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CHAPITRE III

L'histoire naturelle après Linné:

les « méthodes » et la série

LES NATURALISTES FRANÇAIS ET LES MÉTHODES » : BUFFON, DAUBENTON ET LA CLASSIFICATION

A tous les naturalistes qui, aux prises avec les difficultés de leur travail concret, sentent la nécessité de disposer de « marques » précises et sûres des genres et des espèces, l'œuvre de Linné apporte, dès 1740, un instrument et un modèle desquels ils ne peuvent pas manquer de sentir tout

le prix. Aussi la partie la plus arrêtée de sa « méthode »,

celle qui règle la nomenclature, la rédaction des « caractères » et les descriptions, obtient-elle rapidement, en Suède, en Allemagne, en Angleterre, leur adhésion à peu près unanime (1).

Une opinion historique assez accréditée veut, cependant, qu’on ait généralement ignoré ou méconnu en France, jusque vers la fin du xviIt° siècle, l'importance du progrès que réalisait le Systema Naturæ (2). Le grand nom de Buffon,

(1) Sacus, 1892, Hist. Bot., p. 113 ; J.-V. Carus, 1872, Gesch. d. Zool., p. 521.

(2) De BLaiNvizre et Maurrep (1847, Hist. Sci. organ., t. 3; pp. 369- 370) croient pouvoir assurer qu'en France, vers 4780,« à peine si le système de Linné était connu». (Cette opinion, à en juger par le contexte, ne repose de leur part que sur une impression très superficielle. D'autre part, de

rendu familier à tous par l’histoire littéraire, et l'intérêt scientifique incontestable de son œuvre entretiennent, à cet égard, une appréciation très exagérée de l’efficacité de la résistance qu’il a opposée en effet à l’adoption des « méthodes ». Pour ne pas méconnaître les conditions dans lesquelles Lamarck et Cuvier ont abordé plus tard la grande tâche de former et de coordonner des classes zoologiques naturelles, pour ne pas ignorer les termes des problèmes auxquels ils ont eu à répondre, ni la valeur des tentatives originales qui avaient précédé la leur, il paraît donc indispensable de montrer d’abord brièvement dans quelle mesure très large, avec quel degré d’indépendance aussi les naturalistes français ont, de 1740 à 1790, accepté et mis en œuvre

les préceptes et les’ exemples du fondateur de la systé-

matique.

C’est en botanique, nous l’avons vu, que la réforme de

Linné est le plus explicite et le plus neuve, que ses prescrip-

tions ont la signification la plus nette et la portée la plus décisive : c’est là aussi que ses premières publications (1) fixent aussitôt l’attention des bons juges. Bernard de Jussieu, dès 1739, le cite à l’Académie des Sciences et juge que sa méthode est préférable, parce que « plus exacte », à celle de Tournefort (2). Le même B. de Jussieu, — « à qui les plus petits animaux sont aussi connus que les plus petites plantes, qui sait où se nichent ceux de chaque espèce » (3), et que ses amis regardent comme un « oracle en fait d’his-

Blainville a le plus vif désir de prouver que Cuvier a dû son succès à l’ignorance Où l’on était, à Paris, des travaux étrangers : cf. De BLAIN VILLE, 1890, Cuvier et Geoffroy, p. 387, ete). — RaDz,1913, Gesch. d. biol. T'heor., AT, p. 311: Linné aurait trouvé, jusqu’à Cuvier, « peu de partisans » à Paris, où prédominait l'esprit d'une science « mondaine ».

(1) Systema Naturæ, 170 édition en 1735 ; Fundamenta botanica, 1736 ; Genera Plantarum, 1737 ; Classes Plantarum, 1738.

(2) B. ne Jussieu, 1739, Hist, Pilularia, pp. 244, 251-959.

(3) Réauwur, 1742, Mém. Hist. Insectes, t. 6, Préface, P: ÉXIX.

En AE po re 2 2 \ k A

toire naturelle » (1), — prend soin de faire publier, à Paris, en 1744, la quatrième édition du Systema, à laquelle sont

ajoutés les noms français (2). Dans un ouvrage publié en

1747, Guettard adopte les « phrases caractéristiques » de

: < L4 L4 L4 4 \ Linné de préférence à celles de Tournefort et des auteurs - plus anciens, et déclare répondre en cela au vœu des « étu-

diants en Botanique » (3). Adanson, partant, en 1748, pour

un voyage au Sénégal, emporte avec lui deux ouvrages : «les Systèmes de Tournefort et de Monsieur Linnæus » (4).

Contre le sentiment dont ces faits portent témoignage, que ‘peuvent peser les railleries ou les doutes de Buffon, parti-

culièrement mal informé en botanique (5), ou même les censures sévères que Daubenton, dans l’article Botanique de TEncyclopédie, formule à l'adresse des « méthodes » (6) ? Quoi qu’on en puisse dire à côté d’eux, la conviction des hommes du métier est faite : on ne peut travailler sérieusement à connaître les végétaux que si l’on en passe par la discipline de Linné.

Mais que demandent-ils, au juste, à cette discipline ? Nombre de botanistes étrangers, à la même époque, adoptent le « système sexuel » comme le meilleur en vue des déterminations (7). En France, quelques publications linnéennes semblent procéder du même esprit (8). Plus nombreux ont

(4) GEOFFROY; 1762, Hist. Insectes env. Paris, t. 1, Préf,, pp: XX-XXI-

(2) Lan, 1744, Sysi. Nat. (L'édition elle-même ne porte pas mention . du rôle de B. de Jussieu, attesté par Linné, 1766-67, Syst. Nat., «Ratio editionis » en tête du t. 1). Uneseconde édition du Genera Plantarum avait paru également à Paris, dès 1743.

(3) Guerrarn, 1747, Observ. Plantes, t. 4, pp. XXII-XXIV : ( m'a paru même que les étudiants en botanique désiraient connaître surtout celles de Linnæus. J’ai donc cru leur faire plaisir en m'en servant ».

(4) ADANSON, 1763, Familles Plantes, t. 4, p.p GLVI-CLVIT.

(5) Burron, 1749, Hist. Nat., t. 1, p. 19 : t. 2, p. 11.

(6) DAUBENTON, 4751, art. Botan. : Encyclopédie, t. 9, pp. 340-345.

(7) Sacus, 1892, Hist. Botan., p. 113. Cf. le témoignage d’A.-L. DE Jussreu, 1789, Genera Plant., pp. XXXH1, XXXIV: ,

(8) Ainsi le Floræ parisiensis Prodromus de DariB4RD (1749), l'Hortus

regius Monspeliensis de Gouan (1762). Un second ouvrage de ce dernier

dû être, après Jean-Jacques, les amateurs d’ « herborisation » qui, comme lui, auront approuvé Linné d’avoir affranchi l'étude des plantes de la tutelle humiliante de la médecine (1) et lui auront su gré d’avoir signalé à leur attention la précision des caractères génériques, avec les « mille petits jeux de la fructification » (2), non sans juger vâine, au demeurant, l’éternelle dispute sur les qualités comparées des « systèmes » (8). Mais c’est d’un tout autre point de vue qu’un certain nombre de naturalistes français, animés d’une curiosité plus profonde ou plus exigeante, s'intéressent à l’œuvre de Linné (4). Bernard de Jussieu, le plus savant et le plus écouté de tous, poursuit, depuis longtemps déjà (5), un objet qui ne ressemble nullement à celui du « système sexuel », mais bien plutôt à celui des € Fragments d’une méthode naturelle » (6). La préoccupation d’aider aux déterminations génériques et spécifiques le cède, chez lui, au souci de saisir et de représenter exactement les affinités. Par un long travail de comparaison, il arrive, en 1759, à distribuer les genres du jardin botanique

auteur (1765, Flora Monspeliaca) suit une «méthode hybride », divisant suivant le « système sexuel» des classes empruntées à un auteur plus ancien (pp. v et suiv.).

(1) J.-J. Rousseau, Lettres : à M. Dutens, du 5 février 1767 ; à M. du Peyron, du 17 octobre 1767 (éd. Hachette, t. 11, p- 414; t. 12, pr 43) Réveries du Promeneur solitaire, 7° promenade (éd. Hachette, t. 9, p. 875).

(2) J.-J. Rousseau, Réveries, 52 Promenade (éd. Hachette, t. 9, pp. 360- 361). :

(3) J.-J. Rousseau, Réveries, 7e promenade (éd. Hachette, t. 9, p. SYRIE CE. Confessions, partie IT, livre 12 (do, t, 9, P. 72) et d’autres textes cités dans la consciencieuse étude de A. JANSEN (1885, Jean-Jacques Rousseau als Botaniker).

(:) Sacns (1892, Hist. Bot. P. 114) marque une différence très nette À cet égard entre le mouvement scientifique en France et celui des pays voisins.

(5) Bien avant les publications de Linné, il signale à l’Académie la nécessité d'établir une « classe » distincte pour les Fungus (Champignons) ct d’y comprendre aussi les Lichens (B. px Jussieu, 1728, Class. partic., pp. 377-383),

(6) Déjà publiés antérieurement par Linné, mais compris dans l'édition parisienne (1743) du Genera Plantarum, à la fin de l'ouvrage (non paginée).

de Trianon, qu’il administre, en 65 « ordres naturels », familles plus ou moins riches qu’il s'attache à ranger les

. unes à la suite des autres, mais n’entreprend pas de grouper

en unités de classement plus vastes (1). Résultat important qui sera le point de départ de son neveu. Mais, pour B. de Jussieu, comme pour Linné lui-même, les familles naturelles ne sont que des portions d’une série universelle et régulière, que la « méthode naturelle » tend précisément à découvrir. « Souvent interrompue par des espaces vides », la suite de ces « ordres » ne lui apparaît donc que comme une ébauche incomplète, qui ne sera achevée que lorsqu'elle aura atteint partout à la continuité (2).

. Avec moins d'efficacité que celui de B. de Jussieu, le travail de quelques autres est dirigé dans le même sens. Guettard, dans son ouvrage, ne fait aucun usage du « système sexuel », mais regarde la distribution proposée par Linné dans ses « Fragments » comme l” « arrangement » qui concorde le mieux avec ses propres observations (3).

C’est pour mettre en œuvre, par des voies qu’il croit nouvelles, l’idée de la « méthode naturelle », qu'Adanson, revenu du Sénégal, se déclare « ennemi des systèmes », y compris celui de Linné (4). Ayant essayé, au cours de son voyage, de classer selon les meilleurs auteurs les spécimens, recueillis et observés sur place, d’une faune et d’une flore très différentes de celles qu’ils ont effectivement connues (5),

(1) Pourtant, il a signalé (1739, Hist. Pilularia, pp. 249-250) que les Monocotylédones doivent être,« dans la méthode naturelle », la « première division des Plantes ». Et les familles des Cryptogames, puis celles des Monocotylédones, sans être désignées sous ces noms, viennent en effet en tête dans le tableau de ses « ordres naturels » tel que l’a publié A.-L. DE Jussieu (1789, Genera Plantarum, pp. LXIII-LXX).

(2) A.-L. pe Jussreu, 4789, Gen. Plant., pp. zxir. Les traits horizontaux qui interrompent, dans le tableau, la liste des genres indiquent ces lacunes de la série.

(3) Guerrar», 1747, Obs. Plantes, t. 1, pp. XXVI-XXVII.

(4) Apansonw, 1757, Hist. nat. Sénégal, Préface, pp. X-XI, XXI-XXII.

