‹ Les méthodes de guerre actuelles et vers la fin du XIXe siècleChapitre 75 sur 85 · ARMÉE DU NORD · texte numérisé non relu

ARMÉE DU NORD

"~~ Quartier général, le 4 «janvier 4874.

Ordre.

« par exception aux règles de comptabilité concernant le paiement de la solde des officiers dans les hôpitaux et ambulances, et par analogie avec le paiement autorisé de la solde des officiers en congé, lé général en chef .autorise les corps de troupes à payer la solde r'éçle)» ment^ire aux officiers dans les hôpitaux et ambulances, si ees officiers en font la demande écrite. »

Le généra] en chef, Faidherbe.

Vf9 ET XT1* CORFS *>' ARMEE.

"" Salbris, le 21 octobre 4870.

Ordre général.

« Le général commandant en chef les XV# et XVIf corps d'armée, prenant en considération les demandes qui lui ont été faites/ et vu l'avis de M. l'intendant, ordonne que la solde sera payée exceptionnellement par quinzaine aux officiers dans Jes corps qui en feront la demande. »

D'Ànrelle de Paladines.

Mesures concernant la défense de territoire national.

Noté sur la position politique et militaire de nos armées de Piémont et ^Espagne, rédigée par le général Bonaparte et remise au comité de salut public par Robespierre jeune, le 1er thermid. an n (19 juin 4794).

4r« observation.

« Si la République avait assez d'infanterie pour faire la guerre of; ftnslve avec ses quatorze armées, il lui manquerait, pour çé gçnre de • guerre, de la cavalerie.

34 bis APP. — RELATIONS DU GÉNÉRAL EN CHEF

« Si elle avait de l'infanterie et de la cavalerie en suffisance , il lui manquerait :

« l*De bons officiers pour conduire tant de troupes dans un système attaquant;

« 2° Des chevaux, des harnais, des voitures pour les charrois et les vivres ;

« 3* Des équipages d'artillerie assortis, de la poudre, et des voitures d'artillerie.

2« obsemtion.

Il est donc indispensable, lorsque l'on a quatorze armées, que char cune fasse un genre de guerre relatif:

« J# Au projet général de la guerre;

c 2* À la force et aux circonstances, soit topographiques, soit politiques, de l'Etat qui lui est opposé.

« Le genre de guerre que chaque armée doit faire ne peut être déterminé que par l'autorité supérieure.

• C'est par ces considérations surtout que l'on se pénètre de la nécessité absolue dont est, dans une immense lutte comme la nôtre, un gouvernement révolutionnaire, et une autorité centrale qui ait un système stable, qui donne à chaque ressort tout son jeu , et qui par des vues profondes dirige le courage et rende nos succès solides, décisifs et moins sanglants.

3* obsemtion.

« Le genre de guerre qu'on doit faire chaque année doit donc être déterminé : ,

• 1* Par les considérations déduites de l'esprit général de notre guerre ;

< 2° Par les considérations politiques qui en sont le développement:

« 3° Par les considérations militaires.

Considérations déduites de l'esprit général de notre guerre.

« L'esprit général de notre guerre est de défendre nos frontières. L'Autriche est notre ennemie la plus acharnée; il faut donc, le plus possible, que le genre de guerre des différentes armées porte des coups directs ou indirects à cette puissance.

Si les armées qui sont sur les frontières d'Espagne embrassaient un système offensif, elles entreprendraient une guerre qui serait à elle seule une guerre séparée ; l'Autriche et les puissances d'Allemagne n'en ressentiraient rien; elle ne serait donc pas dans l'esprit général de notre guerre. .

Il en est des systèmes de guerre comme aes sièges de place : réunir ses feux contre un seul point; la brèche faite, l'équilibre est rompu, tout le reste devient inutile, et la place est prise.

« Cest V Allemagne qu'il faut accabler ; cela fait, ? Espagne et VItalie tombent d elles-mêmes \

AVEC LE MINISTRE DE LA GUERBE. 35 bis

« Il ne faut donc point disséminer ses attaques , mais les concentrer.

« Le système offensif en Piémont influe sur la Pologne et encourage le Grand" Turc. Si nous obtenons de grands succès, nous pouvons dans les campagnes prochaines attaquer T Allemagne par la Lombardie, le Tessin et le comté du Tyrol, dans le temps que nos armées du Rhin attaqueraient le cœur.

