LA CLASSIFICATION: ET L’IDÉE DE SÉRIE
traditionnelle à une continuité universelle des êtres vivants, se l’assimile profondément fet la renouvelle sans la: démentir.
En: peut-il être de même en ce-qui concerne l'affirmation,
— traditionnelle, elle aussi; mais souvent trop abstraite ‘et
scientifiquement inefficace; — d’une hiérarchie, d’une suite de degrés de perfection ? Il suffit, à vrai dire, de songer au nombre des genres et des espèces, de se reporter en pensée aux conditions dans lesquelles se-présente le problème de leur détermination, — objet essentiel du systématiste, — pour comprendre que le projet de les distribuer hiérarchiquement ne devait pas pouvoir prendre corps dans l'esprit de beaucoup de naturalistes (1). — Reste la « disposition théorique » de Linné, le groupement des grandes unités collectives et surtout des classes : sujet important, mais relativement peu travaillé au xvni® siècle. La zoologie linnéenne, nous venons de le voir, reconnaît ici l’autorité de l'anatomie et fonde ses distinctions initiales sur les différences que présentent, à partir de leur état le plus complet, certains grands appareils vitaux. En ce sens, elle admet donc au nombre de ses formules l’esquisse très sommaire d’une progression, ou plutôt d’une dégradation de lPorganisation. Mais ses relations avec l’anatomie sont trop lâches, trop irrégulières pour qu’elle songe à compléter cette esquisse et à en préciser la signification. — D'autre part, certaines des liaisons que l’histoire naturelle constate, même entre des divisions tout à fait capitales du monde vivant, ne semblent pas comporter d'interprétation hiérarchique : ainsi celles qui unissent des animaux imparfaits à des plantes
(1) Cn. Bonner, qui estime, lui aussi, que le nombre des degrés aperçus dans la série ne porte pas atteinte à leur distinction, indique, en thèse générale, que «nous pouvons... supposer dans l’Échelle de notre globe autant d’échelons que nous connaissons d'espèces » : soit, dit-il, de 18.000 à 20.000, pour les plantes seulement (1764, Contemp. Nature, 2e p., ch. x : Œuvres, t. 7, p. 54).
imparfaites et qui soudent ainsi, en quelque sorte, les deux règnes par leur base (1). |
Il n’y a donc pas, en somme, d’ajustement exact et solide entre le travail de la classification et celui qui tendait à construire une série hiérarchisée des êtres vivants : tout au plus des compromis partiels, instables et qui, en effet, ne résisteront pas à l’épreuve à laquelle va les soumettre l’accroissement des connaissances de fait.
(1) Lanné, 1751, Philos. botan., par. 158.