AY1C U MTÏUSTOI DI LA GUERRE
et bien motivées peut-être, mais sans esprit de suite, il perdra la campagne.
« Dans chaque Quartier général il se trouve bon nombre de gens qui avec une grande sagacité savent relever dans chaque résolution proposée toutes les difficultés. Or, toute résolution, quelle qu'elle soit, en comporte. Dès la première complication qui survient, ils vous prouvent d'une manière convaincante qu'ils ont tout prédit. Ils ont toujours raison, car, se gardant bien de rien proposer de positif et n'étant chargés de rien exécuter, ils ne courent aucun risque et ne sauraient se compromettre. Ces hommes négatifs sont la perte d'un général en chef.
« Mais ce dernier est encore plus à plaindre s'il a au-dessus de lui une autorité qui le contrôle sans répit, à laquelle il doit chaque jour et à chaque heure rendre compte de ses projets et de ses dispositions, on lorsqu'il a près de lui dans son quartier général un délégué du pouvoir souverain ; on bien encore un fil télégraphique derrière son dos, qui le questionne à tout instant. Avec de pareilles entraves, l'indépendance du caractère, la fermeté dans les résolutions prises, la persévérance dans l'exécution, l'audace à braver les contre- temps ne peuvent guère exister ; et cependant on ne peut sans ces qualités mener une guerre à bonne fin. >
M. le général (depuis feld-maréchal) Ton Moltke, chef de l'état-major de l'armée prussienne.
Le lieutenant général Washington, nommé au commandement de V armée américaine levée contre la France, à M. John Adams, président des Etats-Unis.
Mount-Vernon, 25 septembre 4798.
« J'ai pris soin de montrer au ministre de la guerre à quel point il était utile que les officiers de l'état-major général, nonobstant leurs autres qualités, fussent encore agréables au commandant en chef, puisqu'ils devaient posséder toute sa confiance. *
Le général en chef Dumouriez, au ministre de la guerre.
42 décembre 4792. .
« Vous jugez bien que je ne servirai point avec le citoyen Ronsin, parce qu'un général ne peut rien faire de bien s'il n'a pas confiance entière dans son commissaire ordonnateur (ou intendant en chef). Les armées ont toujours été victimes des querelles qui se sont établies entre la plume et Vépèe. >
Arthur WeUesley (depuis duc de Wellington), au lieutenant
général Harris.
26 août 4799.
« Je vous suis très-obligé de la nouvelle marque de confiance que
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vous m'avei donnée, en me permettant de choisir mon propre étatmajor. »
£* général La Fayette, commandant en chef Vannée du Nord,
au Minktr* de la guerre.
An camp de Mouzon% le. 8 août 4792.
i II est bien loin de mes principes et de mon caractère de former des plaintes et d'éviter des responsabilités ; mais je dois cependant à la chose publique et à moi-même de m'expUquer avec vous sur un point.
« Yous avez ôté à M. le maréchal de Luckner ses officiers généraux, dont il a besoin, pour les mettre dans mon armée. Vous employez avec moi M. Dumouriez, sur lequel tout le monde connaît mon opinion, que M. le maréchal de Luckner a rejeté comme un homme insubordonné, et qui certainement sera encore moins soumis à mes ordres qu'aux siens. Yous conduisez, par une correspondance directe avec (un de mes lieutenants généraux) M. Arthur Dillon, toutes les dispositions relatives à la gauche de mon commandement, depuis Dunkerque jusqu'à Maubeuge, et les ordres que je lui envoie sont souvent contredits par un ordre de vous.
« Je ne réclame point contre cet exercice de votre autorité que la Constitution vous assure et à laquelle la proximité de la frontière du Nord vous invite ; mais comme, dans le métier de la guerre, il ne peut y avoir qu'unité de commandement et certitude d'obéissance, que vous m'avez donné malgré moi un lieutenant général sur l'obéissance duquel je ne puis compter, et que celle des autres est nécessairement subordonnée aux hasards de la conformité ou des différences entre vos dispositions et les miennes, je ne demande pas mieux de continuer à écrire aux officiers généraux qui commandent de Dunkerque à Maubeuge, mais je n'accepte aucune responsabilité des événements qui pourront avoir lieu sur cette frontière, ni même des mesures qui pourraient agir sur la droite des Autrichiens par La Capelle.
« Je vous ai conjuré de m'apprendre enfin quelle est la frontière
3ue le roi confie à mes soins, quels sont les moyens qu'on doit me onner pour cette défense, quels sont les officiers généraux employés sous mes ordres, quelles sont les instructions ou quelle est la latitude qu'on me donne, quels mouvements je dois taire hors de cette frontière si je les croyais utiles à l'armée de M. le maréchal Luckner. « Yous sentez que, dans la position où je me trouve, j'ai besoin que tous ces objets soient éclaircis ; et, pour bien m'expliquer avec vous, je ne refuse ni responsabilité; ni carte blanche là où je commanderai tout à fait, mais je veux savoir où et qui je commande. »
■*—Birm»o-
atbc li xnwni db ia oimi. 499
Le général en chef Moreau, au ministre de la guerre.
Zurich, le 8 rentAse an, yih.
« J'attends impatiemment le général Gouvion SaintrCyr. Je compte également que vous m'enverrez le général Grenier. Il a dn vous écrire de la manière la pins pressante pour Tenir à cette armée, et vous savez que les hommes doublent de force quand ils sont placés à leur convenance. »
Le général Mathieu-Dumas, au premier Consul Bonaparte.
Dijon, la 42 prairial an vm.
< J'ai dit au ministre de la guerre, lorsqu'à son passage ici il m'annonça que vous vouliez bien me destiner à remplir les fonctions de chef de l'état-major, que je désirais n'en être chargé que dans le cas où le général en chef me désignerait lui-même et m'honorerait de sa confiance. Ce général ne doute pas que je ne fasse de mon mieux pour la mériter, mais d'autres généraux l'ont déjà acquise par des services signalés/
« J'écris au Ministre de la guerre pour lui représenter de nouveau combien il m'importe, ainsi qu'au bien du service, de ne prévenir en aucune manière ce témoignage spontané de la confiance du général en chef. >
Paris, 4* nifôse an yni (22 déc. 4799). Arrêté.
< Les consuls de la République» vu les circonstances où se trouve l'armée d'Italie, arrêtent :
« Art. 1". — Le général en chef Masséna est investi de pouvoirs extraordinaires.
« Art. 2. — Il peut suspendre et renvoyer les généraux qui n'auraient pas sa confiance.
« Art. 3. — Il pourra casser les corps et destituer les officiers qui auraient des principes d'insubordination.
Art. 4. — Il prendra toutes les mesures pour assurer les communications et établir la police dans les départements faisant partie de Tannée d'Italie.
Le Ier codsqI Bonaparte.
Wellington, au lieutenant-colonel Torrens, directeur des bureaux
du personnel de la guerre.
Celorico, 29 août 4840.
« Réellement, qrnand je considère le caractère et la valeur de quelques-uns des généraux de mon armée, et que je réfléchis que ce sont là les individus sur lesquels je dois compter pour conduire mes
colonnes contre les généraux français, pour mettre mes ordres à exécution, je tremble ; et comme lord Chesterfield disait des généraux de son temps : < Mon seul espoir est que l'ennemi, en lisant la liste de leurs noms, tremblera comme moi. » *** et "*, que vous m'annoncez, feront une jolie addition à cette liste l En attendant, je prie Dieu et les bureaux de la guerre de me délivrer du général *** et du colonel
Wellington au colonel Gordon, chef des services administratifs
aux bureaux de la guerre.
Pero Negro, le 6 novembre 4840.
« À Tégard de la promotion de M. Ogilvie, rien de ce que vous m'avez écrit n'a pu altérer mon opinion à ce sujet. Il est peut-être très-commode en temps de paix de forger des règles pour la direction d'un service, et de diriger ce service conformément aux règles ; mais ce n'est pas ainsi que les choses peuvent marcher en campagne ; et si on veut tenter ou continuer dans l'intendance le même système d'avancement, une armée sera perdue un beau jour par suite de la totale incapacité de la plupart de ses fonctionnaires, qu'ils aient l'ancienneté voulue par ces règlements ou non, à faire autre chose que ce qu'ils ont appris en Angleterre, savoir : surveiller les livraisons des fournisseurs, et comparer les comptes avec les pièces probantes.
« Je prétends que, quand un homme, comme M. Ogilvie, est reconnu capable d'exercer les fonctions d'intendant en chef d'une armée, le règlement qui s'oppose à sa promotion immédiate est mauvais.
« Je suis peut-être dans l'erreur, mais je proteste contre tous ces règlements qui empêchent l'avancement des officiers de mérite. C'est l'abus du pouvoir illimité de faire des promotions que l'on doit empêcher ; mais le pouvoir lui-même, il ne faut pas l'enlever, par des règlements, au gouvernement ou à ceux chargés des affaires du gouvernement. Par ces règlements, nous minons, aussi dangereusement que possible, la force du commandement. Nous ne trouvons nulle part le pouvoir de récompenser des services extraordinaires, ou un mérite hors ligne, et au milieu de circonstances de guerre qui exigent un zèle infatigable dans toutes les branches du service, on vient nous fabriquer des règlements qui nous empêchent de l'encourager par le seul stimulant efficace, c'est-à-dire par la récompense d'un nonorable avancement.
Wellington au colonel Torrens, directeur des bureaux du personnel de la guerre.
Freneda, le 6 décembre 4842.
« Je vous envoie une lettre qui m'a été remise par le lieutenantcolonel Jackson, qui remplit actuellement les fonctions de sous-chef d'état-major du corps commandé par le lieutenant général Hill. Il est
rappelé de ces fonctions pour faire le service d'officier monté près d'un bataillon des gardes.
< J'ai toujours regardé comme une loi pour moi tout désir exprimé par une de Leurs Altesses Royales concernant leurs régiments et agi en conséquence, quand ce désir n'était pas en contradiction avec les règlements de Sa Majesté. Je vous prie cependant de représenter à l'autorité supérieure que le général Hill m'informe des graves inconvénients qui résulteraient du rappel du lieutenant-colonel Jackson, et je ne sais certainement qui prendre pour lui confier ces fonctions. Il ne serait pas difficile, au contraire, de trouver quelqu'un pour le remplacer comme officier monté aux Coldstream guards.
« Je vous ai souvent signalé les graves inconvénients que j'ai ressentis du changement continuel des officiers chargés d'un service important ou qui remplissent des fonctions élevées entraînant une responsabilité. On ne peut connaître ces inconvénients dans toute leur étendue quand on n'a pas eu à diriger et à faire agir cette grande machine qui s'appelle une armée ; et quand, avec l'armée anglaise, il faut faire aller les affaires de l'Espagne et du Portugal, le travail qu'occasionnent ces changements continuels devient accablant. Un arrangement n'est pas plus tôt fait, l'ordre donné, et l'exécution en train, qu'il arrive un individu qui n'a probablement qu'une connaissance superficielle de la partie pratique de son service dans tout autre pays, et qui n'en possède aucune pour celui-ci, qui est cependant le théâtre le plus difficile de nos opérations militaires. Personne dans l'armée anglaise ne lit jamais un règlement ou un ordre comme devant être le guide à suivre ; on ne les lit que comme une nouvelle amusante, et il s'ensuit que lorsque des arrangements compliqués doivent être mis à exécution (et ici la pénurie des ressources du pays les rend tous compliqués), chacun procède suivant sa fantaisie ; et puis, quand on voit que les dispositions échouent (ce qui arrive nécessairement si l'ordre donné n'est point observé), on revient à moi pour que je remette les choses dans la bonne voie, et ma tâche est ainsi décuplée. >
Le baron dé Thugut, ministre de* affaires étrangères, au comte de Colloredo, grand chambellan de Vempereur d'Autriche.
Ce 48 février 4797.
c J'ai été atterré par la lettre de Son Altesse Royale que Sa Majesté a daigné me faire confier. J'y entrevois l'effet de "conseils, bien politiques peut-être : * Il ne faut pas compromettre en rien du monde la gloire de Son Altesse Royqle ! • Cela est vrai, sans doute ; — il faut y avoir les plus grands égards ; mais si les intérêts de l'État exigent de risquer quelque chose ? — Eh bien ! — l'Etat deviendra ce qu'il pourra, mais il ne faut pas compromettre en rien la gloire de Son Altesse Rovalef •
Le fefà-maréehal Stacker à la maréchale.
Hoechst, le 93 décembre 4343.
(( Ce* çui me déplaît, c'est d'avoir de nouveau sous mes ordres beaucoup de grands personnages ; ainsi le prince de Hesse m'arrive avec ses Hessois, ainsi que le duc de Gobourg avec un corps d'armée.