Considérations politiques.

« Les considérations politiques qui doivent déterminer le genre de guerre de chaque armée fournissent deux points de vue.

1* Opérer une diversion qui oblige l'ennemi à s'affaiblir sur une des frontières où il se tiendrait trop en force.

« Si nos armées en Espagne embrassaient le système offensif, nous n'obtiendrions pas cet .avantage. Cette guerre, absolument isolée, n'obligerait la coalition à aucune diversion.

c Le système offensif embrassé par nos armées en Piémont opère nécessairement une diversion à la frontière du Rhin et du Nord.

< 2* Le second point de vue des considérations politiques doit nous offrir la perspective, dans une ou deux campagnes, du bouleversement d'un trône et du changement d'un gouvernement.

« Le système offensif de nos armées en Espagne ne peut pas raisonnablement nous offrir ce résultat.

« L'Espagne est un grand Etat; la mollesse et l'ineptie de la cour de Madrid, l'avilissement du peuple la rendent peu redoutable dans ses attaques; mais le caractère patient de cette nation, l'orgueil et la superstition qui y prédominent, les ressources que donne une grande masse, la rendront redoutable lorsqu'elle sera pressée chez elle.

« L'Espagne est une presqu'île; elle aura de grandes ressources dans la supériorité de la coalition sur mer.

« Le Portugal , nul dans notre guerre actuelle, secourerait alors puissamment l'Espagne.

c II ne peut aonc entrer dans une tête froide de prendre Madrid. Ce projet ne serait point du tout à l'ordre de notre position actuelle.

« Le Piémont est un petit Etat ; le peuple y est bien disposé. Peu de ressources contre quelques événements heureux ; point de masse, point d'esprit national caractérisé. Il est raisonnable de prévoir qu'au plus tard, la campagne prochaine , ce roi serait errant comme ses cousins.

Considérations militaires.

• La topographie de la frontière d'Espagne est telle qu'à égalité de forces l'avantage de la défensive est toute à nous.

« L'armée espagnole qui serait opposée à la nôtre devrait nécessairement être plus forte pour n'essuyer aucun échec et nous tenir mutuellement en respect.

« Lorsque deux armées sont sur la défensive, celle qui peut le plus

36 bis APP. *- HËLAÎIOJW DÛ GÊNÉ* AL Eft CHBF

pfôtAptementréunirdififérents postes pour enleverceltti qui lai eët ojfyosé dans Tordre défensif a nécessai remeut besoin de moins de troupëâ et, à forces égalés, obtient toujours des avantages.

« La frontière de Piémont forme un demi-cercle; les deux armées françaises des Alpes et d'Italie occupent la circonférence ; le roi de Sardaigne occupe le diamètre.

« La circonférence que nous occupons est remplie de cols et de taon» tagnes difficiles. Le diamètre qu'occupe le roi de Sardaigne est une plaine aisée, fertile, où il peut faire circuler les mômes troupes en peu de jours d'une extrémité à l'autre du diamètre. Le système défensif est donc toujours à l'avantage du roi de Sardaigne. H faut à nous lé double de troupeB qu'à nos ennemis pour nous trouver à égalité de force.

« Ces observations sont de la plus grande conséquence. Il serait facile dé le démontrer par une description détaillée des frontières d'Espagne et de Piémont et par l'analyse des différentes guerres. L'en

Ïr démontrerait à l'évidence que, toutes les fois que nous avons gardé a défensive sur les frontières de Piémont, il nous a fallu beaucoup dé troupes* et nous avons toujours , dans des affaires de détail, eu l'infériorité,

4e observation.

« L*on doit donc adopter le système défensif pour la Frontière d'Bs* pâgné, et lé système offensif pour la frontière de Piémont.

t Les considérations tirées de l'esprit général de notre guerYè, lés considérations politiques, les considérations militaire^ se réunissent également pour nous en prescrire la loi.

Frappez T Allemagne, jamais P Espagne ni l'Italie.

• Si nous obtenions de grands succès, jamais Von ne doit prendre le change en s9 en fonçant dans l'Italie, tant que VA Uemagne offtirû un front redoutable et ne sera pas affaiblie.

« Si l'orgueil national et la vengeance nous appelaient dan s les campagnes prochaines à Rome, la politique et l'intérêt devront toujours nous diriger sur Vienne.

£* observation.

