‹ Les méthodes de guerre actuelles et vers la fin du XIXe siècleChapitre 20 sur 85 · ARMÉE COMBINÉE AUSTRO-RUSSE · texte numérisé non relu

ARMÉE COMBINÉE AUSTRO-RUSSE

"~* Voghera, 37 arril (8 mai) 4799.

t Le grand prévôt est responsable de la répression de tout désordre : il a ses adjoints qui sont, dans les marches, en queue de chaque colonne.

c Derrière chaque colonne en marche doivent se trouver en outre un peloton de dragons et dix cosaques.

c Les patrouilles sont chargées d'arrêter les maraudeurs et de les livrer au prévôt, ou, si celui-ci n'est pas sur les lieux, au commandant de la colonne.

« Courte procédure ! Le plus ancien du régiment ou du bataillon ordonne au coupable de tout restituer, et, s'il manque quelque chose, de le payer de sa poche. Le maraudeur passe ensuite par les verges, et en reçoit d'autant plus de coups que le plaignant n'est pas présent.

« Qu'on maintienne une discipline plus rigoureuse, car les excès de la troupe retombent sur la tête du chef.

« Tous les commandants de détachement se conformeront strictement à cette manière d'agir sommaire et en seront responsables envers leurs supérieurs »

Le feld-maréchal commandant en chef Souwaroff.

Le lieutenant général Wellesley (depuis, duo de Wellington), commandant en chef V armée anglaise en Portugal, au vicomte Castlereagh, secrétaire d'Etat.

m Abrantès, le 47 juin -1 809.

« Nous n'avons pas assez d'officiers pour pouvoir constituer des conseils de guerre dans les détachements et les dépôts sur les derrières de l'armée.

« Le Gode de justice militaire devrait être amendé sons ce rapport Quand une armée est en campagne à l'étranger, un seul officier, deux ou trois au plus, devraient avoir le pouvoir légal de juger des criminels et de les punir sur-le-champ, en faisant dresser un procès-verbal par écrit et en le remettant au général en chef quand le détachement rejoindrait l'armée.

« L'autorité et les devoirs du grand prévôt devraient être, d'une manière ou d'autre, reconnus par la loi. Dans les armées anglaises, l'usage est que le prévôt punit d'habitude sur place, même de la peine de mort, si le général en chef l'y autorise, les soldats pris en flagrant délit de désobéissance, de pillage ou d'outrages. Rien autre ne justifie l'exercice de cette autorité, si ce n'est la coutume ; je conçois que c'est une justification à peine suffisante ; et cependant je déclare que j'ignore comment une armée peut être commandée du tout si cette pratique n'est pas continuée et si on n'augmente pas le nombre des prévôts. »

Wellington au comte Bathurst, ministre de la guerre.

Freneda, le 46 mars 4843.

< Les crimes qui nous causent le plus d'ennuis sont ceux commis par des soldats faisant partie de détachements en marche, et généralement loin de leur régiment ou du siège des conseils de guerre. Par exemple, les soldats dont je vous citais le cas dernièrement ont commis les crimes dont ils sont accusés à toutes les étapes de la route de Lisbonne à Coïmbre, sur une distance de 130 milles (50 lieues). On les a détenus à Coïmbre parce que la cavalerie se trouvant accidentellement dans les environs, on a pu constituer là un conseil de guerre et les juger; autrement, pour rejoindre leur régiment, ils auraient eu 400 milles à faire encore. Mais, si le Gode exige toujours la présence des accusés et des témoins quand on prend les dépositions, il nous faudra faire constamment sillonner le pays dans tous les sens par des détachements sous les ordres d'officiers pour confronter les accusés et les plaignants,* et leur faire parcourir des distances de 100 ou 200 milles.

« Le défaut capital de notre Code de justice militaire, défaut auquel il faut trouver un remède, c'est que, vu l'éloignement du lieu où il est possible de convoquer le conseil de guerre, les gens du pays qui portent plainte ou les témoins préfèrent endurer les outrages ou les déprédations plutôt que d'être obligés de suivre l'armée, sans vivres ni ressources, pour venir déposer devant lé tribunal : et comme ils ne comparaissent pas, les coupables sont acquittés. »

Extrait de la loi anglaise dite < Acte pour réprimer la mutinerie »,

en vigueur de 1792 à 1815.

Art. 21. — Les généraux ou autres officiers commandant des détachements au dehors peuvent, dans des cas extraordinaires, et sans en

avoir régulièrement le droit, assembler des cours martiales composées de trois officiers au moins.

Le maréchal duc de Wellington au général Vivian.

Cambrai, le 2 oct 4846.

< J'ai toujours considéré une cour martiale générale comme le moyen indispensable donné au commandant en chef d'une armée pour maintenir la discipline.

c Je n'ai donc pas le moindre scrupule d'inviter la Cour martiale que tous présidez à reviser sa sentence, devoir que je considère comme absolument inhérent à mon autorité, car je diffère d'opinion avec la Cour, non-seulement sur le degré de culpabilité de l'accusé, mais encore sur la punition à lui infliger, punition que je regarde comme nécessaire. >

Le générai en chef de V armée d Orient au ministre de la guerre* Au quartier général devant Sébastopol, le 40 déc. 4854.

« On a la plus grande peine à former deux conseils de guerre à Constantinople, même en employant les officiers de passage, ou convalescents, ou attendant leur départ après leur sortie de l'hôpital.

« La formation d'un conseil de révision est donc absolument impossible. »

Le sons-chef d'état -major du corps expéditionnaire en Syrie au colonel Osmont, chef de Vétat-major.

Kab-Elias, le 6 octobre 4860.

« Nos soldats sont, comme en Italie, de vrais bandits. L'ordre du jour que je vous ai envoyé ne les arrête pas ; ils volent et pillent de plus Délie. On a pris un parti : on fait payer aux compagnies et bataillons tout ce que réclament les indigènes. Nous vous renverrons, par la plus prochaine occasion, deux chasseurs à pied, punis de soixante jours de prison. Il est certain qu'au premier moment le général traduira devant le conseil de guerre les maraudeurs qui se feront prendre ; mais nos conseils de guerre sont si stupides 1 >

Le général Beaufort d'Hautpotd, commandant en chef le corps expéditionnaire en Syrie, au ministre de la guerre."

Beyrouth, le 7 avril 4864.

« J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Excellence d'un crime qui vient d'être commis dans le bataillon du 1er régiment de zouaves, à Beyrouth, et de la répression immédiate que j'ai dû en ordonner dans l'intérêt de la discipline.

198 BKLATIOHS DU OfiRtlUL EN CHEF

« Le samedi, 30 mars dernier, le nommé Véniel, zouave de 2* classe, avait été puni, dans la matinée, d'une punition légère par le sergent Devaux, du même corps.

c Sans autre motif que cette punition, le zouave Véniel résolut d'attenter aux jours de ce sous-officier, et vers 5 heures du soir, c'est-àdire plusieurs heures après <ju'il avait été puni, au moment où les hommes de sa compagnie étaient en corvée et qu'il était seul dans sa tente, il chargea son fusil, prit la position du tireur à genoux et fit feu sur le sergent Duvaux, qui prenait son repas dans une tente située à 16 pas de celle de Véniel. Le sergent, frappé à la tête, est mort instantanément. Véniel avait chargé un autre fusil pour se hrûler la cervelle, a-t-il dit, mais dont il ne s'est pas servi,

« Informé de ce fait, j'ai donné immédiatement les ordres nécessaires pour la poursuite de cette affaire, et le 1er conseil de guerre, réuni le 4 avril, a condamné le zouave Véniel, à l'unanimité, à la peine de mort avec dégradation militaire.

« Le condamné n'a pas cru utile de se pourvoir ; et, usant des pouvoirs accordés par l'ordonnance du 1er avril 184ï, j'ai ordonné son exécution, qui a eu lieu, en se conformant aux prescriptions réglementaires, le 6 avril, à 5 heures du matin.

« J'ai l'honneur d'adresser le dossier de cette affaire à Votre Excellence, qui appréciera comme moi, je n'en doute nullement, que la discipline était trop gravement intéressée dans cette circonstance pour ne pas exiger une répression immédiate.

« Je me permettrai même d'ajouter que la disposition de la loi qui rend obligatoire un délai de trois (3) jours francs entre l'ordre de

comme dans celui dont il est question ici, je crois que la loi aurait dû laisser au général de division la faculté de réduire ce délai à des limites plus étroites. En campagne, cette disposition me paraît indispensable. »

Extrait du journal de marche* tenu par un officier du 2* régiment de zouaves, pendant V expédition du Mexique,

Le système des punitions, organisé par le règlement du 2 nov. 1833 sur le service intérieur, ne donne, en campagne, que de mauvais résultats.

Si on punit un homme de huit ou quinze jours de prison, ce sont huit ou quinze jours de repos complet pour lui. Tandis que ses camarades de l'escouade vont :

A la corvée des vivres,

A la corvée du bois,

Au travail du génie,

Font la cuisine,

Montent la faction, etc., etc.

ATBC LE MIHISTftl DI LA GUBUB. 109

L'homme puni de prison reste assis ou couché. Un homme de corvée lui apporte sa nourriture toute préparée ; de sorte que si, dans une escouade, il y a plusieurs hommes punis de prison, ce sont leurs camarades, les bons sujets, qui font toutes les corvées.

L'homme puni devrait être, comme dans la marine, privé de vin, de sucre et de café, coucher à la belle étoile ou sur la dure et être astreint réglementairement à faire les corvées les plus pénibles, et, en cas de rébellion de sa part, attaché comme un malfaiteur. La fausse pfcilantrophie en faveur de l'écume de l'armée tourne au détriment des bons soldats, qu'elle oblige à faire le service des mauvais.

fce lieutenant-colonel Picrron.

Extrait des notes d'un rapporteur près le 2* conseil de guerre

au Mexique (1862.4864).

Le nombre des juges a été ûxê à sept pour un conseil de guerre

par le Gode de justice militaire. Ce chiffre est trop considérable.

Ainsi au Mexique, où il n'y avait que deux divisions d'infanterie et où

le pays a au moins trois fois l'étendue de la France, les plus grandes

villes comme Querétaro, Guanaxuato, Léon, Zacatecas, Durango, etc.,

n'étaient occupées que par un bataillon au plus, et il était impossible

d'avoir le personnel nécessaire pour former un conseil de guerre dans

ces garnisons ou de le tirer des compagnies disséminées sur les routes

entre ces grandes villes. D'ailleurs, les chefs-lieux des deux divisions

étant Mexico et Guadalajara, on ne pouvait y envoyer les accusés à

cause des distances énormes (100 ou 150 lieues) qu'il fallait parcourir

dans un pays sillonné par des guérillas.

Il eût été bien désirable que le Code , prévoyant ces difficultés , permit de réduire à trois ou cinq, au plus, le nombre des membres d'un conseil de guerre, et d'en attribuer la présidence à un simple chef de bataillon.

Le lieutenant-colonel Pierron.

Paris, le 26 septembre 4870.

stitution de cours martiales à Vincennes et à Saint-Denis, et dans les Xlïï» et XIVe corps d'armée.

Ces cours fonctionneront d'après les règles suivantes : Tout officier

édicté la peine de mort, aura le droit de réunir, soit immédiatement, soit après l'opération militaire terminée, mais toujours dans les vingt' qwtre heures, un tribunal spécial, dit cour martiale, composé d'un

200 RELATIONS BU GÉNÉRAL Kl CHBF

officier supérieur et de deux capitaines pris en dehors de la troupe à laquelle appartient l'accusé.

L'accusé sera amené devant cette cour. Un défenseur lui sera donné à son choix ou d'office.

La cour entendra aussitôt, soit la lecture du rapport écrit, présentant l'accusation, s'il en a été rédigé un, soit les dépositions verbales et sous serment de témoins, qui devront être au moins au nombre de deux.

Le défenseur entendu, ainsi que l'accusé, la cour rendra son jugement, qui sera sans appel.

Le jugement prononcera, soit la condamnation du coupable, soit son acquittement. En cas de doute, la cour pourra demander l'envoi devant un conseil de guerre, qui sera saisi par les moyens ordinaires.

La condamnation sera exécutée, séance tenante, par le piquet commandé pour garder le lieu de la séance.

, La prévôté pourra être appelée à prêter son concours. Un officier ou sous-officier de cette force publique dressera le procès-verbal sommaire du jugement et de l'exécution.

Ce procès-verbal sera transmis au commandant en chef.

Le président do gouvernement, gouverneur de Paris, Général Trocho.

Tours, le 2 octobre 4870.

< Le Gouvernement de la Défense nationale,

< Considérant que du maintien ou du rétablissement de la discipline dépendent la dignité et la force des armées ;

< Considérant que la législation et les règlements actuels' ne contiennent pas de dispositions qui permettent de réprimer immédiatement les crimes et délits commis par les militaires en campagne ;

Décrète :

Article premier.

« À partir du jour de la promulgation du présent décret, des cours martiales sont établies pour remplacer les conseils de guerre, jusqu'à la cessation des hostilités, dans les divisions actives et dans les corps de troupes détachés, de la force d'un bataillon au moins, qui marchent isolément.

< Il n'y aura lieu ni à révision, ni à cassation des sentences rendues par les cours martiales.

Art. 3.

< La plainte dressée par l'autorité qui aura constaté le délit ou le crime, et portant le nom des témoins, sera transmise, dès l'arrivée au gîte du soir, à l'officier du grade le plus élevé. Celui-ci donnera rordre de la convocation immédiate de la cour martiale, qui se réunira aussitôt au lieu indiqué par son président.

« Le président donnera lecture de la plainte en présence de Tac-* cusé ; le conseil entendra les témoins présents de l'accusation ; puis l'accusé et les témoins à décharge qu'il appellera et s'ils sont présents; l'accusé aura la parole le dernier. Il n'y aura pas de plaidoirie par avocat, pour ou contre.

< Le président fera sortir l'accusé, résumera les dépositions faites en faveur de l'accusé et celles faites contre lui. Il posera en ces termes une question unique aux membres du conseil, en commençant par le moins élevé en grade :

« Au nom de la Patrie envahie,

< Le nommé un tel est-il coupable d'avoir brisé son arme, maraudé, « insulté son supérieur, etc.... ?

€ Il sera répondu par oui ou par non.

c La majorité simple décidera de la culpabilité.

« Le greffier rédigera, séance tenante, le procès-verbal ; et le président faisant rentrer l'accusé, lui lira la sentance qui le condamne ou qui l'acquitte.

« En cas de condamnation, la sentence sera exécutée le lendemain matin, avant le départ des troupes, en présence du bataillon auquel appartient le coupable.

Aat. 4»

« Pour les soldats, caporaux, brigadiers et sous-officiers, la cour martiale de la division se composera de : c Un chef de bataillon, président, « Deux capitaines, c D'un lieutenant ou d'un sous-lieutenant, qui resteront tous

en fonctions pendant quinze jours, sans être renouvelés, < Et d'un sous-officier qui appartiendra toujours à la compagnie de l'accusé.

« Un sergent-major remplira les fonctions de greffier, sans voix délibérative.

• Pour toute fraction constituée de la division, en marche isolément, de la force d'un bataillon ou commandée par un chef de bataillon, la cour martiale se composera de deux capitaines, dont le plus ancien présidera, d'un lieutenant et deux sous-officiers, dont l'un appartiendra toujours à la compagnie de l'accusé. Un sergent-major sera greffier, c Les membres de la cour martiale seront pris, par rang d'ancienneté, jusqu'à épuisement de la liste des officiers, sans qu'aucun d'eux puisse décliner cette fonction, sous peine de réforme.

c Les cours martiales des fractions isolées cesseront de fonctionner aussitôt qu'elles seront revenues au campement de la division ; partout ailleurs elles fonctionneront.

< La composition des cours martiales pour les officiers sera la même que celle des conseils de guerre concernant les officiers ; mais la procédure sera la même que celle suivie à l'égard des soldats, caporaux, brigadiers et sous-officiers.

Art. 6.

« Seront punis de mort les crimes et délits suivants : Assassinat, Meurtre, Désertion, Embauchage pour commettre un des faits punis de mort par

le présent décret, Complicité dans un de ces faits, Espionnage, Vol,

Maraudage,

Pillage avec ou sans armes, Refus de service à un supérieur, avec ou sans menaces ou

injures, Inexécution d'ordres compris et réitérés, avec intention d'opposer de l'inertie, .