(5) Travail qui l’amène d’abord à juger inexacts et sans valeur la plupart des genres systématiques établis en dehors de toute observation de

il a cru constater, par l'échec de toutes ses tentatives, qu'il . fallait décidément renoncer à toute méthode « abstractive », c’est-à-dire réglée sur la considération exclusive ‘d’une ou deux « parties », et « chercher dans la nature elle-même son système, s’il était vrai qu’elle en eût un » (1). Examinent et décrivant ses plantes « dans toutes leurs parties, sans en excepter aucune », il a trouvé qu’elles se groupaient comme d’elles-mêmes en un certain nombre de « classes » ou de «familles » qui ne sont pas fondées, comme celles des systématistes, sur un caractère commun ‘des mêmes organes ou appareils, mais sur un ensemble de ressemblances dans : lequel la « disparate » de telle « partie » peut toujours être compensée par la concordance de télles autres (2). Procédé qui ne veut être, en somme, qu’une application délibérée du mode de travail spontané par lequel ont été formées les familles naturelles des plantes de nos climats. Mais Adanson, contemporain de Linné, et déjà soumis à sa discipline, ne peut pas échapper’ à l'obligation de discerner et de noter séparément les caractères. Il est clair, d’autre part, que, décidant de tenir compte des ressemblances ou différences de toutes les « parties », il ne peut manquer de trouver en règle générale, à chaque degré de sa distribution, plus

la plante vivante: « Une recherche très pénible et souvent infructueuse, pour rapporter les plantes du Sénégal aux genres connus, m'a appris, par une perte de temps considérable, qu'il n'y a presque aueun fonds à faire sur les genres étrangers publiés par M. Linnæus d’après l'anatomie des Îleurs desséchées ou d’après les figures et descriptions des voyageurs même les plus instruits ». (ApansoN, 1763, Familles Plantes, t. 1, p: cxcv1.)

(1) «Ge fut au Sénégal que, … convaincu de l'insuffisance des Systèmes de Tournefort et de M. Linnœus.… qui m’embarrassaient fort, quand lil s'agissait d'y ranger la plupart des plantes particulières à.ce climat brûlant, qui ne pouvaient se rapporter à aucune de leurs classes, et qu'aussi peu content de plus de 25 systèmes que j'avais imaginés sur le même plan, je commençai à abandonner cette fausse route capable de rebuter les Voyageurs même les plus instruits. En effet, la Botanique semble changer entièrement de face, dès qu'on quitte nos pays tempérés pour entrer dans la zone torride », ete. (1763, Fam. Plantes, t. 1, PP: CLVI-CLvII ; Cf. pps XCVII, CLV). ;

(2) Jbid., d°, pp. CLVII-CLVII ; CÉ. Pp. CLXXxIX-Cxc.

de caractères communs que de earactères opposés à deux

groupes voisins (1) et que ses « familles » elles-mêmes, bien

qu’elles correspondent aux « lignes de séparation » les plus marquées que présente l’ensemble du règne végétal, doivent

lui apparaître comme se reliant les unes aux autres « dans

une suite continue ». De là, la combinaison singulière grâce

GE à laquelle il se flatte d'obtenir un « enchaînement » métho-

dique de ses familles aussi conforme que : possible à la « marche graduée » de la nature : s’astreindre à relever, dans tous les cas, un nombre déterminé de « caractères » généraux concernant soit une partie matérielle de la plante, soit une propriété générale de l’une de ses parties (2) et ranger les familles de telle sorte que le nombre de ceux de ces caractères qui varient d’une famille quelconque à celle qui la suit soit aussi petit que possible. Même imparfait, —

- car une liaison suffisante manque entre certaines familles (3),

— Je « Tableau des 58 familles des plantes » qui résulte de

-l’application de ce principe nous rapproche, selon lui, de

cette « méthode naturelle » dont lachèvement pourra seul

- fixer la signification véritable de la distinction des classes,

des genres et même des espèces (4). — Faut-il, cependant,

se représenter la série comme unique ? Adanson, tout en

- réservant l’exposé de la notion qu’ildéclare s’être faite d’un

… «plan général », « qui est comme la clef: de l'Histoire natu-

(1) Cf., à cet égard, le cas de Donati : ci-dessus; chap. II, sect. 1v, p. 112, — Apanson, 1763, Fam. Plantes,i. 1, pp. CEXIV-CLXVII, CLXXX VIII. (2) Ces « caractères » des familles sont au nombre de sept : ils concernent respectivement les feuilles, le sexe des fleurs, leur situation à l’égard de

l'ovaire, la corolle, les étamines, l'ovaire et les graines.Le deuxième et le

troisième, par conséquent, n’ont pas d'objet matériel autre que les quatre suivants. Ibid., t. 2, pp. (1)-(7) et suiv..

(3) Ananson (ibid. t. 1, p. cxcrx) admet, cependant, que les «Familles intermédiaires » qui font défaut dans le tableau « manquent peut-être dans la nature ». :

(4): Thid., &. 1, p. GLXVIT ? € Nous posons comme un fait que, tant que l’on n’aura pas trouvé la méthode naturelle, on ne saura pas précisément ce qu’on peut et doit appeler Classe, Genre et Espèce»; — p. CLXXxVHI: « chaque Famille naturelle dépend de la méthode naturelle ».

relle, de la Physique et de toutes les sciences », indique nettement qu’il « diffère totalement de cette prétendue échelle et filiation ou succession des êtres considérés comme une dégradation d’un même genre suivant une ligne droite : idée dans laquelle les philosophes modernes se complaisent tant » et dont il est en mesure, croit-il, de démontrer le peu de fondement (1). La notion de la continuité des êtres, sans se séparer de la croyance à une progression des caractères (2), exclut donc, chez lui, la possibilité de ranger les êtres eux-mêmes en une série linéaire où la perfection totale croîtrait d’une extrémité à l’autre.

Même à l'étranger, l'autorité scientifique de Linné ne s'établit pas tout à fait aussi aisément en Zoologie qu’en botanique. La recherche des déterminations génériques et spécifiques étant ici, beaucoup moins active, les avantages techniques de sa méthode ont moins d'occasions et de moyens de se faire valoir. Les définitions de genres et d'espèces sont, du reste, souvent défectueuses. D'autre part, Linné n’a pas proposé, à l'égard des animaux, de « système » artificiel approprié au seul travail des déterminations : sa distribution zoologique reconnaît l’obligation de tenir compte des données de l’anatomie et tend à être naturelle. Tendance qui répond, certainement, aux intérêts de la science, mais qui l’expose grandement à être jugée impraticable ou incommode par les amateurs de connaissances superficielles (3), sans la préserver du reproche d’arbitraire dans l'interprétation des affinités.

D’autres motifs, en ce qui concerne la France, concourent avec ceux-là pour faire prévoir des résistances. Comme

(1) Zbid., do, pp. CCCXXIV; cf. p. cc.

(2) C£. ibid, do, P. CLXXX VIII.

(3) Tel est, en Allemagne, l'esprit des objections de Kirin (1743, Summa dubiorum), parfois ridicules : faudra-t-il donc, pour reconnaître les bêtes féroces à leurs dents ou à leurs viscères, commencer par les mettre en pièces, ou risquer de nous faire dévorer par elles (p. 5) ?

nous l’avons déjà vu, le soin de désigner et de classer n’a

tenu, jusque là, qu’une très petite place dans les traditions scientifiques de la zoologie de langue française ; Réaumur, Ch. Bonnet n’emploient, pour parler des « insectes », aucune nomenclature régulière (1). En revanche, plusieurs observateurs ont commencé l'étude expérimentale des propriétés physiologiques, des réactions, des mœurs des animaux. Plus vif encore‘et, surtout, susceptible d’une diffusion bien plus large est l’espoir qui grandit alors de parvenir, par une connaissance scientifique des facteurs et des lois de la vie, à augmenter les services, à atténuer les dangers ou les risques que nous attendons des êtres vivants (2). De ce dernier point de vue, notamment, l’histoire naturelle est conçue, non point comme l'inventaire détaillé, respectueux et admiratif d’une œuvre divine et savamment ordonnée, mais comme l’enquête nécessaire qui doit préparer une prise de possession, un assujettissement des ressources de la nature aux intérêts, aux aspirations de l’homme.

Est-il besoin, cependant, d’un autre témoignage que - celui de Buffon pour montrer de quelle attention les mé- thodes linnéennes, même en zoologie, étaient déjà l’objet, vers 1750, de la part des naturalistes français ? Le Premier Discours par lequel s’ouvre l'Histoire naturelle n’est guère autre chose qu’une discussion de la valeur de ces méthodes et une justification, dirigée contre leurs partisans, de la marche que Buffon lui-même se propose de suivre dans l’ensemble de sa grande publication (3) ; nombre d’autres passages des premiers volumes de l’ouvrage, plus ou moins

(1) Cf. ci-dessus, chap. I, sect, v, pp. 49-50.

(2) Telle sera, en particul'er, l’idée directrice de toute la carrière de Dausenron :1751,art. Botanique de l'Encyclopédie; 1753, Descrip. Anim. : Hist. nat., t. 4, pp. 135, 138, etc.

(3) Burron, 1749, Premier Discours, De la manière d'étudier et de traiter l’histoire naturelle : Hist. nat., t. 1, pp. 1-62.

expressément, reprennent la même discussion ou s’y rapportent (1).

Discussion, presque partout, fâcheusement ‘superficielle, il faut bien le reconnaître tout d’abord (2), — et dans laquelle l'assurance de l'écrivain, même jointe à la désinvolture du gentilhomme, ne saurait dissimuler aujourd’hui combien est imparfaite la connaissance, non seulement des données réelles, mais du sens même de la question posée. On y aperçoit pourtant, derrière les méprises, les vues indépendantes et hardies d’où elles procèdent: |

Ce qui apparaît à première vue, dès que Buffon prend position à l’égard de Linné, c’est sans doute une antipathie intellectuelle extrêmement vive, antipathie qu’explique aisément la différence, ou plutôt l'opposition totale dé la culture, de l'esprit, des intentions des deux auteurs. Avant tout, Buffon est choqué de l'aspect ingrat et rébarbatif que le formalisme linnéen donne à l’histoire naturelle, de l’aridité de cette nomenclature, de ces « caractères » compliqués et. monotones qui risquent de rendre « la langue de la science plus difficile que la science elle-même » (3). Il est hostile, par tempérament et par vocation, à une discipline qui prétend faire dépendre d’observations minutieuses, voired'instruments spéciaux, l’acquisition de notions génériques et spécifiques exactes qu’elle. conçoit comme les éléments de toute connaissance sérieuse (4). Parce qu’il ne voit guère

(1} Notamment : 1749, Hist. gén. Anim. ch. 1er: ibid., t. 2, pp, 1-17); De la nature de l'Homme : tbid., d°, pp. 429-444 : 1753, Discours sur la nature des Animaux: ibid. t. 4, pp. 1-110 ; Lé Cheval, l'Ane : ibid., do, pp. 174 et suivi: 2

(2} CE, à cet égard, la juste appréciation de M. CAuLLERY : 1925, Hist. sci, biol,, pp. 114-116,

(3) Burron, 1749, Hist. nat. t. 1, NS

(4) 1749, ibid. d°, p. 19 : « Comme les caractères des genres sont pris [chez Linné] de parties presque infiniment petites, il faut aller, le microscope à la main, pour reconnaître un arbre ou une plante ; la grandeur, la figure, le port extérieur, les feuilles, toutes les Parties apparentes ne servent plus à rien : il n'y a que les étamines, et sil'on ne peut pas voir les étamines, on ne sait rien, on n’a rien vus, » Cf. pp. 20-22, 36, etc.

- Les faits précis qui établissent, en botanique, la réalité natu- - relle des genres (1), il trouve arbitraire le parti-pris avec lequel Linné et ses disciples, pour définir les unités de leur classification, tiennent compte d’une seule « partie ».à + Pexclusion de toutes les autres (2). Abstraitement, il juge que les gens qui ont l’ambition d’édifier une « méthode » réelle- . ment « instructive et naturelle » devraient s'imposer l’obligation « de se servir de toutes les parties », de manière à être sûrs de réunir le plus étroitement les êtres qui se ressemblent le plus (3): Mais il n’a aucune envie d’entreprendre lui-même l'exécution de ce très vague programme (4). Le plan qu’il s’est tracé pour son ouvrage est, en effet, entiè- rement indépendant, en son principe, de tout souci des affinités. Les grandes divisions des objets de l’histoire naturelle une fois adoptées, — animaux, végétaux. et minéraux ; parmi les animaux : quadrupèdes, oiseaux, POISSONS, — il traitera de chacune d’elles en considérant les. premiers ceux de ces objets qui «nousintéressent le plus par les rapports qu’ils ont avec nous » (5) et ensuite tous les autres, selon que nous les trouvons effectivement associés dans-la pratique (6). Dans son désir de rendre la science accessible et attrayante au grand publie, de faire apprécier et rechercher

en elle l’instrument par excellence. des besoins et des in-

térêts de l’homme, il en vient à lui proposer délibérément

(1) Cf. 1749, ibid. t. 2, p. 11.