• L'on doit réunir les deux armées des Alpes et d'Italie, leur donner le même centre, le même esprit ; réunies, elles sont assez fortes en infanterie; il faudrait y joindre deux mille hommes de cavalerie, y restituer les départements qui en ont été ôtés, l'accroître de nouveau, y joindre une partie des charrois de l'armée des Pyrénées, généralement tout ce qui devient inutile dans cette armée d'après le système défensif qu'elle adopterait. Les armées des Alpes et d'Italie ont assez d'artillerie; il leur manque quelques assortiments dé détail qui ont été demandés aux commissions précédemment. Il faut surtout des poudres, des harnais et des chevaux. Il faudrait ettvoyér les fonds pour en acheter en Italie. L'on en propose six mille.

« Progressivement dans les campagnes prochaines , oA accroîtrait

AVEC LE M1JS1STBE DE LA GUERRE. 37 bis

cette armée pour lui permettre d'accomplir tout ce dont elle est susceptible.

6e observation.

« La campagne actuelle s'avance ; mais si l'armée du Piémont peut se procurer des quartiers d'hiver chez l'ennemi, et obliger l'Empereur à une puissante diversion, elle aura pour cette campagne rempli sa tâche, et sera en chemin d'achever les campagnes suivantes, et de porter un coup essentiel à la maison d'Autriche et à l'Allemagne. >

Extrait d'un discours prononce par le général Pelet, à la Chambre des pairs, lors de la discussion du tracé du chemin de fer de Strasbourg.

« Messieurs, ce sont les hommes surtout qui défendent les empires. Ce sont des hommes dont vous avez besoin sur les frontières du Nord- Est plutôt que de ces forteresses que vous laissez élever, avec assez d'imprévoyance, lorsque la capitale est à l'abri de toutes les attaques. >

c Dans le cas d'une nouvelle guerre entre la France et l'Allemagne, il est à prévoir que le plan d'opérations des armées allemandes combinées sera le suivant : comme en 1870, la grande armée, ayant ses flancs couverts par deux autres, aura pour objectif la grande armée française, pour but de l'attaquer avec des forces supérieures et de la battre en la coupant de Paris. Gomme Paris est situé dans le tiers supérieur nord de la France, si la grande armée française se place à cheval sur la ligne Metz-Paris, elle court le risque, avant ou après une défaite, d'être tournée par sa droite; refoulée dans l'angle nord-est du pays, coupée de Paris et des trois quarts des ressources de la France ; enfin elle est exposée à être, en quelques jours, acculée à la Manche ou à la frontière de Belgique.

« Si', au contraire, la grande armée française se place au sud de la ligne Metz-Paris, en prenant pour axe de ses mouvements la ligne Troyes-Nevers-Bayonne, elle a derrière elle la plus grande partie des ressources du pays et ne peut être acculée à un grand obstacle infranchissable. L'ennemi, en la battant, ne fait pas d'une pierre deux coups comme dans le cas précédent; s'il marche sur Paris, il prête le flanc ; s'il poursuit la grande armée française, celle-ci peut se refaire derrière les têtes de pont de la Loire et reprendre l'offensive en appuyant vers l'une des deux armées secondaires qui couvrent ses ailes, ou porter l'une d'elles sur les lignes de communication (chemins de fer) qui alimentent l'armée ennemie de munitions et de vivres. Toutefois il faut s'attendre, dans le cas où la position choisie serait au sud de la ligne Metz-Paris, à ce que l'ennemi cherchera à faire, avec son aile droite, ce qu'il a fait en 1870 avec son aile gauche, c'està-dire qu'il pivotera sur sa gauche pour décrire une conversion et rejeter les armées françaises vers la Saône et le Jura en les isolant

3 bis

38 bis ÀPP. — RELATIONS BU GÉNÉRAL EN CHEF

de Paris. De ses 3 ou 4 armées de ir* ligne, celle de droite, placée à l'aile marchante, serait la plus forte après celle du centre.

Dans cette hypothèse, quel doit être l'alignement général des armées française^ de 4re ligne? — Celui d'une ligne en équerre avec Paris, ou du centre et d'une aile en équerre avec les forces de l'autre aile, afin de prendre en flanc, avec les troupes de l'une des branches de Téquerre, l'ennemi qui marcherait pour attaquer l'autre branche. »

Le lieutenant-colonel Pierron.