« le. reçois en outre toutte une meute de princes. De ceux-là, c'est le priaee Guillaume de Prusse qui me convient le mieux. »
Wellington au comte, Bathurst, ministre de h guerre*
Bruxelles, le 4 mai 4815.
« À vous dire la vérité, je ne suis pas content de la manière dont les bureaux se sont conduits envers moi. On admettra volontiers que l'armée dont je vais prendre le commandement n'est pas très-bonne (à cause du grand nombre de troupes étrangères dont elle est composée). J'avais donc motif de croire qu'on mettrait de nouveau à ma disposition les généraux et l'état-major formés par moi dans la dernière guerre (1808-1814); au lieu d'agir ainsi, on m'a jeté sur les bras une roule de gens que je n'ai jamais connus, afin, sans doute, d'éloigner ainsi de moi ceux que je désirais avoir. »
« Ce fut le 13 août 1870 que le maréchal Bazaine prit possession du commandement en chef de l'armée du Rhin. Le même jour, il se vit déjà arrêté par des influences étrangères dans le choix de l'homme qui devait être appelé à le seconder, à le remplacer au besoin, comme chef d'état- major général. Ses projets à cet égard étaient arrêtés depuis longtemps : une sorte de promesse l'avait lié à un de nos officiers généraux les plus distingués (Manèque) au moment où il s'agissait de la formation de plusieurs armées, et où l'une d'elles devait lui être donnée. Profitant de l'occasion qui se présentait, il désirait que cet officier général lui fût adjoint pour diriger son état-major, et certes il dut s'étonner de l'opposition qu'il rencontra ; quel qu'en pût être le mobile, le but était de lui imposer, comme chef d'état-major général, le second aide-major générai» le général Jarras, dernière épave du naufrage dans lequel avait sombré l'ancien commandement de l'armée du Rhin.
« Ce fut là, il faut le dire, une véritable faute de la part de ceux oui y contribuèrent. Quand on songe à l'importance des fonctions d'un ehef d'état-major, à l'intelligence, la vivacité d'esprit qui lui sont nécessaires, à la concordance d'idées qui doit s'établir entre lui et le général en chef, à l'activité incessante qu'il lui faut déployer, à la vigilance continuelle qu'il a à exercer sur*le service des avant-postes ou remplacement des troupes, à la lourde responsabilité qui pèse sur lui dans les marches et opérations militaires, à l'emploi intelligent quHi doit faire de ses officiers, à la tâche difficile d'aplanir les difficultés, à la cordialité des rapports à entretenir avec les différents
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chefs de service pour les faire concourir au donnas es commandement, quand on songe à tout cela, cm comprend combien il est rare de voir tant de qualités réunies chez un même homme, et comme le cfeoix doit en être difficile. Le fait seul de sa nomination ne suffit pas pour lui donner an autre caractère et des aptitudes nouvelle*. Ne sa* Tait-on pas de plus qu'en plaçant près du maréchal un chef d'étatmajor qui ne lui était rien moins que sympathique, on détnrisait à l'aranee la confiance qui devait exister entre eux, et qu'on multipliait les difficultés du commandement au moment où le salul de l'armée exigeait qu'on le rendit facile?
« Le maréchal Bazaine céda à la pression qui fut exercée et accepta le général Jarras ; cette faiblesse fut un malheur pour lui et pour l'armée. S'il avait eu près de sa personne l'officier général qu'il désirait, il eût certainement été arrêté dans la voie où il entra plus tard ; éclairé sur les dangers qu'il devait y rencontrer, il eut du moins reçu d'utiles conseils, qui l'eussent peut-être sauvé de l'abîme dans lequel ils nous a tous précipités. »
M. le colonel d'Àndlau, attaché à l'état-major général de l'armée do Rhin en 4870.
Toute ingérence du ministre dans les fonctions du général en chef pour lui imposer des plans dont l'exécution lui répugne, ne peut qu'être dangereuse. Si le général est capable, il n'a pas besoin de ces conseils, s'il est au-dessous de sa tâche, les conseils arriveront quand l'état des choses aura changé et ne répondront plus à la nouvelle situation : dès lors ils seront plus nuisibles qu'utiles.
Le devoir du ministre est de défendre son subordonné, tant qu'il est à la tète de Tannée, contre les insinuations malveillantes ou les accusations portées soit devant les Chambres, soit devant le chef de l'Etat.
• Si Napoléon eût mis à exécution l'ordre de son Gouvernement (en mai 1796), il se fut porté sur Rome et sur Naples avec 20,000 hommes, laissant le reste de l'armée sous M an loue, aux ordres de Kellermann : l'Italie et l'armée eussent été perdues. 11 n'eût fait qu'obéir à des ordres supérieurs, sans doute, mais il n'en eût pas moins été coupable.
Un général en chef n'est pas à couvert par un ordre d'un ministre ou d'un prince éloigné du champ d'opérations et connaissant mal ou ne connaissant pas du tout le dernier état des choses. 1° Tout génénéral en chef qui se charge d'exécuter un plan qu'il trouve mauvais et désastreux, est criminel ; il doit représenter, insister pourquoi soit
changé, enfin donner sa démission plutôt que d'être l'instrument de la ruine des siens. 2° Tout général en chef qui, en conséquence d'ordres supérieurs, livre une bataille, avant la certitude de la perdre, est également criminel. 3° Un général en chef est le premier officier de la hiérarchie militaire. Le ministre, le prince donnent des instructions auxquelles il doit se conformer en âme et conscience, mais ces instructions ne sont jamais des ordres militaires et n'exigent*pas une obéissance passive. 4° Un ordre militaire même n'exige une obéissance passive que lorsqu'il est donné par un supérieur qui, se trouvant présent au moment où il le donne, a connaissance de Vètat des choses, peut écouter les objections et donner les explications à celui qui doit exécuter Vordre.
Tourville attaqua 80 vaisseaux anglais avec 40 : la flotte française fut détruite. L'ordre de Louis XIV ne le justifie point ; cet ordre n'était pas un ordre militaire qui exigeait une obéissance passive, c'était une instruction. La clause sous-entendue était : s'il y avait des chances de succès au moins égales ; dans ce cas, la responsabilité de l'amiral était à couvert par l'ordre du prince. Mais lorsque, par l'état des choses, la perte de la bataille était certaine, c'était mal comprendre l'esprit de cet ordre que de l'exécuter à la lettre. Si, en abordant Louis aIV, l'amiral lui eût dit : « Sire, si j'eusse attaqué les Anglais, toute votre escadre aurait été perdue : je l'ai fait rentrer dans tel port, » le roi l'eût remercié, et, de fait, l'ordre royal aurait été •exécuté.
On a justifié la conduite du duc d'Orléans devant Turin en 1706 : les historiens l'ont déchargé de tout blâme. Le duc d'Orléans était prince, il a été régent ; il était d'un caractère facile ; les écrivains lui ont été favorables, tandis que Marcin, resté mort sur le champ de bataille, n'a pas pu se défendre. On sait pourtant qu'il protesta (1), en mourant, sur le parti que l'on prit de rester dans les lignes. Mais, quel était le général en chef de l'armée française d'Italie ? — Le duc d'Orléans. Marcin, la Feuillade, Albergotti étaient sous ses ordres. Il dépendait de lui de prendre ou non les avis d'un conseil de guerre ; il le présida ; il dépendait de lui de se conformer, ou non, à l'opinion de ce conseil de guerre. Le prince n'a pas été troublé dans son commandement ; personne ne lui a refusé obéissance. 1° S'il eût donné l'ordre à l'armée de sortir de ses lignes; 2° s'il eût donné l'ordre à la gauche de passer la Dora pour renforcer la droite ; 3° s'il eût donné positivement l'ordre à Albergotti de repasser le Pô, et que les généraux eussent refusé d'obéir, sous prétexte qu'ils ne lui devaient pas obéissance, tout serait bien : le prince serait disculpé. Mais, dit-on, Albergotti n'obéit pas à l'ordre qu'il reçut de faire un détachement
(4) Les documents originaux, publiés en 4845, montrent que Marcin croyait qu'il valait mieux rester dans les lignes. Voir dans les Mémoires militaires sur la guerre de Succession d'Espagne, la lettre de Marcin à M. de Chamillart, en date du 6 septembre 4706. P.
AVBC LE MINISTRE DK LÀ GUKRRE. 465
sur la rive droite du Pô ; il s'est permis des observations. Eh t c'est ce qui arrive tous les jours, ce ne fut pas un acte de désobéissance. Si le prince lui eût envoyé un ordre positif, s'il se fût porté à son camp d'un temps de galop, qu'il eût fait prendre les armes et qu'il eût commandé : « Tête de colonne à gauche 1 • il eût été obéi ; 4° la bataille perdue, l'armée se retirait sur Asti, pour couvrir la Lombardie et joindre l'armée de Médavi, qui avait, le même jour, remporté une victoire à Castiglione. Le prince général en chef changea de résolution, et il se retira sur Pignerol, parce qu'il crut que la route de la Lombardie lui était coupée. Si l'obscure anecdote que l'on a colportée : que le duc d'Orléans n'était général que de nom, et que Marcin était investi d'un ordre secret du roi pour commander, était en effet vraie, le duc d'Orléans, en acceptant un pareil rôle à l'âge de trente-deux ans, aurait fait une chose contraire à l'honneur, digne de mépris, et qui aurait couvert de honte le dernier gentilhomme. Si les Français eussent été vainqueurs, qui aurait eu la gloire ? Le comte de Marcin était muni d'une recommandation du roi auprès de lui,
£our que ce jeune prince écoutât de préférence ses avis, voilà tout, .e duc d'Orléans était le général en chef reconnu par les généraux, les officiers et les soldats ; aucun ne refusa et n'eût refusé de lui obéir : il est responsable de tout ce qui a été fait.
Le général Jourdan dit, dans ses Mémoires, que le gouvernement lui avait fait insinuer de donner la bataille de Stokach ; il cherche ainsi à se justifier de la mauvaise issue de cette affaire ; mais cette justification ne pourrait pas être admise, quand même il en aurait reçu l'ordre positif et formel, comme nous l'avons prouvé. Lorsqu'il s'est décidé à donner la bataille, il a cru avoir les chances favorables pour la gagner : il s'est trompé.
Mais ne pourrait-il pas arriver qu'un ministre ou qu'un prince expliquât ses intentions assez clairement pour qu'aucune clause ne pût être sous-entendue? qu'il dit à un général en chef : « Livrez bataille ; l'ennemi, par le nombre, la bonté de ses troupes, et les positions qu'il occupe, vous battra ; n'importe, c'est ma volonté ! • Un pareil ordre devrait-il être exécuté passivement ? Non. Si le général comprenait l'utilité et dès lors la moralité d'un ordre aussi étrange, il le devrait exécuter ; mais, s'il ne les comprenait pas, il ne devrait pas y obéir.
Quelque chose de semblable cependant arrive souvent à la guerre : un bataillon est laissé dans une position difficile pour sauver l'armée ; mais le commandant de ce bataillon en reçoit l'ordre positif de son chef, qui est présent au moment où il le donne, qui répond à toutes les objections s'il y en a de raisonnables à faire ; c'est un ordre militaire donné par un chef présent et auquel on doit une obéissance passive. Mais, si le ministre ou le prince étaient à l'armée ? Alors, s'ils prennent le commandement, ils sont généraux en chef; le général en chef n'est plus qu'un général de division subordonné.
Il ne s'ensuit pas de là qu'un général en chef ne doit pas obéir au ministre qui lui ordonne de livrer une bataille ; il doit au contraire le
i€6 RBLâWONS DO GÉKÉIAi SU CHW
faire toutes les fois crée, dans «on opinion, il y a égalité de ecanoei et autant de probabilités pour qie contre, car l'observation «jœ »■» avons faite n'est que pour le eas où les chances lui paraîtraient tact à fait contraires. NâroUon l*r.
Le général Washington, commandant en chef V armée américaine,
au président du Congrès.
la aamp an-dessus des chutes ée Trenton, 30 décembre 4776.
« Si le eourt intervalle de temps qui nous reste pour préparer et mettre à exécution des mesures importantes et difficiles est emptoyé à consulter le Congrès sur leur opportunité, évidente pour tous, si nous attendons qu'A nous ait fait parvenir ses décisions à une distance de cent trente à cent quarante milles (50 lieues), nous aurons pente un temps précieux, et manqué le but que nous nous proposions.
t On m'objectera que je réclame des pouvoirs qu'il est dangereux de confier ; mais aux maux désespérés il faut des remèdes extrêmes. >
Le marétmal de Rochamèeau, commandant tannée du Nema\
>om roi Louis XV L
Valenciennes, 1e 59 avril 1792.