(2) Zbid., t. 1, p. 9.

(3) Tbid., pp. 20-22.

(4) Cf, (p. 23) la phrase insignifiante par laquelle il escamote la question de savoir ce que serait la nomenclature dans une classification ainsi conçue. — Signalons cependant qu’Ananson(1763, Fam. plantes, t. 1, pp. cLv-civi) croit devoir trouver dans ces quelques lignes une indication théorique de la « méthode » qu’il a lui-même suivie.

(5) Burron, ibid., p. 23. C’est d'accord avec cette règle que l'Histoire

| | naturelle.-des « Quadrupèdes » commencera, en effet, par les Animaux

domestiques (1753, t. 4, pp. 169 ét suiv.) et, entre eux, par le cheval, « la plus noble conquête que l'homme ait jamais faite » (d0, p. 174).

(6) Zbid., p.36 : ne vaut-il pas mieux, par exemple, mettre le cheval avec le chien, puisqu'ils sont si souvent ensemble, qu’avec le zèbre ?

cette devise : « ne suivre dans nos distributions que l’ordre des rapports que les choses nous ont paru avoir avec nousmêmes » (1). C’est suivant cet ordre qu’il s’attachera à disposer, avec tout l’art que lui semble comporter le sujet, la « description exacte » et l « histoire » complète de chaque sorte de « quadrupèdes » nettement distincte de toutes les autres, sans attribuer moins d’importance aux variétés domestiques qu'aux espèces et sans les grouper, — du moins dans la première partie de son œuvre, — autrement que d’après des ressemblances de mœurs ou d’habitat (2).

Des objections que cette hostilité de principe inspire à Buffon, de la critique assez précipitée à laquelle il soumet, en particulier, quelques-unes des principales notions zoologiques énoncées par Linné (3), un malentendu fondamental ressort avec évidence, — et ce malentendu explique les pauvretés de la discussion ; mais il s'explique, à son tour, par une préoccupation plus raisonnable, en elle-même, et plus féconde que ne l’est cette discussion. Prévenu dès l’abord contre Linné et, peut-être, assez rebuté par son style pour n’avoir pas essayé de pénétrer sa pensée par une lecture très attentive, Buffon ne se fait manifestement aucune idée de ce que peut signifier, chez Linné, l’unité d’une dénomination de genre, d’ordre ou de classe, appliquée à des animaux différents (4). Mais précisément parce qu’il

(1) Zbid., p. 37.

(2) Cf, p. ex. : après l'étude des animaux domestiques, celle des « animaux sauvages » (1756, ibid., t. 6, pp. 55 et Suiv.) ; après celle des «animaux utiles », celle des « animaux nuisibles » (1758, ibid., t. 7, pp. 3 et suiv.), ete.

(3) Burron, 1749, Hist. nat., t. 1, pp. 37-41. C'est ainsi qu'il nie avec assurance, sur l'autorité d’Aristote, l'existence de mamelles chez le cheval (P. 38) : dénégation que DauBENToN, un peu plus tard (1753, Description du cheval : ibid., t. 4, pp. 319-323) rectifie avec les égards convenables.

(4) De là, entre autres, l'interrogation fameuse (1749, ibid., t. 1, pp. 38-, 40) : « ne serait-il pas plus simple, plus naturel et plus vrai de dire qu’un âne est un âne, et un chat un chat, que de vouloir, sans savoir pourquoi, qu'un âne soit un cheval et un chat un loup-cervier » ? (Les mots que

n’en a aucune notion empruntée à l’auteur lui-même, il substitue mentalement à l'interprétation juste, qui lui fait totalement défaut, une interprétation qu’il est porté à concevoir par lui-même, parce qu’elle est en rapport avec ses habitudes de pensée : celle selon laquelle les animaux ainsi réunis sous une désignation commune devraient avoir une sorte d'identité réelle et physique, susceptible de se traduire dans l’expérience par des effets matériels déterminés. De cette identité réelle, le modèle incontestable est - fourni, aux yeux de Buffon, par l’ensemble des individus de même espèce, en tant que susceptibles de se reproduire indéfiniment en s’accouplant entre eux : propriété physique qui lui semble conférer à l’espèce une existence naturelle à laquelle ne pourrait prétendre, en principe, aucun autre groupement (1). Pourtant, les concordances précises et complètes que le travail anatomique de Daubenton fait apparaître entre les os des membres de l’homme et ceux des Solipèdes, par exemple (2), semblent bien autoriser Buffon à signaler une « conformité existante et à dessein suivie de l’homme aux quadrupèdes, des quadrupèdes aux cétacés, des cétacés aux oiseaux, des oiseaux aux reptiles, des reptiles aux poissons, etc.» (3). Serait-il possible, dès lors, de concevoir que des animaux d’espèces voisines, tout en étant, maintenant, trop éloignés les uns des autres pour donner naissance par leur croisement à des lignées d’individus féconds, dérivent cependant, par une sorte de « dégénération », « de la même souche » ? Question « dont les physiciens sentiront bien la généralité, la difficulté, les conséquences ». Question que les « naturalistes » et, plus spéciale-

nous soulignons nous semblent indiquer la raison sérieuse de cette bévue). — Cf.; pour une formule beaucoup mieux établie de la même objection: Dausenron, 1753, Expos. distrib. méthod. : Hist. nat., t. k, pp. 164-166.

(1) Burron, 1753, Hist. nat., l’'Ane : t. , pp. 384-386.

(2) Daurenron, 1753, Hist. nat., Description du cheval : t. 4, pp. 337- 367 ; Burron, 1753, ibid., l'Ane ; d9, p. 380. ;

(8) Burron, ibid., d°, pp. 379-381.

ment, « les nomenclateurs » ont le tort de ne pas traiter

expressément et soigneusement avant de réunir des ani-

maux différents dans une même « famille »(1). Car si.des expressions comme celle-là, si les termes de la systématique ont un sens, il est clair, — du point de vue de « physicien » auquel Buffon entend se placer, — que ce sens ne peut être que celui-ci : communauté d’origine, unité génétique, parenté effective des espèces (2). Et à les prendre en ce sens, l'hypothèse qu’ils lui paraissent impliquer est bien loin de lui répugner absolument (3) ; elle comporte, cependant,des difficultés réelles,peut-être insurmontables (4). En tout cas, la faute des classificateurs tels que Buffon les imagine n’est pas, selon lui, de l’avoir admise, mais de lavoir admise sans lavoir discutée et motivée d’après expérience, et cela dans un langage qui l’étend, sans vérification ni critique, à la totalité des « êtres organisés » (5). Plutôt que d’abandonner le critère physique de lespèce en faveur de conjectures mal établies, Buffon aimera done mieux restreindre à l’espèce seule la notion positive qu’il se fait de l’affinité génétique et dénier radicalement, une fois de plus, toute réalité aux groupes systématiques (6). Sans prendre un seul instant contact avec la pensée de ses adversaires, il n’en a pas moins exprimé, à leur occasion, une opinion singulièrement plus moderne que la leur :

(1) Fbid., de. pp. 378-379,.382.

cét égard, l’interprétation de ce passage qu'a brièvement indiquée V. DEL- 80s (1919, Philos. fr., p. 216).

(3) On s'en rend bien compte à voir que le premier argument qu'il

invoque pour l'écarter est celui de lacrévélation» (p.383). — Cf. Burron,

1749, Hist. nat., t. 2, pp. 16-17 : la « production des êtres organisés » ne

Ccoûte rien » à la nature ; — 1756,ibid.,t. 6,pp. 59-60 {à propos des variétés que le climat produit dans les espèces) : «.. le grand ouvrier de la nature est le temps ; comme il marche d’un pas égal, uniforme et réglé, il ne fait ; Mais par degrés, par nuances, par succession, il fait tout ».

rien par sauts (4) Burron, 1753, ibid., t, 4, pp. 383-384.

(5) Burron, 1753, ibid., do, p, 382.

(6) Zbid., d°, pp. 384-386. — Cf. 1749, ibid., t..9, p. 437.

Tbid., d9, pp. 378, 381-383. Nous croyons tout à fait certaine, à.

sd

cèlle selon laquelle l’unité du plan de structure pourrait être ‘regardée comme la conséquence et le signe d’une descendance, d’une hérédité commune (1). Et l'erreur

- totale qu’il commet est seulement, au fond, de ne s'être

pas rendu compte à quel point cette idée, qui sera celle de Därwin et de son époque, est loin de correspondre à la doctrine systématique de Linné et de ses partisans (2). ÆEmpressé à faire flèche de tout bois contre les classifications, Buffon leur oppose encore la continuité des productions de la nature, qui descendent par « degrés presque insensibles » et « nuances impercéptibles » du plus parfait au moins parfait : continuité qui rend nécessairement

arbitraire tout « système », toute « méthode » exigeant

« des divisions successives en classes, genres, espèces » (8). Sa pensée s’aide là de formules qui, nous l'avons vu, étaient familières aux naturalistes de son temps et même à ceux d’entre eux qui s’attachaient le plus fortement à décrire ét à classer. Est-elle, au fond, identique à la leur ? Ce qu’il fait valoir, par exemple, pour montrer qu’il n’y a pas de distinction universellement exacte entre les animaux et les végétaux, c’est bien moins encore l’enchaînement graduel des formes que la communauté des principales fonctions : reproduction, croissance, étc. (4). Aussi peut-il soutenir,

(1) L'originalité de Buffon sur ce point est bien marquée par ES. Russezz (1916, Form and Function, p. 24).

(2) Ilest-sans doute’inutile de rappeler iei : 10 que Linné, en ce qui le concerne, ne.comprend pas le terme de «famille.» dans la hiérarchie des unités taxinomiques ; 2° que la réalité naturelle.des genres, au sens où il l'entend, n’exclut aucunement la distinction permanente des espèces.

(3) Burron, 1749, Hist. nat., t. 1, pp. 12-13 : l'homme dit-il, se reconnaîtra pour. un animal. « Parcourant ensuite successivement et par ordre les différents objets qui composent l'Univers et se mettant à la tête de tous les êtres créés, il verra‘avec étonnement qu’on peut descendre par des degrés presque insensibles de la créature la plus parfaite jusqu’à la matière la plus informe, de l'animal le mieux organisé jusqu’au minéral le plus brut », etc.; — p. 20.

(4) « Le polype d’eau douce» de Trembley peut être regardé comme « faisant la nuance » entre animaux et végétaux, tant pour le mode de

LS

d’autre part, que la loi suivant laquelle la nature agit «se dément » tout à fait dans le cas de l’homme : «il y a une distance infinie entre les facultés de l’homme et celle du plus parfait animal » (1). Il demeure pourtant d’accord avec ce qu’il y a de plus traditionnel dans la conception zoologique de la série en admettant que les animaux, qu’il a déjà disposés autour de l’homme en raison de leurs relations pratiques avec lui, se laissent aussi ranger à partir de lui dans la mesure où leurs formes s’éloignent réguliè- rement de la sienne (2).

C’est, enfin, d’un travail qui n’est pas celui de Buffon, mais dont il a, du moins, tracé le projet et compris l’intérêt, que dérive la partie de beaucoup la plus solide des critiques que l'Histoire naturelle dirige contre les « méthodes ». Daubenton, qui s’est chargé de fournir à l’œuvre principale les compléments anatomiques dont peut s’accommeoder son caractère littéraire, a rencontré immédiatement, en rédigeant les «descriptions » qui rendent compte de ses dissections des « Quadrupèdes », une difficulté toute pareille à celle qui à fait élaborer ou adopter les règles de la systématique. Pour que ces descriptions anatomiques soient intelligibles ou, en tout cas, pour qu’elles soient comparables, il est « absolument nécessaire de convenir de principes et de règles » en vertu desquelles elles devront toutes être construites sur le même plan (3). A cette nécessité répondent déjà, dans une mesure qui n’est pas négligeable, les « méthodes » de «nomenclature » : en s’attachant à déterminer les êtres de chaque sorte par des formules qui carac-

reproduction que pour la « forme extérieure » (1749, Hist. nat., t. 9, pp. 8- 10); «le vivant et l’animé, au lieu d’être un degré métaphysique des êtres, est une propriété physique de la matière » (p. A7)

(1) 1749, ibid.,ct. 2, p. 448.