Plan d'opérations pour la campagne de 4815, envoyé au congrès de Vienne par le général Gneisenau, chef dïétaUmajor de Blucher.

t 1° Une armée en Belgique.

« 2° Une autre sur le Rhin moyen.

t 3° Une troisième sur le haut "Rhin.

c 4° Derrière l'armée du Rhin moyen, une armée de réserve; celle-ci la plus forte.

t Les maréchaux des trois premières armées percent en France et prennent la direction sur Paris. Quoi qu'il arrive à l'armée voisine, qu'elle soit battue ou non, chacun de ces maréchaux continue son chemin en laissant derrière soi des détachements mobiles pour observer les places fortes.

t L'armée de réserve est destinée à réparer les revers qui pourraient arriver à une armée de iu ligne, soit par des mouvements de flanc sur les communications de l'ennemi,' ou par une assistance directe.

« Ce projet de campagne est fondé sur la supériorité numérique des années des puissances alliées. L'ancienne France avait quatre-vingtdix (90) places fortes, dont les garnisons nécessaires absorbent un nombre considérable de forces ennemies. Supposé que Napoléon battra une des armées de V* ligne, pendant qu'il la poursuit les deux autres.

poursuivre ses succès sur l'armée battue, tomber sur l'armée voisine, il aura à soutenir un nouveau combat qui, avec l'aide de l'armée de réserve, lui pourra être disputé rudement, pendant que la troisième de nos armées de 1" ligne continue à s'avancer, et que celle qui a été battue se refait et reprend l'offensive.

« Ces trois armées de 1M ligne doivent éviter de se rapprocher de trop près l'une de l'autre, afin que l'ennemi ne puisse disparaître de devant l'une et tomber inopinément sur l'autre, mais qu'il soit, forcé de parcourir un nombre de marches suffisant pour les instruire, l'une de la disparition de devant elle, et l'autre de son approche. Celle des armées avec laquelle il cherche le combat ne doit se battre que dans un terrain très-fàvorable , et il vaut mieux rétrograder de quelques marches pour trouver cet avantage.

c Tout projet de campagne qui s'occupe à admettre dans le calcul

ATBG LE HlNftfiTlE DB LA (HttftRE. 39 6w

(des opérations) les armées en Italie est vicieux, parce qu'il est dangereux en ce qu'il nous fait perdre du temps. Les armées une fois rassemblées sur la frontière orientale de la France, on doit pousser les opérations vigoureusement. »

Ce plan d'invasion de la France, qui a réussi aux puissances coalisées contre elle en 1814 et 1815, indique les contre-mesures à prendre :

1° Trois armées françaises de 1" ligne, l'armée du centre ayant pour axe de ses mouvements la ligne Troyes-Nevers-Bayonne.

2* Des têtes de pont à créer sur la Loire moyenne, de Nevers à Orléans, pour dérober derrière cette ligne défensive les mouvements latéraux vers l'une ou l'autre aile, vers Paris ou vers Lyon.

3* Deux armées de réserve de 26 ligne, l'une derrière le centre, pour le renforcer au moment voulu, l'autre derrière l'aile qui doit se porter, sur les communications de l'ennemi.

Le lieutenant-colonel Pierron.

< Lorsqu'à la suite de ses premières campagnes d'Italie Bonaparte traitait de la paix à Leoben, il dit un jour aux généraux autrichiens : « Il y a, en Europe, beaucoup de bons généraux, mais ils voient trop « dechoses à la lois; moi, je n'en vois qu'une : ce sont les masses ; je c tâche de les détruire, bien sûr que les accessoires tomberont ensuite « d'eux-mêmes. »

« A la fin de sa carrière (notamment en 1843 et 1814), Napoléon a commis, mais sciemment, la faute qu'il avait reprochée autrefois à ses ennemis. Sa grande supériorité intellectuelle lui donnait une telle confiance qu'il se crut assez puissant pour vaincre ses adversaires, quelque système de guerre qu'il embrassât et sans qu'il fût dans la nécessité d'abandonner aucun des points qu'il occupait : de là l'éparpillement de ses forces, qu'il ne lui fut plus possible de rallier au jour du besoin. »

Le lieutenant général Berthezène.