• Je suis bien Ibihé d'annoncer à Votre Majesté le peu de sneoèsdtt autant-gardes qne j'ai -été forcé, par les ordres de .ses mini sires et l'ifistnMtiomqui/]e6accemBa^ait,(délibeitée unanimement au Conseil, de faille marcher, dès le 29ae œ mois, dans le territoire dura de Hongrie (invasion de la Belgique). La différence de deux instnuctioitsci-jûintes» l'une datée du 15 avril que j'avais reçue avant mon départ et apportée avant mou départ, l'autre du 22 qui m'est venue ici trente-su heures après mon arrivée, prouveront a Votre Majesté toute la précipitation «t le déoousa de cette mesure. Je n'ai pu «qu'obéir à des ordres aussi absolus.
* Après cet exemple d'obéissance de ma part, il résulte, Sire, de toutes ces mesures échouées, que si vos ministres, et celai desaffaines étrangères particulièrement, veulent jouer toutes tes ptéoes de l'échiquier, et que je ne doive rester qu'un être passif, contrarié, «t obligé «de jouer tous tes coups de la partie dont Votre Majesté m'a donné ta conduite d'après les courriers réitérés, ^contradictoires, «4 l'impulsion dictée chaque jour que je dois recevoir de votre «Conseil, je swpplie Votre Majesté d'accepter ma démission. •
« Bonaparte me disai t un jour : c Je n'ai jamais fait de cas des plans que le Directoire m'a envoyés. U y a sur le terrain trop de circonstances qui les modifient. Le mouvement d'un seul corps de l'année ennemie peut bouleverser tout nu plan arrangé au coin du -feu. •
itourrhnnre, alors secrétaire thî Bonaparte,
A V1C LE MttfSftft DB LA €VMM. 1(7
Le général Bonaparte, commandant en chef V armée f Italie, au Directoire exécutif de la République française.
Quartier général Lodi, 25 floréal an w (44 mai 4796).
« Je reçois à l'instant le courrier parti, le 48, de Paris. Vos espéra; ranoes sont réalisées* puisqu'à l'heure qu'il est toute la Lombaroia
est à la République. Hier, j'ai lait partir une divisioa pour cerner le . château de Milan. Beaulieu est à Manioue avec son armée ; il a iaoodé
tout le pays environnant ; il y trouvera la mort, car c'est le pays le r?r plus malsain de l'Italie.
5: « Beaulieu a encore une armée nombreuse ; il a commencé lacami?: pagne avec des forces très^supérieures* L'Empereur lui envoie rr 10,000 hommes de renfort, qui «ont en marche, n « Je crois très-impolitique -de diviser en deux l'armée d'Italie ; il K est également contraire aux intérêts de la République d'y mettre éeux r généraux différents.
os « L'expédition sur Livourne, Rome et Naples est très-peu de
chose ; -elle doit être faite par des divisions en échelons, de sorte qoe
Ton puisse, par une marche rétrograde, se trouver en force contre & les Autrichiens et menacer de les envelopper aa moindre mouvement
on'ils feraient.
i « Il faut pour cela non-îseulemetft wn seul général, mais encore t^ue
rien ne le gêne dans sa marche et dans ses opérations. Tai fait la
* campagne sans consulter personne ; je n'eusse rien fait de bon s'il '<• eût fallu me concilier avec la manière de voir d'un autre. rai retn- ■ porté quelques avantages sur des forces très^supérienres, et dans un h dénument absolu de tout, parce que, persuadé que votre confiance se P reposait sur moi, ma marche a été aussi prompte qu^ ma pensée.
* « Si vous m'imposez des entraves de toutes espèces, s'il faut que je
* réfère de tous mes pas aux commissaires du Gouvernement, s'rfe ont t droit de changer mes mouvements, de m'ôter ou de m'envoyer des
troupes, n'attendez plus rien de bon. Si vous affaiblissez vos moyens en partageant vos forces, si vous rompez en Italie Punité de la pensée
' militaire, je vous le dis avec douleur : vous aurez perdu la plus belle
1 occasion d'imposer des lois à Italie. ^
i Le général Joûrdan, commandant en chef V armée de Tfîayence,
i <ta ministre de la guerre.
* Strasbourg le 89 pluviôse an m
« Le Gouvernement, en prescrivant à un général en chef la division de ses forces et en lui indiquant les positions qu'il doit prendre, met ce général dans une alternative embarrassante ; car, s'il obéit littéralement et qu'il soit battu, on lui dit qu'il aurait dû porter aux ordres reçus les changements nécessités par les circonstances. Si, au contraire, il n'obéit pas littéralement et qu'il soit battu, non-seulement on le blâme, mais encore on Paccuse d'insubordination. Tous, citoyen
minisire, qui avez commandé en chef, vous penserez sans doute comme moi qu'il serait à désirer que le Gouvernement, après avoir indiqué les bases générales de la campagne et le but qu'il veut atteindre, laissât agir librement le général à qui il a accordé sa confiance. »
Le baron de Thugut, directeur général au ministère des affaires étrangères (depuis premier ministre), au comte de Colloredo, grand chambellan de l'empereur d'Autriche.
Ce 7 janvier 4794.
« Les bontés dont Votre Excellence m'honore m'encouragent à lui confier l'effroi que m'ont causé les dispositions que Sa Majesté m'a fait entrevoir aujourd'hui, à faire de nouveaux changements relativement aux opérations et autres affaires militaires, en rappelant à leur direction M. le maréchal de Lacy, en totalité ou en partie. Je ne rappellerai pas ici ce que tout le monde connaît du peu d'espérance que donnerait pour la conduite d'une guerre comme la guerre actuelle un général dont les principes défensifs d'inactivité ont passé en proverbe ; je ne rappellerai pas que les campagnes où M. le maréchal a eu l'influence prépondérante, comme celle de la petite guerre de Bavière et celle de 1788, ont été autant d'époques de ruine pour la monarchie, qui ont amené et préparé la décadence où elle est prête à tomber aujourd'hui. Je ne demanderai pas comment M. le maréchal de Lacy entrant dans toutes les minuties, prescrivant, comme nous l'avons vu, l'ordre de marche à tenir par l'escorte des députés prisonniers à Kœniggraetz, comment M. le maréchal conduira de Vienne la guerre dans un pays dont les localités, au moins pour ce qui concerne les provinces belçiques, lui sont parfaitement inconnues. Mais ce que je me permettrai de relever, c'est l'impression qui résulterait de voir de nouvelles marques de la confiance de l'Empereur être la récompense du soin d'exciter, d'enhardir les clameurs prussiennes, de voir s'accréditer l'opinion qu'il n'y a qu'à crier, qu'à blâmer, à entraver ce qui se fait, pour se faire craindre et pour forcer la main à Sa Majesté. »
Le feld-marèchal comte Souvaroff, commandant en chef F armée alliée austro-russe en Italie, à S. M. l'empereur de Russie.
25 juin (6 juillet n. st.) 4799.
« Le manque d'énergie du conseil aulique de Vienne, sa jalousie contre moi comme étranger, les intrigues et la dissimulation de plusieurs de mes subordonnés qui s'adressent directement à ce conseil aulique, qui jusqu'à mon arrivée dirigeait les opérations, l'impossibilité de rien exécuter sans avoir dû auparavant envoyer un projet, quoique je sois à mille werstes (kilomètres) de ce conseil, me forcent à supplier respectueusement Votre Majesté de me rappeler, si ma position n'est pas affranchie de toutes ces entraves. »
AV«C LE UJMtfftl WS LÀ tillttl. 4M
fo générai M&reau, commandant en chef? armée dm Rhin, au premier consul Bonaparte.
Au quartier général, è Bâle, le 30 yentôse an yiii.
* le oe yous dissimule pas que je ne ferai marcher À l'ennemi, comme fteéral en chef, qu'une armée que j'aurai organisée moi-même et qae je ferai momvoàr moi-même «d'après ma méthode de Caire la guerre, §>arce que je crois qu'on n'exécuté bien que ses idées. *
Le colonel Taylor, aide de camp du Roi, au comte de Liverpoot,
premier ministre.
Windsor, 24 A«il 4840.
• J'ai eu l'honneur de mettre sous les yeux du Roi la lettre de Votre Excellence et de lire à Sa Majesté la lettre privée de lord Wellington qui y était incluse. Sa Majesté vous prie d accepter ses remerciments pour celte communication, qui lui a paru intéressante et satisfaisante au plus haut degré.
« Je crois de mon devoir d'informer Votre Excellence que, dans le cours de la lecture, le Roi a fait la remarque que les arguments et observations que contient la lettre de lord Wellington, le style général et l'esprit dans lequel elle est écrite, la clarté avec laquelle l'état de la question en Portugal et Jes événements en perspective sont exposés, ont donné à Sa Majesté une très-haute opinion du jugement de lord Wellington et des ressources de son esprit comme militaire. Comme tout semble démontrer qu'il a pesé avec maturité et froidement l'ensemble de sa situation, qu'il a considéré sous toutes leurs faces les diverses éventualités qui peuvent se présenter sans omettre pour aucune les préparatifs nécessaires, Sa Majesté espère que ses ministres comprendront, comme Elle, l'avantage qu'il y a à laisser ce général agi* librement suivant son propre jugement, sans restriction et d'après les principes qu'il a tracés, en évitant de l'enchaîner par des instructions particulières qui pourraient l'embarrasser dans l'exécution de son plan général d'opérations. >
Le générai Pélksier^ commandant en chef V armée # Orient,
au Ministre de la yuerre.
Devant Sébastopol, le 22 mai 4855.
< En prenant possession du commandement dans les conditions ot je le reçois, c'est-à-dire après que huit mois de travaux et d'efforts considérables ont été consacrés à l'oeuvre du siège, j'hérite d'une situation toute faite, en oe eens que le temps et l'activité de deux grandes na- , tions ont posé là des prémisses qui ne peuvent plus être écartées, oui lient pins ou moins l'avenir et dont ma mission est de rechercher tes conséquences, en réalisant foutes celles que je jugerais avantageuses «t prêtées à assurer le succès.
170 1BLAT10NS DU GÉNfiRAL ES CHJtF
« C'est à ce point de vue, qui est celui des faits, que je me suis placé pour étudier la situation.
« La pensée de l'investissement est assurément fort juste, et entre tous les plans destinés à la réaliser directement ou indirectement, celui de l'empereur, la carte du pays sous les yeux, est théoriquement irréfutable. Dans la pratique, il en est autrement, à mon avis. Il s'agit d'introduire dans un pays inconnu, haché comme la Kabylie. des armées tout entières avec leur artillerie et leurs bagages, cheminant péniblement en colonnes indéfiniment allongées, devant un ennemi établi solidement et depuis longtemps aux débouchés. Les déplacements ne seront presque pas possibles, les têtes de colonnes seules pourront combattre, la retraite en cas d'insuccès sera périlleuse et même à peu près fermée. En tout, ces opérations sont pleines de difficultés, d imprévu et de hasards.
< Vous savezjd'ailleurs, Monsieur le maréchal, que lord Raglan, ainsi que vous l'amande mon prédécesseur, ne croit pas être en mesure d'opérer par Baïdar en continuant le siège, circonstance qui enlève à l'opération par Alourtcha une partie de son caractère de diversion décisive.
« En résumé, ces opérations dans l'intérieur du pays, dont le premier effet sera de priver nos troupes de l'existence très- large et abondante qu'elles rencontrent à portée de nos excellentes rades, alors que commenceront pour elles les marches pénibles et les combats, nous feront perdre en malades, en hommes tués et blessés, plus de monde, à mon avis, que la succession d'actions vigoureuses qui nous conduiraient à l'occupation de Sébastopol en utilisant les efforts déjà accumulés dans ce but.
« Sous l'auspice de ces considérations, et après m'en être entendu avec lord Ranglan, j'ai décidé :
« 1° Que deux divisions d'infanterie française, avec les Turcs en deuxième ligne et toute la cavalerie, iraient s'établir sur la Tschernaya, ayant pour appui, à leur droite, le petit corps d'armée piémontais.
« Nous aurons ainsi de grands espaces, de l'air, de l'eau, une situation dégagée, avec la faculté de pousser des reconnaissances vers le haut pays et de bien nous établir dans l'intérêt des opérations ultérieures. Il n'est pas impossible que l'ennemi, qui a de la cavalerie et un peu d'infanterie à Tscohrgoun, ne veuille disputer notre établissement. Mais, pour se donner quelque chance de succès, il devra faire descendre du monde du haut de ses positions; et c'est ce que nous devons souhaiter. Dans tous les cas, nos troupes ainsi postées menaceront ses positions de Mackenzie, et, parla vallée du Chouliou, celles de Khoralée et de Rhodjarala. 11 sera obligé de s'étendre vers sa gauche, sans que nous soyons obligés nous-mêmes de le suivre dans ce mouvement d'extension.