(2) Ainsi en est-il des « singes » et des « babouins » : 1766, cbid., t. 14, Pp:-0:7

(3) Dausenton, 1753, Descript. Anim. : Hist. nat., t. 4, pp. 114, 129- 130, 133, 135.

térisent successivement plusieurs de leurs « parties », elles rendent possible, tout au moins à l’égard de celles-là, cette « uniformité du plan » sans laquelle toute description est presque inutile pour lPanatomie comparée » (1). Mais Linné et les systématistes s’en tiennent à un trop petit nombre de « parties », surtout externes, et ils croient avoir assez fait en établissant, en vue de leur désignation, des règles purement conventionnelles. Non sans justesse, Daubenton rapproche, à cet égard, les procédés des « distributions méthodiques » et ceux de la scolastique : les uns et les autres substituent, en quelque sorte, à l’examen des choses un appareil de définitions formelles. Par là, « les naturalistes nomenclateurs » « retardent l’avancement de l'Histoire naturelle ». En réalité, le « tableau de la nature » qu'ils cherchent à dresser « ne peut être exprimé que par des descriptions complètes » (2) : descriptions qui ne devront pas se borner, selon l’usage trop commun des «naturalistes », à telles « parties » de l’animal, mais s'étendre à tous les organes importants, aussi bien internes qu’externes (3). Ainsi s’ouvre, en faveur du rôlé de l’anatomie en histoire naturelle, une revendication dont le patronage appartient à Buffon, la mise en œuvre effective à Daubenton, et dont nous aurons à préciser, un peu plus loin, la signification et la portée.

(1) DausenrTon, 1753, ibid, d°, pp. 130-132, 135.

(2) Ibid, pp. 114-116.

(3) Zbid., pp. 118-119 : « L'Histoire naturelle n’est pas bornée aux connaissances de l'extérieur, elle s'étend bien plus loin : son objet principal est de développer l’intérieur, et de reconnaître, par l'inspection du dedans, le mécanisme des mouvements qüi paraissent au dehors, et les causes des appétits et des inclinations qui sont propres à chaque espèce d'animaux ; par conséquent leurs descriptions ne sont complètes qu’autant qu’elles s'étendent à l’intérieur. Les naturalistes ont trop négligé cette partie ; la plupart semblent s'être restreints à ne connaître les productions de la naturé que par l'écorce, semblables à des voyageurs qui ne voudraient voir que les murs des villes ou les façades des palais, au lieu d'entrer dans l'intérieur et d'examiner avec détail tous les chefs-d'œuvre de l’art qui y sont renfermés. N'imitons pas ces observateurs superficiels », etc. Expos. distrib. méth. : ibid., d9, p. 167.

Mais, puisque toute étude comparative des animaux. fait constater entre eux des ressemblances multiples et inégales, quels renseignements Buffon et Daubenton attendent-ils. à ce sujet des « descriptions complètes » ? Point de doute que l’examen anatomique ne doive manifester; bien souvent, « des rapports essentiels qui effaceraient les petites différences sur lesquelles les méthodes.sont établies » (1): Buffon, sans songer, du reste, à motiver par là une distribution zoologique, remarque, en. thèse générale, que les organes essentiels de celles des fonctions de la vie qui continuent: à s’accomplir dans le sommeil (cœur, poumons) sont beau-- Coup: plus constants de l’homme aux animaux, de tels. animaux à tels autres que ne le sont les « parties » qui composent « l'enveloppe » de leur corps, et qu’ « une légère différence dans ce centre de l’économie animale est toujours accompagnée d’une différence infiniment plus grande dans les parties extérieures » (2). Remarque qui, traduite dans le. langage de la classification; pourrait conduire à établir d’après les appareils de la circulation et de la respiration les divisions fondamentales du règne animal, comme l'ont déjà fait nombre d’anatomistes et comme va le faire Linné lui-même. Mais Daubenton, dans son Exposition. des distri: butions. méthodiques des animaux quadrupèdes,. s’interdit absolument de préjuger des résultats de ses comparaisons en attribuant à quelques concordances déterminées que ce soit une importance privilégiée. C’est à Aristote qu’il veut en revenir à cet égard : il le loue d’avoir admis que:les animaux se prêtent à plusieurs « divisions générales » indépendantes les unes des autres, d’avoir « proscrit formellement toutes sous-divisions de genres, », et notamment celles qui recourent à des « caractères négatifs », nécessairement indéterminés et par conséquent stériles, de n'avoir « tracé aucune suite de classes, de genres, d'espèces » ni essayé.

(1) Dausenron, 1753, Expos. distrib.méthod..: Hist. nal:,; t, &,p:.162, : (2) Burron, 1753, Disc. nat. Anim. : Hist. nat., t. 4, pp. 10-18. (Cf. E.-S. Russezz, 1916, Form and Function, pp. 26-27).

« de combiner des méthodes de nomenclature » (1). Abstention très sage et de laquelle les systématistes modernes n’ont pu se départir sans tomber dans les erreurs qu’Aristote avait évitées. Pourquoi Ray, par exemple, se croit-il obligé - de choisir, en classant les « Cétacées » avec les quadrupèdes ou avec les poissons, entre les ressemblances qui les rapprochient des uns et des autres ? Pourquoi Linné, en formant ses genres et ses ordres, suppose-t-il délibérément que le caractère commun (parfois simplement négatif) doit compter plus que les autres (2) ? Appliquons-nous à mettre en évidence, sans parti-pris, « les ressemblances et les différences principales qui sont entre les différents animaux », et de ces descriptions, rendues exactement comparables par le mode de désignation des organes et par le plan selon lequel ils sont décrits, naîtront, en même temps qu’une notion plus solide des « qualités essentielles à chaque animal », « des connaissances générales de tous les animaux, qui sont les principales connaissances que nous puissions tirer de l’Histoire naturelle » (3).

L'opposition de Buffon et de Daubenton aux méthodes linnéennes, si bien fondée qu’elle fût dans quelques-unes de ses raisons, n’a point arrêté en France, comme on la quelquefois prétendu (4), les progrès qu’elles avaient déjà commencé à faire parmi les zoologistes. Moins rapides, sans doute, que dans certains pays étrangers, où Linné ne rencontrait devant lui ni autorité comparable à la sienne, ni courants d'opinions contraires à ses inspirations, ils se sont pourtant développés avec une force croissante. Et si la bataille engagée par Buffon se déplace et s’adoucit,

(1) Dausenron, 1753, Expos. distrib. méth. : Hist. nat., t. &, pp. 142-

(2) Tbid. : d°, pp. 148-157, 162-166.

(3) DAUBENTON, Descript. Anim., ibid., d°, pp. 129-130, 137-438.

(4) Suivant DE BLaINvILLE et Mäaurren (1847, Hist. sci. organisat., 1. 3, p. 368), Buffon « étouffa » « l'effort dès classifications et des méthodes ».

- Buffon lui-même et ses collaborateurs sont ceux qui ont cédé tout le terrain.

Daubenton, du reste, le reconnaît expressément dès qu’il intervient dans le débat : les « naturalistes » de son temps Sont, pour la plupart, acquis aux « méthodes ». Il en donne aussi la raison : on croit que les classifications sont « de vrais tableaux de la nature » : on y voit « le dénouement de son système » (1). £

Sur les encouragements de savants français, et notamment de membres de l'Académie des Sciences, ce sont deux gros travaux de classification que publie, à peu de distance l’un de l’autre, le « démonstrateur du Cabinet d'Histoire naturelle de M. de Réaumur », Jacques Brisson : — d’abord une « méthode contenant la division générale des Animaux » et la « division particulière » des « Quadrupèdes » et des « Cétacées », dans laquelle, sans s’assujettir à la nomenclature linnéenne, il tire les caractères de ses « ordres » de la denture ou de la conformation des extrémités (2) ; — puis une « méthode concernant la division des Oiseaux en ordres, sections, genres, espèces et leurs variétés », sa grande Ornithologie, dans laquelle il déclare expressément continuer le travail de Ray, le « vrai méthodiste », €t règle sur les particularités des doigts, du bee, etc., successivement, toute une suite de distinctions subordonnées (3). Encore Brisson, tout en s'inspirant beaucoup de Linné, s’attache-t-il à simplifier ses procédés, à relever ses erreurs et à justifier par là, dans une certaine mesure, l’opposition de ses adve: :a°res (4).

L'Histoire abrégée des Insectes de Geoffroy, au contraire, fait ressortir dès le début l'insuffisance radicale des descriptions sans déterminations spécifiques, comme celles de Réaumur, et prend parti catégoriquement pour les « mé-

(1) Dausenron, 1753, Descripi. Anim. et Expos. distrib. méihod. : Hist, nat, t. 4, pp. 414, 467.

(2) Brisson, 1756, Règne an., notam. pp: 1v, 17-229, 346.

(3) Brisson, 1760, Ornithol., t. INPP Ex 7e!

(4) P.'ex. Ornithol., t, 4, PP: XI-x1r,

thodes », dont le rôle indispensable est attesté par l’exemple des botanistes. L'auteur n’en aperçoit pas moins les défauts du «système » entomologique de Linné: lié avec B. de Jussieu, il s’est efforcé de l'améliorer en tenant compte à la fois, dans la formation des groupes, de plusieurs « rapports caractéristiques » ; il l’a, en tous cas, beaucoup enrichi par ses observations (1).

Gouan, le botaniste de Montpellier, est en relations personnelles avéc Linné. Devenu ichthyologiste, il adopte entièrement, dans son Histoire des Poissons, les procédés de dénomination et d’exposition du Systema Naturæ, le propage et contribue beaucoup à établir en France ce qu’on appellera bientôt « la véritable théorie de l’histoire naturelle » (2).

Le grand adversaire des « méthodes », enfin, essaye de conclure, sur une base qui lui est propre, un compromis avec la systématique. À mesure que s'étendent et se confirment les résultats du travail anatomique de Daubenton, . la pensée de Buffon est ramenée de plus en plus fortement sur « ce plan toujours le même » que révèle la comparaison des animaux et qui, « bien saisi par l'esprit humain », apparaît comme « un exemplaire fidèle de la nature vivante, et la vue la plus simple et la plus générale sous laquelle on puisse la considérer » (3). En présence de cette identité profonde de la structure, et plus encore des fonctions des * êtres organisés, il en revient à se demander si une partie tout au moins des différences qui les séparent ne pourrait pas être expliquée, elle aussi, selon l’esprit qui est celui des sciences physiques, qui anime ses propres théories géolo-

(1) Georrroy, 1762, Hist. Insectes env. Paris, notam. t. À, pp. 1X-X, XIII-XIV, XVII, XX-XXI.

(2) Gouan, 1770, Hist. Poissons, notam. la «Philosophie ichthyologique », pp. 1-93, la «clef des Classes » et les « Genres », pp. 94 et suiv.. Cf. A.-L. Mix, an 111-1795, c.-r. dans le Magasin Encycl., 1re année, t. 2, p. 320 ; Cuvier, 1828, Hist. Poissons, t. 1, p. 118.