Les Allemands calculent qu'en ne mettant qu'un homme par pas (ou mètre) sur la ligne d'investissement, il faut à la France une armée de : 62,000 hommes pour cerner Metz ;

80,000 — Strasbourg ; 40,000 hommes pour Thionville, Neufbrisach et les autres petites places;

182,000 hommes pour bloquer les places fortes de Y Alsace-Lorraine, si la France prend l'offensive.

Us comptent jeter 60,000 recrues à Metz, autant à Strasbourg et à Mayence ; de manière que de ces 3 grands camps retranchés puissent sortir 3 corps d'opérations au bout de quelques mois.

10 bi& APP. -** JUBJLÀTIONS ]>C GÉNÉRAL Efl CHEF

Ils estiment que, des fortifications élevées en France depuis 1871, 1° la ligne Verdun-Toul-Epinal est trop près de la frontière pour dispenser l'armée française de s'affaiblir en y jetant des garnisons tirées des forces actives; 2° La ligne Reims-Epernay-Nogent-sur-Seine est trop près de la précédente pour qu'une armée française battue puisse s'v reformer.

Vauban au maréchal de Catinat.

7amH687.

c Vous avez raison de dire que le trop de places en France est un inconvénient dont on ne s'apercevra pas tant qu'on sera en état d'attaquer, autant que de défendre : j'en conviens fort avec vous ; et, s'il arrivait une grosse guerre, il serait fort à craindre qu'il n'y parût dès la première campagne. »

c Toute armée offensive se donne un but d'opérations, tel que la prise d'une ville riche et puissante, ou de la capitale elle-même : c'est vers ce but qu'elle dirige ses efforts et sa marche. L'armée défensive se propose de l'empêcher de s'en emparer. Napoléon distingue avec raison trois sortes de défenses : la défense directe, en s'opposant de front à la marche de l'ennemi ; la défense de flanc, en se plaçant de côté pour menacer ses flancs et ses derrières; et la défense de manœuvres, qui participe alternativement de l'une et de l'autre, suivant les circonstances.

« La- défense directe a nécessairement lieu à l'extrême frontière ; toute autre y est impossible, puisqu'on ne peut menacer les flancs et les derrières des colonnes ennemies que lorsqu'elles ont pénétré déjà dans l'intérieur ; il faut donc l'y favoriser de toutes manières par une bonne ligne défensive. C'est pour cela que chaque Etat s'efforce de reculer ses frontières jusqu'aux obstacles naturels que présente le pays, tels que montagnes, fleuve, marais, forêts, qui, en réduisant les débouchés d'agression à un petit nombre de déniés, en facilitent la défense. L'art vient ensuite renforcer, ou du moins conserver, ces barrières en fortifiant les principaux défilés, en occupant par des places le nœud des routes et les passages de fleuves, en préparant des barrages sur les rivières pour tendre les inondations, en ouvrant des routes parallèles pour faciliter les mouvements et la liaison des corps défensifs.

t La défense de flanc, favorisée par des camps retranchés, entre en jeu dès que l'ennemi à dépassé les frontières.

< La défense de manœuvres s'applique surtout avec succès quand la capitale est à l'abri d'une attaque d'emblée et exige que 1 ennemi traine avec lui un parc de siège. >

Le général Rogniat, premier ingénieur de Napoléon en 4843.

AYEC LE MINISTRE DE LA GUERRE. 41 Us

Le général de Moltke, chef d'état-mqjor des armées allemandes, au prince Frédéric-Charles, commandant la IIe armée,

Pont-à- Mousson, le 46 août à 8 heures \fk du soir.

« D'après notre opinion ici, la campagne sera décidée en notre faveur si nous refoulons au nord la grande arimse ennemie qui quitte Metz. >

« Une armée française réunie à Troyes fait face aux lignes d'invasion venant du nord. Elle prend en flanc ou à revers les mouvements de l'ennemi venant du Rhin par Vitry-le-Français, et peut le retenir assez longtemps sur la rive droite de l'Aube, car la Marne et l'Aube décrivant un demi-cercle devant Troyes, l'entourent de deux fossés parallèles. Cette armée peut former le centre d'un grand système qui, ayant à sa droite celui de Langres, à sa gauche celui de Paris, serait susceptible d'une grande résistance. >

Le général Polet.

Séance du Conseil de défense du 21 novembre 1819.