2° Ces dispositions ne seront que le prélude d'une opération bien plus importante et décisive à mes yeux : l'enlèvement et l'occupation des ouvrages avancés dits du Mamelon Vert et du Carénage. Cette
AVEC LE MINISTRE DB LA GUElftE. 474
conquête des contre-approches de l'ennemi nous coûtera, je ne me le dissimule pas, certains sacrifices; mais ils seront largement compensés par les avantages ci-après :
« Resserrement de l'assiégé dans la place. Toute grande sortie lui devient impossible.
« Les Anglais peuvent cheminer en avant, et établir en face du grand redan une place d'armes à distance d'assaut.
• Nos batteries établies au mamelon conquis auront des vues trèsheureuses sur le grand redan et la batterie des casernes, qui est un obstacle si sérieux aux opérations ultérieures.
Nos batteries établies sur la contre-approche du Carénage complètent, pour ainsi dire, l'investissement à coups de canon et rendent très-difficiles les communications entre les deux rives du grand port.
« Tel est, Monsieur le maréchal, le plan auquel je me suis arrêté sous l'empire déconsidérations que je crois pratiques et résultant de l'examen attentif des faits et des possibilités avec lesquels j'ai à compter. Le siège que nous poursuivons n'a presque rien de commun' avec ceux dont Vauban a consacré la théorie. La guerre que nous faisons avec une ligne de vaisseaux et deux ports pour bases d'opérations n'a presque rien de commun non plus avec les guerres ordinaires. Il n'est pas étonnant que les combinaisons propres à assurer le succès diffèrent essentiellement de celles qui seraient applicables dans d'autres circonstances. C'est à mon sens un raisonnement dont on ne s'est pas assez occupé jusqu'ici.
« Ce plan ne hasarde rien de sérieux, ne compromet pas, en cas d'insuccès, l'existence de l'armée, qui reste invariablement liée à ses ports et à ses inexpugnables positions. Enfin, il n'écarte pas celui qui consiste à porter la guerre dans l'intérieur de la Crimée : il l'ajourne jusqu'à plus ample informé sur la situation de l'ennemi, l'état des routes du pays et des moyens. Ajouterai-je que, devant la garnison de Sébastopol, qui nous a vus si longtemps réduits à une sorte d'offensive sur place et sans résultats décisifs, ce plan relève tout à coup notre attitude et nous rend nos avantages.
« Ces mesures adoptées, lord Raglan m'a demandé d'utiliser les ressources en etfectif qu'elles laissent disponibles pour reprendre l'opération de Kertch, à laquelle l'armée, le gouvernement anglais et les deux flottes attachent un si haut prix. Je reconnais avec tout le monde que le succès d'une expédition de ce genre aurait un grand retentissement et des effets matériels fort utiles par r occupation, puisqu'elle aboutirait à l'occupation d'une des principales lignes d'approvisionnement de l'ennemi. D'un autre côté, il m'a paru qu'il serait d'une bonne politique, pour l'avenir de nos opérations avec les Anglais, de débuter dans nos relations avec eux par un acte, qui guérirait ta blessure que leur a faite le rappel de la précédente expédition et ferait disparaître le trouble assez profond qn'il a jeté dans des rapports dont 1 harmonie est, en définitive, la plus grande nécessité de la situation.
« L'expédition a donc été résolue, et les troupes formant un corps de quinze mille (15,000) hommes environ, dont une division française,
172 MLATKHIf DO GftWftlAL BFf CHIF
«elle du général d'Autemarre, trois mille Anglais Gomm&aôê* par te général Brown, une division turque et si* (6) batterie* d'artiltoffo sfens* barquent aujourd'hui. Les deux amiraux dirigeront etnc-mêrhés la partie maritime de l'opération, qui a d'ailleurs le même objectif et repose sur les mêmes moyens d'exécution que la précédente. ^ :« le termine tei cet exposé, Monsieur le maréchal, en vous* exprimant de nouveau le vœu qu'une latitude suffisante me soit laissée pour la direction des opérations, dans le sens que la succession des événements me ferait juger le plus utile, le les envisage avee confiance sans me dissimuler les difficultés de la situation, mais aussi sans m'en étewnéf. le suis convaincu que l'application prudente et ferme des moyen» dont je dispose doit amener le résultat qu'attendent l'Empereur et le pays. »
Le général Pélieeier, commandant en chef V armée % à l'Empereur.
Devant Sébastopol, le 46 juin 4855.
« En me donnant le commandement que j'exerce, Votre Majesté m'a dit, le 17 mai, de me conformer autant que possible à un plan précédent, mais que la permanence des Anglais à leurs attaques modifiait nettement. Tout s'est fait depuis d'accord avec eux, et nous avons agi de concert. Nos projets vous ont été exposés et ont réussi, quoi qu'en dise Gortschakoff. Dans ma conviction, c'est la seule ligne à suivre.
< Dans cette situation, l'exécution radicale de vos ordres du 14 est impossible : c'est me placer, Sire, entre l'indiscipline et la déconsidération. Votre Majesté ne le voudra pas. Jamais je n'ai connu l'une; je ne voudrais pas subir l'autre. L'armée est pleine de confiance et d'ardeur. La mienne égale mon dévouement ; mais que Votre Majesté me dégage des limites étroites qu'elle m'assigne, ou qu'elle me permette de résigner un commandement, impossible à exercer de concert avec nos loyaux alliés, à l'extrémité quelquefois paralysante d'un fil télégraphique. »
Le ministre de la guerre continuant à s'ingérer directement dans les détails de mon armée, malgré les observations que je lui avais adressées le 1" février, et le service en souffrant considérablement, je pris le parti de recourir à l'iniervention du Président, par la lettre suivante :
Le général en chef de V armée de Virginie, à M. Jeffersan Davis, président de$ Etats confédérée, à Richmond.
4 "mars 4862.
« le demande la permission d'appeler votre attention sur l'togé-
AVEC LH MimtrftB DB LA GUB1U. 173
rettee des bureaux de la guerre qui tend à désorganiser l'armée et qui est destructive de toute discipline.
« Tous les jours, il arrive du ministère de la guerre des ordres qui accordent des congés ou des permissions, et assignant des hommes de troupe à tel ou tel service en dehors de leurs compagnies, sur des demandes adressées directement au ministre de la guerre, sans que les chefs de corps et généraux aient été consultés préalablement et en violation de toutes les dispositions réglementaires sur la matière. Le but de la sage disposition qui prescrit d'informer le Gouvernement par la voie hiérarchique est méprisé, car le ministère agit en n'écoutant qu'un des deux intéressés. C'est là surtout ce qui se passe à l'égard des congés, car leur arrivée est d'habitude la première révélation qu'ils ont été demandés.
« Mon objet, en m'adressant directement à Votre Excellence à ce sujet, est d'invoquer votre protection en faveur de la discipline et de l'organisation de l'armée. Ma position me rend responsable du maintien de la première, mais l'autorité m'a été retirée. Il est urgent de la restaurer. La manière de faire du ministre de la guerre a non-seulement porté un coup sensible à la discipline, mais de plus elle m'a privé de cette part d'influence sans laquelle un général en chef ne peut guère compter sur le succès.
c J'ai adressé des observations respectueuses à M. le ministre, mais il n'en a tenu aucun compte. »
« La réponse du Président me donna lieu de supposer qu'il n'interviendrait pas ; car il m'assura, dans sa réponse, que je devais avoir été induit en erreur par de faux documents, disant comme explication : < Le ministre de la guerre m'informe qu'il n'a pas accordé de congés ni de permissions à des soldats de votre armée depuis plus d'un mois.» L'adjudant-général Rhett, à qui je lus ce passage, m'annonça alors qu'un gros paquet de^ congés venait justement d'arriver par le courrier même qui avait apporté cette lettre ! Peu après, M. Benjamin fut révoqué de ses fonctions de ministre de la guerre, ce qui me prouva que le Président était revenu de la pauvre opinion de mon intelligence que sa lettre antérieure semblait indiquer. »
M, le général Joseph JonnsUm, qui commandait alors l'armée de la Virginie*
Déposition du lieutenant général Grant, commandant en chef le* armée* des Etats- Unis dans la dernière année de la guerre de Sécession (1864*1865) devant le Comité d'enquête nomme par le Congrès.
Washington, le 48 mai 4865,
Question. — Vous avez été le commandant en chef de toutes nos armées pendant un an et plus ?
Réponse. — Oui.
Question. — Comment M. Stanton, le ministre de la guerre, a-t-il rempli ses obligations au point de vue des besoins à satisfaire et de l'aide à vous prêter dans les opérations que vous dirigiez ?
174 RELATIONS DU GÉNÉRAL ElTCHEF
Réponse. — Admirablement, je crois. Il n'y a pas eu de plainte contre lui sous ce rapport ; je veux dire de plainte générale. Pour ce qui me concerne, je ne crois pas qu'il y ait eu lieu de se plaindre de lui sous ce rapport.
Question. — Depuis que vous avez été revêtu du commandement en chef, y a-t-il eu des dissentiments entre vous et le Ministre de la guerre au sujet de la direction des opérations?
Réponse. — Aucun, que je sache. Je n'ai eu nulle raison de supposer qu'on blâmait ma manière d'agir. Quant au ministre de la guerre, il n'est jamais intervenu dans mes fonctions, et n'a jamais mis d'obstacles à l'envoi de tout ce que je demandais pour l'armée. Il ne m'a point dicté de plan de campagne ni tourmenté pour s'enquérir de ce que j'allais faire. Il a toujours paru satisfait de mes actes, et m'a cordialement prêté sa coopération.
Le général de division d'infanterie de marine, Martin des Pallier es f commandant te 15e corps de V armée de la Loire, au vice-amiral Fourichon, ministre de ta marine,
Salbris, 6 décembre 4870.
< Depuis que j'ai l'honneur d'appartenir à l'armée de la Loire, toutes les opérations stratégiques ont été dirigées par les Bureaux de la guerre à Tours. Les ordres envoyés par la délégation du ministre ont mis en marche les divers corps d'armée suivant des plans qui lui étaient complètement propres et en dehors de la conception desquels était placé le commandement en chef.
« Ayant pour principal devoir militaire l'obéissance, j'ai exécuté scrupuleusement jusqu'au dernier moment, après avoir adressé respectueusement au général en chef les observations que je devais lui faire, tous les ordres de mouvements qui m'étaient donnés, quels qu'ils fussent.
« Or, ces ordres ont émané jusqu'à ce jour de personnes qui sont certainement animées des sentiments les plus patriotiques, mais qui ne se rendent pas compte exactement que, dans la guerre, la plus grande difficulté est d'amener sur le champ de bataille, à un moment donné, au point où doit se concentrer l'action, des troupes reposées, bien équiquées, amplement pourvues de vivres et de matériel, et en nombre supérieur à l'ennemi. Ce sont les seules conditions qui peuvent contre-balancer leur jeunesse et leur faiblesse d'organisation : il ne suffit pas d'avoir du cœur et de l'enthousiasme pour les remplacer.
« 11 n'y a donc que le commandant en chef qui puisse diriger et coordonner les mouvements des troupes placées sous ses ordres, suivant les circonstances, suivant la situation de chaque corps et la position dans laquelle il se trouve comme valeur, équipement, organisation ; comme approvisionnements, distances, état des communications, etc.
« Je considère qu'il est impossible de juger ces questions de loin
et du fond d'un cabinet, sans parler des positions et des mouvements imprévus de l'ennemi, que pressent bien mieux celui qui Ta sur les épaules que celui qui agit d'après les rapports politiques de personnes le plus souvent étrangères au métier.
c D'un autre côté, amiral, étant persuadé que M. le Ministre de la guerre et son délégué ont la conviction de faire, pour le mieux dans l'intérêt du pays ; en présence des conséquences des opérations qui se déroulent sous mes yeux, et pour ne pas me trouver plus longtemps mêlé à des désastres tels que ceux des derniers jours, je vous prie de vous rappeler que j'appartiens à la marine, et que je n'ai été que prêté à la guerre, et que, d'ailleurs, il est de mon devoir de laisser au choix de ceux qui dirigent les mouvements une situation dans la* quelle il importe que celui qui l'occupe ait en eux autant de confiance qu'ils en ont en lui.
c Vous comprendrez assez, amiral, que dans ma loyauté je veux me retirer d'une situation qui m'a été faite par M. le Ministre de la guerre sans que je l'aie sollicitée, après y avoir rendu la somme de services que j'ai pu, avant le moment, que je prévois peu éloigné, où malgré toute mon énergie et ma bonne volonté, je deviendrai forcément insuffisant. »
« Pendant que le maréchal de La Meilieraie et le maréchal de Ghfttillon assiégeaient Arras, en juillet 1640, le cardinal-infant qui commandait l'armée ennemie manœuvrait pour faire lever le siège.
