LA DISSOCIATION DE L’IDÉE DE SÉRIE
Indépendamment de ces discussions de principe, la
(1) Maurerruis, 1756, Essai de cosmologie, pp. 11-12.
(2) Burron, 1765, l'Unau et FAï: Hist. nat., t. 13, p.40. — On sait que Vorraire (1764, art. Chaîne des Etres créés du Dict. phil.), en quelques remarques non exemptes de fantaisie, mais au fond parfaitement sensées, oppose à la théorie de la continuité universelle la disparition de certaines espèces.
(3) Hermann, 1783, Tab. affin. anim., pp. 14-16, 19-23. — Cf. pour une autre variante, plus sentimentale, dé ces conceptions piétistes et optimistes de la nature : Barscu, 1788, Thiere u. Miner., p. 38.
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théorie des « passages insensibles » a engendré, pour toute une série de problèmes d'histoire naturelle, des solutions qui comportent des vérifications, et c’est elle qui est mise en cause, à mesure que ces solutions sont confrontées avec des faits mieux établis et plus exactement appréciés. Sans entreprendre de passer en revue tous ces problèmes, essayons d'indiquer sommairement quel était, à l’époque où va s’élaborer une classification zoologique positive, l’état de quelques-uns des plus importants.
Linné, s’efforçant de distribuer systématiquement tout V « Empire de la Nature» (1), croyait pouvoir répartir les « corps naturels » en « trois Règnes » ou royaumes, définis respectivement par l’addition successive de trois propriétés essentielles : « les Pierres croissent, les Végétaux croissent et vivent, les Animaux croissent, vivent et sentent » (2). Mais il était évidemment difficile de défendre contre les observations des physiciens la gradation régulière que tend ‘ visiblement à exprimer cette formule hiérarchique (3). Aussi Linné lui-même doit-il, dans les dernières éditions de Systema Naturæ, marquer plus fortement la signification propre de chacune des deux distinctions qu’elle combine : les « Pierres » sont des corps formés par agrégation, qui ne vivent ni ne sentent, les Végétaux des corps « organisés » et vivants, dépourvus de sensibilité, les Animaux joignent à l’organisation et à la vie la sensibilité et le mouvement « spontané » ou, — ce qui revient au même dans la langue de Linné, — « volontaire » (4). Mais, s’il en est ainsi, cette division ‘ternaire, dont l'intérêt initial était de mettre en évidence une progression graduelle, garde-t-elle encore un
(4) Lin, 1758, Syst. Nat., t. 1, p. 8.
(2) Lrnné, 1744, Syst. Nat., « Brevis Introductio in Regna tria Naturæ », pp. 1-3 ; 1748, 5bid., pp. 214-215 ; 1751, Philos. botan., par. 1-8.
(3) Burron, dès le commencement de l'Histoire naturelle, montre que la distinction des animaux et des végétaux ne peut être traitée comme équivalente à celle qui les sépare des minéraux (1749, t. 2, ch. 1er, pp. 1 et suiv., notam. pp. 5-6).
(4) Linné, 1758, Syst. Nat., t. 1, p. 6 ; 1766-67, sbid., t. 1, pp. 11-12.
sens et une valeur ? Bonnet, pour faire apparaître les degrés principaux de la « perfection relative » des êtres terrestres, trouve naturel de les ranger « sous quatre Classes générales » : êtres « bruts ou in-organisés »; êtres « organisés et inanimés » (ce sont les Végétaux) ; êtres « organisés et animés » (les Animaux) ; êtres « organisés, animés et raisonnables » (l’homme) (1). Mais les naturalistes chez qui l’observation des êtres vivants entretient un sentiment plus net de leurs propriétés physiologiques se satisfont de moins en moins de la formule linnéenne. Pallas déclare «tout à fait arbitraire et imaginaire » la division en trois règnes : à qui considère l’ensemble de la nature sans opinion préconçue, il apparaît clairement que la distinction profonde, essentielle, qui doit
précéder et dominer toutes les autres est celle des corps
organisés (organica) et des corps bruts, qui s'opposent complètement les uns aux autres par leur mode de eroissance et de reproduction (2). Distinction fondamentale, en effet : tel est l’avis de Blumenbach (3), aussi bien que de Daubenton (4) et de Lamarck dès ses débuts (5), bien qu’ils conservent, après l'avoir ainsi expliquée, la division en trois règnes comme cadre commode. De même que Vicq-d’Azyr, anatomiste et physiologiste, déclare : « il n’y a que deux règnes dans la nature, dont Pun jouit et l’autre est privé de la vie » (6), — A.-L. de Jussieu, botaniste, estime qu’il faut « rejeter la vieille distinction des trois règnes » et lui substituer la division plus récente en un Règne d'êtres organisés (Regnum organicum) et un Règne d’êtres non
(1) Cm. Bonxer, 1764, Contemp. Nat., 2° partie, chap. r : Œuvres, t. 7, p. 42. — Cf. ibid., 4e partie, ch. ret rx: t. 7, pp. 177 et suiv..
(2) Parzas, 1766, Elench. Zooph., p. 3.
(3) Brumensacn, 1779, db. d. Ngs., par. 2-4, 10 et suiv. : — De même, Barson, 1788, ch. 11. pp. 17-42, not. p. 29.
(4) DauBenron, 1782, Hist. nat. Anim., Introd., pp. x1 et suiv..
(5) Lamanck, 1778, Flore franç., t. 1, pp. 1-4.