< Un membre demande que l'on se rende compte de l'objet de la défense sur la Loire. Il croit que l'ennemi n'arrivera sur cette rivière qu'après l'occupation de Paris, et qu'il serait contre les règles de la prudence de placer sur ce théâtre de guerre soit les dépôts de l'artillerie, soit le centre du gouvernement. 11 ne faut pas les mettre à Tours, quoique cette ville soit sur la rive gauche, mais les porter dans une ville en arrière, où ils seront plus en sûreté, quand même cette ville ne serait point fortifiée. Les places à élever sur la Loire doivent être regardées comme des pivots; il faut donc choisir les points les plus favorables aux manœuvres. Sous ce rapport, Orléans est préférable, comme occupant le saillant. Tours n'empocherait pas de passer la Loire à Orléans, d'y faire une tête de pont au moyen de laquelle l'ennemi soutiendrait ses pointes dans l'intérieur et pourrait se retirer sur Paris par un chemin plus court que celui de l'armée française qui serait a Tours. »

< En prenant pour base de ses opérations la ligne Orléans-Nevers, la grande armée française couvre efficacement la plus grande partie de son pays et conserve la liberté de manœuvre dans toutes les directions. Les places fortes de Mézières, Soissons, Paris d'une part, d'Auxonne, Besançon et Belfort d'autre part, lui fournissent, avec la ligne Orléans-Nevers, une base enveloppante pour faire ou seconder des retours offensifs sur les flancs et les derrières de l'ennemi, qui s'affaiblira s'il veut étendre la main vers Paris ou vers Lyon. »

M, le feld -maréchal lieutenant autrichien von Dœpfner.

42 bis APP. — RELATIONS DU GÉNÉRAL EN CHEF

Séance du Conseil à\ défense du 8 décembre 1820.

« Le général Pelet fait remarquer que si l'armée française, après l'occupation de Paris par l'ennemi, bat en retraite sur Tours, au lieu de se retirer sur Orléans et de se couvrir de suite par la Loire, sa position à Tours sera insoutenable. Son syslème de contre-manœuvres sera tout à fait défavorable ; car, pour se porter sur les communications de l'ennemi, elle devra côtoyer la Loire en prêtant le flanc à l'ennemi établi à Orléans ; enfin elle sera arrêtée par l'obstacle de la basse Seine. Tant que l'ennemi est à Orléans, l'armée française ne peut bouger de Tours ; l'ennemi peut même s'avancer jusqu'à Vierzon sans aventurer en rien sa communication avec Paris ; d'ailleurs, dans tous les cas, il aurait, pour rétablir sa base, la Loire qu'on lui aurait abandonnée d'Orléans à Nevers, et par conséquent toute la partie nord et est de nos frontières. »

Opinion du général Pelet, sur la défense intérieure du territoire

français.

c La Loire touche, par le sommet des Gévennes, aux sources de FArdèche et du Tarn qui tombent dans le Rhône et la Garonne. N'oublions pas que la Loire se lie d'un côté, par les deux canaux du centre, avec la Saône et le Rhône, et de l'autre avec la Seine et tout son système par le canal du Loing. La Loire entoure doublement le cœur de la France.

• Nevers est un point stratégique d'une haute importance par les propriétés qu'il possède en lui-même, par les avantages qu'il assurerait à l'ennemi. Cette ville, située entre la Loire et la Nièvre, près du confluent de l'Allier, est le centre d'un nombre considérable ae communications de terre et d'eau qui rayonnent dans toutes les directions. Les routes de Genève par Maçon, de Nion par Louhans, de Neufchâtel par Pontarlier et Château-Chinon, aboutissent à Nevers, qui se trouve ainsi menacé par trois grandes communications sortant du territoire suisse. D'autres routes conduisent de cette ville au midi par Lyon, Valence et Clermont; à l'ouest, sur Limoges, Châteauroux, Poitiers, Orléans, Tours; au nord, sur Paris, Troyes et Châlons-sur-Marne. Les canaux du Centre, du Nivernais, de la Loire, du Rerry font communiquer Nevers avec la Saône, la Seine, la haute et la basse Loire, le Cher. L'ennemi, établi dans cette position, recevrait par eau les approvisionnements du pays qui s'étend jusqu'à la frontière et menacerait tous les points de l'intérieur. Nevers, l'un des grands centres de la résistance active, peut devenir, avec les nombreuses usines qui l'entourent, un des principaux ateliers militaires du royaume. Il doit être fortifié comme le nœud de Paris avec Lyon, dont il est à peu près également éloigné, comme le centre d'une base intérieure défensive établie sur la moyenne Loire.