< Dans un conseil de guerre, le maréchal de La Meilieraie proposa de sortir des lignes pour aller attaquer les Espagnols ; le maréchal de Chat il Ion fut d'un avis opposé. Le seul expédient que l'on trouva pour les accorder, fut de donner un excellent coureur au sieur Fabert pour aller trouver le cardinal de Richelieu, qui était alors à Dourlens, afin d'avoir son avis. Fabert rapporta pour toute réponse un billet de Son Eminence, qui était conçu en ces termes : « Lorsque le Roy vous a donné à tous trois le commandement de ses armées, il vous a crus capables; et il luy importe fort peu que vous sortiez ou que vous ne sortiez pas : mais vous répondrez de vos têtes si vous ne prenez point la ville d' Arras. »
Le P. Griffet.
Observations de Louvoie, ministre de la guerre de Louis XIV, sur les rapports qui lui étaient dus.
« Bien loin de trouver mauvais que vous me mandiez sur toutes choses votre sentiment avec liberté, et que vous me contestiez même dans les choses dans lesquelles, par la connaissance que vous avez sur les lieux, vous trouvez qu'on peut mieux faire que ce que je propose, je vous renouvelle sur ce chapitre tout ce que je vous ai dit, et vous prie de continuer dorénavant.
« Mais je veux des raisons, et non des assertions. Ces sortes de décisions sentencieuses ne me conviennent pas.
176 VtLAtlOUS M> GfflftlUt EN CHEF
« C'est assez que je remarqua les défauts et que je vous fasse part de mes scrupules ; vous me les lèverez, s'il vous plaît, par un discours assez clair pour que je îe puisse comprendre ; car je ne m'accommode, en (aucune) façon du monde, des décisions qui ne sont pas accompagnées de raisonnements qui éclairent mon ignorance. »
Lé due de Saxê-Téschén, commandant en chef les forces de la Confédération germanique, à l'empereur François IL
Heideltorg, le 44 décembre 4794.
« Si le général en chef a le malheur d'encourir le mécontentement du souverain, ce qui peut arriver â son insu, ou si l'on croit qu'il ne s'acquitte pas de ses fonctions comme il le devrait, ce qu'il y a de mieux à faire, c'est que Votre Majesté envoie en mission à l'armée des généraux possédant sa confiance et chargés d'examiner l'état réel des troupes, la position de l'armée et de rédiger ou d'assurer l'exécution de projets conçus sur. les lieux et non élaborés au loin sans connaître l'état des choses et arrivant à contre-temps, car à la guerre l'ennemi vous force d'un moment à l'autre à changer vos dispositions. Au contraire, des ordres peu clairs et ne répondant pas aux questions posées ne peuvent qu'être nuisibles ; il en est de même si l'autorité centrale ne tient aucun compte des représentations du commandement, ou n'y donne satisfaction que trop tard.
« Le général en chef n'a pas les moyens suffisants pour récompenser Ou punir, surtout quand la récompense ou le châtiment devrait avoir lieu séance tenante. Ajoutez à cela que souvent des faveurs sollicitées loin de l'armée sont accordées à l'insu du commandant en chef,
t Cependant il faut que celui-ci soit investi de la confiance du Souverain ; s'il ne la mérite plus, on fera mieux de le révoquer. Si Ses propositions ne prévalent pas, si on a des doutes sur leur efficacité) il convient, comme je l'ai dit plus haut, d'envoyer à l'armée un général sûr qui fera une enquête, à la suite de laquelle îe général en chef sera rappelé ou recevra pleine satisfaction, car si Ton soupçonne seulement qu'il a encouru la disgrâce de son souverain, son crédit est détruit. Dans la guerre de Sept-Ans, dans celle contre les Turcs, on encourageait les troupes en améliorant leur bien-être. Les Français distribuent à leurs soldats de la bière, de l'eau- de-vie, de la viande, surtout avant ou après les affaires ou des marches pénibles ; chez nous, le général en chef n'en a pas le droit ; il ne peut faire donner le nécessaire, à plus forte raison ces distributions extraordinaires. Il ne peut venir en aide aux officiers qui ont perdu leurs chevaux ou leurs bagages, aux veuves d'officiers ou de soldats ! Des bienfaits accordés sur place, à la vue de toute l'armée, produisent mille lois plus d'effet que lorsqu'ils ne sont octroyés qu'après une longue procédure hiérarchique suivant toutes les formes bureaucratiques, car l'armée dans ce cas les ignore. Une croix, un avancement donné
ivic 1E mmmi m la cciiii. 177
&mv te champ de bataille font plus d'impression que dix croix, dix avancements donnés après la campagne. C'est par de tels moyens <ftt*GB exalte l'esprit de corps, qu'on crée le dévouement de» officiers et de la troupe. »
Le maréchal duc de Vtilan au prince Eugène de Savoie.
Paris, octobre 4 747. %
« I/on répand ici ce que je ne saurais croire, mais je suis trop votre servitevr pour ne pas vous en avertir : que vos ennemis a la Cour n'avaient rien oublié pour vous rendre de mauvais offices, et même avaient été sur cela plus loin que Ton ne peut penser, surtout servant un empereur aussi pénétrant et aussi juste, et auquel vous avez rendu de si grands et de si importants services ; mais je connais la Cour et les courtisans, et j'ai eu besoin que la bonté du feu roi (Louis XIV) leur imposât souvent silence, et par des paroles dures ; cependant ils gagnaient quelquefois du terrain. Enfin, Monsieur, Sjouvenez»vous de ce que je vous dis en prenant congé de vous à Vienne, lorsque vous partiez pour votre première campagne d'Italie (en 1701), et que je partais aussi pour servir dans l'armée qui vous était opposée. Vous m'honoriez, en me disant adieu, de beaucoup d'amitiés, et j'en étais fort touché. Vos courtisans, qui voyaient des sentiments qu'ils ne connaissaient guère, marquaient leur surprise de les trouver dans des gens qui allaient être ennemis. Je leur dis : — Vous êtes étonnés, messieurs, premièrement de l'amitié, et puis, qu'il puisse y en avoir entre des ennemis. Je vous dirai que : comme je serais très-fâché des heureux succès des armes de M. le prince Eugène quand elles agissent contre mon maître, je lui souhaite tous les autres bonheurs, comme je suis persuadé qu'il apprendrait aussi avec plaisir que le roi (de France) m'honorât de ses grâces. Mais, voulez -vous que je vous dise où sont les véritables ennemis de M. le prince Eugène ? Ils sont à Vienne et auprès de l'empereur ; et les miens auprès du roi, à Versailles.
« J'ai conté au feu roi (Louis XIV) cette conversation ; et, j'ose le dire, gens comme nous n'ont d'ennemis que ceux que l'envie suscite ; et comme la gloire en donne encore plus que la fortune, combien en devez-vous avoir plus que les autres hommes ! >
Le marquis de Montcalmy commandant les troupes françaises en Canada, au marquis de Vaudreuil9 gouverneur de la colonie.
*« août 4758.
• Vous avez raison, Monsieur, de mépriser les propos (de médisance), supposé qu'il s'en soit tenu. Personne ici ne m'oserait prendre pour son confident à cet égard. Quoiqu'il me soit revenu ôu'on m'avait auprès de vous cruellement décliné sur ma retraite du Portage, je n'en crois rien encore. Je veux toujours écarter ce qui pour-
rais faire naître de la désunion. Agissez-en de môme, donnez publiquement des marques de votre confiance pour moi. Coupez court et ne croyez jamais ceux qui vous parlent ou qui vous écrivent contre moi : la patrie et les circonstances l'exigent. »
Le général Biron, commandant en chef V armée du Rhin, t au ministre de la guerre.
Strasbourg, le 46 septembre 1792.
« Vous devez vous attendre qu'il se fera des dénonciations injustes et que l'on ne manquera pas d'employer ce moyen pour vous enlever les officiers les plus utiles. Tous les hommes n'ont pas une énergie que rien ne puisse altérer : il y en a beaucoup dont les principes sont bons,- dont les services sont nécessaires, et que de tels exemples décideront à quitter. Il deviendra à la mode de servir soldat, parce qu'il sera devenu trop dangereux de commander; et vous éprouvez maintenant qu'il est plus difficile de remplacer les officiers généraux que de les rappeler, et qu'en désorganisant rapidement on rend la réorganisation presque impossible. »
Le major général Arthur WeUesley (depuis duc de Wellington) à fosiah Webbe, secrétaire du gouvernement de Madras.
Seringapatam, le 28 décembre 4802.
« Il est impossible à aucun homme placé dans une situation difficile de bien s'acquitter de ses fonctions s'il y a un parti dans le pays prêt à trouver des fautes dans tout ce qu'il fait, au lieu de l'aider comme il est conforme aux vrais principes. »
Au ministre d'Etat Hardenberg.
Stolpe, 43 mars 4813.
c La proclamation du général Blûcher n'a point obtenu l'approbation de Votre Excellence. Mais celle que nous attendions et qu'on nous avait promise n'était point arrivée ; et il fallait bien cependant, en envahissant la Saxe, dire quelque chose aux habitants. Dans celle que j'ai rédigée — et j'avais dit déjà, à Bresîau, à Votre Excellence, que je reconnaissais mon peu d'aptitude dans ce genre, — c'est le général Blûcher qui parle, et non le gouvernement prussien. Si le Gouvernement veut tenir un autre langage, rien ne l'en empêche en modifiant les termes. Dans Tune, le soldat a parlé, mais un diplomate pourra le faire dans une forme meilleure. Rien n'est compromis.
« A ce sujet, je dois consigner ici une remarque qui ne laisse pas de m'attrister. Si Votre Excellence, animée comme elle l'est d'un esprit droit, bienveillant, porté à encourager l'initiative, trouve déjà matière à nous blâmer, dès les premiers pas, qu'avons- nous à attendre, dans l'avenir, de tous ceux qui ne possèdent point vos qualités,
qui entourent le roi, et qui sont nos ennemis 1 Avec quelle âpreté censurexa-t-on tout ce que nous ferons ! Quelle hésitation va-t-on nous inspirer ainsi ! Il est absolument impossible d'entreprendre quoi que ce soit, sans être exposé à la critique de l'un ou de l'autre ; mais si le blâme nous vient de ceux dont l'approbation pourrait seule nous soutenir dans la voie des résolutions viriles, je ne puis répondre de l'avenir : au lieu de succès éclatants nous ne chercherons qu'à parer une grande défaite ; notre rôle sera changé et nous conduira à une incertitude, à une inquiétude incessante. La guerre, par son essence même, empêche de demander et de recevoir à tout instant des conseils ; et mieux vaut adopter parfois un parti, qui n'est pas exempt d'inconvénients, que de n'en pas prendre du tout. Il faut absolument laisser au commandement une latitude très-large, pour qu'il puisse agir librement d'après ses inspirations, et se contenter de lui tracer à grands traits le but à atteindre. Il n'y a pas d'autre méthode à suivre pour obtenir des succès. Discuter avec minutie si çà et là on aurait pu mieux faire ne mène à rien. La guerre est avant tout l'affaire du moment, et le hasard y a sa part. •
Von Gneisenau, alors sous-chef d'état-major de Blùcber.
Le baron de Thugut, ministre de» affaire» étrangère» de ? Empire d'Autriche, au comte de Colloredo, grand chambellan.
Ce 84 août 4794.
« J'aurai l'honneur d'observer que, si dans les billets à MM. le comte deClerfayt etdeBeaulieu, il a été dit que le prince de Waldeck avait demandé son rappel, c'est qu'il paraissait que» pour ménager la sensibilité du prince de Waldeck, il pourrait convenir de prendre cette tournure, surtout dans les billets que MM. de Clerfayt et de Beaulieu pourraient montrer à quelques-uns de leurs amis à l'armée. Sa Majesté avait même dit qu'elle ferait écrire deux billets au prince de Waldeck : l'un, dans lequel il serait dit qu'on accordait son rappel à ses instances, et que Waldeck pouvait par conséquent montrer ; et l'autre dans lequel on lui expliquerait le véritable motif : c'est-à-dire la demande positive et pressante des Alliés. »
L'empereur Napoléon, au ministre de la guerre.
Fontainebleau, le 7 novembre 4809.