(3) Burrow, 1766, Nomencl. Singes : Hist. nat. t. 14, p. 28.

giques. Et comme il continue, du reste, à attacher aux principes des « distributions méthodiques » la signification génétique qui est, pour lui, la seule intelligible (1), il lui semble que la part de vérité qu’il va reconnaître à l’idée d’une dérivation commune des espèces sera aussi la part de vérité qu’il convient, sans doute, de reconnaître à ce principe. Il admettra donc expressément, en terminant l’Histoire des Quadrupèdes, « qu’à l'exception de quelques espèces majeures, telles que l'éléphant, le rhinocéros, l'hippopotame, le tigre, le lion, qui doivent avoir leur cadre, tous les autres semblent se réunir avec leurs voisins: et former des groupes de similitudes dégradées, des genres » comme ceux que distinguent et que ‘rassemblent les « nomenclateurs » (2). Mais l’unité de chacun de ces groupes n’est pas simplement, ici, la notation résumée de ressemblances conçues comme essentielles : elle est l'expression du processus réel par lequel ils se sont constitués, de cette « dégénération » ancienne, immémoriale, «- qui paraît s'être faite dans chaque famille », ou, si l’on veut, dans chaque «genre », et par laquelle se sont diversifiées les espèces, encore très voisines les unes des autres, qui le composent actuellement (3). é

À la prendre dans ses termes généraux, le sens de cette conception peut paraître clair. Et Buffon n’a sans doute pas voulu autre chose que la. proposer, comme un thème digne de réflexion, à la sagacité de ses lecteurs. Quelle: est,

(1) CG, à cet égard, le plan génétique que Buffon trace à son Histoire naturelle des Minéraux (1783, t. 1, pp. 15-16) ; l’« Arrangement des Minéraux en table méthodique » qui donne « l’ordre successif de leur génésie Où filiation » (1785, €. 3, p. 609) et la « Génésie des Minéraux » qui vise à retracer quelle a été, dans leur formation, la « marche de la Nature » (1786, t: 4, p: 4838). |

(2) Burron, 1766, Nomencl. Singes : Hist. natur:, t, 14, pi 29}

(3) Burron, 1766, Dégénér. anim, : Hist. natur., t, 14, p.335: « Sous ce point de vue», Buffon ne féra plus de difficulté pour dire —. l’asserton, ayant maintenant, à son gré, un sens physique précis — que «le cheval, le zèbre et l’âne sont tous trois dela même famille » (pp: 385 336; cf. p. 358)

cependant, Pétendue, la composition des groupes dont il - entend affirmer l'unité génétique ? dans quelle mesure et * pourquoi sont-ils. irréductibles les uns aux autres ? Com- ment se représenter, enfin, leur processus de formation ? Autant de points sur lesquels il est extrêmement difficile de saisir et de fixer sa pensée, parce qu'aucune des. for- - mules dont il se sert ne réussit, ni peut-être ne tend à la traduire tout entière.

. Dès le commencement de son étude des « Singes », il distribue tous les animaux. qu’on désigne vulgairement ainsi en. un petit nombre:de « familles.», dont chacune reçoit un

mom trivial (singe, babouin, guenon, etc.).en guise de «nom générique » : entre elles s’intercalent, en outre, quelques « espèces intermédiaires » (1). Abordant, ensuite, les Oiseaux, . il annonce expressément qu’il a décidé d’en traiter, non par “espèces, mais par «genres » (2). Mais les genres ainsi désignés ne marquent assurément pas, dans la pensée de Buffon, des limites au-delà desquelles la notion d’une origine commune cesserait d’être applicable. Dansle Discours sur la Dégénéres- … cence des Animaur, il croit possible de réduire « les deux - cents espèces » de « quadrupèdes » dont il a donné l’histoire « à un assez petit nombre de familles ou souches principales » : « quinze genres » et « neuf espèces isolées » pour ceux de JAncien Continent, — « dix genres » et « quatre espèces - isolées » pour ceux du Nouveau, — soit, en fin de compte, « trente-huit familles »,. parmi lesquelles « le genre des quadrumanes. », par exemple, comprend tous les: Singes et Lémuriens de l'Ancien Continent (3). C’est donc jusqu'aux groupes de cette ampleur, assez proche de celle des ordres de la zoologie moderne, que s’étend, au moins, le domaine | de l'hypothèse de la descendance, telle qu’elle est adoptée - par Buffon.

| D'autre part, dans chacune de ces « familles », «on remarque

| Pa -

| {1).1766, Nomencl. Singes. : ibid, d9, notami, pp. 4-5, 7, 9, 11-12, 15. (2) 1770, Hist. nat: Oiseaux, te LApu xx:

| (3) 1766, Dégén. Anim. : Hist. nat:, t. 14, pp. 358-863, 373-374.

ordinairement », selon lui, une espèce qui peut être regardéc comme « la souche principale et commune » dont toutes les autres sont les « tiges collatérales » (1) ; assez souvent, cependant, il y a plusieurs « tiges principales » ou « majeures » (2). Des exemples fournis par Buffon, plutôt que de ses formules générales, il résulte que les espèces ainsi qualifiées de « majeures » sont celles d’où les autres lui semblent avoir pu dériver par voie de réduction, d’affaiblissement ou de neutralisation (3) : ainsi semble bien être conçue, en effet, le « dégénération », suscitée par les conditions de milieu, compliquée et diversifiée par les croisements, qui donnerait naissance à chaque famille (4). Que penser, cependant, des cas dans lesquels le même « genre » offre deux ou plusieurs espèces (ainsi : le loup et le renard) qu’il est impossible de Concevoir comme issues l’une de l’autre par « dégénération » ? On doit, nous venons de le dire, les regarder comme distinctes et indépendantes « dans Pétat naturel » : il n’est pas interdit, pourtant, de les réduire à l’unité en remontant, par la pensée, « à un état de nature plus ancien » (5).

(1) 1766, ibid., do, pp. 335, 349, etc.

(2) Tbid., d°, pp. 349, 359, ete.

(3) Ainsi l’élan est « tige majeure » par rapport au renne, au cerf, à l’axis, au daim et au chevreuil : le loup et le renard « tiges majeures » par l'apport au chien, au chacal et à l’isatis (tbid., pp. 349-350, 352, etc.). Les (espèces isolées » qui demeurent, selon Buffon, en dehors de tous « genres » ou « familles » {ainsi l'homme, l'éléphant, le tigre, le lion, etc. : ibid.. pp: 335, 358 et suiv.) sont, elles aussi, des espèces « majeures » au même sens que les précédentes, à cette différence près qu’elles n’ont donné lieu à aucun processus effectif de « dégénération ». C£. Nomencl. Singes: Hist. nat, t. 14, pp. 29-30 : « c'est moins à la forme qu’à la grandeur qu'est attaché le privilège de l'espèce isolée ».

(4) V.,sur les facteurs observables de la « dégénération » ou, plus généralement, de la variation des espèces actuelles : Dénégération Anim. : do, PP. 317-335. Le rôle du « climat », de la « terre » est rappelé plusieurs fois en termes généraux dans la discussion sur l’origine possible de certains animaux d'Amérique : pp. 367-370, 371, 372. — Cf. sur les difficultés ‘du problème de la « parenté d'espèce » et la nécessité de recourir à l’expérience : 1776, Des mulets : Supplément : t. 3, pp. 32-34.

() 1766, Dégén. Anim. : Hist. nat., t. 14, pp. 352-358.

En distinguant les vingt-cinq « genres » et les treize « espèces » isolées qui constituent ses trente-huit « familles » de

« quadrupèdes », Buffon entend-il, enfin, s’interdire de rapporter jamais à une,origine commune les animaux qu’il n’a

pas rangés d’emblée dans la même « famille » ? La question s'impose à lui, surtout en ce qui concerne les rapports de la faune de l'Ancien et de celle du Nouveau Continent. Or Buffon ne se borne pas à faire remarquer que sa liste comprend « deux espèces » et « sept genres », qui sont communs aux deux « continents » (1). Il admet expressément que puisse dériver de familles de l’ancien monde telle des « espèces isolées » (2), voire même tel des « genres » qui sont propres à l'Amérique (3). Il écarte, il est vrai, cette possibilité, non moins expressément au sujet de la plupart de ces «genres » (4). Mais il ne faudrait peut-être pas se hâter d’en tirer des conclusions qui limiteraient d’une façon trop stricte le champ de son hypothèse. Car rien n’oblige, en somme, rien n’autorise même à supposer que la « dégénération » dont il a cru trouver des preuves dans la comparaison d'animaux très

proches soit, dans la pensée, de Buffon, la seule manière dont la nature puisse travailler à la diversification du monde vivant. — Au sujet de la famille des Solipèdes, il signale comme fort intéressante et digne d’être vérifiée une observation qui « paraît indiquer que la souche ou tige principale

de cette famille pourrait bien être l’âne et non pas le che-

(1) Zbid., d°, pp. 360-361.

(2) Le pécari : «issu de la même souche que le cochon », il aurait, autrefois « passé de l’ancien monde dans le nouveau, où, par l'influence de la terre, il aura dégénéré au point de former aujourd’hui une espèce distincte et différente de celle dont il est originaire » (ibid., do, pp. 366-367).

(3) Ainsi les jaguars et autres « tigres d'Amérique » : les différences qui les séparent de leurs congénères de l’Ancien Continent semblent n’être venues «que de la longue influence de leur nouvelle situation » (cbid.* pp. 369-370). CE. p. 372.

(4) Ainsi pour les sapajous,les sagouins,les sarigues (ibid., pp. 367-369), pour les agoutis (pp: 371-372), les tatous, les paresseux, etc. (p. 372) Cf. la conclusion générale : pp. 373-374.

val» (1). Quoi qu’il ne juge pas utile de le dire explicitement, il est clair que la formation de la famille aurait été, en ce cas, tout autre chose qu’une simple « dégénération ». — Trouvant que les espèces américaines de quelques genres (mouffettes, chevreuils et daims), contrairement à lordinaire, sont plus nombreuses et de plus grande taille que celles qui leur correspondent en Europe, il se demande si on pourrait admettre que les unes et les autres fussent originaires du Nouveau Monde. Mais il observe aussitôt que “nous ne devons pas douter que tous les animaux en général n’aient été créés dans l’ancien continent ». Et, visiblement satisfait de glisser sous ile couvert de cette révérence une indication plus audacieuse que les autres, il conclut : «il faut nécessairement admettre leur migration de ce continent à l’autre et supposer en même temps qu’au lieu d’avoir, comme ‘tous les autres, dégénéré dans ce nouveau monde, ils s’y sont-au contraire perfectionnés et, que par la convenance et la faveur du climat, ils ont surpassé leur première nature » (2).

Au total, l’idée d’une descendance modifiée est bien celle qui inspire toute cette vaste esquisse, très indécise dans ses contours théoriques, souvent précise et heureuse dans /le détail de ses rapprochements et de ses ‘appréciations. Idée persistante et active dans l'esprit de Buffon, parce qu’elle

(1) Tbid., do, p. 340.

(2) Tbid., d9, pp. 370-371. — Cf. 1770, Hist. nat. Oiseaux, t.1, PP: XX-xxI: les espèces voisines qui appartiennent à un même g

genre (ne se sont probablement séparées les unes des autres que par les influences du climat, de

jour tous les moyens de variété, de perfection, d’altération et de dégénération ».

Le toxte célèbre des Epoques de la Nature (

2 époque : 1778, Supplément:

t. 5, pp. 26-28) :paroît bien affirmer que,

depuis le « premier âge de la se Sont conservés ‘sans autres espèces majeures ») où une

de l'espèce-souche {« genres »

ou «familles » de la nature actuelle). Cf. cependant tbid., 52 époque : d9,

pp. 176, 184-185,

PRE EURO, EEE PT fer

lui paraît indiquer la seule direction dans laquelle le problème que pose la diversité des êtres vivants puisse être attaqué - par la raison scientifique. Mais alors même que des motifs de prudence ou de convenance ne lui conseilleraient pas d’en voiler l'expression, il ne parviendrait pas à trouver dans les

faits zoologiques, tels qu’ils lui sont connus, une mesure empirique de sa valeur, encore moins une notion positive des facteurs réels qu’elle peut invoquer. Aussi sa théorie de la « dégénération », ses indications sur la toute-puissance du « temps » et la possibilité d’une formation progressive d'êtres nouveaux n’entraîneront-elles pas la plupart des

naturalistes de son temps à révoquer en doute la .cons-

- tance des espèces (1). Elles ne resteront pourtant pas sans

écho parmi ses collaborateurs et contribueront certainement à éveiller et à former, pour une très grande part, la pensée de Lamarck.