Injures, menaces, voies de fait envers un supérieur, Provocations en paroles à la révolte ou à l'indiscipline, Bris d'armes,

Perte volontaire d'armes, afin de ne pas marcher au feu, Destruction de munitions dans le même but, faite en présence ou non de l'ennemi, par lâcheté.

« Au feu, tout officier ou sous-officier est autorisé à tuer l'homme qui fait une preuve de lâcheté, en n'allant pas se mettre au poste qui lui est indiqué, ou en jetant le désordre par fuite, panique ou autre fait de nature à compromettre les opérations de la compagnie et son salut, qui dépend de la résistance et de l'accomplissement courageux du devoir.

Art. 7.

* Tout individu, non militaire, qui sô rendra complice d'un militaire dans un des crimes et délits prévus ci-dessus, sera soumis à la même juridiction et passible des mêmes pénalités.

Art. 8*

« Seront traités comme maraudeurs, et punis comme tels, les traînards sans armes, que les chirurgiens du corps n'auront pas autorisés à suivre avec l'amère-garde ; et les traînards autorisés à suivre l'arrière-garde, s'ils ne marchent pas en ordre sous sa conduite.

■ Chaque division aura une prévôté composée de trente - deux gendarmes à cheval, commandés par un officier. Cette troupe se divisera, au besoin, de manière que chaque portion de corps marchant isolée soit accompagnée au moins de deux gendarmes et d'un brigadier.

t La prévôté arrêtera d'elle-même tous les délinquants quels qu'ils soient, officiers ou non, et dressera les "procès-verbaux des délits commis, qui seront aussitôt transmis au commandant de la colonne.

AYIG IJS MllUSTRB DI Là GUBRR*. 203

Contre les délinquants arrêtés qui tenteraient de fuir ou de faire résistance, elle fera usage de ses armes.

c La prévôté recevra et conduira les délinquants qui lui seront remis par une autorité quelconque de la colonne. Quand il y aura lieu, il lui sera donné des hommes de garde pour conduire les délinquants.

« La juridiction pénale des prévôts, prévue par les articles 51, 52 et 75 du Code de justice militaire, s'étend à la suite du corps d'armée sur tout le sol français.

Art. 10.

« Tous les manquements simples au service seront punis par le doublement des sentinelles des grand'gardes et avant-postes; mais une de ces sentinelles ou deux, ou toutes les deux s'il n'y a pas d'hommes punis, appartiendront toujours à la fraction constituée de grand'garde.

Art. 11. •

« Les dispositions du présent décret s'appliqueront à tous les corps de troupes armés, équipés et entretenus aux frais de la République, ou qui auraient seulement reçu l'attache de belligérant

Art. 12.

« Dans tous les cas non prévus par le présent décret, les pénalités édictées par le Gode de justice militaire devront être appliquées.

« Le vice-amiral, ministre de la guerre par intérim, est chargé de la promulgation et de l'exécution du présent décret. >

« Il y avait lieu de créer, en 1870, un ensemble de dispositions ré^ pressives qui, tout en reposant sur la plus stricte équité, fussent de nature à frapper les imaginations, en rendant les individus témoins des délits, également témoins obligés du châtiment, quelle que fût la rapidité des mouvements de l'armée. L'instantanéité de la procédure peut seule enlever aux coupables l'espoir de se soustraire à la justice.

« Dans toute réunion d'hommes, la contagion de l'exemple est indiscutable. Un délit militaire revêt, en plus du délit ordinaire, ce caractère grave : qu'il a toujours une grande quantité de témoins. Si donc la répression ne suit pas immédiatement le délit, de façon que les témoins du délit soient aussi témoins de la répression, sans qu'un délai assez long puisse laisser même l'espoir de l'impunité, l'esprit de discipline s'affaiblit et se relâche peu à peu infailliblement. Plus le jugement est rapproché, moins il y a de chances pour qu'il soit erroné. H en résulte une inutilité d'attaque ou de défense : c'est purement la constatation d'un fait matériel. Oui ou non, l'accusé a commis tel crime ou délit.

« Nos conseils de guerre permanents ou de division actuels sont insuffisants; en eflet, c'est dans les faibles détachements, qui marchent isolés, que les délits et leurs conséquences sont le plus à craindre et qu'il faut affirmer le principe de discipline et d'autorité.

• Il y a nombre de délits en campagne qui sont commis par des lâches qui préfèrent six mois ou un an de prison à la perspective de supporter les fatigues de la campagne et à la presque certitude qu'ils croient avoir d'être tués en combattant. •

M. le général de division Martin des Pallières, qui commandait un corps d'armée eu 4870.

V empereur Napoléon au major général Berthier.

Bay orme, 26 avril 4808.

« Mon cousin, témoignez mon mécontentement au grand-duc de Berg (Murât, commandant l'armée française en Espagne) de ce qu'il s'est donné le droit de commuer la peine à laquelle un militaire a été condamné. Il n'a pas ce droit; faites-lui connaître que j'ai annulé sa décision. Cette demande de grâce doit être envoyée au grand juge,

gour être examinée en conseil privé. Avant tout, le grand-duc de erg doit connaître les lois du pays et ne pas usurper les droits de souveraineté. Je ne puis qu'être extrêmement mécontent de ce qu'il s'est permis de faire. » Napoléon.

Le général en chef doit subordonner toute autre considération au salut de l'armée, pour qu'elle tienne la campagne et reste constamment interposée entre l'envahisseur et le pays.

Le maréchal Koutousoff, commandant en chef V armée russe,

à l'empereur Alexandre I".

46 septembre 4842.

réussi à sauver, je vais faire un mouvement sur la route de Toula, ce qui me permettra de couvrir l'importante fabrique d'armes qui se trouve dans cette ville, et la fonderie de canons non moins précieuse de Briansk. Ce mouvement aura surtout l'avantage de couvrir les ressources préparées pour nous dans nos plus riches provinces. Toute autre direction m'en aurait séparé et coupé mes communications avec les armées de Tormassow et de TtchitchagofF, si celles-ci se décident à agir plus activement sur le flanc droit de l'ennemi. Quoique je ne veuille pas contester que l'occupation de notre capitale par l'envahisseur ne soit pour nous un coup sensible, je n'ai pas dû hésiter

AVEC LE MINISTBB DE LÀ GUERBB. 203

entre cet inconvénient et l'avantage de sauver l'armée pour défendre le pays, et je prends à présent, avec toutes les forces dont je dispose, une ligne d'opérations telle, que mes corps de partisans, en débouchant de Toula et de Kalouga, vont intercepter la longue, ligne de communications de l'ennemi de Smolensk à Moscou, et empêcher l'armée française de recevoir aucun renfort de ses derrières. Outre que j'attire ainsi sur moi l'attention de l'ennemi, j'espère le forcer à évacuer Moscou et à changer toute sa ligne d'opérations. J'ai prescrit au général Wintzidgerode de se tenir, avec son détachement, sur la route de Moscou à Tver, et de placer un régiment de cosaques sur la route de Jaroslaw pour protéger la population contre le pillage des partis ennemis.

< Maintenant que mon armée est concentrée à une petite distance (au sud) de Moscou, je puis attendre l'ennemi de pied ferme. Tant que l'armée de Votre Majesté ne sera pas détruite, vous pouvez attendre de son courage et de son dévouement que la perte de Moscou sera réparée et ne sera point la ruine de la patrie. Du reste, Votre Majesté reconnaîtra elle-même crue cet événement était la conséquence forcée de la perte de Smolensk et de l'état de délabrement où j'ai trouvé l'armée quand j'en ai pris le commandement. Le colonel Michaud fera d'ailleurs à Votre Majesté un rapport verbal circonstancié sur l'état de nos affaires »

« Après la bataille de Shiloh (6 avril 1862, où les Confédérés, en massant toutes leurs forces, avaient mis l'armée fédérale à deux doigts de sa perte), le général Grant fut convaincu, et resta depuis inébranlable clans cette conviction, que l'occupation d'un vaste territoire, de villes importantes ou de places fortifiées, ne doit pas être le but capital des plans d'un général en chef, car il a été prouvé qu'un ennemi bien résolu et héroïque peut se résoudre à la perte de toutes ces richesses 3ans céder. Ce sont ses armées, ses forces organisées oui doivent être le but de l'attaque; il faut les frapper sans relâche, les poursuivre partout où elles marchent, en ne regardant les points dits stratégiques et les forts que comme des conquêtes accessoires. Ces armées, il ne faut pas seulement les battre, mais les détruire. Ainsi, débusquer l'adversaire par des manœuvres, le forcer à évacuer des camps retranchés ou des territoires, est une méthode qui, souvent, n'aboutit qu'à permettre finalement à l'ennemi de se replier sur le gros de ses forces et de les concentrer. Grant était donc d'avis que, pour en finir avec la Sécession, il fallait frapper à coups redoublés les armées sécessionnistes, et les capturer ou les détruire. C'est d'après ce plan qu'il agit. Ce n'est pas à dire qu'il méconnût la valeur des places et des positions, mais elle lui parut toujours inférieure à celle des armées. Il n'était pas davantage partisan des boucheries d'hommes, mais il pensait qu'il n'y avait pas à reculer devant l'effusion du sang quand le but de la guerre pouvait être atteint. Il était même persuadé qu'en ne reculant pas devant les sacrifices sanglants

d'une campagne menée vigoureusement, on abrégeait la guerre, et, en fin de compte, on avait économisé la vie des hommes. >

M. le colonel Badeau, aide de camp du général Grant.

« Ce sont les camps retranchés qui, en i 87.0-71, nous ont perdus!

« Nous appelons camps retranchés de grandes enceintes fortifiées assez vastes pour contenir une armée.

• Les camps retranchés ont deux destinations : ou bien servir de refuge à une armée battue, qui espérera pouvoir en sortir au bout de quelques joure pour prendre sa revanche, ou bien servir d'abri assuré à une armée jeune, incomplète, voulant se former, se constituer.

< Les camps retranchés destinés à servir de refuge à une armée battue ont toujours été de vraies souricières, où les restes de ces armées sont venus se faire prendre ; exemples : Wurmser à Mantoue, Mack à Ulm, les Prussiens après Iéna, ramassés en masses dans toutes les places où ils s'étaient réfugiés, Mac-Mahon à Sedan, Bazaine à Metz.

« S'il y avait eu un camp retranché à Vendôme, Chanzy s'y serait probablement avec

la France, Chanzy.

« Il vaut mieux qu'une armée battue conserve la liberté de ses mouvements en se retirant derrière un grand cours d'eau comme la Meuse, la Saône, la Loire, ou dans un grand pays couvert comme les Ârdennes, les Vosges, le Jura, le Morvan, la Bretagne. .Si Bazaine, au lieu de s'enfermer dans Metz, s'était retiré dans les Vosges, l'Allemagne tout entière n'aurait pu ni l'en chasser, ni l'y bloquer. Dans tous les cas, il aurait conservé son armée à la France.

« Si l'empereur, en 1814, au lieu de continuer à tenir la campagne avec sa petite armée de 60,000 hommes, s'était enfermé dans Metz ou dans Strasbourg, la résistance à l'invasion, au lieu de durer trois mois, n'aurait pas duré plus de trois semaines, et il aurait été pris avec toute son armée.

« Si le même empereur avait eu avec lui à Leipzig et plus tard, les 100,000 hommes de vieilles troupes qu'il avait laissées dans les places de l'Oder, de la Vistule, de l'Elbe, le sort de la campagne de 1813 aurait peut être été tout autre.

« Si notre armée de la Loire, au lieu de se former derrière un grand cours d'eau et derrière la forêt d'Orléans, qui lui laissaient la liberté de ses mouvements et tout le pays pour se ravitailler, avait voulu se constituer dans les camps retranchés de Langres, de Besançon, elle n'en serait pas sortie. »

M. le général Grouzat, qui commandait un corps d'armée en 4870.

« La principale armée d'un pays doit-elle s'enfermer dans un camp retranché ?

ATEC LE MINISTRE DE LA GUEBRE. 207

c Pour résoudre cette question, il suffit d'examiner ce qui s'est passé en 1870. Si l'armée française avait trouvé à Metz des vivres ponr se maintenir dans cette place le double ou même le triple du temps qu'elle y est restée, il n'en est pas moins certain qu'à la fin les vivres auraient été épuisés, et la capitulation aurait du s'ensuivre. Ainsi, en résumé, toute la valeur de Metz consistait à échanger la probabilité de fixer devant ses murs une armée de 200,000 hommes pendant un temps plus ou moins long, contre la certitude de perdre finalement 130,000 hommes. Ces 200,000 assiégeants, une fois la

{)îace prise, redevenaient libres pour d'autres opérations, tandis que es 150,000 assiégés étaient sûrs de ne pouvoir plus y prendre part : leur existence comme armée allait être anéantie immanquablement au bout d'un temps donné. »

M. le lieutenant général allemand von Hanneken.

rédigée par V état-major prussien, concernant la position d'une née bloquée dans un camp retranché, comme l'armée française à

Note armée Metz en 1870.

1. — La concentration d'une armée campée sous les murs d'une place forte au nombre de 150,000 hommes, et son déploiement pour attaquer un point de la ligne d'investissement, exigent beaucoup de temps, surtout si l'armée, comme c'était le cas à Metz, campe sur les deux rives d'un cours d'eau. Il suffit de rappeler qu'une armée de cette force, formée en une seule colonne, l'infanterie marchant par le flanc, sans- bagages, aurait une profondeur de vingt lieues, ai une telle armée veut passer une rivière sur trois ponts, il lui faut pour cela, dans les circonstances les plus favorables, au moins dix (10) heures de temps.

2. — On peut bien, il est vrai, quand les troupes sont très-disciplinées commencer hors de portée du feu de l'ennemi, dans l'obscurité delà nuit, à mettre les masses en mouvement; mais toute manœuvre en dehors des routes frayées doit être différée jusqu'au jour.

3. — L'armée d'investissement, qui a établi tout autour de la place des observatoires sur les points favorables, et dont tous les corps sont reliés par le télégraphe, est par là en état de découvrir à temps les intentions des assiégés et de prendre ses mesures en conséquence. Elle fait affluer de tous côtés ses forces sur le point menacé.

4. — L'attaque de front contre une position bien préparée et retranchée est, avec la puissance meurtrière aue possèdent actuellement les armes à feu, extrêmement difficile, si elle n est pas combinée avec une attaque de flanc. Or, l'armée cernée est non-seulement hors d'état d'exécuter une attaque de flanc, mais encore, dès le début du combat, c'est elle qui offre en prise aux assiégeants ses deux flancs, et les renforts que ceux-ci reçoivent successivement des parties de la ligne d'investissement non attaquées, arrivent précisément droit sur les flancs des assiégés.

5. — Si l'armée bloquée a pu néanmoins surmonter toutes ces dit-

ficultés, il lui a fallu tant de temps et de sacrifices qu'elle ne peut

fuère, le premier jour du combat, avoir fait beaucoup dé chemin, ille doit compter que le lendemain elle aura à renouveler la bataille avec toute l'armée d'investissement concentrée, et ce ne peut être qu'après l'avoir totalement battue qu'elle peut espérer avoir conquis toute liberté pour ses mouvements ultérieurs. Si elle parvient seule* ment à percer la ligne d'investissement, il lui faut renoncer à emmener aucun bagage, et, si l'ennemi la poursuit avec acharnement, elle est exposée au danger d'être dispersée.

Il résulte de ce que nous venons de dire qu'il est bien plus facile à une garnison de trois mille (3,000) hommes de se faire jour au travers d'un corps assiégeant de 25,000 hommes, qu'il ne l'est à une armée de 150,000 hommes de rompre une ligne d'investissement gardée par 200,000 hommes.

• t L'assiégé qui veut faire une sortie ou tenter de percer la ligne d'investissement établie par l'assiégeant, se trouve en face de difficultés considérables, car, par suite même de la forme circulaire ou concave de la ligne d'investissement, l'assiégé qui débouche de sa place est constamment en butte à des feux convergents ou d'enfilade, tandis que lui-même ne peut se déployer qu'en formation convexe. *

M. le commandant prussien Ton Bognslawski.

« Le plan de M. le général Trochu consistait à traverser les lignes allemandes pour se porter vers Rouen, sur la basse Seine. Par cette sortie hardie, il espérait résoudre le difficile problème du ravitaillement de Paris.

« Le général Trochu est un théoricien habile. Doué d'une imagination vive, il se complaît à faire des plans, et s'abandonne facilement aux illusions qui naissent de ses conceptions.

