérêt au soldat, si ce n'est le général, l'officier qui te commandent, qui voient sans cesse en lui le compagnon de leurs travaux, de leurs dangers, l'instrument précieux de leur gloire et delà liberté de leur pays ? Qui peut influer sur le bien-être du soldat, si Ce n'est les agents dès administrations, précisément ceux pour qui sou existence ou sa mort ne sont autre chose que quelques zéros de ptes ou de moins à mettre dans leurs comptes ? Et qn arrivent- il quand les administrations sont indépendantes des chefs militaires? Une longue et funeste expérience nous répond qu'alors le soldat pâtit, est conduit au désordre par le besoin, se dégoûte, déserte ou meurt ; que la discipline s'anéantit, que la victoire se lasse, et que les meilleurs généraux, témoins et victimes des abus qu'ils ne peuvent réprimer et qui trop souvent enchaînent leur énergie, compriment leurs grandes conceptions et font crouler leurs projets, se laissent aussi vaincre par le dégoût, se taisent ou se retirent. Si l'armée de Sambre-et-Meusc conserve encore quelque vigueur, c'est que, plus active, l'énergie des généraux s'y est maintenue et a su quelquefois mettre les administrations à leur place et s'en faire obéir. L'armée de Rhin-et-Moselle a été longtemps oisive sur les bOTds du Rhin, surtout devant Mayence. On dit que les vices germent et croissent dans l'oisiveté ; c'est pour cela peut-être que les administrations y ont pris cet embonpoint qui insulte au soldat, cette force qui insulte aux généraux. Ces derniers, isolés et paisibles, occupés la plupart d'études et de méditations dans le temps où l'existence de cette armée n'était guère qu'une affaire d'administration, ont laissé cette foule d'agents se coaliser, s'agran* dir, s'enrichir, dominer, se reposant de leur répression sur les Représentants du peuple qui en avaient les moyens. Mais, lorsque l'armée a dû se mouvoir et que le signal du combat a réveillé les chefs, qui devaient la conduire, alors ils ont senti tous les liens dont ils étaient enlacés * ils ont voulu les briser, ils ont parlé ; mais les hautes, puissantes et nombreuses administrations ont répondu qu'elles étaient indépendantes et qu'elles ne reconnaissaient point l'autorité des généraux : ils en ont appelé à leurs lettres de service qui leur soumettent nommément les commissaires des guerres. Ces derniers en ont appelé à une loi qu'ils interprètent de manière à ne rencontrer d'autorité que celle du commissaire ordonnateur en chef et à ne recevoir d'ordres que de lui. Telle est la lutte désastreuse qui existe et qui, lorsqu'elle serait payée par nos ennemis, ne leur serait pas plus avantageuse.
« Il est donc temps que le Gouvernement prononce, qu'il décide entre les administrateurs et le général. Tant qu'il y aura deux auto-
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rites frrales dtrns Tannée, ses opérations teroet tonjttrs laagnt* sautes et presque toujours infructueuses. »
Lm maréchal Vaillant, ministre de la guerre, au général Pèlmier
commandant en chef l'armée d'Orient.
Paris, le t septembre 4816.
• J'ai écrit à votre prédécesseur que le général en chef était tout aussi bien au siège que sur le champ de bataille. Artillerie, génie, ce sont yos yeux, vos bras ; mais les bras sans la volonté supérieure étreignent mal, et les yeux peuvent voir de travers. C'est au général en chef à diriger tout cela. Nous ne sommes plus au temps où, lorsqu'il s'agissait d'un siège, le général en chef entrait dans sa tente et n'en sortait que pour aller voir dénier la garnison sur les glacis. >
Le général commandant la 3* division d'infanterie de l'armée d'Orient
au général en chef»
Camp du cap Chersonèse, le 3 octobre 4855.
« Je ne saurais admettre qu'un vice de forme puisse arrêter l'exécution de vos ordres. Or il résulte d'un rapport ci-joint que l'intervention d'un membre de l'Intendance a empêché la distribution des vivres dans ma division et par suite retardé considérablement le départ d'une partie de mes troupes, à cause d'une irrégularité administrative. »
*Note du général en chef.
« A r Intendant.
« De tels faits ne sauraient se produire souvent à la guerre sans les plus graves inconvénients.
. « L'Intendant blâmera qui de droit et pourvoira pour l'avenir. »
Le maréchal Vaillant, ministre de la guerre, au général Larchey, corn» mandant de la place et des dépôts de l'armée d'Orient à Constantin nople.
Paris, 24féfrier 4855.
c On a présenté aujourd'hui à ma signature une lettre que je ne voulais pas signer : elle < invite » M. l'intendant Angot à vous donner tous les éléments qui peuvent vous être nécessaires pour former les situations que vous avez à m'envoyer. Je n'ai pas à inviter M. Àngot. C'est vous qui devez l'inviter, et mieux, lui prescrire de vous donner ces éléments de situation. Ce serait tout gâter et certainement aller contre mes intentions que de recourir au ministre pour de pareilles choses. Ordonnez, et qu'on vous obéisse.
« J'ai fait donner des instructions à votre chef du génie relative-
ment à ce que vous m'avez écrit < qu'il n'avait plus un centime à sa disposition • pour vos travaux. Ici encore, j'ai à vous gronder. Vous devez requérir le payeur, le sommer de mettre de l'argent à voire disposition, et, dans aucun cas, ne vous laisser acculer ainsi. Vous avez un immense service : au moins faut- il qu'il ne soit pas entravé par des formalités. Il fallait sommer l'Intendant de vous livrer des fonds s* il en avait, enfin tout, plutôt que de voir vos travaux accrochés, >