Plus forts encore des concessions de Buffon (2), de la

soumission de ses collaborateurs (8), les naturalistes qui

suivent la discipline de Linné vont, en attendant, conti-

nuer à dresser un tableau universel et gradué des affinités sans chercher à en donner une interprétation génétique et,

par conséquent, sans avoir à s’embarrasser des preuves et

des difficultés de cette ‘interprétation : — ils prépareront

par là, mieux que Buffon lui-même, la démonstration d’une

(1) DAUBENTON ne suit aucunement Buffon dans cette voie. Dans les dernières années de sa vie (an FV-1796, Caract. génér., pp. 392-393) fidèle à la notion qu’ilss’étaient d’abordifaite l'un et l’autre de l'espèce, il déelare qu’une réunion d’espèces distinctes, ne comportant «« auçeune alliance» possible de l’une à l’autre, ne saurait jamais constituer une « famille ».

(2) J. Hermann (1783, Tab. affin. anim., p. 185) note que Buffon et Guéneau de Montbéliard adoptent maintenant (dans l'Histoire naturelle des Oiseaux) l'usage.du nom générique et y voit le signe d’une-conversion des auteurs aux distributions systématiques.

(3) Lacérèpr, dans l'Histoire naturelle des Quadrupèdes ovipares et des

| Serpents (1788-89) qui fait suite à l’œuvre de Bufton,:introduit les formes

«méthodiques ».

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thèse qui n’est pas la leur et que Buffon a pris sur lui de

discuter à leur occasion.

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CONDITIONS ET MODES DE TRAVAIL DES NATURALISTES : LES CARACTÈRES EXTÉRIEURS ET L'ANATOMIE

Dans quelles conditions, par quels moyens se poursuivent, de Linné à Cuvier, cet inventaire et ce classement des animaux dont le Systema Naturæ na pu tracer qu’un cadre provisoire et visiblement insuffisant ? Avec les traditions propres de la zoologie, l’avance considérable que prend, à cette époque, la botanique semble contribuer à les déterminer.

A ne considérer, tout d’abord, que la recherche matérielle des faits, le contraste entre la botanique et la zoologie, dont on a vu plus haut les raisons, ne fait que s’accentuer davantage. Grâce aux circonstances qui facilitent l’étude des plantes dans la nature, la botanique peut, dans la seconde moitié du xvrrIe siècle, mettre savants et amateurs en contact direct avec la vie d’un grand nombre des êtres qu’elle s’occupe de classer, Le « système sexuel » de Linné, malgré l'arbitraire de la plupart de ses classes et de ses ordres, a rendu, à cet égard, un service considérable : tout observateur un peu attentif, dans tous les pays d'Europe où il y a un mouvement scientifique, peut, grâce à lui, entreprendre de déterminer le genre et l'espèce des plantes de sa région. Rousseau, qui s’en est imposé l'apprentissage, avec l’aide de ses amis de la Suisse française, demande avec passion que la science des plantes ne se cloître plus dans les herbiers et les jardins : il contribue sans doute plus que

Personne à propager, en France, le goût et la pratique de la

botanique à la campagne (1). Sans doute, la plupart des herborisations, — divertissements sans conséquence ou exercices de débutants, — ne font qu’appliquer aux plantes examinées des notions que les ouvrages systématiques présentaient tout élaborées. Par elles, un commerce incessant s'établit cependant entre les concepts et les faits ; la science des livres trouve dans les choses, en même temps qu’un champ d’application, des moyens quotidiens de se vérifier, de se compléter et au besoin de se corriger.

Rien de semblable à cet accroissement, à ce renouvellement de la substance même de la science ne se produit alors en zoologie. Seule l’entomologie, pratiquée dans les mêmes conditions que la botanique par des chercheurs - beaucoup moins nombreux, mais instruits et zélés, progresse aussi de façon comparable, du moins à l’égard des Insectes véritables, les plus nombreux, de beaucoup, des animaux qu’elle étudie (2). Dans tout le reste du domaine zoologique, les naturalistes continuent, en général, à ne connaître les animaux qu’une fois morts : l’état dans lequel ils les voient, au moins habituellement, est celui de spécimens conservés,

préparés ou dépouillés pour leur usage. Les « cabinets

d'histoire naturelle » que la mode multiplie, vers le milieu du siècle, dans des proportions inattendues (3) ne sont pas seulement, ici, l’objet offert à la curiosité, souvent bien

(1) Cf. à ce sujet J.-J. Rousseau, Lettres : du 29 avril 1765, du 41e7 août et du 17 octobre 1767, du 19 décembre 1768 (éd. Hachette : t. 11, p- 249 ;t. 12, pp. 27, 43, 128-129) ; Confessions, partie IL, livre 12 (d°0 : t,.9, p. 72) ; etc; et l'ouvrage déjà cité de A. Jansen (1885, J.-J. Rousseau als Botaniker, notam., pp. 64, 75, 197 et suiv.).

(2) On en a la preuve par l’accroissement rapide du nombre des espèces décrites : de 800 ou 900 dans les éditions du Systema Naturæ qui ont précédé l’ouvrage de E.-L. Georrroy, il passe à plus de 2000 dans celui-ci (1762, Hist. Ins. env. Paris, t. 1, pp. 13-14).

(3) L'art. Histoire naturelle de l'Encyclopédie (1755, t. 8, p. 228) porte témoignage des progrès récents de cette mode : elle continue à fleurir pendant les trente ou quarante ans quisuivent.— Cf. à cesujet D. Morner, 1911, Sci. nat. France xviure siècle, p. 183.

superficielle, des gens qui se croient cultivés (1), la réalité visible par laquelle la science manifeste son existence aux yeux du grand public. Fait plus grave : les collections ou, comme on dit en Allemagne, les « musées » les mieux pourvus, les mieux ordonnés sont aussi l’instrument le moyen unique, ou peu s’en faut, du travail de classement le plus sérieux (2). A la différence de ce qui a lieu en botanique, il y a ici, ou ignorance à peu près complète de l’être vivant, ou du moins dualité entre l’observateur de l’être vivant et le naturaliste qui a la charge et les moyens de le situer exactement dans le monde animal (3).

La discipline même de Linné, précisément parce qu’elle a élevé de beaucoup le niveau du travail systématique, a contribué à prolonger et à renforcer cet état de choses. Sous son autorité, la détermination des genres et des espèces ne relève plus d’un choix purement conventionnel de earactères aisés à constater pour le témoin le plus dépourvu de

(4) Le Manuel du Naturaliste que publient, en 1770, Ducesne et Macquer est, avant tout, destiné à guider les gens du monde dans la visite des « cabinets », et les auteurs se sont efforcés de remplir leur tâche selon le goût des lecteurs auxquels ils s’adressent : « On s’est attaché, pour le règne animal, aux traits les plus saillants, les plus jolis, les plus amusants... On voulait amuser le lecteur en l’instruisant : aussi a-t-on cru pouvoir se permettre un badinage familier, lorsque la matière en était susceptible » (pp. 8-9 ; p. 11).

(2) Brumensacn (1779, Hdb. d. Ngs., Préf. non pag.) indique qu'il n’a pu entreprendre son Manuel d'Histoire Naturelle que grâce aux « Muséums » de l’Université de Güttingen.

(3) La divergence de méthode entre la botanique et la zoologie est si marquée en Allemagne qu'on tend à admettre, dans l’enseignement et dans les ouvrages qui s’y rapportent, une séparation qui lui correspond : Barscn (1788, Thiere u. Miner., p. 1) estime que la botanique a pris tant d'avance sur l’histoire naturelle qu’elle peut maintenant en être détachée : il a publié auparavant une Botanique, et ne comprend maintenant dans son traité d'Histoire naturelle que les animaux et les miné- TAUX.

Le même contraste n’est pas moins frappant en France, au Jardin des Plantes, avant la Révolution: cf, à la suite du présent travail, Classes

z0ologiques, ch. I, sect. 11 : t. 1, pp. 26-27.

A EL SAN RS à

* connaissänces préalables (1). Prises, autant que possible, des - mêmes organes dans une même classe, ou du moins dans un : même ordre, les « marques » distinctives ne peuvent guère être reconnues sur un animal ou sur une plante par qui n'aurait pas examiné d’assez près la conformation de ceux qui lui ressemblent. Complétées par une indication sommaire des traits les plus notables de son organisation extérieure, elles supposent, de la part de l'observateur, une notion suffsante des principales fonctions et du genre de vie. Dans une large mesure, la connaissance spéciale de chaque forme, telle qu’on tend maintenant à l'obtenir, devient. ainsi

… dépendante de celle de toutes les formes voisines (2) : grand progrès en ce qu’il oblige le zoologiste à porter ses regards sur des ensembles assez vastes pour que leur étude ait

chance de le conduire à des remarques d’une valeur générale, mais aussi grande difficulté pour celui qui est éloigné des livres et des collections. Or tel est le cas dans lequel se trouve

à peu près constamment, au xvinie siècle, le naturaliste qui entreprend d'étudier sur place les animaux marins, à plus forte raison une faune exotique. Privé de tout moyen pour

rédiger lui-même ses observations sous la forme régulière qui leur assurerait droit de cité dans la science, il peut, comme Adanson, se révolter contre les exigences de la nomenclature linnéenne et s’efforcer de rester juge du plan

(1) La tradition qui veut que les déterminations soient mises à la portée de tous ne s'éteint d'ailleurs pas immédiatement après Linné. Scoporx (1777, Introd. ad. Hist. nat., p. 401) écrit au sujet des « Insectes » : « Les marques dès classes et des genres doivent être faciles, afin d'éviter | qu'un usage assidu des microscopes ne détourne la plupart des gens de la contemplation de la Nature et que le nombre des Curieux ne diminue ainsi de jour en jour. »

(2) V. p. ex. Linwé, 1751, Philos. botan., par. 156 : le « Systématique », | en présence d’une plante inconnue des Indes, peut déterminer son genre, ! qu’il soit connu ou inconnu. — Mais il est clair, de par la nature même du procédé, que cette possibilité repose uniquement sur sa connaissance de l’ensemble de genres auquel il appartient. — Cf, sur les effets heureux et malheureux de la systématique linnéenne en zoologie : J.-V. Carus, 1872, Gesch. d. Zool., p. 521.

de ses descriptions (1). Il peut même, comme l’abbé Dicquemare, du Havre, ne tenir aucun compte des prétentions de la systématique et continuer à décrire à son gré, au fur et à mesure qu’il a la chance de les trouver sur le littoral, le « sac animal », le « reclus marin », le « bouton gris » ou le « fleuri-lardé » (2). Il peut aussi se risquer à tirer du Systema Naturæ une désignation générique, voire spécifique. Mais ses déterminations, s’il en propose, seront toujours soumises, en dernier ressort, au jugement du naturaliste qui dispose ou a disposé de la plus riche collection de spécimens de la classe et qui connaît et juge le mieux les auteurs qui en ont traité. De par la nature de la question posée, de par les conditions du travail, la science des « cabinets » et des livres domine et contrôle les interprétations qui naissent des données de l’observation.

À ce divorce habituel de l’observateur et du classificateur, à cet assujettissement, parfois impatiemment supporté, du premier au second, quelques cas font, dès lors; exception. Bernard de Jussieu, qui trouve qu’on a trop négligé l’étude des plantes marines, donne un exemple de la meilleure méthode en allant à trois reprises, en 1741 et 1742, sur les côtes de Normandie pour y examiner des « polypes » dans l'eau de mer, « même avec la loupe et le microscope » (3).

(1) Apawson, 1757, Hist. Sénégal, pp. xv-xvn. Il distribue, en réalité, ses « coquillages » par genres et par espèces, mais donne un nom unique et distinct au genre et à chacune de ses espèces (ibid., pp. 2 et suiv. cf. pp. x1v-xv.)