« Je crois nécessaire que vous ordonniez au général Gouvion SainL- Cyr de garder les arrêts dans sa campagne jusqu'à ce qu'il ait fait connaître les motifs qui l'ont obligé à quitter l'armée sans l'ordre du ministre. Une raison de maladie n'est pas une raison admissible pour les généraux comme pour les soldats : il résulterait de là qu'avec un certificat de chirurgien on serait autorisé à abandonner l'armée. »
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Documents gne le général en chef sollicitera ta Minfett*
de la guerre.
Le maréchal Davout, ministre de la guerre, au nù&utre
des relations extérieures.
Paris, 8 mi 4845.
« Comme il Importe de mettre à l'avance les commandants en chef des corps d'armée et les commandants de place à portée de correspondre, sans risquer de compromettre le secret de leurs lettres, même dans le cas où nos communications seraient interceptées, je prie Votre Excellence de vouloir bien, comme cela avait eu lieu dans les précédentes campagnes, m'envoyer un grand et un petit chiffre que je leur* adresserai.
« Le grand chiffre servira aux commandants des corps d'armée, et je désirerais en avoir une vingtaine d'exemplaires. Quant a* petit chiffre, destiné atrx ©emmandants deâfrfaeesJortes, «ae eentaioe d'exemplaires seraient «écassaum >
Le èar&n .de Thmgut, directeur générai a* mmistèw ,d*s ufmrm étrem§èr*s, m .comte de £ollorsdo, grand chambellan de l'empereur d'Autriche.
Ce 26 novembre 4793,
* Le «conUe de Starhemberg vient de faire une terrible étourderie qui livra son chiffre aux Anglais : il avait envoyé, par la poste ordinaire, un posA-scriptum chiffré; aujourd'hui il en fait passer en clair, par un courrier anglais, une copie qu'il annonce lui-môme être littérale de ce que deux jours auparavant il avait écrit en chiffres, sans réfléchir que, les deux paquets ayant dû être ouverts, il fournissait lui-même le déchiffrement de son post-scriptum précédent, et que, par là, il faisait un -cadeau bien agréable aux déchiffrenrs anglais ; il faudra donc penser à le pourvoir an plus tôt d'un nouveau chiffre ; et cette bévue me prouve de plus en plus qu'il ne suffît pas d'avoir de l'esprit, mais qu'il faut encore de la réflexion et de la tête. »
V empereur Napoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la marine.
Milan, 8 prairial an xm (28 mai 4805).
« Je pense aue vous devez faire un tableau de la situation des flottes anglaises et 1 envoyer à l'amiral Villeneuve, au moment de son arri-
AVEC LB atmiSTRE DE LA GUERRE. 181
vée au Ferrol. Rien ne donne plus de courage et n'éclairât plus les idées que de bien connaître la position de son ennemi. »
c An ministère de la guerre à Tours et à Bordeaux, pendant la deuxième période de la guerre de 1870-71, le service des reconnaissances avait pour objet, comme son nom l'indique, de recueillir sur l'ennemi un ensemble d'informations qui, jusqu'à ce jour, avait complètement fait défaut. — Les renseignements étaient fournis à l'Administration centrale par des émissaires spéciaux, en pérégrinations continuelles dans les départements, et qui cherchaient à traverser les lignes prussiennes, ainsi que par des collaborateurs de la nature la plus variée, tels que maires, employés de télégraphe, gardes forestiers, cantonniers des routes et des chemins de fer, etc. Ces agents étaient, par leur situation, plus ou moins au courant des mouvements de l'ennemi, et pouvaient nous en instruire sans éveiller l'attention. Il v eut ainsi comme un réseau d'observateurs volontaires dans toute la TFrance. On trouvait encore d'autres sources d'informations dans la traduction des documents allemands et correspondances qu'on saisissait sur l'ennemi. Enfin, on se livrait à un interrogatoire régulier des prisonniers, opération que dirigeaient avec beaucoup de finesse et de tact un ancien membre du parquet, M. Amilhau, et un officier supérieur de gendarmerie, M. Desnouettes.
« Peu à peu le bureau des reconnaissances prit une grande extension. Son chef, M. Cuvinot, bien qu'étranger par ses antécédents d'ingénieur à ce genre de travaux, montra une véritable vocation, et ce qu'on peut appeler l'amour de l'art. Avec des ressources relativement restreintes et une organisation toute récente, il sut obtenir des résultats importants. Il s'était mis en relations constantes avec les chefs de Corps, et en était venu à leur adresser chaque soir une circulaire faisant connaître les positions de Pennemi et souvent jusou'aux numéros des régiments. Il avait formé quelques agents fort habiles ; l'un d'eux vécut pendant deux mois au sein d'un quartier général prussien et nous en rapportait, de temps en temps, les renseignements les plus minutieux ; on comprend les raisons qui m'empêchent de préciser davantage. C'est également un agent de M. Cuvinot qui nous procura, dans le mois de décembre, un plan des travaux d'investissement autour de Paris, dérobé à Versailles à un des officiers de l'état-major de M. de Moltke.
< Dans les derniers temps, le Bureau des reconnaissances avait formé des corps d'éclaireurs à l'imitation des < détectives > américains. Un de ces corps manœuvrait en avant d'Auxerre, et l'autre en avant du Mans. Mais la conclusion de la paix, qui arriva sur ces entrefaites, ne permit pas d'en tirer tout le parti qu'on en attendait. »
M. de Freycinet, délégué au ministère de la guerre, en prorince, pendant la guerre de \ 870-71.
En examinant les papiers de Wellington, récemment publiés, on découvre qu'il avait à Irun un agent qui comptait les troupes fran-
182 ABLATIONS DU G&RtliJL EN CHEF
çaises entrant en Espagne par ce déûlé, et en informait exactement le
général anglais.
Relation* du général en chef avec les autorités civiles
sur notre territoire.
Le général La Bourdonnayet commandant en chef V armée du Nord,
au miniêtre de la guerre.
Au quartier général à Gand, le 48 novembre 4792.
c Je me conformerai avec d'autant plus de plaisir à la décision du Conseil exécutif, qui interdit aux généraux la correspondance avec la Convention, en la Dornant avec le pouvoir exécutif, que j'ai toujours pensé que la subordination des agents du pouvoir était absolument indispensable pour prévenir l'anarchie et la trop grande influence des généraux, et surtout d'un généralissime.
« Les ministres n'auraient plus de force si les généraux cherchaient à se faire dans la Convention un parti indépendant ou influant sur le pouvoir exécutif. »
Lb major BaUhazar, aide de camp du ministre en mission,
au ministre de la guerre,
Bajonne, le 30 juillet 4843.
t « Ce département-ci fait tout ce qu'on lui demande, et avec une activité digne d'éloges ; mais les denrées requises pour l'armée dans les autres départements n'arrivent pas avec exactitude, et les opérations militaires peuvent s'en trouver entravées.
c Je crois qu'il serait nécessaire qu'un homme revêtu d'un carac* tère imposant, un conseiller d'Etat par exemple, fût envoyé ici pour être l'intermédiaire entre l'armée et les départements. Les préfets répugnent à déférer aux réquisitions d'un ordonnateur (ou d'un intendant) qu'ils ne connaissent pas ; et de son côté l'ordonnateur n'a contre eux aucun moyen coercitif. L'idée de faire à Paris la répartition des réquisitions est inadmissible. »
Décret qui renvoie devant les tribunaux militaires les actes pouvant porter préjudice aux opérations des armées.
Les membres du Gouvernement de la Défense nationale, en vertu des pouvoirs à eux délégués, Décrètent :
Dans les départements déclarés en état de guerre, en vertu du dé-
cret du '14 octobre 1870, tout acte de nature à porter préjudice aux opérations des armées relève des tribunaux militaires. Fait à Tours, le 11 novembre 1870.
Gambette, Crémieux, Glaia-Bizoin.
Extrait du rapport du commandant Laurent envoyé à Vierzon, le 6 décembre 1870, pour rallier les fuyards de l'armée de la Loire.
« Il faut, en grande partie, attribuer ces débandades à la facilité énorme avec laquelle les habitants du pays, complètement dénués d'idées militaires, recueillent les traînards et les débandés. Sous ce rapport, celui qui nous dotera d'une loi punissant d'une amende en temps de paix, et rendant passible des cours militaires en temps de guerre, les habitants et cabaretiers qui attirent ou recueillent, sans un certificat, les soldats appartenant à une troupe en marche ou campée, nous rendra un grand service, car il semble vraiment que, quand il s'agit de discipline militaire, toute la population conspire contre le salut de l'armée.
Circulaire du ministre de V intérieur aux préfets, prescrivant la réintégration dans les dépôts des armes abandonnées.
Bordeaux, le 26 décembre 4870.
• Je suis informé qu'il se trouve dans des maisons particulières, et même dans certains établissements publics, un assez grand nombre de fusils et cartouches provenant de soldats qui» pour des causes diverses, ont quitté l'armée* L'Administration de la guerre a prescrit aux généraux commandant les divisions et subdivisions territoriales de se concerter avec les autorités civiles, et d'user au besoin de la gendarmerie pour faire rechercher ces armes et munitions, dont les détenteurs s'exposeraient à des poursuites s'ils persistaient à ne pas s'en dessaisir. Je vous prie, Monsieur le préfet, de vouloir bien prêter votre concours à l'exécution de ces prescriptions, auxquelles les circonstances actuelles donnent une haute importance.
« Les fusils, cartouches etaccessoires qui auront été recueillis devront être renvoyés dans les magasins de l'artillerie pour être distribués aux troupes. >
M. Gambetta, ministre de l'intérieur, au préfet à Troyes.
Tours, 7 novembre 4870.
« Ce n'est pas sans motifs et sans avoir délibéré que le gouvernement a décidé qu'il ne devait plus y avoir de différence entre villes ouvertes et villes fermées, au point de vue de la résistance. C'est une guerre à outrance que nous faisons aujourd'hui, et, depuis Paris jusqu'au dernier des villages, il faut que cette résistance soit réelle et efficace. En conséquence, je ne puis admettre que les conseils municipaux de Troyes et de Brienne aient pris une délibération pour déclarer leur résistance impossible ou inutile. Ce n'est pas aux conseils
municipaux qu'il appartient de statuer sur une pareille question : c'est aux Comités militaires, et votre devoir, à vous, consiste à faire exécuter les décisions du Comité militaire. Je vous prie donc de dissoudre immédiatement, par arrêté fortement motivé, les deux conseils municipaux de Troyes et de Brienne. Si vous ne le faites point, je serai obligé de flétrir ces deux conseils municipaux au Moniteur et de les dissoudre. »
Extrait de la loi votée par le parlement anglais le il août 1871, pour réglementer les forces régulières et auxiliaires de la Couronne.
art. 16.
Lorsque Sa Majesté déclarera, par un ordre rendu en Conseil, qu'il se présente une circonstance dans laquelle il est utile au service public que le gouvernement de Sa Majesté ait directement l'administration de tout ou partie des chemins de fer du Royaume-Uni, le secrétaire d'Etat peut, au moyen d'un ordre signé de sa main, donner pouvoir à toute personne ou personnes de prendre possession de ces chemins de fer et de tout ou partie de leur matériel, avec ou sans le chemin de fer lui-même, et de s'en servir pour le service de Sa Majesté au moment et de la façon indiquée par le secrétaire d'Etat.
Les administrateurs, employés et agents de ce chemin de fer obéiront aux ordres du secrétaire d'Etat comme délégué de Sa Majesté pour la direction du chemin de fer.
Tout ordre rendu par ledit secrétaire d'Etat en vertu de cette disposition restera en vigueur pendant une semaine seulement, mais pourra être renouvelé de semaine en semaine aussi longtemps que les circonstances l'exigeront dans l'opinion du secrétaire d'Etat.
Sur les fonds votés par le Parlement, il sera payé à la personne ou corporation dont le chemin de fer est ainsi séquestré une pleine indemnité à raison de toule perte ou dommage qui lui aurait été causé par l'exercice des pouvoirs conféré au secrétaire d'Etat. La somme à payer sera fixée d'accord entre le secrétaire d'Etat et les propriétaires du chemin, ou, en cas de dissentiment, par des arbitres.
Lorsque le secrétaire d'Etat prend ainsi possession d'un chemin de fer et de ses dépendances, au nom de Sa Majesté, tous traités et contrats entre les propriétaires de ce chemin ou leurs agents d'une part, et des tiers d'autre part, relativement à l'exploitation et à l'entretien, aux fournitures de matériel, seront censés faits avec Sa Majesté.
Sous le nom de chemin de fer est compris tout tramway à traction de chevaux ou à vapeur, ou partie l'un et partie l'autre, et toute station, bâtiment ou annexe appartenant au chemin de fer ou tramway.