AVEC LE MINISTRE DE LÀ GUERRE. 43 bis

« Paris et Lyon, entièrement isolés, séparés par une distance de 90 lieues, ne peuvent se lier par les accidents du terrain. La défense intérieure présente là une dangereuse lacune qu'il faut absolument remplir. Ces deux forteresses intérieures se trouvent jetées comme deux bastions (qu'on me pardonne ces expressions) en avant de la Loire, dernière barrière de la France. Elles sont liées avec ce fleuve par le canal du Loing et par les montagnes élevées du Forez. Il faut établir sur la Loire moyenne une base de défense intérieure, formée par le fleuve, par les vallées, par la canal latéral, renforcée par les postes d'Orléans, Briare, la Charité, Nevers, Decize, Digoin, etc. Cette barrière deviendra d'autant plus formidable qu'elle sera très-rapprochée de toutes les forces de la France et que l'ennemi sera harcelé sur ses derrières par les corps du Jura et des Alpes. La base intérieure s'appuiera d'abord à Paris et Lyon, ensuite à Orléans, Nevers, et à un poste qui sera choisi vers Nevers.

« On vient de voir les propriétés stratégiques de Nevers, et les motifs qui militent en faveur de ce point pour la création d'une forteresse intérieure. On pourrait l'entourer d'une simple enceinte bastionnée sans dehors et sans contrescarpe, type appliqué à l'enceinte de Paris, qui serait adopté pour les places centrales ; on pourrait aussi tirer parti des eaux qui l'environnent. Bourges semble, au premier coup a œil, présenter plus d'avantages par sa position centrale en arrière de la moyenne Loire, et par la facilité avec laquelle le terrain se prêterait à une fortification même passagère. Mais cette ville, bornée à un petit nombre de communications, serait sans action sur la Loire même et sur les pays au delà ; elle ne protégerait pas la défense directe du fleuve mieux que ne le ferait un corps de flanc placé à Nevers. Châteauroux, encore plus intérieur que Bourges, plus éloigné de la Loire, n'a d'autre avantage que sa position au centre de la grande courbure du fleuve. Ces deux villes sont situées au milieu d'un pays stérile, qui offre très-peu de communications. Enfin Vierzon ne peut pas même entrer en comparaison avec Bourges et Châteauroux.

« Réunissant autour de Nevers, par une combinaison rapide des chemins de fer, une partie des corps attachés à Paris et à Lyon, les troupes qui garnissent la base de la Loire , les renforts venant de Bordeaux, de Nantes à V.ierzon, le général en chef organisera rapidement une nouvelle armée, lui donnera l'artillerie renfermée dans l'arsenal centrai et, s'avançant dans la direction de Dijon, tombera sur les corps ennemis, dont la défaite promettra les plus grands résultats. »

• Si les sièges principaux de notre vie gouvernementale , Paris et Lyon, étaient assurés à tel point que ces places fortes pussent être abandonnées momentanément à elles-mêmes, les armées chargées de défendre notre territoire se porteraient sur les flancs des lignes d'invasion afin de combattre alternativement chaque année ennemie, ou de couper leurs communications.

44 bis A PP. — RBLÂT10NS DU GÉNÉRAL EN CHEF

c Cette méthode est la seule qui puisse nous convenir, car le sort de la patrie ne doit jamais être livré aux chances d'une seule bataille ou d'un siège de la capitale. »

Le général Pelct.

Le maréchal Luckner (généralissime des trois armées françaises chargées d'arrêter V invasion en Champagne) au général KeUermarm, commandant lune des armées à Tout.

Châlons-sur -Marne, le 8 septembre 4792.

« Vous aurez soin de vous étendre avec votre année en la dirigeant sur le flanc gauche de celle de l'ennemi , tandis que M. Dumouriez (avec son armée qui est à Sainte-Menehould) fera la môme chose sur le flanc droit. >

Le général belge * * * au général français de Blois.

J'ai passé quinze jours au milieu des Prussiens, à Versailles, en février dernier. Ils m'ont dit que si vos places de Strasbourg, Schlestadt, Toul, Verdun, Soissons, etc., avaient été en bon état, il leur eût été impossible d'approvisionner leur armée devant Paris. La défense énergique des chemins de fer qui relient la France à V Allemagne était le plus impérieux et le plus élémentaire de vos devoirs. Il vous en coûte l'honneur, deux provinces et 8 milliards pour l'avoir méconnu : c'est trop en vérité !

