‹ Les méthodes de la classification et l'idée de série en botanique et en zoologie de Linné à LamarckChapitre 12 sur 57 · CLASSIFICATION MÉTHODIQUE ET SÉRIE NATURELLE A L'ÉPOQUE DE LINNÉ · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION MÉTHODIQUE ET SÉRIE NATURELLE A L'ÉPOQUE DE LINNÉ

Suscitée et entretenue par les facteurs que nous venons de passer en revue, mais sollicitée en des sens assez divers

classe (Quadrupèdes) présente ces, cinq. « analogies », la deuxième (Cétacés) les quatre premières seulement, la troisième (Oiseaux) les trois premières seulement, la quatrième (Reptiles) les deux premières seulement, la cinquième et la sixième {Poissons oartilagineux et Poissons proprement dits) la première seulement, et qu’enfin les septième, huitième et neuvième classes (Crustacés, Insectes et Vers) n’en présentent aucune.Les distinctions entre les classes de chacun des deux derniers groupes sont indépendantes de toute comparaison avec l’homme (ibid., pp. 6-9).

(1) Linné, 1754, Philos. botan., par. 153, C£. le plan. d'ensemble de. tout le Systema Naturæ et, plus particulièrement, sa « Division des classes » (1758, t. 1, p. 11 ; 1766-67, t. 1, p.19}:

(2) Il est évident du reste que si cette manière de voir a. été, comme nous. le croyons, entretenue, chez. les: naturalistes et les anatomistes, surtout.

Foi

par la diversité même de ces facteurs, la notion d’une série à la fois hiérarchique et continue s’offre à la systématique, du temps de Linné, comme une forme rationnelle prête à

accueillir ce dont ses promoteurs, — philosophes, anato-

mistes et même zoologistes, — ne se sont guère souciés jusque là : des genres et des espèces exactement caractérisés. Quels rapports vont pouvoir s’établir, à partir de ce

moment, entre deux ensembles d’idées et deux mouvements

de recherche si différents ?

Ces rapports ne seront ni de concordance spontanée et parfaite ni d’antagonisme absolu. ‘Dans la mesure où prédomine, à partir de 1740 ou de 1750, la recherche d’une détermination rigoureuse et d’une distribution méthodique des genres et des espèces, une dissociation va tendre à s’opérer entre les deux acceptions, aisément discernables pour nous, que la représentation traditionnelle de la série s’efforçait de combiner : — continuité, faite de transitions graduelles, entre toutes les parties du monde vivant, —

hiérarchie progressive de ces parties.

Qu'il y ait des intermédiaires entre toutes les formes qui

se distinguent fortement, que chaque propriété d’un. être

donné le rapproche étroitement de certains autres, les naturalistes qui s’attachent maintenant à caractériser et à circonscrire des genres et des espèces ont assurément bien plus d’occasions de le vérifier et bien plus de raisons de l’admettre que ceux de leurs prédécesseurs qui s’en tenaient à des groupements beaucoup plus massifs. C’est pour l'avoir constaté que l'Italien Donati, l'un des premiers naturalistes qui aient entrepris l’étude directe d’une flore et d’une faune marines, dans un travail demeuré à l’état d’esquisse,.

refuse de s’assujettir à un système de classification fondé sur tels ou tels caractères exclusivement. En essayant de

par des raisons techniques, elle trouvait, d'autre part, une confirmation puissante dans la tradition théologique et. philosophique qui insiste sur la prééminence intellectuelle et morale de l’homme et professe la supériorité absolue de sa nature spirituelle.

distribuer d’après nature un ensemble un peu riche de plantes ou d’animaux, ne s’aperçoit-on pas que leurs organes importants peuvent tous donner lieu à des arrangements réguliers ? Dans chacun de ces arrangements, chaque unité spécifique, ne comportant de variations que dans des limites bien déterminées, aurait pour plus proche voisine une autre unité non moins définie et se relierait, par son entremise, à d’autres encore. Représentons-nous à la fois toutes ces séries formées par tous les rapprochements auxquels peuvent donner lieu les organes importants, et nous aurons l’image d’un réseau dont les nœuds sont reliés entre eux par plusieurs fils, ces fils pouvant du reste s’accompagner l’un l’autre, se séparer ou s’entrecroiser de mille façons. Image qui traduit, bien mieux que celle d’une simple chaîne, la complexité de l’ordre de la nature, sans rien méconnaître de la constance avec laquelle elle maintient, à l'égard de chaque caractère, la distinction des espèces qu’elle a formées (1). É |

Mais Linné lui-même, si catégoriquement qu’il pose la distinction réelle des genres et des espèces, sait très bien et répète souvent qu'ils s’allient tous les uns aux autres par des affinités multiples et très étroites. Pour lui comme

(1) Donart, 1750, Stor. nat. Adriat., pp. xix-xx1 ; cf. la traduction française : 1758, Essai hist. nat. Adriat., pp. 18-20. Le langage de Donati dans tout ce Passage (cité avec égards au xvrrre siècle : Ch. Boxer, 1781, Contemp. Nature, 3e partie, ch. v : Œuvres, t. 7, P. 82 ; ParLas, 1766, Elench. Zoophyt., pp. 23-24) est assez ampoulé et souvent embarrassant dans le détail : sa signification générale, pourtant, ne paraît pas douteuse. Il atteste à quel point la continuité sérielle, telle qu’on l'entend alors, est loin d’impliquer une indistinction, à plus forte raison une transmutation possible des espèces. Non seulement, en effet, Donarr sauvegarde la fixité de l’espèce ; mais son effort tend précisément à montrer que chaque espèce peut être distinguée exactement par plusieurs caractères indépendants. Il est clair, d'autre part, qu'en la délimitant par plusieurs caractères indépendants, on la rend, du même Coup, voisine de plusieurs autres, et c’est ce double aspect de l'ordre naturel (liaisons dans divers sens ; Mais aussi, dans tous les sens, échelonnement sans confusion) que tente d’exprimer la figure du réseau.

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