« S'est-il bien rendu compte de l'opération pratique de ravitailler, pour quinze jours, une ville de deux millions d'habitants, sous le feu d'un ennemi vigilant, maître du pays, et disposant de moyens formidables d'attaque et de. défense ?

« Je regrette vivement de ne pas partager l'opinion de mon honorable collègue sur une question d'une telle importance ; mais, à mon avis, il n'y avait qu'un moyen d'opérer le ravitaillement de Paris, c'était de forcer l'ennemi à en lever le siège.

« Je vais démontrer que la sortie du général Trochu sur la basse Seine et le projet de ravitaillement n'étaient qu'une trompeuse illusion.

< Je suppose que l'opération militaire contre les lignes prussiennes ait réussi, et que l'armée de Paris, chargée d'opérer le ravitaillement, soit arrivée à Rouen, ou sur tout autre point lui servant d'objectif; certes, cette concession est grande f

« H lui faudra, en arrivant, trouver les approvisionnements rassemblés, et des moyens de transports suffisants pour les conduire à Paris.

AYBC LI MINISTRE DE Là GUEHRI. 209

« Un calcul simple, pratioue, à la portée de tout le monde, va nous faire connaître, d'une part, le poids de ces denrées ; d'autre part,' les moyens de transport nécessaires. Ce calcul sera basé sur les règles, données pour l'alimentation du soldat et pour les transports aux armées.

c Déterminons d'abord ce qu'il faut d'approvisionnements pour alimenter Paris pendant un seul jour.

< La ration d'un soldat est de :

• Pain 750 grammes

* Viande 300 —

t Légumes secs 60 —

« Sef. ; 16, 6 —

« Sucre 21 —

« Café . . . . f 16 —

t Total 1,163 gr., 6.

« Si on substitue le biscuit au pain, le poids de la ration n'est plus que de 1,063 grammes. Enfin la farine, substituée au biscuit et au pain, réduit le poids de la ration à 945 grammes.

c En multipliant ces trois nombres paf 2 millions, nous avons, en kilogrammes, la quantité de vivres nécessaire pour alimenter pendant tin jour deux millions d'habitants, suivant que la ration se composera de pain manutentionné, de biscuit ou de farine.

« La ration de pain donne, par jour, pour deux millions d'habitants ; 2,326,000 kilogrammes ou 23,260 quintaux métriques.

« La ration avec biscuit ; 2,126,000 kilos ou 21,260 quintaux métriques. La ration avec farine : 1,890,000 kilogrammes ou 48,900 quintaux métriques.

< Je prends pour exemple le ravitaillement fait en farines, qui aurait été de beaucoup le plus favorable pour la réussite des projets du général Trochu.

« Le poids des approvisionnements à transporter est de 18,900 quintaux qui auraient nécessité 18,900 mulets à 100 kilogrammes par mulet, ou 2,700 voitures chargeant 700 kilos par voiture à un cheval, ou enfin 135 bateaux jaugeant chacun 200 tonneaux.

« La longueur de ce convoi de ravitaillement pour un jour, en comptant 8 mètres par voiture, serait de 22 kilomètres sur une seule file, et de 11 kilomètres sur deux files.

« Pour un ravitaillement de quinze jours, il faudrait multiplier par 15 ces quantités, et l'on arriverait alors aux chiffres énormes de 28,350,000 kilogrammes de denrées, ou 283,500 quintaux métriques, demandant pour leur transport 40,500 voitures, occupant sur une nie 324 kilomètres, 81 lieues, et sur deux files 40 lieues ; c'est-à-dire, sur une file, la distance de Paris à Poitiers, et sur deux files une distance plus grande que celle de Paris à Rouen.

1 Si cet énorme convoi était arrivé, on aurait pu manger les chevaux et les mulets, il est vrai, ce qui aurait donné de la viande pour

dix jours ; mais alors un ravitaillement de fourrages était indispensable.

* « Il est bien entendu qu'il n'est pas question de ravitailler Paris en vin et en eau-de-vie, dont on peut se passer, encore moins en fourrages, ce qui compliquerait bien autrement l'opération.

« Comment le gouverneur de Paris, avec son expérience qu'il nous a quelquefois vantée, avait- il pu concevoir la pensée d'un tel ravitaillement ? • •

« Il y avait impossibilité matérielle de réunir une aussi prodigieuse quantité de denrées sur un même point; il y avait impossibilité matérielle de former un convoi composé de 40,500 voitures, nécessitant une même quantité de chevaux ou de mulets pour les traîner.

t Mais si, contrairement à toute prévision, par des efforts inouïs, surhumains, ce convoi avait été organisé et acheminé sur Paris,

Î>eut-on supposer que l'armée allemande l'aurait laissé passer sans 'attaquer, le couper, y mettre le désordre et s'en emparer ? »

M. le général de division d'Anrelle, ex-commandant en chef de l'armée de la Loire.

Le maréchal Vaillant, ministre de la guerre, au général Bizot, commandant le génie à V armée d Orient.

Paris, 23 novembre 4854.

c Le général en chef et le conseil de guerre ont bien fait de ne pas vouloir Tiver un assaut à distance, dans les circonstances exceptionnelles où se trouvait l'armée. U ne faut jamais faire son va4out à la guerre ; et c'était incontestablement le jouer que de vous exposer, avec les forces dont vous pouvez disposer, à venir vous" heurter contre une armée couverte par un bouclier comme celui de l'enceinte sud de Sébastopol, pendant que les Russes seraient immanquablement venus (du plateau de Mackensie) vous attaquer en désespérés par derrière et sur votre flanc. Le siège durera, soit ; peu importe maintenant, ou du moins ce n'est qu'une contrariété ; tandis qu'un revers, dans une pareille situation, pourrait devenir un désastre. •

Instructions données par V empereur Napoléon III au général Forey, appelé au commandement en chef du corps expéditionnaire du Mexique.

Fontainebleau, le 3 juillet 4862.

« Sous le rapport militaire, je n'ai pas besoin de rappeler au général Forey que plus une expédition est lointaine, plus elle doit être conduite avec un mélange bien calculé d'audace et de prudence : c'est-à-dire que partout où l'on n'a pas à lutter contre des obstacles matériels, on peut hasarder des coups de main ; et que partout au

contraire où se rencontrent des fortifications, il faut agir avec la circonspection la plus grande. Un coup de canon au Mexique est cent fois plus précieux qu'en France. Ce crue je blâme absolument dans la dernière affaire de Puebla (combat du 5 mai), c'est d'avoir dépensé mille coups de canon dans une position et à une distance où l'artillerie ne pouvait produire aucun effet. •

• La Junte de Séville (après avoir proclamé la résistance contre Napoléon) envoya quatre officiers d'artillerie aux gouverneurs du camp de Saint-Roch vis-à-vis Gibraltar, de Grenade, de Badajoz et de Cadix. L'un deux, le comte de Thèbe, cadet de la maison de Montijo, apporta le 29 mai 1808 à Cadix les décrets de la Junte suprême. Cette nuit, la ville était en feu. Le marquis del Socorro, après quinze jours d'incertitude, s'était déterminé à exécuter Tordre de Murât qui le renvoyait à Cadix pour prendre le commandement de l'Andalousie, et il était entré la veille dans la ville. Quand on lui avait parlé de combattre les ennemis : « Les voilà les ennemis de l'Espagne », dit Solano en montrant les vaisseaux anglais. La multitude se rassembla, s'arma, pilla l'arsenal. Solano réunit chez lui les chefs de l'armée de terre et de mer, afin de délibérer sur les mesures à prendre pour apaiser le peuple. On promit de faire ce qu'il voudrait : cependant la vue du pavillon français sur l'escadre exaspérait les habitants de Cadix. Le tumulte dura. Le troisième jour qu'il avait commencé, des furieux, conduits par un jeune homme, qui avait été novice dans le couvent des chartreux de Xérès, se précipitent à la porte du gouverneur comme il était à table. La garde fait résistance; les furieux amènent du canon, enfoncent la porte, envahissent la maison. Solano gagne, par une issue secrète, la maison du banquier irlandais Strange, voisine de la sienne. De là il monte sur un toit : un ouvrier le suit ; Solano le saisit et le précipite dans la rue. L'ouvrier gisant, la cuisse cassée, montre du doigt la plate-forme où s'est caché celui que dix mille voix proclament un traître. D'autres assasins accourent, saisissent le malheureux, le frappent de leurs armes, le traînent de rue en rue, et le font expirer, après une lente et cruelle agonje, sur la place de Saint- Jean-de-Dieu.

« Ainsi périt un homme autrefois cher au peuple et à l'armée, et qui aimait sa patrie avec adoration. Il put se tromper, mais son erreur fut celle d'un bon citoyen. Un autre officier général. Don Francisco-Xavier de Castanos, qui n'avait ni les talents, ni l'élévation d'âme de Solano, joua dans cette circonstance un rôle plus honorable ; tant U est vrai que, pour les hommes de guerre, le meilleur parti à prendre dans les révolutions est celui qui respire la haine des étrangers ! Cet officier, commandant "en chef le camp de Saint-Roch, reconnut solennement la Junte de Séville et, en mettant à sa disposition le corps de dix mille hommes qu'il commandait, lui donna l'autorité nécessaire pour être reconnue dans l'Andalousie et dans les provinces du Midi,

et pour exercer une heureuse influence sur les provinces du nord et dans toute la monarchie, >

le général Foy.

« Certes, au milieu de la stupeur dont nous fûmes frappés (le 4 septembre) en apprenant ces déplorables et décourageantes nouvelles (de la capitulation de Sedan), nous étions bien loin de prévoir que les agitations populaires viendraient encore aggraver les malheurs de la patrie. Il n'est point de cause plus dissolvante pour la défense d'un pays que les divisions et l'émeute ; et déjà son triomphe était un fait accompli. De vagues rumeurs commençaient à se répandre dans la petite ville de Marie (que traversait le XIIIe corps dans sa retraite de Mézières sur Paris) ; elles avaient pris leur source, disait-on, au bureau même du télégraphe, et cependant personne n'y voulait croire. Enfin, il fallut se rendre à l'évidence, car la dépêche suivante, datée de Paris à S heures 20 minutes du soir, fut remise au général en chef (Vinoy) :

« La révolution vient de s'accomplir dans Paris. Revenez, avec « votre corps d'armée, vous mettre à la disposition du gouvernement t qui s'établit. •

« Le devoir du commandant en chef était tout tracé : il devait se rendre à l'appel qui lui était adressé. Dans un pareil moment, toute préoccupation politique n'aurait pu être qu'une cause de trouble ajoutée, hélas ! à tant d'autres : l'armée, d'ailleurs, doit toujours y demeurer étrangère. Le général en chef ne pouvait donc qu'obéir au gouvernement de fait qui venait de s'établir. »

M. le général Vinoy, qui commandait alors le XIÏÏ" corps d'armée.

Il est dans l'intérêt bien entendu du Gouvernement de ne pas cacher au pays les revers subis par nos armes, afin de conserver sa confiance. De son côté, le général en chef doit faire connaître au ministre toute l'étendue des pertes, car, sans cette connaissance, comment le Gouvernement peut-il les réparer? Le secret d'ailleurs est impossible à garder, puisque l'ennemi les proclame. Enfin, les projets et dispositions ne doivent jamais être révélés au public, ni la force des troupes ; pour éviter des malentendus à cet égard, le commandant de l'armée soulignera les passages de ses rapports qui pourront être publiés sans inconvénient.

Dans tous les cas, le ministre de la guerre doit être informé le premier des événements militaires.

ÀYIC LE MHIISTIB Dfi hk GUKBJUB. 213

« Si, en entrant en France en 1792, les coalisés eussent montré de la modération et annoncé des intentions pacifiques, on peut croire qu'ils auraient mieux servi la cause qu'ils prétendaient défendre; mais, dans le délire des premiers succès, ils osèrent parler en maîtres, et le seul effet de leur jactance fut de soulever tous les cœurs. Les insolents manifestes du duc de Brunswick achevèrent d'irriter une nation, à laquelle on a bien pu faire porter des chaînes au'on lui cachait sous des fleurs, mais qui est pleine d'honneur et n'enaurera jamais le mépris. Dans son indignation, elle sortit du caractère de générosité qui lui est si naturel, et s'abandonna sans réserve à la conduite de quelques fougueux révolutionnaires qui flattaient sa vengeance. Ces habiles tyrans se hâtèrent de l'associer à leurs crimes ; et par là ils donnèrent à la guerre toute la fureur des ressentiments particuliers. Chaque Français sentit l'injure faite à la nation, comme si elle lui eût été personnelle. En vain tous les politiques de l'Europe présageaient la ruine de la France et nous menaçaient du sort de la Pologne : tous leurs calculs furent renversés par l'énergie d'un Gouvernement qui disposait violemment des passions d'un grand peuple. Cette fois la victoire devait rester, non au plus riche, mais au plus opiniâtre, au plus courageux. Loin de dissimuler ou ^atténuer nos défaites, on les publiait avec éclat ; et les progrès des ennemis n'avaient d'autre effet que d'accroître l'exaltation. »

le chef de brigade LatriUe, contemporain de ees événements,

« En décembre 4813, bien que le public, en France, ne sût pas qu'un jour, à Prague (lors des négociations pendant l'armistice), on avait pu obtenir la plus belle paix, et que par une coupable obstination on en avait laissé passer le moment (ce qui était le secret de Napoléon et de M. de Bassano, intéressés à ne pas s'en vanter, et de

léon, que toujours les alliés avaient voulu la faire avec lui, que c était lai <|ui n'avait jamais voulu la faire avec eux ; et maintenant que le contraire devenait vrai , maintenant que l'Europe enhardie par ses succès, après avoir vainement désiré la paix, ne la voulait plus, et que Napoléon en la désirant était dans l'impossibilité de l'obtenir, l'opinion publique, ne distinguant pas entre une époque et l'autre, l'accusait d'un tort qu'il avait eu et qu'il n'avait plus, l'accusait quand il fallait le soutenir, triste et fatal exemple de la vérité trop longtemps cachée ! Mieux vaut, nous le répétons, en donner connaissance aux peuples à l'instant même, car ils reçoivent alors en leur temps les impressions qu'elle est destinée à produire, et n'éprouvent pas dans un moment les sentiments qu'ils auraient dû éprouver dans un autre. »

M. Thiers

L'empereur Napoléon au ministre de la guerre.

Château de Surville, 49 février 4814.

< La plainte que vous faites, de ne pas connaître les événements de l'armée en même temps que tout le monde, est très-juste. J'ordonne au major général de faire passer par votre canal tous les courriers envoyés soit à l'impératrice, soit au roi Joseph, afin que vous leur portiez vous-même tes dépêches ; cela doit être ainsi. De votre côté, prenez des mesures pour que, dans le cas où vous seriez absent, ces dépêches n'en soient pas moins portées sans retard. Le ministre de la guerre doit être le premier instruit des événements militaires^ *

Le général Pichegru, commandant en chef X armée du Nord, au citoyen PiUe, membre de la commission de V organisation et des mouvements des armées de terre.

5 floréal an n.

« Tu es trop bon militaire pour ne pas sentir l'importance du secret. Par exemple, comment a-t-on pu faire imprimer dernièrement dans le Moniteur la fin de la lettre de Jourdan, qui contenait le projet de ce qu'il allait faire ? Préviens bien tes collègues qu'on ne lise et qu'on n'imprime que les choses faites et jamais les choses à faire. »

Le général Brunet, commandant en chef V armée d? Italie,

au ministre de la guerre.

Sospello, le 2 août 4793.

« La Convention met trop de publicité dans la marche des affaires. N'est-il pas contradictoire que des fonds soient assignés pour être distribués à ceux qui me feront connaître la force des armées ennemies, la quantité et la situation de leurs magasins, le nombre de leurs pièces d'artillerie, l'approvisionnement de leurs places, etc., afin que je puisse combiner les mouvements de l'armée, diriger mes attaques vers les parties faibles ou négligées et tirer avantage de toutes les fautes de l'ennemi, tandis qu'il est permis à chaque département, à chaque district, à chaque municipalité de faire connaître publiquement et en détail tout ce qui lui manque et ce qu'il a à craindre. Si ce genre d'indiscrétions continue, l'ennemi ne cessera d'en profiter, et la République sera exposée à une perte presque inévitable, parce que, plus notre position sera embarrassée, plus nos ennemis redoubleront d'efforts pour nous accabler, et plus leurs coups seront certains.