« Il s'est fait pendant le siège de Paris (1870-1871) et à une distance de quelques journées de marche seulement, une guerre particulière, dans laquelle les forces militaires de tout le reste de la France ont été presque exclusivement employées à une série de tentatives, sans cesse renouvelées, pour débloquer la capitale. Lorsqu'on arrive à l'étude de cette partie de la campagne, le prestige inouï qu'on voit Paris exercer sur la nation française frappe l'esprit d'étonnement : on dirait vraiment que désormais la guerre n'a plus d'autre objet. On abandonne à leurs propres forces, presque toujours insuffisantes, les grandes places du pays ces boulevards traditionnels des frontières ; nul ne songe à troubler les Allemands dans la possession paisible des régions, d'ailleurs trèsfaiblement occupées par leurs troupes que traversent les chemins de de fer servant à les ravilailler devant Paris en munitions et en vivres: la vaillante armée enfermée dans Metz, en proie aux plus rudes privations, attend vainement un secours du pays pour la défense duquel elle a livré les batailles les plus sanglantes et les plus chaudement disputées des temps modernes. A une autre époque, tout cela eût excité chez les Français une émotion immense et provoqué les plus héroïques efforts; on dirait, cette fois, que personne n'en a la moindre

AVEC LE MINISTRE DE LA GUERRE. 45 bis

conscience; c'est à peine si l'on y songe par hasard, et jamais on n'agit en conséquence. Paris est investi, il faut délivrer Paris : telle est l'unique pensée qui domine tous les esprits , depuis le haut jusqu'en bas de l'échelle sociale.

< Cette idée fixe, qui touchait presque à de la démence, facilita et simplifia beaucoup la tâche des Allemands. Ils pouvaient, à leur gré et suivant les besoins du moment, augmenter ou restreindre l'étendue du théâtre de la guerre : nulle part ils n'étaient obligés d'être en force excepté devant Paris, où ils devaient toujours se trouver en état de

Ï>arer à toutes les éventualités; le succès final ne pouvait dès lors faire e moindre doute. Grâce à ce désir aveugle de délivrer la capitale, la guerre se maintint pendant des mois entiers, au grand avantage des Allemands, sur un terrain très-limité ; ce ne fut que tout à la fin, lors-

3ue de nombreuses défaites eurent fait perdre tout espoir de dégager irectement Paris, qu'on essaya une entreprise d'un autre genre (la marche sur Belfort). Si elle eût réussi, elle eût certainement reculé de beaucoup l'heure du dénoûment.

< Nous avons déjà expliqué que le meilleur moyen, sinon de délivrer immédiatement la capitale, du moins de diviser les forces qui la bloquaient, eût été d'employer les troupes dont on disposait à entraver les communications des Allemands, à couper les chemins de fer qui les reliaient à l'Allemagne. »

M. le lieutenant général prussien von Hanneken.

Berlin, janvier 4873.

< L'expérience de la guerre de 4870-1871 a fait reconnaître que la landwehr était parfaitement apte à rendre des services concurremment avec les troupes de ligne, notamment à assurer les communications en gardant les lignes d'étapes, les défilés tels que tunnels, viaducs, ponts, etc., à escorter les convois et protéger les lignes ferrées et les lignes télégraphiques ; à défendre les magasins; à tenir fortement le pays conquis et à y assurer la rentrée des réquisitions de toute nature ; enfin à relever les troupes de ligne dans un investissement déjà commencé. On s'occupe donc d'assurer la mobilisation de cette landwehr sur une échelle beaucoup plus vaste ; et l'on a le projet d'organiser pour une nouvelle guerre 18 divisions de landwehr , pourvues de tout l'attirail nécessaire, artillerie, équipages, services administratifs, etc., soit une division de landwehr par corps d'armée.

< Les garnisons à laisser dans les places fortes seront fournies en partie par le Landsturm, composé de bataillons d'anciens soldats âgés de 33 à 42 ans. >

M. Charles de Flandre à M . Gambetta, ministre de la guerre.

Edinburgb, 34 janvier 4874.

« S'il y a moyen, faites que la guerre ne cesse pas encore. Retirez de grandes armées au Havre, à Cherbourg. Brest. Bordeaux, Marseille,

Page 1