Sous le nom de matériel sont comprises les machines, le matériel roulant, les chevaux ou autre force motrice, et tout ce qui est nécessaire à l'exploitation d'un chemin de fer et d'un tramway.
▲TOC LE MINISTRE DE Là GUERIE. 185
M. Gambette, ministre de ^intérieur et delà guerre, aux préfets et sous-préfets.
Tours, 30 noïembre 4870.
(Circulaire confidentielle).
« Je vous engage à apporter la plus grande réserve dans la publication de dépêches de guerre qui vous viennent d'autorités autres que le ministère. Souvent, dans ces communications à la presse locale, se trouvent des détails que nous croyons prudent d'élaguer pour la bonne réussite des opérations.
< Notre discrétion devient vaine quand les journaux les plus rapprochés des lignes ennemies font des révélations que nous évitons.
c Pour les communications que vous faites au gouvernement, il est inutile de donner des détails sur les positions de nos troupes, qui nous sont connues puisqu'elles résultent de nos ordres.
« Attachez-vous surtout à transmettre à la guerre ce qui pourrait venir à votre connaissance des mouvements, positions ou des forces de l'ennemi.
Règles concernant les pouvoirs diplomatiques.
Extrait des registres du conseil exécutif de la République française*
Séance du 3 novembre 4792.
Le conseil exécutif provisoire, délibérant sur les règles à prescrire aux généraux des armées de la République française, relativement aux communications qu'ils sont dans le cas d'avoir avec les généraux et autres agents des Puissances ennemies,
Arrête que :
Les généraux et chefs militaires ne pourront avoir, avec les généraux ou autres agents desdites puissances, aucun pourpaler, écouter aucune proposition, entamer ou suivre aucune négociation relative aux intérêts politiques ; et qu'en conséquence, il leur sera prescrit par le ministre de la guerre de n'avoir d'autres communications avec les ennemis que celles qui sont nécessitées pour les capitulations des places, cartels, échanges de prisonniers et autres détails purement militaires qu'il «st d'usage de traiter à l'amiable entre deux armées ennemies, suivant les règles du droit de la guerre et les instructions particulières qu'ils peuvent avoir reçues.
Le général Scott, général en chef de f armée des Etats-Unis,
au ministre de la guerre*
Jalapa (Mexique), le 20 mai 484-7.
« Votre lettre du M du mois dernier, en m' annonçant l'arrivée de M. Trist comme plénipotentiaire chargé de traiter d'un armistice ou de la paix, tend par ses explications à m'enlever, à moi commandant en chef de l'armée, et cela dans les circonstances les plus .critiques, toute voix au chapitre ou môme tout avis au sujet de l'armistice s'il y avait lieu d'en conclure avec l'ennemi. C'est une tentative réelle pour me placer sous le commandement de M. Trist, car vous me dites : a S'il vous déclare par écrit que le moment est arrivé où, par par suite des circonstances, le Président veut que les opérations militaires cessent,* vous regarderez cet avis comme un ordre de les suspendre jusqu'à nouvel ordre du ministère. » Ce qui revient à dire que je suis requis de respecter l'opinion de M. Trist sur les opérations militaires ici comme étant l'opinion du président des Etats-Unis qui est à neuf cents lieues d'ici î
« Je regarde cette insinuation comme étant le second essai, depuis la Convention française, de déshonorer un général en chef en campagne.
« Toutes les fois que le Président m'instruira directement, ou par un canal autorisé, de proposer ou d'aecepter un armistice dans le cas où telle circonstance donnée se réaliserait, ou de procéder à tel autre acte militaire, je lui obéirai promptement et de bon cœur ; mais je prie qu'on m'épargne le déshonneur personnel d'être invité de nouveau à me mettre sous les ordres du premier commis du ministère d'Etat. >
t La convention d'armistice conclue par M. Jules Favre avec l'autorité allemande, le 28 janvier 1871, dont le texte ne fut pas communiqué à la Délégation du gouvernement français en province, avait ' fixé elle-même la ligne de démarcation entre les armées belligérantes dans toute la France. Une exception était faite pour la région de l'Est, où provisoirement aucune ligne n'était tracée, et où les hostilités devaient continuer jusqu'à une entente ultérieure.
• La fixation des lignes de démarcation par la convention d'armistice est un fait qu'on s'explique difficilement. Il est de principe, et il tombe en effet sous le sens qu'une telle fixation doit être faite par ceux qui connaissent la position des armées en présence. Or ici le négociateur français, non-seulement ne connaissait pas la position de ees armées, mais il ne connaissait même pas l'existence de certaines d'entre elles, exemples : l'armée de Garibaldi et celle du général Pourcet. Cette ignorance était la conséquence nécessaire du manque de communication de Paris avec la province.
a Le négociateur français manquait donc des premiers éléments pour faire passer la ligne de démarcation sur un point plutôt que sur un autre. Il n'a pu que s'appuyer sur ceux qui lui étaient fournis par
ATSG H Himini M LA GOKMB. i87
l'état-major prussien lui-même, c'est-à-dire souscrire à ce que voulait ' l'ennemi. •
M. de Freycinet, alors délégué au ministère de la guerre en pfoTince,
Les lenteurs de la procédure militaire en campagne sont incompatibles avec le maintien de la discipline, et le général en chef devrait avoir le droit, comme dans les années anglaises, de reviser les sentences des conseils de guerre.
Les représentants du peuple envoyés à Varmée du Nord, à leurs collègues membres du Comité de salut public.
Valenciennes, le 44 mai 4793,
des
pénales dont l'exécution soit prompte Les cours martiales sont des épouvantails dont on se moque, et qui ne condamnent personne. »
Le$ citoyens Carnot et Duquesnoy, représentants de la nation, députés de la Contention nationale aux armées du Nord et des Ardennes, au Comité de salut publie.
Bergnes, le 4" juin 4793.
« Votre nouveau Gode pénal militaire ne suffit pas. Si tout soldat qui vole une épingle n'est pas fusillé sur-le-champ, vous ne ferez jamais rien, »
' Le général Bouchard, commandant en chef formée* du Nord et des Ardennes, au Comité de salut publie.
Graverelle, le 39 août 4793.
« Je vous le déclare, citoyens représentants, si dès l'instant il n'est pas pris des moyens sûrs et prompts de réprimer le brigandage et de taire renaître la discipline et l'obéissance, il est impossible de conduire les troupes à la victoire. Les dragons et un des représentants du peuple qui travaillaient avec moi pour empêcher le pillage et faire sortir les troupes du village, ont été couchés en joue par des volontaires. Assignats, lits, meubles de toute espèce ont été enlevés, malgré mes efforts et ceux des représentants du peuple, dans un village français que nous venions d^arracher des mains des satellites des despotes. »
« Il est indispensable qu'un général en chef et tout commandant d'une expédition paisse former, dans l'instant où il le jugera convenable, un conseil de guerre composé d'un petit nombre d'officiers, de sous-officiers et soldats pour juger et exécuter sur l'heure les pillards et les indisciplinés. >
Le général Débrun, commandant la 2e division de l armée des Ardennes,
au Comité de salut public.
Au bivouac d'Izel, le 40 prairial an n.
« Les représentants du peuple près les années ont pris les arrêtés les plus sévères pour réprimer les pillages et les désordres auxquels se livraient, à l'instigation sans doute de quelques scélérats, les défenseurs de la République. Des commissions militaires ont été organisées à la suite des armées pour punir promptement et sévèrement les délits.
« J'ai la douleur de voir que les proclamations des représentants du peuple et mes défenses restent sans effets, faute de moyen pour infliger aux coupables les peines portées par les arrêtés. Obligé d'envoyer les prévenus au tribunal de Mézières, il est impossible de faire suivre les pièces de conviction et les témoins ; et, quand ce qui est rare, la punition suivrait la faute, elle est trop tardive et trop éloignée pour opérer comme exemple. >
« Les citoyens Duquesnoy et GiUet, représentants du peuple près V armée de la Moselle, considérant que la lenteur qu'apportent les tribunaux militaires à juger les coupables oui leur sont traduits est infiniment préjudiciable aux intérêts de la République : les prisons s'engorgent, les maladies y régnent, les innocents ne sont rendus que difficilement et tardivement à leurs fonctions et les coupables trouvent souvent moyen d'échapper à la vengeance nationale; qu'en outre la lenteur dans les jugements occasionne et multiplie les trais, puisqu'il faut, parles mouvements qui s'opèrent journellement dans les armées, faire venir des témoins de lieux fort éloignés, et que souvent on n'en trouve plus quand ceux qui sont militaires ont péri dans les combats ; considérant enfin que l'innocence ne peut-être trop tôt reconnue et le crime trop tôt puni,
Arrêtent :
« Qu'il sera établi au quartier général de l'armée de la Moselle une commission, composée de cinq membres, qui s'assemblera par ordre du chef de l'état-major, qui prendra connaissance et jugera sur-lechamp tous les délits militaires.
t Le chef de l'état-major est chargé de l'exécution du présent arrêté, ainsi que de le faire mettre à l'ordre général de l'armée. •
« Au quartier général, à Morfontaine, le 18 floréal an n. > Duquesnoy, GiUet.
AVEC LE MïmSTtK DK Là GUERIE. 189
Le général de division Kléber au général Ernouf, chef de V étal-major
général de l'armée de Sambre-et-Meuse.
A Bassenbeim, le 49 prairial an ni.
v « Depuis un mois que j'ai l'honneur de commander les quatre divisions du centre, il m'est parvenu des plaintes fréquentes, et des chefs de corps, et des capitaines, et de compagnies entières, sur la légèreté avec laquelle le tribunal militaire avait habitude d'acquitter les prévenus de délits qui lui étaient adressés. On me dénonçait même que des militaires convaincus d'assassinat ou de vcJ. manifeste étaient renvoyés absous à leurs corps respectifs ; que leurs camarades refusant de les recevoir parmi eux, ils étaient de nouveau conduits au tribunal, et derechef renvoyés par celui-ci à leur corps, qui s'obstinait toujours à ne point les accueillir. Dans ce cas se trouve un dragon présentement en prison à Andernach, et dont on ne sait que faire.
« Je t'ai successivement fait passer ces réclamations dont la justice m'a frappé, et je t'ai rappelé que depuis l'existence de l'armée le tribunal militaire n'avait été 'composé que d'individus les moins estimables. Sans la punition prompte et exemplaire d'un délit constaté, le délit se répète, ta discipline est perdue, et sans discipline point d'armée. On sent cependant combien il serait essentiel, au cas où l'on dût passer le Rhin, qu'il existât dans la troupe infiniment d'ordre, de discipline et de subordination, surtout dans les pays neutres qu'elle serait obligée de traverser. Je t'invite, en conséquence, à demander aux représentants du peuple à l'armée, ou au Gouvernement s'il le faut, le remplacement du tribunal existant par une institution plus nerveuse et plus propre à maintenir le soldat dans le cercle de ses devoirs. Il me semble que les commissions militaires attachées à chaque division, telles qu'elles ont été organisées par un arrêté du représentant du peuple Gilet, atteindraient ce but. >
Le général Sérurier, commandant une division de V armée dy Italie,
au général en chef KeUermann.
Ormea, le 26 floréal an m.
< Si les tribunaux militaires ne mettent pas un peu plus de sévérité dans leurs jugements pour des fautes comme la négligence dans l'escorte des convois, ils contribuent à la destruction de l'armée. Aucun soldat n'appréhende leurs jugements : ils sont presque toujours sûrs d'en sortir absous. »
Les membres composant la seconde section du 1er tribunal criminel militaire de Varmée des côtes de Brest, en séance à Auray, aux représentants du peuple composant les Comités de salut public, de sûreté générale et de législation de la Convention nationale.
Auray, le 2$ messidor an m.
« Il faut, ou que la Convention nationale prenne les moyens de
190 MLATIOHS DU GtlfflAL EN GHSP
lever les obstacles qui arrêtent à chaque pas les tribunaux militaires, ou ce qui vaudrait mieux encore, dan6 ces circonstances et momentanément, investir le général en chef de cette armée de pouvoirs suffisants pour punir sur-le-champ| les coupables et rétablir par des exemples sévères la discipline et la subordination. »
Le général en chef Hoche au citoyen Lanjuinais. Au camp de Sainte-Barbe (dorant Quiberon), le 23 messidor an m.
« On ne vous a pas dit la vérité en accusant nos soldats de piller. Il fallait ajouter: ite assassinent, ils violent. Les lois sont insuffisantes ; et leur malheureux général est obligé d'en faire justice le sabre à la main. Les choses reviennent à bien cependant ; mais je ne connais pas de plus horrible métier que de commander à des scélérats qui jouent avec tous les crimes, »
Le général de division Bourcier, commandant la réserve de cavalerie de V armée de RfUn-et-Moselle, au général en chefMoreau.