« Si les généraux ennemis ont des succès, vous rejetterez sur là trahison ou l'impéritie des généraux de la République ce qui n'est que la suite de combinaisons calculées sur la connaissance des localités et de notre pénurie de moyens que les pétitions à la Convention ont rendue publique. Il est un principe incontestable dans Fart de la guerre : c'est que le plan de campagne le mieux combiné, le projet le plus sagement conçu, tournent au désavantage de l'auteur dès que ce plan cesse d'être ignoré de son ennemi. »

ÀVJSG LB MINISTRE DE LA GUULAI. 2io

L'empereur Napoléon au prince Eugène, son beau-file, qui avait perdu la bataille de Sacile.

Enns, 4 mai 4809.

« J'ai passé la Traira et l'Enns. J'ai eu hier un combat à Ebelsberff, où j'ai fait 6,000 prisonniers. Je n'ai point de vos nouvelles depuis Te 23, c'est-à-dire depuis onze jours. Me ne sais rien, si ce n'est par les gazettes autrichiennes. Vous me dites qu'une colonne s'est laissé couper dans le Tyrol, mais vous ne me dites pas quelle était sa force, ni de quels corps d'infanterie et de cavalerie elle était composée. Si vous n'envoyez pas au ministre de la guerre un état de vos pertes, comment peut-il les connaître ? Quant à moi, mes manœuvres sont en l'air, parce que je ne sais où vous êtes, ni ce que vous avez fait, ni ce que vous avez perdu. Le monde ne pourra pas croire que je ne sache pas encore ce que vous avez fait depuis le il avril. Je vous l'ai écrit, depuis, tant de fois, que je suppose, quand vous lirez cette lettre, que je serai à Vienne. Je devrais savoir par vous-même l'état de l'armée ennemie qui est contre vous, et qui va tomber sur mon flanc droit. Comme je suis trop loin pour protéger les Alpes et les départements de la 27e division, ayez soin d'envoyer l'état de vos pertes au ministre de la guerre. Le pire de tout est de pas connaître la vérité. Comment est-il possible au Gouvernement de reparer les pertes, s'il ne les con- «ait pas ? »

U empereur Napoléon au général Clarke, ministre de la guerre.

Schœnbrunn, 24 août 4809.

< Faites connaître au maréchal Jourdan mon extrême mécontentement des inexactitudes et des faussetés qui se trouvent dans ses rapports sur les affaires des 26, 27, 28 et 29 juillet (bataille de Talavera de laReyna) ; que ses dépêches ne me font pas connaître les événements comme ils se sont passés, et que c'est la première fois qu'on se moque ainsi du Gouvernement. Il dit que le 28 on s'était emparé du champ de bataille de l'armée anglaise, c'est-à-dire de Talavera et du plateau sur lequel était appuyée sa gauche, tandis que les rapports subséquents et ceux des officiers disent le contraire et que nous avons été repoussés toute la journée. Faites-lui sentir que cette infidélité envers le Gouvernement est un véritable crime, et que ce crime a manqué d'avoir des résultats funestes, puisque, ayant appris la nouvelle que les Anglais avaient été battus et que dans cette affaire une armée qui n'était que la moitié de nos forces avait suffi pour les chasser, cela allait influer sur mes déterminations, lorsque heureusement j'ai appris à temps que mon armée avait été battue, c est-à-dire qu'elle n'avait pris ni Talavera, ti le plateau ; qu'il pouvait dire dans le journal de Madrid tout ce qu'il voulait, mais qu'il n'a pas le droit de déguiser la vérité au Gouvernement.

« Dans une lettre séparée, vous ferez connaître au maréchal Jourdan

2i6 ABLATIONS BU GÉNÉRAL EN CHE*

que les affaires ont été mal dirigées ; que le maréchal Soult devait venir de Salamanque par Avila sur Madrid, et que les corps ayant marché isolément, dès le 27 ou le 28, la tête serait arrivée ; qu'il aurait fallu pendant ce temps reculer à petites journées et ne donner bataille sous Madrid que lorsque toutes nos forces auraient été réunies ; que la marche au maréchal Soult et de ses trois corps sur Plasencia était dangereuse et surtout inutile : dangereuse, puisque notre armée pouvait être battue à Talavera sans qu'on lui portât secours, et qu'on compromettait ainsi la sécurité de toutes mes armées en Espagne, tandis que les Anglais n'avaient rien à craindre, car en trois heures de temps ils pouvaient se mettre derrière le Tage, et, soit au'ils le repassassent à Talavera, soit qu'ils le repassassent au pont d'AÎmaraz, soit partout ailleurs, ils avaient leur ligne d'opération sur Badajoz à à l'abri ; qu'on a donc compromis mes meilleures troupes et le sort de l'Espagne par ignorance des règles de la guerrre et sans que, en cas de succès, on pût obtenir un résultat; qu'enfin, puisqu'on avait fait l'énorme faute de se diviser en deux armées de 50,000 hommes chacune, que des montagnes et une grande étendue de pays séparaient, on devait au moins ne livrer bataille qu'à peu près en même temps ; or, il était bien évident que le maréchal Soult ne pourrait pas arriver avant le 4 à Plasencia, puisqu'il ne commettrait pas la faute d'y arriver sans le 6* corps, lequel étant à Astorga, ne pouvait tout au plus arriver qu'à cette époque, au lieu que l'autre armée de 50,000 hommes, du côté de Madrid, pouvait manœuvrer et gagner quelques jours sans livrer bataille ; les Anglais certes ne se seraient pas compromis s'ils l'avaient trouvée dans une bonne position; qu'enfin, arrivé devant Talavera, on savait bien qu'on avait l'armée anglaise en présence; on le savait par les prisonniers qu'on avait faits les jours précédents ; il est donc delà dernière absurdité de les avoir attaqués sans les avoir reconnus ; il estait bien évident que, ceux-ci ayant placé leur droite sur Talavera (où se trouvaient les Espagnols, qui, s'ils ne valent rien en plein champ, sont du moins de bonnes troupes lorsqu'ils peuvent se retrancher dans des maisons) et leur gauche sur un plateau, il fallait s'assurer si ce plateau ne pouvait pas être tourné; que cette position de l'ennemi exigeait donc des reconnaissances préalables, et qu'on a conduit mes troupes sans discernement, comme à la boucherie ; qu'enfin, étant résolu à la bataille, on l'a donnée mollement, puisque mes armes ont essuvé un affront et que 12,000 hommes de réserve sont cependant restes sans tirer ; que les batailles ne doivent pas se donner s% l'on ne peut calculer en sa faveur soixante-dix chances de succès sur cent ; que même on ne doit livrer bataille que lorsqu'on n'a plus de nouvelles chances à espérer, puisque de sa nature le sort d'une bataille est toujours douteux ; mais qu'une fois qu'elle est résolue, on doit vaincre ou périr, et que les aigles françaises ne doivent se ployer en retraite que lorsque toutes ont fait également leurs efforts ; que cette manière de conduire mes armées excite d'autant plus mon mécontentement que je sais que le duc de Bellune (Victor) pensait que, si la réserve avait été mise sous ses ordres, il aurait enlevé la position des An-

glais ; qu'il a fallu la réunion de toutes ces fautes pour qu'une armée comme mon armée d'Espagne ait été ainsi bravée par 30,000 Anglais ; mais que, tant qu'on voudra attaquer de bonnes troupes, comme les troupes anglaises, dans de bonnes positions, sans reconnaître ces positions et s assurer si on peut les enlever, on me conduira des hommes à la mort en pure perte.

L'empereur Napoléon au général Clarke, ministre de la guerre.

Schœnbrono, 25 août 4809.

« Vous trouverez ci-joint une relation du général Sébastiani (sur la bataille de Talavera), que le roi d'Espagne m'envoie. Aussitôt que j'aurai reçu celle du duc de Bellune (Victor), qu'il m'annonce, je verrai s'il convient de les faire mettre dans le Moniteur. Vous verrez par la relation du général anglais Wellesley que nous avons perdu vingt canons et trois drapeaux. Témoignez au roi mon étonnement, et mon mécontentement au maréchal Jourdan, de ce que l'on m'envoie des carmagnoles, et que, au lieu de me faire connaître la véritable situation des choses, on me présente des amplifications d'écolier. Je désire savoir la vérité. Quels sont les canonniers qui ont abandonné leurs pièces, les divisions d'infanterie qui les ont laissé prendre ? Laissez entrevoir dans votre lettre au roi que j'ai vu avec peine qu'il dise aux soldats qu'ils sont vainqueurs, que c'est perdre les troupes ; que le fait est que j'ai perdu la bataille de Talavera ; que cependant j'ai besoin d'avoir des renseignements vrais, de connaître le nombre des tués, des blessés, des canons et des drapeaux perdus ; qu'en Espagne, les aftaires s'entreprennent sans maturité et sans connaissance de la guerre ; que, le jour d'une action, elles se soutiennent sans ensemble, sans projets, sans décision.

« Ecrivez au général Sébastiani que le roi m'a envoyé son rapport sur la bataille de Talavera ; que je n'ai point trouvé le ton d'un militaire qui rend compte de la situation des choses, que je n'ai vu que de l'emphase ; que j'aurais désiré qu'il eût fait connaître les pertes et eût présenté un détail précis, mais vrai, de ce qui s'est passé, car, enfin, c'est la vérité qu'on me doit et qu'exige le t)ien de mon service.

c Faites sentir aux uns et aux autres combien c'est manquer au

L'empereur Napoléon au général Clarke, ministre de la guerre.

Schœnbrunn, 40 octobre 4809.

« Je désire que vous écriviez au roi d'Espagne (Joseph Napoléon) pour lui faire comprendre que rien n'est plus contraire aux règles militaires que de faire connaître les forces de son armée, soit dans des ordres du jour et proclamations, soit dans les gazettes; que,

âl& RBLÀTIONS DO GÉNÉRAL EN CHEF

lorsqu'on est conduit à parler de ses forces, on doit les exagérer et les présenter comme redoutables, en en doublant ou triplant le nombre, et que, lorsqu'on parle de l'ennemi, on doit diminuer sa force de la moitié ou du tiers; que, dans la guerre, tout est moral; que le roi s'est éloigné de ce principe lorsqu'il a dit qu'il n'avait que 40,000 nommes et lorsqu'il a publié que les insurgés en avaient 120,000 ; que c'est porter le découragement dans les troupes françaises que de leur présenter comme immense le nombre des ennemis, et donner à l'ennemi une faible opinion des Français en les présentant comme peu nombreux ; que c'est proclamer dans toute l'Espagne sa faiblesse, en un mot, donner de la force morale à ses ennemis et se l'ôter à soi-même ; qu'il est dans Vesprit de l'homme de croire qu'à la longue le petit nombre doit être battu par le plus grand,

< Les militaires les plus exercés ont peine, un jour de bataille, à évaluer le nombre d'hommes dont est composée l'armée ennemie, et, en général, l'instinct naturel porte à juger l'ennemi que l'on voit plus nombreux qu'il n'est réellement. Mais, lorsque Ton a l'imprudence de laisser circuler des idées, d'autoriser soi-même des calculs exagérés sur la force de l'ennemi, cela a l'inconvénient que chaque colonel de cavalerie qui va en reconnaissance voit une armée, et chaque capitaine de voltigeurs, des bataillons.

< Je vois donc avec peine la mauvaise direction que Ton donne à l'esprit de mon armée d'Espagne, en répétant que nous étions 40,000 contre 120,000. On n'a obtenu qu'un but par ces déclarations : c'est de diminuer notre crédit en Europe, en faisant croire que notre crédit ne tenait à rien, et on a affaibli notre ressort moral en augmentant celui de l'ennemi. Encore une fois, à la guerre, le moral et l'opinion sont plus de la moitié de la réalité. L'art des grands capitaines a toujours été de publier et faire apparaître à l'ennemi leurs troupes comme très-nombreuses, et, à leur propre armée, l'ennemi comme très-inférieur. C'est la première fois qu'on voit un chef déprimer ses moyens au-dessous de la vérité, en exaltant ceux de l'ennemi.

« Le soldat ne juge point; mais les militaires de sens, dont l'opinion est estimable et oui jugent avec connaissance des choses, font peu d'attention aux ordres du jour et aux proclamations, et savent apprécier les événements.

• J'entends que de pareilles inadvertances n'arrivent plus désormais, et que, sous aucun prétexte, on ne fasse ni ordre du jour, ni proclamation qui tendrait à faire connaître le nombre de mes armées; j'entends même qu'on prenne des mesures directes et indirectes pour donner la plus haute opinion de leur force. J'ai, en Espagne, le double et le. triple, en consistance, valeur et nombre, des troupes françaises que je puis avoir en aucune partie du monde. Quand j'ai vaincu à Eckmûhl T armée autrichienne, j'étais un contre cinq , et cependant nos soldats croyaient être au moins égaux aux ennemis ; et encore aujourd'hui, malgré le long temps qui s'est écoulé depuis que nous sommes en Allemagne, l'ennemi ne connaît pas notre véritable force. Nous nous étudions à nous faire plus nombreux tous les jours. Loin

àVèc le ministre de là guerre. 219

d'avouer que je n'avais à Wagram que 100,000 hommes, je m'attache a persuader que j'avais 220,000 hommes. Constamment, dans mes campagnes en Italie, où j'avais une poignée de monde, j'ai exagéré ma force. Cela a servi mes projets et n'a pas diminué ma gloire. Mes généraux et les militaires instruits savaient bien, après les événements, reconnaître tout le mérite des opérations, même celui d'avoir exagère le nombre de mes troupes. Avec de vaines considérations, de petites vanités et de petites passions, on ne fait jamais rien de grand. »

Washington au général d'artillerie Henri Knom.

Mount-Vernon, 26 décembre 4786.

« Les journaux ne flattent un instant nos espérances que pour rendre la douleur de l'instant suivant plus poignante et plus amère. >

L'empereur Napoléon au ministre de la police.

Lulzen, 2 mai 4843.

« Gomme tous les articles de journaux qui parlent de l'armée sont faits sans tact, je crois qu'il vaut beaucoup mieux qu'ils n'en parlent pas, d'autant plus qu'on sait que ces articles sont faits sous l'inspiration de la police. C'est une grande erreur que de s'imaginer qu'en France on puisse faire entrer les idées de cette façon ; il vaut mieux laisser aller les choses leur train. Je vois, dans le journal du 28 , des articles de M ayence et de Westphalie ; j'en vois dans d'autres journaux : ils sont tous faits dans un bon esprit, mais ils sont maladroits. Ces articles font du mal à l'opinion et pas de bien ; c'est vérité et «implicite qu'il faut Un mot : telle chose est vraie, ou n'est pas vraie, suffît. »

V empereur Napoléon au général Savary, ministre de la police générale,

à Paris.

Château de Sarville, 49 février 4844.

et Les journaux sont rédigés sans esprit. Est-il convenable, dans le moment actuel, d'aller dire que j'avais peu de monde , que je n'ai vaincu que parce que j'ai surpris l'ennemi, et que nous étions un centre trois ? 11 faut, en vérité, que vous ayez perdu la tête à Paris pour dire de pareilles choses, lorsque moi je dis partout que j'ai 300,000 hommes, lorsque l'ennemi le croit et qu'i] faut le dire jusqu'à satiété. J'avais formé Un bureau pour diriger les journaux ; ce oureau ne voit donc pas ces articles ? Voilà comme , à coups de plume, vous détruisez tout le bien qui résulte de la victoire! Vous pourriez bien vous-même lire ces choses-là, savoir qu'il n'est pas ici question d'une vaine gloriole, et qu'un des premiers principes de la guerre est d'exagérer ses forces et non pas de les diminuer. Mais comment faire comprendre cela à des poètes qui cherchent à me flatter et à flatter

ââO RELATIONS DU GÉNÉRAL EN CHEF

l'amour-propre national, au lieu de chercher à bien faire? Il me semble que ces objets ne sont pas au-dessous de vous, et que, si vous vouliez y donner quelque attention, de pareils articles , qui ne sont pas seulement des bêtises, ne seraient jamais imprimés. Au moins, si on ne voulait pas dire que nos forces sont immenses, fallait-il ne rien dire du tout. •

L'empereur Napoléon au roi Joseph, son frère.

Bourg des Noës, 24 février 4844.

< Les journaux ne sont pas l'histoire, pas plus que les bulletins ne sont Vhistoire. On doit toujours faire croire à son ennemi qu'on a des forces immenses.

Wellington au comte de Liverpool, secrétaire d'État.

