‹ Les méthodes de la classification et l'idée de série en botanique et en zoologie de Linné à LamarckChapitre 13 sur 57 · LA CLASSIFICATION ET L’IDÉE DE SÉRIE · texte numérisé non relu

LA CLASSIFICATION ET L’IDÉE DE SÉRIE

= pour Donati, la « méthode naturelle » est précisément l’art d'exprimer, en un tableau fidèle, l’ensemble des affinités ainsi conçues. Et si cette méthode, « fin dernière » de la botanique et de la zoologie, est si difficile à réaliser que Linné n’a jamais cru pouvoir en proposer plus que des « fragments », c’est, d’abord, parce que, beaucoup de genres ne nous étant pas encore connus (1), leur absence défigure par des lacunes cette continuité intégrale qu’il s'agirait . précisément de saisir. Mais c’est aussi parce que, chaque genre ayant de l’affinité « de part et d’autre » (ab utraque parte), on ne peut le porter d’un côté, dans la classification, sans briser des liens qui le retenaient de l’autre, et que les groupements les plus naturels, dès qu’on les circonscrit, risquent d’en détruire d’autres qui le seraient autant. Si bien qu’on en vient à prévoir que la « méthode naturelle », le jour où elle aura réussi à saisir et à grouper un plus grand nombre de genres, rendra « très difficiles » les limites des classes : ce qui équivaut à reconnaître que le groupement auquel elle tend, image de plus en plus approchée de la totalité des liaisons, ne comporte pas, en lui-même, les divisions tranchées des distributions systématiques (2).

I1 suffit pourtant de se rappeler, d’autre part, la réalité naturelle des genres et des espèces pour se rendre compte que la classification systématique garde, en dépit de la multiplicité des affinités, un fonds de réalité incontestable. On peut dire plus : la continuité du monde animal ou végétal, tout en les frappant d’imperfection, justifie, en un certain sens, les procédés et les résultats de cette classification. Puisque l’ensemble des êtres en question, à les supposer grou-

(1) En particulier parmi les genres exotiques.

(2) Linné, 1751, Philos. botan., par. 77 (en tête de l’exposé des « Fragments de la Méthode naturelle ») : «La Nature ne fait pas de sauts. Toutes « les plantes montrent de l’affinité de part et d'autre, comme un territoire « sur une carte de géographie » ; par. 160, 206, 283 ; 1756, Syst.Nat., p. 39: «la Nature présente les affinités de la mère aussi bien que celles du père ». Cf., sur cet aspect de la pensée de Linné, TureNEmann, 1909, Stufenfolge, pp. 249-250,

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pés selon leurs affinités réelles (1), forme une masse partout également dense, puisqu'ils s’échelonnent ‘régulièrement à distances égales sur toutes les lignes que tracent les variations graduelles des organes principaux, des « caractères » établis symétriquement, comportant des différences de-pareille grandeur dans les dispositifs auxquels ils se rapportent, devront, en principe, fractionner cet ensemble en portions d’une richesse sensiblement égale. À la grandeur du contenant, — c’est-à-dire à l’importance systématique de la section, — devra répondre l’abondance du contenu, — autrement dit, le nombre des genres et des espèces qui se présentent pour la remplir. Raisonnement naturel, impliqué, en quelque sorte, dans les représentations de la systématique de l’époque, — trop dénué de rigueur, cependant, et surtout trop loin de l’expérience pour qu’on doive s’étonner de ne pas le trouver formulé. Toujours :est-il qu’il paraît bien y avoir une certaine corrélation entre la conception sérielle des affinités et l’habitude de construire la -classification de telle sorte que les unités supérieures de même niveau s’équivalent à peu près par la quantité des êtres qu’elles renferment (2).

Au total, et par quelque procédé que puissent se concilier, ou se raccorder les exigences de la distribution systématique et la notion des affinités réelles, il est clair.que l’histoire naturelle linnéenne, bien loin de-repousser la croyance.

(1) Et à condition de faire abstraction, bien entendu, des lacunes fe visoires de nos connaissances:

(2) Donari, après ce qu'il a dit du réseau, n’en propose pas moins une distribution des plantes et animaux de l’Adriatique en «classes», dégions:», «eenturies »,« cohortes », «ordres », et« genres »: tous groupements :subordonnés les uns aux autres, dont les noms mêmes, pour la plupart, suggèrent des effectifs approximativement égaux (1750, Stor. nat, mar. Adriat., pp: xx et suiv.). Linné, dans tout le Systema’ Naturæ, compose ses classes et ses ordres de telle façon qu’ils comprennent des parts sensiblement: égales de l’ensemble à partager ; il n'en use pas de même, cependant: pour ses « genres ».

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