Au quartier général, à Esslingen, le 46 thermidor an iy.
« Vous avez vu, par ma lettre du 13 de ce mois, que le 12, le nommé Trotin, maréchal des logis au 14* régiment de cavalerie, avait tiré un coup de pistolet au citoyen Grim, son chef de brigade.
« Cet assassin, traduit le 13 devant un conseil militaire, fut condamné à 8 ans de prison ; mais ce jugement ayant été cassé par le conseil de révision, il en a été rendu le 14 un'autre qui prononce la peine de mort ; celui-ci a été revisé, maintenu et exécuté hier 15.
« La juste punition des coupables tient si essentiellement aux succès de nos armes, que je crois devoir vous donner quelques détails sur ce qui s'est passé au sujet du jugement du nommé Trotin.
< Cinq témoins ont déposé de la manière la plus formelle contre l'assassin ; tous se sont accordés dans leurs dépositions et confrontations ; Trotin lui-même est convenu qu'il cherchait à tuer le citoyen Grim ; aucun . de ceux qu'il s'est choisi pour le défendre n'a voulu parler en sa faveur, non plus que ceux nommés d'office par le conseil ; eh bien l malgré tout cela, lorsque les juges ont été aux voix, il s'en est trouvé six sur neuf qui n'ont pas voulu prononcer la peine de mort ; trois étaient d'avis qu'on renvoyât tout simplement l'accusé de son corps ; et, après de longs débats pour et oontre sa défense, les avis qui s'étaient fixés à 8 ans de prison ont réuni la majorité exigée par la loi.
« L'exemple que je viens de rapporter, mon général, est le tableau de ce qui se passe dans presque tous les conseils militaires, dont l'institution paraît vicieuse. Rarement on verra un sous«officier ou un fusilier animé de cet esprit de sévérité et de justice qu'exige le maintien d'une bonne discipline militaire ; presque tous, oubliant les devoirs que la loi leur impose en les constituant juges de leurs sem-
ATBG LU MINISTRE DK LA GUElftE. 191
blables, oubliant la loi elle-même pour se livrer à l'impulsion d'une coupable pusillanimité ou d'une fausse pitié» sont généralement disposés à excuser les excès sur lesquels ils ont à prononcer.
« Voilà, à peu près, mon général, l'esprit gui anime la plupart des citoyens appelés à la composition des consens de «pierre ; et certes ce n est pas le moyen d'arrêter les désordres auxquels se portent certains individus dont la conduite est si préjudiciable à l'armée en* tière, »
Le général de division Félix Dumuy, attaché à formée de 8ambre-eU Meuse, comme inspecteur général de rinfanteriel au Directoire exécutif.
Au quartier général de l'armée de Sambre-et-Meuse, 46 thermidor an iy.
« De grands excès se commettent à la suite de l'armée. Les principes d'humanité et de modération qui doivent distinguer le soldat républicain, sont méconnus ; il se répand dans les campagnes pour y porter le pillage, la dévastation et la mort. Des villages entiers sont couverts de ruines et de victimes, et, par un renversement inouï de cette maxime chérie des patriotes : « Guerre aux châteaux ) paix aux chaumières ) » les châteaux sont épargnés parce qu'ils sont sous la sauvegarde des villes, et tous les fléaux de la guerre tombent sur les chaumières parce qu'elles sont isolées et sans moyens de défense. Je ne vous tracerai point le -tableau de ces scènes révoltantes. Tous les généraux en sont profondément affligés, sans avoir aucun moyen de répression. Le général en chef Jourdan, lui-même, est réduit" à en être spectateur. Occupé à maîtriser la victoire, et paralysé par le vice de la loi, il ne peut arrêter le cours de ces cruautés. Cependant des exemples de sévérité ont été faits, mais ces exemples sont insuffisants. C'est dans la source du mal qu'il faut chercher le remède. Les lois militaires sont défectueuses. Comment, en effet, un soldat oserait-il condamner un soldat, quand peut-être il est aussi coupable que lui? La crainte du ressentiment l'arrêtera toujours. Je vous propose donc, citoyen ministre, les mesures suivantes, que je crois les seules capables de mettre un frein à la licence :
« 4° La prompte révision du Gode pénal militaire, et la suppression des formalités lentes qui rendent nul l'effet de la loi.
« 2° L'organisation d'un corps de gendarmerie qui en impose, oar six hommes par division sont insuffisants. Ce corps sera destiné à surveiller les fuyards et les traîneurs de l'armée.
« 3* L'établissement d'un grand prévôt, ou de toute autre juridiction, chargé de juger sur-le-champ et sans appel les militaires surpris en flagrant délit.
« J'ose garantir que ces mesures auraient un entier succès ; la masse des soldats, qui est pure, y applaudirait. »
Le général Jourdan, commandant en chef V armée de Sambre-et-Meuse,
au Directoire exécutif.
Au quartier général, à Wetzlar, le 24 fructidor an it.
« Depuis l'affaire du 17 (bataille de Wurzbourg), l'armée a continué sa retraite, et, quoique suivis par l'armée ennemie, nous n'avons été inquiétés dans notre marche que par quelques partis de hussards et des paysans armés, qui ont cherché plusieurs fois à enlever notre parc d'artillerie. Des brigands qui sont dans l'armée et qui ont violé, pillé, assassiné les habitants du pays, brûlé les villages, menacé et même frappé des officiers qui voulaient les rappeler à leur devoir, sont cause de l'armement de tous les gens du pays, et, par suite, cause de la disette où s'est trouvée l'armée pendant sa retraite.
« Tai eu l'honneur de vous écrire plusieurs fois, citoyens Directeurs, et je vous répète que je crois les lois militaires insuffisantes ; il est nécessaire que la punition des coupables soit plus prompte et que la forme des jugements soit moins compliquée ; qu'un général en chef ait le droit de s'écarter momentanément des lois militaires ponr faire des règlements provisoires pour ramener l'ordre dans l'armée, lorsque l'indiscipline s'y sera introduite ; enfin il faut, pour ôter tout prétexte d'insubordination, crue les officiers soient payés et montés, que les soldats soient habillés, qu'ils reçoivent régulièrement leurs subsistances, sans quoi il me parait impossible de contenir une armée lorsqu'elle se trouve éloignée de ses frontières. >
AKMÉE DE RHIN-ET-MOSELLB.
An quartier général à Lampertzau, le 9 messidor an it.
« Il est recommandé aux généraux, aussitôt qu'ils auront arrêté, un
{rillard, de le faire conduire au corps le plus prochain ; ils chargeront e capitaine rapporteur d'entendre sur-le-champ les dépositions, nommeront le conseil militaire et feront exécuter promptement le juge* ment qu'aura rendu le conseil. »
Le généra] en chef Horeau.
AftMÉE DE RHIH-ET-HOSELLB.
An quartier général, à Willstett, le 44 messidor an iv.
« Le général en chef ordonne que tout officier ou sous-officier qui n'aura pas employé, pour arrêter le pillage, l'autorité que la loi lui donne, sera suspendu sur-le-champ de ses fonctions et conduit dans les prisons de Strasbourg jusqu'à la ratification du Directoire exécutif.
a Les suspensions des officiers pourront être prononcées par les généraux de division et de brigade, celles des sous-officiers par les
chefs de brigade ou autres commandants de corps, et envoyées au général en chef pour être confirmées.
Chaque général de division nommera un conseil militaire double, qui suivra toujours son quartier général et jugera sur-le-champ les accusés de pillage ou d'autres délits militaires conformément à la loi. Ce conseil sera changé après chaque jugement.
c Chaque général de division nommera deux des rapporteurs de ses brigades qui suivront toujours la troupe escortés de gendarmes ou de quelques cavaliers, parcourront les villages, feront arrêter et livreront aux tribunaux, suivant le quartier général, les militaires qu'ils trouveront à commettre quelque désordre ou écartés de leur corps. »
Le général en chef, Moreao.
Le général Moreau, commandant en chef r armée de Rhin-et-Moselle,
au Ministre de la guerre,
Strasbourg, le 6 fructidor an y.
« J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre relative au citoyen Hoeck, ex-capitaine de la 100* demi-brigade.
« Je ne l'ai pas destitué de ses fonctions, mais suspendu ; et, conformément aux lois, j'ai envoyé au Directoire exécutif copie de l'acte de suspension et les motifs, pour qu'il prononce définitivement sur le sort de cet officier, qui, sans nul doute, est un très-mauvais sujet.
« Je vous envoie, ci-ioint, copie des rapports qui ont déterminé mon opinion. Ce sont de ces délits que les tribunaux militaires ne peuvent atteindre, la preuve judiciaire en étant presque impossible ; mais il n'en est pas moins vrai qu'il faut purger l'armée de ceux qui s'en rendent coupables.
« Si la loi qui se discute actuellement au Conseil des Cinq-Cents sur les destitutions passe, je doute qu'on parvienne à obtenir une bonne organisation et une subordination bien exacte, surtout à la guerre. Je conviens qu'il faut peu user de ces moyens, et surtout le faire avec une très-grande justice ; mais je crois qu'il faut que le gouvernement en ait le droit, pour que l'officier soit bien surveillant et s'observe avec sévérité. C'est surtout la crapule, le manque de délicatesse et l'ivrognerie que ces actes peuvent seuls atteindre. »
« Notre Code militaire est trop sévère lorsqu'il s'agit des crimes ou des délits, tandis qu'il est trop faible pour réprimer les fautes de discipline à la guerre ; car la prison n'est plus une peine lorsque la troupe est exposée au bivouac, à l'intempérie des saisons, à l'ardeur du soleil pendant l'été et au froid pendant l'hiver, et que les soldats qui ne sont pas en faute sont obligés de faire le service des autres, exposés aux chances de la guerre, que ceux qui sont en prison ne courent point. »
Le maréchal Gourion Saint-Cyr.
ARMÉE D'ITALIE
Lesegno, 3 floréal an îv (29 ami 4796). Ordre général.
« Les généraux de division sont autorisés, par la nature des circonstances, à faire fusiller sur-le-champ les officiers ou soldats qui, par leur exemple, exciteraient les autres au pillage, et détruiraient par là la discipline, mettraient le désordre dans l'armée et compromettraient son salut et sa gloire,
« Tout officier ou sous- officier, qui n'aura pas suivi son drapeau et qui, sans raison légitime, se trouvera absent au moment d'un combat, sera destitué, et son nom sera envoyé à son département, afin qu'il soit flétri dans l'opinion de ses concitoyens comme un lâche. »
Le général en chef Bonaparte.
AINEE D'ITALIE
.24 germinal an vu.
Au général en chef Schérer,
« Les troupes sont insubordonnées et pillent. Il faudrait qu'on puisse faire quelques exemples terribles ; mais les conseils militaires n'ont pas le sens commun ; et puis nous n'avons pas, dans les deux divisions, de quoi en compléter un.
« L'armée est perdue si vous ne pouvez établir des commissions de peu de membres qui jugent dans 24 heures les pillards, les fuyards et ceux qui frappent ou menacent leurs supérieurs. Le défaut de vivres et les fatigues excessives ont rendu les soldats d'une insubordination qui n'a pas d'exemple. »
Le général de division commandant l'aile droite, Moreau.
ARMÉE D'iTAlIH.
*"" 3 nivôse an ix.
Ordre du jour.
• Le général en chef, instruit que quelques individus faisant partie de l'armée ont oublié que le premier devoir du soldat est le respect des propriétés, que quelques pillages ont été commis sur différents points et qu'il importe d'en arrêter le cours par des mesures fortes et efficaces,
f « Ordonne que tout crime de pillage dans l'étendue de îarmée soit puni de mort, conformément à la loi.
c< En conséquence, tout militaire ou employé à la suite de l'armée pris en pillant ou convaincu d'avoir provoqué au pillage ou pillé dans l'intérieur d'une maison, sera traduit sur-le-champ, par le général de
division dans laquelle il aura été arrêté, devant une commission militaire, nommée sur-le-champ par ledit général, composée des cinq premiers militaires qu'il désignera, sans distinction de grade ni d'arme.
< Cette commission interrogera dans le même moment le prévenu, prendra sommairement les informations qu'elle croira nécessaires i son instruction, et jugera sans désemparer.
< Ses jugements seront sans appel et exécutés sur-le-champ.
< La commission sera aussitôt dissoute.
c II sera envoyé à l'état-major général note des jugements rendus.
« Les lieutenants généraux donneront les ordres nécessaires pour la prompte et stricte exécution de ces ordres dans retendue de leurs commandements.
« Us les feront lire à la tête des compagnies. »
I<e général en chef Brane.