Badajoz, %\ noiembre 4809.

c Je me permets d'appeler votre attention sur les articles, insérés dans les journaux anglais, qui décrivent fréquemment la position, Fefîectif de nos armées, tant en Espagne qu'en Portugal, ainsi que le plan de leurs opérations et les moyens d'exécution.

< Plusieurs fois les journaux anglais ont annoncé exactement, nonseulement quels étaient les régiments placés à tel ou tel endroit, mais même le nombre d'hommes présents sous les armes dont chaque régiment se composait. Ces renseignements sont parvenus à la connaissance de l'ennemi en même temps que j'en étais informé , dans an moment où il était essentiel qu'il ne le sût pas.

< Les journaux ont récemment donné la description de la position défensive occupée par les différents corps anglais et portugais, et c'est bien certainement par cette publication que l'ennemi en a en connaissance pour la première fois. Je joins à ma lettre un article publié depuis peu, qui révèle la ligne d'opérations que je suivrais dans une circonstance donnée, les préparatifs faits dans cette prévision et l'emplacement de mes magasins.

< Il n'est pas nécessaire de rechercher l'origine de ces informations ; mais si les rédacteurs désirent réellement que les armes an-

flaises réussissent dans leurs opérations, ils cesseront de donner ces étails au public, car ils n'ignorent pas que leurs feuilles sont lacs par l'ennemi, et, plus leurs informations sont exactes, plus ils font de tort à nos armes et plus ils rendent de services à l'ennemi en les divulguant.

< Vous êtes à même, plus que personne, de juger quelles sont les mesures à prendre, s'il y a lieu, pour empêcher la publication de semblables renseignements. Quant à moi, je ne puis que vous affirmer qu'elle augmente singulièrement les difficultés de toutes nos opérations militaires ici. »

Au comte de Liverpool, secrétaire (TÉtat.

Elvas, 23mai 48H.

« Dorénavant, si vous me le permettez, dans les dépêches que je vous adresserai, je marquerai en marge, au crayon, les passages qui, h mon avis, ne doivent pas être publiés, afin que l'ennemi n'ait point connaissance de détails qui lui seraient utiles , et je laisserai à votre appréciation le soin d'omettre dans la publication du reste ce qui ne doit pas être connu du public. » Wellington.

Wellington au marquis de Wellesley, son frère.

Elvas, le 42 mare 4842..

« Vous connaissez la grande opération que je vais commencer. Si je réussis, l'Espagne aura une nouvelle chance d'être sauvée. Je réussirai certainement, à moins que cette admirable institution des journaux anglais, si utile à Napoléon, ne lui donne l'alarme et ne l'induise à envoyer à ses maréchaux l'ordre de concentrer leurs troupes pour arrêter ma marche. •

Le baron de Thugut, directeur général au ministère des affaires étrangères (depuis premier ministre), au comte de CoUoredo, grand chambellan de V empereur d'Autriche.

Ce40noTembre4793.

« Il ne convient pas au (général en cfyef) prince de Cobourg de faire part à qui que ce soit de sa correspondance particulière avec Sa Majesté. Je suis bien sûr que, du temps de l'empereur Joseph II, un général d'armée qui en aurait usé de même avec sa correspondance particulière avec l'empereur aurait été mal reçu. »

L'empereur Napoléon à M. Fouché, ministre de la police.

Finkenstein, 43 avril 4807.

« Quant aux lettres que quelques officiers pourraient écrire (de l'armée), il faut se figurer que l'on ne sait pas plus ce qui se fait dans une armée que ceux qui se promènent dans le jardin des Tuileries ne savent ce qui se passe dans le cabinet. Ensuite le plaisir de se vanter et d'exagérer le danger que l'on a couru porte à l'exagération. »

« Peu après le milieu du mois de février 4862, je fus appelé à Richmond par M. Jefferson Davis (président des Etats confédérés), qui désirait conférer avec moi sur un sujet dont le secret était, disaitil, tellement important à garder qu'il n'osait le confier au papier ni au courrier. Je quittai donc mon quartier général, et arrivai à Richmond le 20, assez à temps pour me présenter au bureau du Président, deux heures avant midi. Le cabinet était en séance, et on m'intro-

222 MJLÀTIOffS DU afortRIL EN CUBE

duisit. Le Président expliqua qu'il m'avait fait venir pour discuter la question s'il ne conviendrait pas de retirer l'armée sur une position moins proche de Washington et par conséquent moins exposée. Je répondis que, quoique je jugeais nécessaire de retirer notre armé» de Centreville avant l'invasion que préparait Mac Clellan, à laquelle il fallait s'attendre dès que la saison et l'état des routes permettraient aux armées de se mouvoir, cependant on ne pouvait procéder en ce moment à l'évacuation sans exposer les troupes à d'horribles fatigues et sans sacrifier beaucoup de matériel, y compris les bagages, vb l'état actuel des chemins. Pour ces raisons, je proposai donc de différer la mesure jusqu'à la fin de l'hiver, car nos chevaux d'artillerie n'auraient même pas pu en ce moment tirer de la boue les pièces ni les caissons. Une longue discussion s'ensuivit sur la manière de retirer nos pièces de gros calibre qui commandaient la navigation du Potomac à Evanspprt, discussion qui prolongea la séance jusqu'au coucher du soleil. Elle se termina sans rien arrêter de précis, mais il fut entendu que je porterais l'armée en arrière dès que la mesure serait praticable.

« La discrétion la plus absolue devait être gardée sur le sujet de cet entretien. Mais, en regagnant directement mon hôtel après avoir quitté le bureau du Président, je rencontrai le colonel Pender, qui revenait de congé et me demanda si je connaissais le bruit qui circulait dans l'hôtel, que le cabinet venait de discuter la, question de retirer l'armée des lignes qu'elle occupait. Le jour suivant, en retournant à Centreville, un ami me donna la même nouvelle qu'il tenait, me disait-il, de la veille au soir ; or, il était trop sourd pour entendre ce qu'on ne lui aurait pas corné aux oreilles.

< Cette preuve extraordinaire d'indiscrétion de la part des membres du cabinet aurait dû déjà révéler le danger qu'il y a à faire connaître à ce comité toute affaire qui doit être tenue seçrèfe. >

M. le général Johnston, qui commandait alors Tannée de la Virginie du Nord.

" Le gfoéiral en chef de, ïarmee d'Orient au ministre de la guerre. Au quartier général devant Sébastopol, je 41 npv, 4854-

« Je viens de lire dans le Moniteur mon rapport in extenso du 13 octobre. Il y a là pour l'ennemi des indications utiles; dans tous les cas, il lui est possible d'en déduire l'ensemble du programme d!attaque que nous avons conçu ; et c'est une occasion pour moi de renouveler les réflexions que je vous ai présentées à ce sujet dans une lettre antérieure.

Il n'en est pas d'un siège, qui est une, opération suivie et souvent de longue haleine, comme d'une action de guerre, dont tous les détails peuvent être publiés, parce qu'ils constituent une série de faits accomplis qui nç peuvent plus avoir d'influence sur les opérations ultérieures. Dans un siège, au contraire, et surtout un siège comme celui-ci, tout se tient ; et je regrette, par exemple, que l'ennemi apprenne par

AVEC H MINI8T1B DB ta GUERRE. 223

nous-mêmes que notre intention est de relier nos travaux d'attaque à ceux de l'armée anglaise : d'où il doit conclure à l'éventualité d'un double assaut par les deux armées. Or, jusqu'à présent, la marche clés travaux de nos alliés, beaucoup moins avancés que les nôtres, avait dû faire admettre à la garnison qu'ils ne constituaient qu'une fausse attaque, et que les efforts réunis des deux armées se concentreraient, à un moment donné, de notre côté.

En général, dans le cours de cette campagne, les publications officielles ont souvent été aussi nuisibles à nos affaires que les nouvelles officieuses et appréciations de toute nature répandues dans le journalisme. Je citerai pour nouvel exemple là publication du rapport de l'intendant Blanchot sur l'opération de Crimée. Il a fait connaître à l'ennemi, avec une exactitude désespérante, le fort et le faible de nos approvisionnements de toute espèce ; et les faits prouvent que certaines de ces indications, comme celle relative à notre pénurie de foin, n'ont pas été perdues pour lui. »

Au major général Halleck.

Quartier général de l'armée du Missisiipi. Du camp du Chattahoochee, 7 juillet 4864.

« Pries M. Stanton, le ministre de la guerre, de ne point publier la substance de mes dépêches ; car alors elles sont connues à Hichmond en un jour, et aussitôt les autorités sécessionnistes les télégraphient à leur général à Atlanta. Les journaux d'Atlanta contiennent des nouvelles de Washington plus fraîches que celles que je reçois par Nashvilie.

a Un silence absolu sur les opérations militaires est la seule règle prudente à suivre. Forçons le public à apprendre la patience et le sens commun. »

Le général en chef Sherman.

le préfet du Bas-Rhin au ministre de la guerre, à Paris.

Schelestadt, le 49 septembre 4870.

« Le Messager de, Paris du 15 publie la dépêche du général Ulrich. Il est insensé de la publier. >

« Depuis que le Parlement, en Angleterre, s'est montré, en matière de production de documents diplomatiques, plus exigeant et plus susceptible qu'il ne convenait aux ministres, un usage déplorable s'est introduit : celui de parer, par une correspondance « privée», aux inconvénients de la correspondance officielle. Tout ce que le gouvernement désire soustraire a la publicité et à la discussion, il se le fait écrire par ses agents dans des lettres privées, et n'admet dans la correspondance officielle destinée à être mise sous les yeux du Parlement,

que ce qu'il juge de nature à ne pas l'exposer à une controverse gênante. »

M. Louis Blanc.

Extrait d'un discours prononcé le 22 avril 1869, dans le Parlement de la confédération de V Allemagne du Nord, pari k chancelier, M. de Bismarck.

« Un gouvernement qui, tout au moins, va trop loin dans ses publications (diplomatiques), s'expose à ce qu'aucun des autres gouvernements ne lui fasse plus de communications, si ce n'est celles qu'ils pourraient tout aussi bien et à la même heure imprimer dans leur Journal officiel* On devient donc muet vis-à-vis d'un tel gouvernement, et ce silence, bien loin de fortifier les bonnes relations, de développer les germes de la confiance existante, les étouffe plutôt irréparablement. Si, comptant sur la discrétion d'un gouvernement, chez qui j'ai pu supposer un même intérêt que le nôtre, je suis exposé à ce que la communication que je lui aurais faite soit livrée à la publicité, ou même altérée et arrangée en vue de certain but, ou seulement transmise à quelque cabinet étranger ; assurément avec un gouvernement de cette sorte je puis bien me brûler les doigts une fois, mais non pas deux.

< C'est pourquoi, l'usage des Livres Bleus (Blue Books) est à mes yeux une véritable incommodité, et je crois qu'il exerce sur les rapports diplomatiques une influence peu favorable aux bonnea relations des peuples entre eux. En Angleterre, les publications de ce genre sont faites avec le tact que l'on acquiert par une longue expérience. Il n'en est pas moins vrai que, dans les emplois diplomatiques qu'autrefois j'ai remplis à l'étranger, je me souviens de maintes circonstances où, malgré sa discrétion traditionnelle, le gouvernement anglais donna lieu à des plaintes parce qu'il était allé, dans son Livre Èleu, plus loin que n'eussent voulu les gouvernements aux communications desquels il devait se référer en ce livre, bien que ces communications fussent d'ordinaire sous la forme d'explications verbales données par les agents des gouvernements; car il n'est pas d'usage jusqu'à ce jour de publier les dépêches des cabinets étrangers, sans qu'ils y aient consenti. »

Le ministre de la guerre a pour rôle essentiel de préparer l'armée à la guerre et de la doter pendant les opérations de tout ce qui lui est nécessaire ; comme administrer c'est prévoir, c'est dans la prévoyance des besoins de toute nature et dans la préparation des moyens qu'il faut chercher le germe de la victoire ou de la défaite.

Rien n'est plus coûteux que la défaite : il est donc d'une véritable économie de ne reculer devant aucun sacrifice pour s'assurer le succès final, et de forcer le pays à persévérer dans la lutte jusqu'à la dernière extrémité.

Lecitoyen Buonaparte, commandant VartiUeriê de r armée devant Toulon,

au Comité de salut public.

4 brumaire an h.

« Les trois quarts des hommes ne s'occupent des choses nécessaires que lorsqu'ils en sentent le besoin ; mais justement alors il n'est plus temps. »

Washington au général d'artiUerie Knox.

Mount-VernoD, 8 mars 4787.

c Un des inconvénients, et ce n'est peut-être pas le moins considérable, des gouvernements démocratiques, c'est qu il faut toujours que le peuple sente avant de consentir à voir. Quand cela arrive enfin, il est disposé à agir. Il en résulte que les gouvernements de cette espèce sont toujours lents. »

c Les peuples ne veulent jamais qu'une chose à la fois. Rien de si imprévoyant que la voix publique; elle rapporte toujours tout au présent, jamais à l'avenir. »

Le général Foy.

Frédéric II à Voltaire.

Meissen, le 42 mai 4760.

€ Votre nation est, de toutes celles de l'Europe, la plus inconsé quente. Elle a beaucoup d'esprit, mais point de suite dans les idées. Voilà comme elle parait dans toute son histoire.

< Il faut que ce soit un caractère indélébile qui lui est empreint. Il n'y a d'exceptions, dans cette longue suite de règnes, que quelques années de Louis XIV. Le règne de Henri IV ne fut pas assez tranquille ni assez long pour qu'on en puisse faire mention. Durant l'administration de Richelieu, on remarque de la liaison dans les projets et du nerf dans l'exécution ; mais, en vérité, ce sont de bien courtes époques de sagesse pour une aussi longue histoire de folies. »

Extrait de V exposé du gouvernement prussien, par Frédéric IL

« II est évident que la politique, le militaire et les finances sont des branches si étroitement liées ensemble, qu'elles ne sauraient être séparées. Il faut les mener de front, et de leur combinaison, assujettie aux règles de la bonne politique, résultent les plus grands avantages pour les Etats. En France, il y a un roi qui dirige chaque

226 BVUTfOlfS DU (H6NÉBÀL EST CH*F

branche à part : c'est le ministre qui préside, soit aux finances, soit à la guerre, soit aux affaires étrangères ; mais le point de ralliement manque, et ces branches, n'étant pas réunies, divergent ; et les ministres ne sont chacun occupés que des détails de leur département, sans que personne réunisse à un but fixe l'objet de leurs travaux. Si pareille chose arrivait dans est Etat (la Prusse), il serait perdu- *

Extrait tfun discours prononcé le 4 novembre 4871, par M. le prince de Bismarck, dans le Parlement allemand.

* De l'utilité d'un trésor de guerre je n'ai point, il me semblera parler ici : les événements de la dernière guerre ayant, selon moi, parlé eux-mêmes à cet égard plus haut, plus éloquemment et d'une manière plus convaincante que personne dans cette assemblée ne pourrait le faire. Je veux seulement faire ressortir ce fait que, si nous n'avions pas eu un trésor d'Etat, — et déjà mon collègue, le ministre des finances, l'a démontré dans la dernière séance, t— nous n'eussions positivement pas été en situation de gagner les quelque? jours qui suffisaient pour couvrir la rive gauche du Rhin, bavaroise et prussienne, contre l'invasion française. Si nous n'avions pas eu le trésor d'Etat, les hostilités eussent commencé sur le Rhin : nous aurions dû déboucher des places fortes rhénanes et reprendre la rive (gauche) du Rhin aux Français, que ceux-ci auraient peut-être pu envahir e| franchir jusqu'à Francfort en ayant eu le temps d'y vivre à discrétion avec leurs turcos et autre canaille.

— « A mon avis, ceux-là fondent leurs calculs sur une politique bien inhabile et entraînant une grave responsabilité, gui admettent que l'empire d'Allemagne, en certaipes circonstances, vis-à-vis d'une attaque qui serait préparée contre lui, peut-être par une coalition supérieure en forces, peut-être par telle puissance isolément, pourrait attendre tranquillement que le meilleur moment d'attaquer et le plus propice semblât être venu pour son adversaire. En pareil cas, c'est le devoir du gouvernement, — et la nation a le droit de uri demander, — que, si une guerre réellement ne peut être évitée, il choisisse lui-même pour la faire le moment où, pour le pavs, pour la nation, elle peut être faite avec les moindres sacrifices et le moindre danger. »

Wellington, à son frère le marquis de WeUesky.