(2) Dicquemane, (1775, Insecte marin, pp. 321-322) termine ainsi sa description « d’un insecte marin remarquable par les iris qui l’environnent » et qu'il dénomme pour cette raison, « porte-iris » (en fait, un Cténophore : Cydippe ? } « On désirerait peut-être savoir à quel genre, à quelle espèce il faut rapporter ce petit animal ? Où l’on voudra » (c’est l’aul'auteur qui souligne).— Autres descriptions de même sorte, avec figures très sommaires : 1776, Suite des Observ. ou des Découvertes, pp. 222-294 : 39-40, 137-138 ; 215-216; 356-357 : 1783, Suite des Extraits, pp. 75-76; 130-131, etc.

(3) B. de Jussieu, 1742, Examen gq. Prod. marines,pp. 290-293 et suiv.. C'est de cet exposé des observations faites sur place par B. de Jussicu, et de celles de Guettard sur les côtes du Poitou, que résulte, pour les con-

Mais le zoologiste, qui dans la seconde moitié du siècle, associe de la façon la plus intime et la plus neuve le savoir exigé par la discipline linnéenne et la recherche des faits

- nouveaux, est certainement P.-$. Pallas. Parfaitement maître des notions systématiques acquises, il s’attache, dans sa jeunesse, à les vérifier, à les coordonner et à les étendre par une exploration personnelle du monde animal, en particulier de ses portions les moins connues (1). Et la vue des choses inspire et soutient, chez lui, la réflexion avec tant de justesse et de précision qu’en dépit du caractère très frag-

l mentaire des résultats obtenus, on ne peut guère se refuser à reconnaître en lui, sinon le « créateur » (2), du moins, l’un des plus authentiques précurseurs de la biologie moderne. Il a été, en tous cas, l’un des premiers à aborder par les voies

les plus sûres la revision nécessaire de la distribution Z00-

- logique de Linné, notamment en ce qui concerne les Invertébrés marins et il a formulé, à ce sujet, des indications de grande valeur (3).

- Tels que les faits lui sont donnés, comment le classificateur va-t-il les interpréter et les coordonner ? La botanique, ici encore, donne un exemple et cet exemple, parce qu’il concorde avec les traditions de l’histoire naturelle, est beaucoup mieux suivi que le précédent —, quoiqu’il soit, pour la zoologie, beaucoup moins profitable et beaucoup plus dangereux.

Grâce à des circonstances qui sont propres à son objet, la botanique est parvenue, avec Linné et ses disciples, à

temporains, la démonstration del’existence, déjà soutenue par Peyssonnel, des animaux du corail et autres « polypiers » (RÉAUMUR, 4742, Mém. Hist. Ins. t, 6, pp. 71 et suiv.; LINNÉ, 1744, Syst. Nat., p. 20). — C£- Classes zoologiques, ch. VII, sect. 1 : t. 1, p. 410.

(1) Parras, 1766, Elenchus Zoophytorum ; 1766, Miscellanea z0ologica; 1767-1780, Spicilegia zoologica.

(2) Comme! le dit DE BLAINVILLE (1890, Cuvier et Geoffroy, p. 325), avec une exagération à laquelle ne doit pas être étrangère son hostilité fondamentale contre Cuvier.

(3) C£. Classes zoologiques, ch. TL, sect. r:t, 1, pp. 216-217.

constituer quantité de genres naturels; elle en arrive même, avec Linné et surtout avec B. de J ussieu, à établir des groupements d’un degré plus élevé (familles ou ordres) d’après le seul examen de l’organisation externe des plantes. L’anatomie végétale, que Linné ne comprend pas dans la botanique au sens strict (1), n’a jamais paru, jusqu'ici, être indispensable ou même utile au travail systématique. A s'inspirer du modèle botanique, les études zoologiques vont relâcher, au lieu de les resserrer, les liens de dépendance qui les subordonnaient, au moins quant à leurs notions fondamentales, à l’anatomie de l’homme et des Vertébrés supérieurs (2). Sans aller jusqu’à formuler théoriquement ce programme, on s’applique à rendre la systématique des animaux aussi indépendante que possible de l’étude de leu organisation (3). | De là, tout d’abord, le choix des caractères génériques. Relativement nombreux et assez exactement motivés quand il s’agit d’animaux assez bien connus, — extrêmement insuffisants, tant par le nombre que par la valeur, dans les portions encore presque inexplorées du domaine de la zoologie (4), — les « genres » reposent, dans l’un et l’autre cas, sur des différences externes, — qu’on s’oblige à les prendre, autant que possible, d’une même « partie » assignée par une règle du système (5), ou qu'on s’accorde le droit

{1} Linné, 1751, Philos. botan., par. 48.

(2) Cuvrer (an XIV-1805, Leg. Anat. comp., t. 3, pp. 19-21 ; 1808, Rapport hist. prog. sci. Pp- 293-294) insiste sur cette conséquence fâcheuse de l’€ exemple des Botanistes » en zoologie,

(3) Cf, pour les faits sur lesquels s'appuient les indications générales des alinéas qui suivent : Classes zoologiques, 2€ partie, chap: II-VII: notamment ch. [I, sect. 1x : ch. LIL, sect. 1 : ch. IV, sect, 1, 11, 1174 Ch, VII, sect, 1 et rv ; etc.

(4) Et, notamment, toutes les fois qu’il s’agit d’Invertébrés marins On peut Comparer, à cet égard, chez Linné et même chez ses successeurs (E.:L. Geoffroy, de Geer, Blumenbach, etc.) le nombre assez considérable des « genres » déjà reconnus parmi les « Insectes » terrestres et le nombre dérisoire de ceux dont on se contente au sujet des Crustacés.

(5) Comme Linné lui-même et ses disciples stricts.

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de les saisir plus librement dans l’ensemble de l «habitus» (1).

De là, aussi, toute une série de procédés « méthodiques » peu justifiables en principe, mais très naturels dans les conditions effectives du travail, qui continuent à être employés après Linné, comme ils l'avaient été par lui, et qui se

. marquent surtout dans la distinction des ordres ou des

groupements, de forme moins systématique, qui leur équivalent. — Pour quelques-uns d’entre eux, toute connaissance de l’organisation externe ou interne faisant défaut, on s’en tient à des désignations fondées sur Phabitat : — «vers intestins », « vers infusoires », — par lesquelles se prolonge, dans plusieurs cas, un mode de groupement autrefois normal et universel. — Dans d’autres cas, plus nombreux, l’animal vivant n’est pas tout-à-fait ignoré, mais

c’est à peine s’il a été décrit, tandis qu’on dispose d’une

quantité parfois très grande d'échantillons de sa dépouille solide (test ou « coquille », polypier, ete.) : l’ordre sera alors fondé sur l'existence de cette dépouille («vers testacés », etC.),

- — Jes genres de cet ordre sur les caractères distinctifs qu’elle fournit, souvent en abondance. — Procédé contre lequel

s'élèvent, il est vrai, quelques naturalistes qui ont pris la peine d’aller voir et observer, là où l’on peut les trouver vivants, les « animaux » eux-mêmes : Adanson dénonce le « désordre » et la « confusion » que n’ont cessé d’accroître, dans cette partie de l’histoire naturelle, les classeurs de coquilles et réclame qu’on prenne enfin pour « règle », dans les « arrangements méthodiques », la considération de « animal qui les habite » (2) ; Pallas estime, lui aussi, qu’il

(1) Comme Blumenbach et d’autres.

(2) Ananson, 1757, Hist. nat. Sénégal, Préface, pp. v-X : (On peut dire en général que jusqu’aujourd’hui l’on n’a considéré les coquillages que par leur habillement, leur enveloppe extérieure, la coquille, et non par les animaux qui les habitent (p. v}….. (Il y avait donc dans les Coquillages quelque chose de plus à considérer que jeurs coquilles ; l’animal qui les habite devait nous guider dans nos arrangements métho-— diques ; lui seul devait nous servir de règle, puisqu'il en est la principale

. partie, celle qui donne à cette espèce de squelette extérieur la forme, la

ne faut pas en rester à la « marque accessoire » que fournit la présence d’un « test calcaire » et qu’il est important d’examiner « les animaux dont ces tests sont l’enveloppe » (1). Procédé dont un chercheur informé et clairvoyant,

comme Blumenbach, ne se dissimule pas l’insuffisance (2), -

mais qui n’en persistera pas moins, en raison de son étroite liaison avec les habitudes des naturalistes, au-delà même de l'avènement de Cuvier. — Dans d’autres cas encore, c’est d’après des organes externes du corps même de l’animal que les ordres sont établis : ainsi les ordres des « Insectes » ailés ; mais la formation de groupes très nettement caractérisés Par rapport à tel organe à pour contre-partie celle d’un groupe de rebut, — Jes « Insectes » Aptères, — qui n’aura d’autre trait commun que l'absence du même organe.

D'accord avec les mêmes traditions, on reconnaît bien, en principe, l’importance des faits du développement, dont Swammerdam a déjà montré que la comparaison pourrait servir de base à une division des« Insectes »; mais on n’accorde aux caractères transitoires, quels qu’ils soient, qu’une place accessoire dans la « méthode », parce que, exigeant, pour être établis, une observation suivie de l’animal, ils ne se prêtent pas à régler la détermination d’un individu, pris à l’âge adulte et dans l'ignorance de ses antécédents (3).

Même en ce qui concerne, enfin, les classes, on ne voit pas s'établir, entre le travail des naturalistes et la recherche anatomique, la liaison régulière qui pourrait seule assurer les bases d’une distribution générale des animaux. Tenant

grandeur, la dureté, les couleurs, enfin tous les accidents que nous y ad-

mirons, Si nous examinons a! tentivement ce peuple nouveau et entièrement oublié », ete, (PP. 1x-x).

(1) Pazras, 1766, Miscell, zool., VII, P- 73. — Remarques équivalentes à propos d'Annélides tubicoles : IX, pp. 119, 131-132.

(2) Brumensacn, 1779, Hdb. d. Nes; Vp VAS:

(3) Linné (1766-67, Syst. Nat., des Auteurs, à démontrer à la science, » Mais il ne f

t. 1, p. 537) écrit : « Les genres naturels par la métamorphose, communiquent la vie

ait lui-même aucune place à la métamorphose dans ses « caractères » des ordres et des genres,

compte de remarques déjà formulées antérieurement par des . naturalistes, les dernières éditions du Systema Naturæ ont bien pu faire reposer sur des différences de l’organisation interne les distinétions initiales que paraît comporter la classification zoologique : ces notions acquises n’ont guère à intervenir dans la besogne ordinaire de la systématique, et la plupart des naturalistes ne sentent le besoin ni de les préciser par une analyse plus approfondie, ni de les étendre par une étude anatomique des animaux les plus mal connus.

Aussi bien l'Histoire naturelle de Buffon et de Daubenton reprochait-elle à bon droit aux disciples des « méthodes » linnéennes de s’abuser sur la valeur réelle d’une connaissance étendue, mais superficielle, et de négliger la tâche capitale qui consiste à observer et à décrire, d’abord, les faits de l’organisation tant interne qu’externe (1). C’est pour avoir, d'accord sur ce programme, joint à chacun de ses articles de l'Histoire des Quadrupèdes une « description » de Daubenton, ordonnée, fortifiée de mesures précises (2), - que Buffon a pu être désigné par Cuvier comme étant « le premier qui ait uni d’une manière continue l’Anatomie à l'Histoire naturelle (3) ». Mais quelle est, au juste, dans cette œuvre commune de deux esprits si différents, la signification et la portée scientifique de cette union ?

Des déclarations évidemment concertées de l’un et de l’autre auteur, il résulte clairement que l’étude anatomique n’a, dans le plan général de l” Histoire naturelle, qu’un rôle subordonné, qu’elle doit se borner à mettre en lumière les faits de son domaine qui peuvent importer à l’objet de l’ou-

(1) Dausenron, 1753, Descrip. Anim. : Hist. nat., t. 4, pp. 118-119, etc.

(2) Toute la partie anatomique de l'Histoire naturelle de Burron est, on le sait, due exclusivement au travail de Daubenton.L'Histoire Naturelle des Oiseaux, à laquelle sa collaboration faisait défaut, se contente de quelques emprunts au recueil de l’Académie des Sciences (1770, t. 1, pp. 97, 111, 155, etc.)