Au camp devant Badajoz, le $0 mars 4842.

« En vérité, cette république qu'on appelle un Conseil des ministres est bien peu du goût d'un homme qui a de grandes vues. Je crois que le gouvernement ne se rend pas compte des difficultés qui m'assiègent constamment faute d'être pourvu des moyens de toute espèce qui me font défaut, ni des expédients auxquels il me faut avoir constamment recours pour parer à ce* qui manque. Je ne suis peut-être pas un juge compétent des ressources de l'empire britannique, mais

je suis convaincu que si la Grande-Bretagne avait, pour la guerre de la Péninsule, fourni aussi généreusement, je ne dirai pas avec autant de prodigalité, les moyens de toute espèce comme elle Ta fait dans tant d'autres guerres, ses affaires auraient été sur un bien meilleur pied. »

< Le temps approche où, par suite du régime constitutionnel et de l'influence de la démocratie dans les sociétés, la prévoyance, une politique à longue échéance seront considérées comme des titres fâcheux pour un homme d'Etat, parce qu'aucun ministre n'osera porter ses vues au delà du cercle où se renferment les aspirations de ses partisans.

« Déjà. Ton peut observer que les questions les plus difficiles ne sont plus étudiées à fond. Une sorte de scepticisme envahit à leur insu les esprits un peu énervés des ministres par les affaires courantes, et les hommes d'Etat sont entraînés à confondre l'art- de résoudre les questions avec celui de les éluder. •

M. de Parleu, ancien ministre.

L'empereur Napoléon au vice-amiral Decrès, ministre de la marine.

Milan, 47 prairial an un.

« il me semble que voua n'avea pas l'esprit asses exclusif pour une ffFaqde opération, C'est un défaut dont il faut vous corriger, car c'est là l'art des grands succès et des grandes affaires. ?

* La responsabilité la plus lourde incomhe aux hommes d'Etat qui, au début des préparatifs d'une guerre ou pendant leur exécution, tiennent à distance le général en chef, ou qui{ durant le cours de la guerre, prennent derrière son dos des résolutions ou contractent des engagements que l'armée doit ensuite réaliser. L'action du général en chef se trouve en grande partie paralysée s'il est appelé trop tard* ou s'il n'est pas appelé du tout à prendre part aux préparatifs de la guerre : le meilleur plan de campagne peut par là devenir inexécutable ; car aujourd'hui, avec les masses immenses à mettre en mouvement, tout dépend de la première direction, et c'est dans la préparation de la guerre qu'il faut chercher le germe de la victoire ou de la défaite. » '

S. A. I. l'archiduc Albert.

L'empereur Napoléon au vice*amiral Decrès, ministre de la marine.

Camp de Castiglione, 24 prairial an un.

« La moindre chose qu'on puisse exiger de l'administration (d'un ministère), c'est que les soldats se battent à armes égales (avec l'ennemi) ; c'est le premier devpir du ministre, et rien ne le Justine de ne

Î>as le remplir ; n'avons-nous pas assez de désavantages sans celui de 'armement? Quant au si et au mais, cela ne le justifie pas. Un administrateur n'est pas responsable des événements. Un ministre n'est justifiable de rien : il doit réussir ; il n'y a pas pour lui d'autre règle. »

L'empereur Napoléon au général Dejean, ministre directeur de P administration de la guerre.

Saint-Cloud, 34 mai 4 806.

« Les Russes ont des obusiers d'une forme particulière et qui portent très-loin ; il sera bon de faire observer avec attention ces obusiers ; car il ne faut laisser à V ennemi aucun avantage, même d'opinion; et le soldat est toujours frappé lorsqu'il voit que les armes de l'ennemi,

surtout si éloigné, vont plus loin que les siennes. »

Rapport du général de cavalerie Prêtai à la commission de la Chambre des pairs sur le projet de loi relatif au recrutement de V armée.

Mars 4843.

«c Quant à moi, je suis si profondément pénétré de l'importance de l'infanterie, je trouve que cette arme exige un si grand nombre de qualités toutes spéciales, que je ne crains pas d'avancer, en dépit de toutes les opinions contraires, qu'il faut moins de temps pour avoir un bon canonnier, un bon cavalier, un bon sapeur, que pour obtenir un fort, un vigoureux et imperturbable soldat d'infanterie.

« Il n'y a rien de paradoxal dans cette assertion. Le fantassin ne marche- t-il pas des journées, des nuits entières, accablé sous le poids de ses armes, de ses munitions de guerre et de bouche, de ses effets d'habillement et d'équipement ? N'est-il pas obligé de camper, de bivouaquer et d'attendre sa part de vivres toujours insuffisante et souvent nulle ? Moins favorisé que les autres armes, n'est-il pas contraint fréquemment, et alors qu'il est déjà épuisé de fatigue, d'aller chercher au loin, quelquefois en vain, ses moyens de subsistance ? Si Ton considère ensuite qu'après les marches forcées il doit combattre et attendre de sang-froid, dans son rang, sous le feu le plus meurtrier, l'instant de franchir des obstacles, de gravir un terrain escarpé pour aller affronter l'ennemi, on reconnaîtra du moins, avec moi, qu'il faut à ce soldat la force de corps qui ne se développe qu'à un certain âge, la patience qui ne s'acquiert qu'à la longue, et enfin cette confiance en soi, source du vrai courage, confiance calme, raisonnée, fruit de longues et dures épreuves, résultat d'une expérience qui ne peut s'acquérir soudainement.

« Ainsi, d'après ces seules considérations, on est déjà forcé de convenir qu'il faut à l'infanterie des hommes faits, qui aient acquis, dans les pratiques du service, un caractère véritablement militaire.

« Ce qui se passe aujourd'hui sous nos yeux vient encore corro-

borer celte vérité : ce ne sont point les soldats d'artillerie, du génie, de la cavalerie, — ce sont les soldats d'infanterie qui succombent en Afrique et y encombrent les hôpitaux. Pourquoi en est-il ainsi ? — Parce que la plupart de nos fantassins ne sont ni hommes ni soldats. « En pourrait-il être autrement lorsque la cavalerie, l'artillerie, le génie, le train des équipages absorbent tous les hommes de taille ? qu'on en donne plus de vingt mille à des services qui ne recevaient, sous la République, sous l'Empire et jusque dans ces derniers temps, que des- hommes d'une taille ordinaire? en sorte qu'il ne reste à V infanterie que la partie la plus faible du contingent, que des jeunes gens qui n'arrivent à l'état d'homme fait que trois ou quatre ans après leur entrée au service ; car il est reconnu que le contingent de 60 de nos départements offre des hommes qui n'arrivent à l'âge viril qu'à 24 ans. Les choses en sont venues à ce point qu'aujourd'hui l'infanterie trouve à peine des grenadiers de cinq pieds un pouce; et les grenadiers ne sont pas pour elle une affaire de luxe.

< 11 n'est pas d'armée en Europe où la taille de l'infanterie soit aussi faible, et où, par conséquent, les hommes ne soient d'une plus forte constitution. Si notre élan, notre intelligence et notre courage peuvent être une compensation, c'est alors, et seulement alors, que l'excès des fatigues ne les surmonte pas. S'en remettre à la valeur de trop jeunes soldats, à l'esprit national, c'est oublier les causes les plus réelles de nos désastres, c'est refuser à la constitution physique du soldat l'action qui lui appartient indépendamment des impressions morales.

< La ruine des nations conquérantes a toujours été la conséquence de la ruine de leur infanterie. •

< On dit proverbialement que < l'infanterie est la reine des batailles». C'est une vérité qu'aucun homme de guerre ne contestera, mais dont l'expression vague et poétique veut être précisée. L'infan* terie est tout à la fois Y agent principal du combat et le point d'appui de tous les autres agents du combat. Si elle avance, faisant plier devant elle les lignes qui lui sont opposées et occupant successivement leurs positions, c'est la victoire acquise. Si elle conserve son terrain, tenant ferme et luttant sans regarder en arrière, c'est la victoire encore incertaine, qu'une manœuvre heureuse et un dernier effort peuvent fixer. Si, dominée par les événements, elle recule et recule encore, hors d'état de profiter des points d'appui que le champ de bataille lui offre pour faire tête et reprendre l'offensive, c'est la d£ faite qui s'annonce.

• « Ainsi, la contenance de l'infanterie règle, sur le champ de bataille, le degré d'avancement de la crise, en même temps que le niveau du moral et des espérances de la masse entière. Quelle grande mission t

« Et, cette mission du moment remplie, l'infanterie rencontre sa tâche permanente, qui est de cheminer tous les jours sous la charge pesante, d'exécuter tous les grands travaux, de veiller le jour et la

nuit à la sûreté de tous» de prêter ses auxiliaires à toutes les armes et à tous les services,

« Je crois, avoir justifié la définition que j'ai donnée du rôle de l'infanterie à la guerre. Elle est l'instrument de la force et de (a durée* Comment cependant l'infanterie de ligne (en France), eelle qui forme la grande masse et qui a besoin de tant de puissance, est-elle constituée ? Par ce qu'on pourrait appeler : les reliquats des contingents annuels! »

M. le général de division Trocbu.

JSxtrqit d'un discours dv duc de Wellington m Parlement anglais.

iO janvier 4838.

« Milords, je vous supplie, et je supplie le Gouvernement de ne pas oublier qu'un grand pays comme le nôtre ne peut avoir de petite guerre. Il faut comprendre que si nous entrons en opérations, nous devons le faire avec un tel développement de moyens, de telle manière et avec une détermination tellement résolue d'arriver au but final que nous devons atteindre, que nous soyons certains de voir nos opérations réussir, et cela le plus promptement possible. *

Le général Thièbault au ministre de la guerre.

Vitoria, le 8 septembre 4842.

« Oh a presque toujours caché la vérité sur ce qui concernait l'Espagne, et cette malheureuse manie a fait que les. mesures ont toujours été insuffisantes. »

« En 4808, 40,000 hommes de plus, de meilleures troupes, et une meilleure direction évitaient la défaite du général Dupont à Qaytan, et prévenaient cette horrible guerre.

« En 1809, 20,000 hommes de plus mettaient le maréchal Soult à même d'aller à Usboime, chassaient les Anglais de, la Péninsule et la leur fermaient,

< En 4810, 40,000 hommes de plus faisaient réussir l'expédition du maréchal Masséna en Portugal ; et aujourd'hui 80,000 hommes nous remettraient à peine en mesure.

« Ainsi, et sans compter ce que nous avons perdu depuis, 80,000 hommes ne feraient pas aujourd'hui en Espagne ce que 40,000 hommes 'auraient fait il y a 2 ans, 20,Q00 il y a 3 ans, et 40,000 il y a 4 ans : remarque digne de quelque attention et qui prouve quelle sollicitude mérite toute guerre dont les peuples se mêlent, et combien sont cri-r minels les hommes qui, pour se faire momentanément valoir, sont cause qu'on traite au début avec mépris leur résistance. »

« Lorsqu'il s'agit d'opérations lointaines, nos pères donnaient pour base à leur préparation ce principe, fruit de l'expérience, et qui a ca-

ÀYIC LK MINISTRE DE LÀ GUBBJU. 234

vaetèf a absolu ! Les difficultés et les risque» d'une guerre sont, abstraction faite de toute autre considération, directement proportionnels à la distance où on la fait. Et tous leurs calculs d'effectifs, de matériel et de renouvellement de matériel, reposaient sur cette donnée jugée fondamentale. Des opérations dont le théâtre était relativement rapproché de notre territoire, comme l'expédition d'Egypte ou l'expédition d'Alger, motivaient une préparation minutieuse et trèsrétudiée de dix-huit mois à deux ans, et généralement les effectifs et moyens réunis pour commencer l'entreprise suffisaient à la mener à fin*

« Aujourd'hui, dans la pensée qui est naturelle, mais qui est loin d'être absolument juste, que tout effort peut et doit se réaliser ayec la vitesse de l'électricité et de la vapeur, on admet que quelques semaines suffisent à préparer des opérations de guerre dans des contrées le plus souvent peu connues, qu'on étudie sommairement et qui sont à plusieurs milliers de lieues de nous 1 Les mécomptes, quand il s'en produit, sont terribles. On peut les mesurer par cette observation significative, queues effectifs et moyens qui terminent ces opérations, sont généralement grossis au point d'être hors de toute proportion avec les effectifs et les moyens qui les avaient commencées (Grimée, Mexique). »

M. le général Trochu.

Le maréchal Bugeaud, gouverneur général de l'Algérie,

au ministre de la guerre,

Ben-Haroun, le H février 4848.

* Je ne veux pas répondre officiellement au passage de votre dépèche du 6 janvier, dans lequel vous me dites : « Quant à envoyer dans cette province (celle de Gonstantine) un régiment de plus, la chose me serait absolument impossible. »

c Vous cherchez à prouver l'impossibilité dont il s'agit par les embarras qu'a causés l'envoi des derniers renforts, lors de l'insurrection et de l'apparition d' Abd-el-Kader ; et vos embarras sont encore tels que vous serez obligé de demander aux Chambres l'augmentation de la gendarmerie. Vous ne savez plus comment subvenir aux besoins de l'intérieur; et, par besoins, vous n'entendez pas parler des prétentions des localités. Enfin vos soldats n'ont qu'une nuit dans leur lit sur trois ; ce qui est assurément déplorable.

« Voilà hien l'analyse du grand paragraphe relatif à ce sujet.

« Permettez-moi, mon cher général, de discuter, entre nous, cette question, qui ne touche pas seulement à, la chose d'Afrique, mais bien aussi à celle de France.

« Je dirai d'abord que M. le maréchal Soult m'a dit exactement la même chose devant le conseil des ministres, lorsque je demandais deux régiments de plus si on voulait que je fisse l'expédition de la Kabylie, expédition vers laquelle j'avais fort peu d'inclination» quoi qu'on ait pu dire. Il n'est pas inutile de vous apprendre, en passant,

que c'était M. le maréchal Soult qui m'y poussait dès l'automne de 1842. J'exposai que cela était intempestif, que l'opération était majeure, qu'il faudrait pour l'entreprendre un renfort considérable, parce qu'il ne fallait pas dégarnir de troupes le reste de l'Algérie. Mais j'ajoutais que, tôt ou tard, il faudrait soumettre cette contrée, parce qu'elle servait d'asile et d'appui à tous nos ennemis. Les événements actuels justifient cette prédiction.

« S'il était vrai, mon cher général, qu'il fallût absolument toutes les troupes qui sont en France pour y maintenir la tranquillité, nous serions dans une situation bien déplorable. Nous ne pourrions pas soutenir en Europe la plus petite guerre, nous ne pourrions pas même rassembler une armée d'observation pour appuyer, dans certains cas, notre politique.

• Heureusement, dans mon opinion, il n'en est point ainsi. Ces besoins, ces nécessités qui ne laissent à la disposition de vos soldats qu'une nuit sur trois, n'ont rien de réel pour la plupart. Ils sont créés, à mon avis, par un faux système dans la distribution des troupes. Ce système est celui que j'ai tant de peine à déraciner en Afrique, celui qui a été la cause des malheurs de Djemaa-Ghazaouat (Sidi-Brahim) et d'Aïn-Temouchent : l'éparpillement des forces. Je crois qu'il est aisé de prouver que c'est le même ordre d'idées qui préside sur ce point en France et en Afrique.

en tipli

France, les grandes villes où il y a de grosses garnisons. "Partout ailleurs les régiments sont tellement morcelés qu'il sont tout au plus capables de prêter main-forte pour arrêter une bande de voleurs ou pour réprimer un désordre dans un marché ; mais une insurrection sérieuse, cela leur serait impossible. Loin d'être utiles dans ce cas, les détachements seraient un danger ; car ils fourniraient aux insurgés l'occasion d'un succès et des armes.

t Citons des faits pour mieux me faire comprendre. Je les prendrai dans mon département et les départements voisins.

« Un régiment fournit une garnison à Périgueux ; elle est de quatre ou cinq compagnies, avec l'état-major ; cela est encore un peu respectable. Mais il détache deux ou trois compagnies à Angouléme, qui est une ville d'une population de 25 à 30,000 âmes. Il y a 2 compagnies à Agen, 2 à Cahors, 2 à Tulle, etc.

« Je vous le demande : s'il y a insurrection dans ces villes et dans la campagne populeuse qui les entoure; vos deux compagnies ferontelles respecter la loi ? Elles seront complètement impuissantes; ou elles se retireront, ou elles seront enveloppées par la foule et désarmées.

« Si, au contraire, le régiment est réuni sur un point, on pourra bien violer les lois sur d'autres points; mais le régiment y marche tout ensemble, et alors il est parfaitement assuré de rétablir leur empire.

AVEC LB MINISTRE DB Li GUBRRB. 233

« Gela répond à ce grand principe de guerre : < Quand on ne peut pas garder efficacement, il ne faut pas garder du tout. »

« M. le préfet ou M. le maire laisseront violer la loi en attendant l'arrivée du régiment; cela est fâcheux, sans doute; mais cela Test beaucoup moins que de faire des ' efforts impuissants et dangereux pour la faire respecter. La force publique n'aura été ni compromise, ni humiliée ; quand elle se présentera, elle aura toute la puissance nécessaire.

« Vous voyez déjà, mon cher général, qu'au lieu du système ' de morcellement à l'infini, je voudrais le système de concentration : de grosses garnisons à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Strasbourg, Rouen, Nantes, etc., et, partout ailleurs , des régiments ou au moins des bataillons. Je ne voudrais pas un plus grand fractionnement.

« Alors vous ne vous plaindriez plus de ne pas pouvoir suffire à ce que l'on appelle « le service »; vos soldats auraient au moins quatre nuits sur cinq,, et l'instruction, la discipline, la tenue y gagneraient beaucoup. Il est inutile d'ajouter que vous seriez infiniment plus fort contre les perturbateurs. Et puis, vous ne seriez plus dans l'impossibilité de réunir une armée ou de former deux ou trois camps d'instruction.

c Je sais qu'il serait fort difficile de faire prendre ces idées, que je soutiens être vraies. Chaque localité veut sa garnison ; chaque préfet, chaque sous-préfet, chaque maire veut avoir une petite force autour de lui, et les fonctionnaires veulent avoir une sentinelle à leur porte. « Je soutiens que les préfets peuvent très-bien, dans les villes où il 'n'y aura pas garnison, et ce sera fort rare, avoir un poste de garde nationale ; et que ce n'est pas une sentinelle qui empêcherait d'enlever de vive force les caisses des receveurs généraux et payeurs. Les caisses peuvent très-bien se garder seules. Mais, avec mon système, il sera tort rare qu'il n'y ait pas une garnison dans les lieux où il y a un préfet, un receveur général, un payeur, et la garnison sera suffisante pour taire tout respecter.

« Quand j'entends dire que 240,000 hommes et la gendarmerie sont à peine suffisants pour maintenir l'ordre en France, je suis tenté d'avoir de l'orgueil pour ce que nous faisons en Afrique. Nous y do* minons, avec 100,000 hommes, le peuple le plus guerrier et le plus antipathique à nous qui fut jamais. En même temps, nous créons tout, des édifices, des routes, des ponts, des barrages, etc., etc. Nous sommes entourés de difficultés inextricables, particulièrement pour les subsistances des colonnes qui agissent sur toute la surface du pays et jusque dans le désert. Nous avons combattu les insurrections sur presque tous les points de l'intérieur, et, en même temps, nous étions obligés de nous garder contre les incursions du dehors : au sud, sur une ligne de 450 lieues ; à l'ouest, sur une ligne de 30 à 40, et maintenant, à l'est, depuis le Kef jusqu'à l'embouchure de Tisser. , « On ne peut, mon cher général, comparer à cette tâche celle du maintien de la tranquillité en France avec 240,000 hommes. En . France, nous n'avons pas dans notre sein un peuple ennemi et dont

234 ECLATIONS Dfl GÉNÉRAL KJJ CHEF

tous les individus sont armés et savent bien manier leurs armes. Nous avons des partis, des révolutionnaires, des perturbateurs de plusieurs espèces ; niais ils ne sont réellement dangereux que dans les grandes villes. C'est là qu'il faut de grosses garnisons. Si Ton y maintient la paix, la paix sera partout. Néanmoins, il est prudent d'avoir sur le reste de la surface du pays de petites colonnes mobilisables de deux ou trois bataillons, un ou deux escadrons, pour aller rétablir l'empire de la loi partout où il serait nécessaire.

« Mais des garnisons de deux compagnies, mon cher général, je ne saurais trop le redire, cela est déplorable sous tous les points de vue possibles. >

Le général Washington, commandant en chef V armée américaine, à Joseph Reed, président de l'État de la Pennsylvanie.

Morristowo, 28 mai 4780.

« Je désire que la législature puisse être amenée à investir le pouvoir exécutif d une puissance illimitée : j'attendrais alors de vos talents et de votre zèle tout ce qui sera possible. Ce n'est plus ici le moment des formalités et des cérémonies ; la crise de la guerre , de quelgue côté qu'on l'envisage, est extraordinaire ; des moyens extraordinaires sont donc indispensables ; mon opinion est formelle à cet égard, .

l»e général Washington, commandant en chef V armée des États-Unis, à Joseph Reed y président de VÉtat de la Pennsylvanie.

An quartier .général, comté de Bergen, 4 juillet 4780.

« En général, je regarde comme un excellent principe que le meilleur moyen de conserver longtemps la confiance de la nation, c'est de servir ses véritables intérêts. Il est des circonstances où cette maxime acquiert plus de force encore. Quand il faut atteindre un grand but, l'attente de la nation est éveillée : elle se sent disposée à sacrifier à la fois et ses richesses et son bien-être. Si ceux auxquels elle confie la direction de ses affaires ne lui demandent pas résolument ces sacrifices, le but n'est point atteint, et on ne manque pas de reprocher au pays de n'avoir pas fait tout ce qu'il aurait dû ; il est indigné de ce reproche, et son ressentiment se jette alors sur ceux qui, investis d'une autorité suffisante, n'ont pas su mettre à profit sa bonne volonté et accomplir ce qu'exigeaient son salut et son nonneur. Un pouvoir étendu, quand celui qui en est revêtu ne sait pas le faire valoir et le pousser aussi loin que l'exigent les besoins du moment , tourne presque toujours, je crois, à la ruine de celui qui en était le dépositaire, •

Washington à M. John Jay.

Mount-Vernon, 4 «août 4786.

« L'expérience nous a appris que, sans l'intervention d'un pouvoir

▲Y*C LB MINISTRE Dfi U GUVRIB. 135

coercitâf, les hommes n'adoptent ni n'exécutent les mesures les plus avantageuses pour eux. »

Le général Miehaud (Piémontais passé au service de la Russie) tm colonel Michmtowski-Danilewski, officier d'ordonnance de tempereur.

« Après l'entretien que nous eûmes hier sur les événements de la guerre de Tannée 1812, je crois vous faire plaisir, très-cher colonel, en vous faisant connaître une petite conversation que j'eus l'honneur d'avoir avec Sa Majesté, notre très-gracieux Empereur, le 8 sep* tembre 1812. Elle devrait faire époque dans l'histoire par la connaissance qu'elle donne de la force crame de notre Souverain, qui a été bien mal jugé par ceux qui l'ont cru au moment de conclure la paix après la perte de Moscou.

« Vous savez, mon cher chevalier, que je fus envoyé à Saint-Pé* tersbourg par le maréchal Koutouzoff pour porter la nouvelle à Sa Majesté de l'abandon de Moscou, dont les flammes éclairaient ma route jusqu'au delà de Murom. Jamais voyageur n'a eu le cœur plus sensiblement touché que le mien l'a été dans cette occasion. Russe de cœur et d'âme, quoique étranger, porteur d'une des plus tristes nouvelles au meilleur des Souverains, traversant un pays au milieu d'un demi-million et plus d'habitants de toutes classes qui émigraient, n'emportant avec eux que l'amour de la patrie, l'espoir de la venger et un dévouement sans bornes pour leur adoré Souverain ; frappé tour à tour par la douleur de ma mission de tout ce que je voyais , et par la joie de tout ce crue j'entendais autour de moi de l'enthousiasme national, j'arrivais le Ô au matin à la capitale, tout plein de chagrin par les tnstes nouvelles que j'allais donner. Admis à l'instant par Sa Majesté dans son cabinet, l'Empereur jugea d'abord par mon air que je n'avais rien de consolant ft lui apprendre, ♦ M'apportez-vous de tristes nouvelles, colonel? nie dit-il. <r- Bien tristes, lui répon* dis- je; l'abandon de Moscou. —Mais aurait-on livré mon ancienne capitale sans se battre ? — Sire, les environs de Moscou n'offrant aucune position à pouvoir hasarder une bataille avec des forces inférieures, le maréchal a cru bien faire en réservant à Votre Majesté une armée, dont la perte, sans sauver Moscou, aurait pu être de la plus grande conséquence, et qui, par les renforts que Votre Majesté vient jjp lui procurer et que je viens de rencontrer de toutes parts, se verra bientôt à même de reprendre l'offensive *t de faire repentir l'ennemi d'avoir pénétré dans le cœur de ses Etats. — L'ennemi est-il entré en ville ? — Oui, Sire, et elle est en cendres à l'heure qu'il est ; je l'ai laissée toute en flammes, > A ces mots, les yeux du Souverain me firent si bien connaître l'état de son âme que j'en fus ému à ne pouvoir tenir.

« Je vois, colonel, par tout ce qui nous arrive, que la Providence exige de grands sacrifiées de nous; je suis prêt à me soumettre à toutes ses volontés. Mais, dites-moi, Miehaud, comment avez-vous

laissé l'esprit de l'armée, en voyant abandonner ainsi mon ancienne capitale sans coup férir? Est-ce que cela n'a pas influé sur le moral du soldat ? N'atez-vous pas aperçu du découragement ? — Sire, me permettez-vous, lui répondis-je, de vous parler franchement, en loyal militaire ? — Colonel, je l'exige toujours ; mais, dans ce moment surtout, je vous prie de me parler comme vous l'avez fait autrefois ; ne me cachez rien ; je veux savoir absolument ce qu'il en est. — Sire, j'ai laissé toute l'armée, depuis les chefs jusqu'au dernier soldat sans exception, dans une crainte épouvantable, enrayante...

« Comment ça ? reprit le Souverain d'un air indigné ; d'où peuvent naître les craintes ? Mes Russes se laisseraient-ils abattre par quelques malheurs ? — Jamais, Sire ; ils craignent seulement que Votre Majesté, par bonté de cœur, ne se laisse persuader de faire la paix. Ils brûlent de combattre et de lui prouver, par le sacrifice de leur vie et par leur courage, combien ils lui sont dévoués. — Ah ! vous me tranquillisez, colonel (en frappant de la main sur mon épaule). Eh bien! retournez à l'armée, dites à nos braves, dites à tous mes sujets, partout où vous passerez , que, quand je n'aurai plus aucun soldat, je me mettrai moi-même à la tète de ma chère noblesse, de mes bons paysans, et j'userai ainsi jusqu'à la dernière ressource de mon empire ; il m'en offre encore plus que mes ennemis ne pensent, hais si jamais il fut écrit dans les décrets de la divine Providence que ma dynastie dût cesser de régner sur le trône de mes ancêtres, alors, après avoir épuisé tous les moyens qui sont en mon pouvoir, je me laisserai croître la barbe jusqu'ici (en portant la main sur la poitrine), et j'irai manger des pommes de terre avec le dernier de mes paysans plutôt que de signer la honte de ma patrie et de ma chère nation, dont je sais apprécier les sacrifices qu elle me fait. » Puis, allant jusqu'au fond de son cabinet et revenant à grands pas, le visage tout plein de feu, serrant de sa main mon bras : • Colonel Michaud, n'oubliez pas ce que je vous dis ici ; peut-être un jour nous nous le rappellerons avec plaisir. Napoléon ou moi, ou lui ou moi, nous ne pouvons plus régner ensemble. J'ai appris à le connaître. Il ne me trompera plus. — Sire, lui répondis-je, enthousiasmé de tout ce que je venais a entendre, Votre Majesté signe dans ce moment la gloire de la nation et le salut de l'Europe. — Puisse votre prophétie se réaliser ! • dit le monarque en terminant l'entretien. »

L'empereur Napoléon au général Caulaincourt, son plénipotentiaire

au congrès de Châtillon.

Château de Suriille, \ 9 février \ 84 4.

« Je vous ferai connaître, de Troyes ou de Châtillon, mes intentions ; mais je crois que j'aurais mieux aimé perdre Paris que de voir faire de telles propositions au peuple français. Vous parlez toujours des Bourbons : je préférerais voir les Bourbons en France, avec des conditions raisonnables, aux infâmes propositions (des coalisés) que vous m'envovez ! »

AVEC LE MINISTRE DE LA GtJEEfeE. 23?

L? empereur Napoléon au général Caulaincourt , ton plénipotentiaire

au congrès de ChâtiUon.

Février \ 8H.

• Le courage peut défendre une couronne; mais l'infamie, jamais t »

M. de Freycinet, délégué au ministère de la guerre, à M. Gambetta,

ministre de la guerre.

Tours, le 4 novembre 4870, 9 h. do matin.

« Je vous prie de vouloir bien me donner des instructions exactes et précises sur la conduite que je dois tenir à l'égard de nos opérations militaires.

« Depuis queloues jours, l'armée et moi-même ignorons si le gouvernement veut la paix ou la guerre. Au moment où nous nous disposons à accomplir des projets laborieusement préparés, des bruits d'armistice, tout à coup répandus, jettent le trouble dans l'âme de nos généraux. Alors se produisent de leur part des objections, comme celles contenues - dans la lettre ci-jointe du général d'Aurelle, oui dissimule mal leur désir de se soustraire à une responsabilité qui les inquiète. Moi-même, si je cherche à remonter leur moral et à les pousser en avant, j'ignore si demain je ne serai pas désavoué. Déjà, vous le savez, la nouvelle de la capitulation de Metz, répandue dans l'armée de la Loire, à la suite du passage d'un de nos hommes d'Etat à travers nos lignes, a arrêté un mouvement qui devait infailliblement nous conduire à Orléans, et nous faire mettre la main sur un corps prussien et une nombreuse artillerie.

< Je ne saurais accepter, pour ma part, de voir constamment nos projets militaires déjoués par la politique. Mais il est une considération plus puissante qui s'impose aux méditations du gouvernement.

c Tandis que notre armée hésitante n'ose faire un pas en avant, les Prussiens, qui poursuivent leur but avec ténacité, se concentrent de plus en plus au-devant de nos forces, et d'un moment à l'autre se trouveront rejoints par l'armée de Metz. Ils choisiront leur jour et leur heure, et attaqueront victorieusement le général d'Aurelle campé entre Blois et Marchenoir. Ainsi nous laissons passer l'occasion propice, pendant que l'ennemi prépare une partie à son gré.

< Cette situation ne saurait durer. Il faut que le gouvernement dise résolument si nous devons faire la paix ou la guerre. Dans le premier cas, nous abandonnerons nos lignes, nous repasserons la Loire, et nous ramènerons l'armée en arrière sur un point où elle. n'ait rien à craindre de l'ennemi. Dans le second cas, nous reprendrons nos combinaisons interrompues, et nous ferons un mouvement offensif avant que l'ennemi ait réuni des forces supérieures.

« Je vous prie donc, monsieur le ministre, de vouloir bien me faire connaître d'une manière catégorique :

< Si nous devons pousser vigoureusement les opérations, en nous plaçant au seul point de vue militaire ;

c Ou si, eh prévision d'un armistice prochain, nous devons éyitef les engagements et dès lors nous replier en arrière. Car, je le répète, le maintien pur et simple de nos positions actuelles serait dangereux., et pourrait, au gré des Prussiens, aboutir à un désastre pour nos armes.' >

Réponse du ministre de la guerre, M. Gambetta.

Tours, le 4 novembre 4870.

« Monsieur le délégué, je constate avec vous, avec une égale inquiétude, la détestable influence des hésitations politiques du gouvernement, dont le résultat évident est d'énerver et de déconcerter rios efforts militaires et le moral de nos généraux et de nos soldats. Mais il faut réagir et redoubler d'énergie. J'ignore si le gouvernement de l'Hôtel de Ville (de Paris) est enclin à traiter. Pour moi, je ne connais que mon mandat et mon devoir, qui est la guerre à outrance.

« En conséquence, en dépit de toutes fausses manœuvres, de toute mauvaise direction diplomatique ou autre, ne vous laissez arrêter ni retenir par les tentatives de négociations dont je repousse la responsabilité.