(3) Cuvrer, an XIV-1805, Lec. Anat, comp., t. 3, p. XIX.

vrage et s’interdire, par égards pour cet objet, le détail minutieux et complet qui pourrait être de mise sur son propre terrain (1). — Les raisons qu’à tour de rôle ils font valoir à l’appui de ces déclarations sont, à vrai dire, convergentes, au moins jusqu’à un certain point, plutôt que profondément concordantes. Buffon, dans le principe, ne semble guère attendre du travail de son collaborateur que des indications propres à confirmer et à expliquer, par l’organisation de l’animal, ce qu’il aura déjà su montrer lui-même, par son « histoire », de son activité, de ses mœurs, de $es rapports avec l’homme : bref, un complément utile de Ja partie maîtresse du livre (2). Daubenton, assurément, ne réduit pas à une mesure aussi modeste la valeur de sa contribution. Par un examen soigneux de quelques-uns des principaux appareils des animaux qu’il étudie, par les descriptions qu’il en rédige sur un plan uniforme, il a bien le sentiment de mettre en œuvre le seul moyen qui conduise à une connaissance positive de l « économie animale », — c’est-à-dire des conditions et du jeu des fonctions, — et, par là, à un usage aussi efficace, aussi avantageux que possible, des lois de cette « économie » (3). Buffon, du reste, admet aussi la grande utilité de cette analyse comparative

(1) Burron, 1749, Prem. Disc. : Hist. nat. t. 1, pp: 29-30 ; — Daupen- TON, 1753, Description Animaux : tbid., t. &, pp. 118-119, 126 et suiv..

(2) Burron, 1749, Prem. Disc. : ibid., t. 1, pp. 29-80 (après avoir parlé de la description des parties externes) : «si l’on peut joindre à tout cela l'exposition des parties intérieures, le description n’en sera que plus complète ; seulement on doit prendre garde de tomber dans de trop petits détails où de s’appesantir sur la description de quelque partie peu importante, ct de traiter trop légèrement les choses essentielles et principales. » — De même {après avoir parlé de « l’histoire ») : « et lorsque dans l'intérieur du corps de l’animal il y a des choses remarquables, soit par la conformation, soit par les usages qu'on en peut faire, on doit les ajouter où à la description ou à l’histoire ; Mais ce serait un objet étranger à l'Histoire Naturelle que d’entrer dans un examen anatomique trop cir- Constancié, ou du moins ce n’est pas son objet principal, et il faut réserver ces détails pour servir de mémoires sur l'anatomie comparée ».

(3) DauBenrow, 1753, Descrip. Anim. : ibid., t. &,pp.129-130,132-135, 137-138, C

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ï des « principaux effets de la mécanique vivante », bien qu’il la fasse consister surtout dans « la science importante dont l’homme même est l’objet » (1). — Mais quelles que soient les voies qui sont propres à chacun d’eux, Buffon et Daubenton, se rencontrent, en tous cas, pour imposer à leur enquête anatomique une double limitation. D'une part, il ne sera pas nécessaire de traiter de toute l'organisation interne des animaux étudiés, mais seulement de celles de ses parties dont l'examen paraît avoir le plus de chances

: d’aider à une analyse comparative de l’ «économie animale »: : Daubenton, en conséquence, ne décrira que les os, le cerveau, les principaux viscères, les organes de la génération, l'embryon et ses enveloppes : «il ne sera pas fait mention de muscles, d’artères, de veines ni de nerfs, etc. » (2). D'autre part et à plus forte raison, il paraît clair à Daubenton et à Buffon que la comparaison anatomique, dont l’homme est à la fois le point de départ indispensable et le plus haut objet, ne peut avoir d'intérêt réel qu’à condition de se res- Ë treindre à des animaux dont l’organisation est assez voisine Le de la sienne pour qu’elle puisse l’éclairer et être éclairée par elle: « l’économie animale d’une huître, par exemple, ne

; (1) Burron, 1753, Disc. nat. Anim. : ibid., t. 4, p. 4.

Pa. (2) Dausenron, 1753, Description Animaux : ibid., t, 4, pp. 137-138.

__ Vico-n’Azyr (1786, Deux. Disc. Anat.: Œuvres, t, 4, PP 140-141) marque bien ce qu’a eu par là de nouveau et d'important, mais aussi d’incomplet, l'œuvre anatomique de Daubenton.

Onpeut ajouter que, pour Buffon, les organes les plus constants dans l’ensemble du règne animal sont aussi les plus indispensables à l'exercice de l’activité vitale sous ses formes élémentaires (1753, Disc. nat. Anim. : ibid., t. 4, pp. 9, 11-13, 14) : de telle sorte que l’unité du plan dela structure anatomique tend à lui apparaître théoriquement comme une expression et une dépendance de l'identité de certaines fonctions, bien qu'elle ne se vérifie de manière positive que dans les portions du règne animal où cette identité est la plus complète (cf. les passages souvent cités : 1753,

* J'Ane: Hist. nat., t, 4. pp. 379-381 ; 1766. Nomenc. Singes: ibid, t, 1%, pp. 28-29). Mais cette vue toute spéculative et un peu vague ne semble pas appartenir à Daubenton,

doit pas faire partie de celle dont nous avons à traiter (1) ». On laissera donc de côté, sans hésitation et définitivement, tous ces êtres « informes » que les classificateurs se complaisent si bizarrement à caractériser avec tant de « détails infructueux (2) ». En résumé, quel que soit par ailleurs son mérite, la partie anatomique de l'Histoire naturelle n’est ni destinée à guider la classification, ni conçue de manière à lui rendre effectivement beaucoup de services.

Il n’est donc pas surprenant que, en France, comme ailleurs, la recherche de l’organisation interne ne tienne, jusque vers: 1790, qu’une place très restreinte dans les ouvrages zoologiques.

En ce qui concerne les Vertébrés, on croît connaître déjà les points les plus importants, et c’est à peine si quelques naturalistes s'inquiètent d’aller plus loin. Pourtant, le linnéen Gouan, au commencement de son Aistoire des Poissons, remercie ceux de ses collègues médecins de Montpellier qui ont « répété » avec lui «les expériences, les dissections et les injections ». Mais les figures anatomiques que contiennent effectivement ses planches ne représentent guère que le squelette, un peu de l’appareil reproducteur, les organes principaux de la circulation, et sont, au total, d’un schématisme assez raide (3). L'un de ceux qui l'ont aidé, Broussonnet, ne tire pas beaucoup plus grand parti de la dissection quand il rapproche, à juste titre, les Poissons cartilagineux des autres poissons (4), et ne fait aucune place à l’organisation interne dans ses descriptions, accompagnées de mesures, des caractères externes de plusieurs

(1) Burron, 1753, Disc. nat. Animaux: ibid., t. 4, p. 5; de même pp. 8, 12, 19. — Cette manière de voir et cet exemple de Buffon sont raillés poliment par Dicquemare (1776, Diss. limites Règnes nat., p. 375 ; 1783, Mém. Ver inconnu, p. 336):

(2) Daupenron, 1253, Descrip. Anim. : tbid., t. 4, p. 1920. (3) Gouan, 1770, Hist. Poissons, p. vn, pl. 1-6.

(4) Broussonxer, 1780, Mém. Chiens de mer, pp. 247 ct suiv….

espèces (1). C’est, le plus souvent, en dehors du travail de la classification que se poursuivent, à cette époque-là, les études importantes sur l’anatomie comparée des Vertébrés : celles de Camper, en Hollande (2), — celles même de Vicq-d’Azyr en France (3). Pour que certains de leurs résultats, — par exemple, la démonstration de la corrélation régulière de certains faits d'organisation, chez Vicqd'Azyr, — manifestent toute leur portée, il faudra qu’ils aient été, non seulement confirmés et étendus, mais incorporés à l’histoire naturelle par Cuvier.

Restent, enfin, les Invertébrés, dont quelques espèces parmi les plus intéressantes ou les plus communes (papillon du ver à soie, abeille, écrevisse, seiche, escargot, limace, huître, moule, ver de terre) ont déjà été disséquées, à la fin du xvrr siècle, par Malpighi, Swammerdam, Willis et d’autres anatomistes (4). La zoologie linnéenne, — rompant, à cet égard, avec la tradition aristotélicienne, qui attribuait un intérêt prépondérant à l’étude des animaux pourvus de sang (5), et s'inspirant sans doute des premières expériences de Trembley, de Ch. Bonnet et de leurs émules . sur la physiologie des organismes inférieurs, — proclame, en principe, qu’une analyse de leur nature peut être riche d’enseignements (6). Tandis que Lyonet donne, par son Traité anatomique de la chenille qui ronge le bois du saule (7), un exemple, demeuré longtemps célèbre, de ce que peut

(1) Broussonner, 1782, Ichtyol. (non paginé).

(2) Camper, an XI-1803, Œuvres en 3 vol.

(3) Vico-p’Azyr, an XII1-1805, Œuvres, en 6 vol.: travaux anato-, miques dans les tomes 4, 5 et 6. — Vicq-d'Azyr, comme nous le verrons bientôt, esquisse des distributions zoologiques, mais qui débordent de beaucoup le cadre de ses recherches anatomiques personnelles et ne leur doivent, en somme, que peu de chose.

(4) CÉ. J.-V. Carus, 1872, Gesch. d. Zool., pp. 397, 400, 407, etc. ; R. BuroknaroT, 1921, Gesch. d. Zool., t. 1, pp. 71-73; etc.

(5) Cf. ARISTOTE, Parties Anim., IV, 5, 682 a 33 ; etc.

(6) Lrnné, 1766-67, Syst. Na.,t. 1, p. 17: « Jamais la Nature n’est tout entière plus que dans les êtres les plus petits. »

(7) Lyoner, 1760, Traité anat., etc.

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être une étude anatomique complète d’un Insecte, quelques chercheurs procèdent, dans la seconde moitié du xvIIre siècle, à des dissections plus ou moins détaillées de quelques grandes espèces de Mollusques, de Tuniciers, d’Annélides, d’Echinodermes (1). Pallas, en particulier, s’attache à compléter par l’anatomie son étude des Annélides du littoral de la mer du Nord (Aphrodita, N ereis). Par un scrupule qui exprime bien les idées reçues à son époque, il indique, à plusieurs reprises; qu’il n’a pas pu disséquer les spécimens éonservés qui lui avaient été communiqués, afin de ne pas déparer les collections auxquelles ils appartenaient (2). Mais il n’a pas été sans remarquer aussi que la dissection d'animaux frais est bien préférable à celle d'animaux trop longtemps macérés (3). C’est d’après des individus re- Ccueillis vivants qu’il décrit et figure avec assez de précision, non seulement l'estomac, l’intestin, mais le « système sanguin », très net dans PAphrodite fraîche, l'appareil nerveux et musculaire (4). Il estime, cependant, qu’une description détaillée de la disposition des muscles témoignerait d’une minutie prétentieuse et inutile (5). Même chez lui, si fort en avance sur le niveau moyen de la zoologie de son temps, l'étude anatomique est donc encore lon d’avoir acquis ampleur et l'importance décisive auxquelles elle atteindra définitivement avec Cuvier (6). Secondaire par rapport à la détermination des genres, elle n’est pas étendue délibérément à tous les groupes principaux, ni pratiquée réguliè-

(1) Ainsi les zoologistes Baster, Bohadsch et Alex. Monro, auteur d’un traité d'anatomie comparée.

(2) Pazzas, 1766, Miscel. Zoel., VIII, pp. 76, 102, 409.

(3) Parras, 1766, ibid. ape

() Tbid., d9, pp. 76, 85-90 et suiv. ; pl. 7: IX, p. 198, ete.

(5) Tbid., VIII, p. 85. ; à

(6) Brumenrsacn, bien qu'anatomiste, ne fait aucun usage de l’anatomie dans son Manuel d'Histoire naturelle (1779, Hdb. d. Ngs.) — Barscn (1789, Thiere u. Miner., pp. 538 et suiv.) forme ses familles d’« Insectes » (Y compris les Crustacés, les Arachnides, etc.) sans s'inquiéter de l’organisation interne,

rement en vue de fixer le nombre, les caractères et la composition des classes qui devront être les unités fondamentales … d’une distribution rationnelle des animaux.

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