« Nous avons eu le malheur de voir une première fois notre plan offensif, si sagement combiné, entravé par l'intervention de **\ Il ne faut point rester plus longtemps sous le coup de cette ingérence. Il faut reprendre notre ligne de conduite et arrêter dès aujourd'hui nos mouvements en avant, dont vous me communiquerez tous les moyens d'exécution. Je mettrai à votre disposition les mesures les plus énergiques et, si la fortune peut être forcée par notre résolution, nos études, nos dévouements, la patrie ne pourra rien nous reprocher, et nous trouverons dans notre conscience la récompense du devoir accompli,

< Donc c'est la guerre, ne perdez pas une minute et en avant ! »

Les résolutions énergiques qu'on vient d'exposer resteraient à l'état de lettre morte* si le ministre marchandait au général en chef les ressources en argent, car une vérité proverbiale proclame, avec raison, que V argent est le nerf de Ut guerre*

te gênerai Washington, commandant en chef V armée américaine,

au président du congrès.

Cambridge, 9 février ^76.

« Pour réussir dans une guerre on doit se résigner à de fortes dépenses en commençant* »

Note présentée le 29 mai 479$ au conseil du roi par le lieutenant général Duniouriez, ministre des affaires étrangères.

« Il ne s'agit plus d'économies lorsqu'il s'agit du salut de l'Empire. Il faut des mesures vastes et rapides pour se tirer du danger actuel.

.crise est extraordinaire : elle exige des moyens extraordinaires ; voila, où réside la vraie responsabilité du conseil du roi et nommément du ministre de la guerre, et non pas dans une timide économie. Ce ministre doit représenter l'état des armées et des places à l'Assemblée nationale, et en obtenir une augmentation de fonds qui puisse remettre dans notre partie militaire de la force et de l'ensemble.

a Si on trouve des moyens pour se procurer des armes de l'étranger, il faut passer des marchés à quelque prix que ce soit, et faire venir les armes sur-le-champ, ainsi que des chevaux» des draps, des toiles, des souliers, bottes, etc. »

Les citoyens Carnot, Delbret et Ùesacy, représentants du peuple envoyés près l'armée du Nord, au Comité de salut public.

Arras, le 8 juillet 4793.

« Si, contre notre attente, il se trouvait que le minisire eût négligé de s'assurer d'un nombre de chevaux et de charretiers proportionné a> celui des compagnies d'artillerie à cheval nouvellement décrétées, et qu'il n'eût pas tout de suite à sa disposition ceux que nous lui demandons, qu'il envoie du moins sans délai ce qu'il a, et qu'il prenne les mesures les plus promptes pour que le reste arrive successivement et le plus tôt possible. Nous vous prions de le seconder à cet égard, quoi qu'il doive en coûter.

« Le moment de se battre n'est pas celui de compter. »

L'empereur Napoléon à M. Barbè-Marbois, ministre du trésor public.

Camp de Boulogne, 42 fructidor an xm (30 août 4805).

Envoyez sur-le-champ trois millions pour assurer la solde, maië non en chiffons de papier qui ne sont pas échus. Désormais, quand je voudrai avoir un fonds en réserve, je n'en chargerai pas le trésor public, puisqu'il est illusoire pour lui et qu'il compte sur ce fonds pour le service courant. »

Lé sénateur comte Boisstj-aVAnglas, commissaire extraordinaire m dans là Vendée, au ministre de la guerre.

Nantes, le 23 février 4844.

« La solde des trouves n'est plus payée. Le payeur de Poitiers a déclaré n'avoir plus de fonds pour cela ; celui de Nantes a dit la même chose.

c Vous savez de quelle importance il est de payer la solde.

c Je vais ordonner aux payeurs de n'acquitter aucune dépense, de quelque nature qu'elle soit, qu'après que les troupes seront payées.

c Je vais ordonner aux receveurs généraux de ne rien payer à qui que ce soit, même aux porteurs d'ordonnances et de traites du trésor, qu'après que les payeurs auront reçu d'eux des fonds suffisants pour

240 RELATIONS DU GÉNÉRAL BN CHlEF

que la solde soit à peu près au courant. Je ne parle pas des appointements militaires : ceux-ci peuvent à toute force attendre encore quelque temps ; mais je parle des troupes enrégimentées et en service : et la solde de celles-là ne peut être ajournée. >

Le lieutenant général Pire au général comte de Lobau,

commandant le 6° corps.

Au quartier général de Laon, le 3 juin 4845.

« J'ai l'honneur de vous rendre compte que M. l'inspecteur Meslier vient de nous remettre les feuilles de revue pour les officiers sans troupe pour la solde de mai sur le pied de paix, sans aucuns frais de représentation ni de bureau.

« Je ne dois pas vous laisser ignorer que ce traitement a excité les plus vives réclamations, et que môme quelques murmures se font entendre. Je ne puis vous dissimuler que le mécontement à ce sujet me parait fondé, et je pense gu'il est très-urgent de le faire cesser sans délai. Il suffit de la réflexion la plus simple pour être forcé de convenir qu'il est de la dernière injustice de traiter de la même manière l'officier qui, dans ses foyers, attend une destination à laquelle souvent il sait encore se soustraire par de mauvais prétextes, et celui que son dévouement et son devoir portent aux plus grands sacrifices et à des dépenses aussi énormes qu indispensables. Je vous demande la permission, mon général, de me citer pour exemple, ainsi que mon chef d'état-major : Depuis un mois je commande, provisoirement, à la vérité, mais, par le fait, j'en ai les frais et la représentation, trois divisions du 6e corps. Eh bien î je reçois juste un cinquième de moins que si, à l'instar de mille autres, j'étais resté à Paris à faire le malade ou à m'occuper de mes affaires et de mes plaisirs, en attendant les événements. Mon chef d'état-major a eu une correspondance immense ; l'irrégularité de celle des régiments a nécessité des écritures continuelles, et on ne lui accorde pas de frais de bureau t II n'est pas croyable que telle soit la volonté de l'Empereur ; et ce que je viens de vous dire est applicable, du plus au moins, à tous les officiers généraux, chefs d'état-major ou autres du corps d'armée. Cependant, depuis un mois, la distribution des vivres de campagne a souvent été incomplète et défectueuse. Des ordres du jour sévères ont défendu d'abuser de la bonne volonté des habitants, ae prendre des secrétaires dans les régiments ; et pourtant il faut que le service se fasse avec exactitude. Nous sommes prévenus que le premier coup de canon peut être tiré d'un moment à l'autre, et on ne pense pas à donner d'indemnités d'entrée en campagne ; d'où il résulte que nombre d'officiers généraux et d'état-major sont mal montés, ou ne le sont pas du tout, omment feront-ils donc ? La question n'est pas de leur faire comprendre que les circonstances exigent qu'ils s'imposent des privations, elle consiste à savoir s'ils sont en état, et s'il leur est possible de faire de nouveaux sacrifices; je suis témoin et je me rends garant du contraire.

« le regarde comme hautement impolitique l'économie adoptée envers l'armée par le ministre de la guerre. Je crois de mon devoir de vous supplier, mon général, de mettre sous les yeux de l'empereur la. nécessité et l'urgence de rétablir la solde sur le pied où elle était à la fin de 1813. Il faut que le Trésor se procure à tout prix les fonds pour cet objet. L'armée est sans doute inébranlable dans son dévouement et sa fidélité, et le 6* corps particulièrement ; mais il ne faut point donner à la malveillance des motifs légitimes de semer le mécontentement f>armi les troupes en leur faisant voir qu'on exige d'elles des sacrifices au-dessus de leurs forces, tandis qu'elles sont r appui réel du Gouvernement, dont on cherche à les détacher par les insinuations les plus perfides et les promesses les plus fallacieuses.

« Dans les circonstances critiques où nous nous trouvons, il faut que le zèle soit stimulé par le bien-être, et que le cri de « Vive l'empereur ! > parte du sentiment de la satisfaction du moment, autant que de l'espoir d'un avenir heureux. Soyez persuadé, mon général, que J'ai les plus fortes raisons pour vous faire ces communications confidentielles, et qu'il est de l'intérêt de l'empereur de les prendre promptement en considération. >

Le même au maréchal Soult, major général de tarmie.

Laon, le 3 juin 4845.

« J'ai l'honneur de vous soumettre ci-joint la copie d'un rapport que j'ai cru devoir adresser au général comte de Lobau. Je supplie Votre Excellence de daigner y porter quelque attention ; je suis à même de juger du mauvais effet que produisent les mesures rigoureuses d'économie adoptées par le ministre de la guerre.

« J'ai cru important, monsieur le maréchal, de vous faire connaître sans délai les sources d'un mécontentement qui pourrait devenir fâcheux si les circonstances devenaient plus difficiles : c'est V oubli des intérêts individuels qui perd souvent la cause générale, en la faisant abandonner. >

Le lieutenant général Bugeaud, gouverneur général de r Algérie, au maréchal Soult, ministre de la guerre.

Mostagaaem, le 5 juin 4844.

« Ce sont les demi-moyens inconsidérément employés <rai ont coûté ai cher au pays, car il n'y a rien de plus dispendieux que les sacrifices infructueux et multipliés, quelque minimes qu'ils soient chaque fois. L'économie doit se trouver dans la promptitude du succès, et non dans la parcimonie des moyens. Ce qu'il faut surtout économiser, c'est le temps 'x car la politique générale de la France s'accommoderait mal de la prolongation de la lutte en Afrique. »

« Un général en chef doit se rappeler que l'armée se repose sur lui, et que l'existence de cette armée est la considération qui prime toutes

les autres. Il ne faut donc pas qu'il souffre qu'on vienne lui dire que procurer tels vivres nécessaires au soldat coûterait trop cher ; il n*j a de trop cher que les armées hors d'état de combattre. » M. le général Sherman, général en chef de l'armée des Etats-Unis.

« Pour devenir un peuple indépendant et un Etat armé, il faut payer davantage, partant travailler et produire davantage. Un bourgeois qui fonde une manufacture, un propriétaire qui draine ses terres, un artisan qui allonge sa journée d'une heu*e, sont en [ce moment les meilleurs citoyens. Il s'agit, non de s'exclamer et de lire les journaux, mais de bêcher, de fabriquer, calculer, apprendre, inventer, toutes occupations ennuyeuses, positives, assujettissantes, que volontiers on laisserait à des lourdauds du Nord. C'est un dur passage que celui de la vie épicurienne et spéculative à la vie industrielle et militante : il semble que de dilettante et de patricien on devienne serf et machine ; mais il faut opter.

Quand on aspire à former une grande nation, il faut, pour subsister en face des autres, accepter les nécessités que s'imposent les autres, je veux dire le travail assidu et régulier, la contrainte exercée sur soimême, la discipline des intelligences tournées avec méthode vers un but fixe, l'enrégimentation des personnes enfermées dans un cadre et aiguillonnées par la concurrence, la perte de l'insouciance, la diminution de la gaieté, la mutilation et la concentration des facultés, la perpétuité et le roidissement de l'effort.

En ce monde, quiconque est faible devient la proie d'autrui. Sitôt qu'un peuple acquiert une forme d'organisation supérieure, ses voisins sont tenus de l'imiter : celui qui, aujourd'hui, oublie de fabriquer des canons rayés et des vaisseaux cuirassés sera demain un protégé qu'on épargne, après»demain un marchepied qu'on foule, le jour d'après un butin qu'on mange. » M. Taine.

M. Gambetta, ministre de l 'intérieur et de la guerre, à M. de Freycinet, délégué au ministère de la guerre, à Bordeaux.

Lyon, le 23 décembre 4870, 9 heures 20 minutes du soir.

« Je lis avec stupeur votre dépêche sur les finances. Je vous prie de faire largement vos évaluations pour janvier. Il importe que ces dépenses soient prévues avec la plus grande ampleur, et j'écris au Gouvernement pour le mettre en demeure, ou je fais un éclat. Allez de ma part trouver M. Crémieux. Nous déposséderons, s'il le faut, la Banque de France, et nous marcherons sans toutes ces résistances qui perdent la France. »

Le même à M. Crémieux, ministre des finances.

Lyon, le 23 décembre 4870, à 9 heures $5 minutes dû soir.

« Mon cher collègue, c'est au moment où les Prussiens épuisés tentent leur dernier effort, où nous pouvons, nous devons espérer de sortir

glorieusement de l'immense lutte, crée l'argent nous est refusé. Je vais protester par un appel public à la France. Je suis résolu à tout. Nous saisirons, s'il le faut, la Banque, et nous émettrons du papier d'Etat. Je ne peux admettre qu'on nous refuse les moyens de sauver le pays et la République. Avisez et répondez-moi, car je suis prêt à tout tenter plutôt que de subir ces obstacles. »

Le succès final ne s'obtient qu'à coups de renouvellements en hommes, chevaux, matériel de toute espèce, etc. Mais il ne suffit pas «le fournir, il faut fournir à temps, faire confectionner en été les . Trêtements et la ferrure d'hiver, en hiver ceux d'été, ce qui impose au général en chef l'obligation réciproque de signaler d'avance les Besoins en objets de toute nature que les règlements n'ont pas prévus ou imposés par la force des circonstances.

« Bans la guerre, les marches prolongées, les souffrances de toute sorte avec les maladies qui en sont la suite, enfin les combats, mais dans nne proportion relativement restreinte, produisent sur les armées des effets permanents et très-étendus de désorganisation. Il faut y pourvoir par de continuels renouvellements d'hommes et de matériel, par de nouveaux efforts budgétaires; et, entre deux nations belligérantes, c'est, en définitive, à celle qui assure le mieux et le plus souvent ces renouvellements, comme entre les armées qui combattent, c'est à celle qui amène sur le terrain les dçrnières réserves, que l'avantage demeure.

« Ce qui crée la puissance incontestée de la marine anglaise, ce n'est pas le nombre de ses vaisseaux, c'est la grandeur des renouvellements : efforts budgétaires, ressources de toute sorte en hommes bien préparés, en chantiers de construction, en matériaux, en combustible... etc. Le succès final, si chèrement acheté, des armées alliées devant Sébastopol, a été obtenu à coups de renouvellements que la possession de la mer rendait faciles, prompts, assurés, alors que ceux de la Russie étaient lents, laborieux, ruineux et souvent impossibles.

« Telle est la règle générale de la guerre, et les exceptions fondées sur des succès du moment ne sauraient la détruire. Quand les opérations commencent, on ne sait pas qui sera battu et qui sera battant ; on sait seulement que, battu ou battant, il faudra se renouveler ; et c'est par la préparation qu'on satisfait à cette grande nécessité militaire. »

M. le général Trochu.

Le général Canrobert au maréchal de Saint-Arnaud.

Gallipoli, le «4 mai 4854.

« Les arrivages de troupes continuent, mais l'administration militaire ne reçoit aucun envoi d'effets de campement. La pénurie est telle, surtout en ustensiles, que l'on ne peut même pas remplacer ceux qui sont mis hors de service dans les corps, »

£e général Canrobert, commandant en chef Varmée d'Orient,

au ministre de la guerre.

Au quartier général devant Sébastopol, le 27 oct. 4854.

« Je regrette surtout que les sabots et les chaussons ne puissent m'arriver que dans le mois de décembre, c'est-à-dire quand les grandes pluies nous aurons déjà atteints.

c Cest par l'humidité que la santé de nos troupes commencera certainement à être compromise, avant les grands froids ; et j'aurais pensé que les sabots se fussent immédiatement et en grande masse rencontrés dans certaines provinces, pendant que les prisons auraient pu confectionner les chaussons. »

Le général Canrobert, commandant en chef Varmée d 'Orient, au maréchal Vaillant, ministre de la guerre.

Au quartier général devant Sébastopol, le 8 déc, 4854.

c Le chausson et le sabot étaient l'un des éléments de conservation du soldat les plus nécessaires dans cette guerre, et il est bien regrettable que, refusés d'abord, ils aient été commandés trop tard pour que les troupes pussent en profiter avant la fin de décembre ou le commencement de janvier. •

le général Canrobert, commandant m chef Varmée d? Orient,

au ministre 4$ la guerre.

An quartier général devant Sébastopol, le 47 déc. 4854.

« J'ai déjà reçu une brigade de la division Dulac, et ce général luimême*

c Je suis désolé de ne pouvoir donner aux enfants qui m'arriventet vont m'arriver de France les grandes tentes qui leur seraient si indispensables ici, au milieu de boues profondes, sois des pluies torrentielles, et presque sans bois de chauffage !

f J'attends avec impatience ces tentes, ainsi que les dix mille couvertures de cheval que j'ai prescrit d'urgence d'acheter en Turquie. La vie des hommes et des chevaux réclame impérieusement les uns et les autres. »

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