(6) Vica-n'Azvr, 1786, Prem. Disc. Anat., pp. 17-18. Cf. 1792, Syst Anat. Quadr., p. 111.
organisés (Regnum inorganicum) (1). Au lieu de la liaison graduée qu’on avait voulue, c’est, par l'effet de l'analyse
physique et. physiologique, une opposition radicale qui s'établit.
Mais Linné, tout en rangeant an es ces trois règnes, assurait aussi que leurs limites se rencontrent à leur base, dans les Lifhophytes (coraux, etc.) (2) ou les Zoophytes (3).
En ce qui concerne la transition des végétaux aux minéraux, que Donati se flattait encore de pouvoir démontrer par d’authentiques intermédiaires (4), et que Linné luimême semblait regarder comme assurée (5), la question est réglée négativement en vertu des raisons qui ont fait rejeter la formule des trois règnes. Du reste, Bonnet reconnaît lui-même que, sur ce point, l’expérience ne fournit pas de faits vraiment probants à l’appui de sa doctrine : « la nature semble faire ici un saut ». Mais le cas du « polype » de Trembley, qui est venu combler, à ses yeux, le « vide » entre PAnimal et le Végétal, l’encourage à penser que celui-ci aussi « se remplira apparemment quelque jour » (6). Pallas,
(1) A.-L. pe Jussieu, 1789, Genera Plant., p. 11. — De même Des- FONTAINES, an 111-1795, Cours Bot., p. 450.
(2) Linné, 1758, Syst. Nat., t. 1, p. 6.
(83) Lanné, 1766-67, ibid., t. 1, p. 11.
(4) Donari, 1750, Stor, nat. mar. Adriat., p. 1xur.
(5) Linné, 1744, Syst. Nat., « Observ. in. Reg. lapid. », par, 13, p.20 ; 4751, Philos. botan., par. 153.
(6) Cu. Bonner, 1764, Contempl. Nat., 3 partie, ch. v : Œuvres, t..7, p. 82 ; 89 partie, ch. xvri : t. 8, p. 197.
C'est avec intention que nous laissons de côté, sur ce point comme sur les autres, les exemples rebattus de transitions que ne manque pas de reprendre le livre de Rosier (1768, Consid. philos.,ch.xxvnr-xxxv) en les fortifiant d’élucubrations anthropocentriques d’une invraisemblable niaiserie (ch. rv-xxv). On ne peut, à aucun degré, l’invoquer comme un témoignage de l’état des questions scientifiques à son époque f{cf. le jugement de Hermann, 1783, Tab. affin. anim., pp. 16-18 : … «il est difficile de pousser plus loin la puérilité dans la fiction »), mais seulement corhme un exemple de la floraison de sottises que la diffusion des « lumières» suscitait dans des esprits mal cultivés.
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î 180 L’HISTOIRE NATURELLE APRÈS LINNÉ
en dénonçant l'arbitraire du terme de « Lithophytes » (1), élimine définitivement du système zoologique une erreur qu’avaient déjà rectifiée, au jugement de Linné lui-même, Peyssonnel et B. de Jussieu. Conséquent avec le principe qu’il a posé en distinguant le monde organique et le monde. inorganique, il exclut expressément les minéraux de sa représentation de la série biologique : les corps bruts n’ont ni « continuité », ni « affinité » avec les corps organisés ; ils ne sont, dans le schéma adopté, que le sol sur lequel repose l’arbre des êtres vivants (2). D’une façon générale, la croyance à de prétendus intermédiaires entre minéraux et végétaux semble, vers la fin du siècle, avoir perdu tout crédit auprès des naturalistes sérieux, sinon auprès du public et des amateurs (3).
Bien plus complexes, les données du problème des rapports des animaux et des végétaux semblent être aussi, dans leur ensemble, bien plus favorables à la notion d’un enchaînement continu. L’équivalence des fonctions qui leur sont communes, l’impossibilité de leur trouver un caractère distinctif absolument irrécusable sont admises par Buffon (4) comme par Bonnet (5). Mais y a-t-il des êtres dans lesquels cette identité des propriétés soit assez complète pour qu’ils puissent établir une liaison valable aux yeux des naturalistes ? Bonnet, toujours prêt à prendre la ressemblance
(1) Pazzas, 1766, Elench. Zooph., p. x1v, p. 20.
(2) Pazras, 1766, ibid., pp. 23-24.
(3) DaurBenron (1782, Hist. nat. Anim., Introd., pp.x1-xi) en montre la vanité avec son bon sens ordinaire, mais sans indiquer qu’elle ait encore, à sa connaissance, des défenseurs parmi les savants.
(4) Burron, 1749, Hist. génér. Anim., ch. 1: Hist. nat., t. 2, pp. 8-10. « Cet examen nous conduit à reconnaître évidemment qu'il n’y a aucune différence absolument essentielle et générale entre les animaux et les végétaux, mais que la nature descend par degrés et par nuances imperceptibles d’un animal qui nous paraît le plus parfait à celui qui l’est le moins, et de celui-ci au végétal. Le polype d’eau douce sera, si l’on veut, le dernier des animaux et la première des plantes ».
(5) Cn. Bonner, 1764, Contemp. Nat., 3° partie, ch. vi: Œuvres, t. 7, pp. 83 et suiv.. |
apparente des effets physiologiques pour le signe d’une affinité réelle, s’étend avec complaisance sur les cas, récemment observés ou découverts, de réactions motrices des plantes :,il décrit celles de la sensitive, étudiée par Duhamel, celles de la Dionæa muscipula et, sans se prononcer trop catégoriquement, croit bien reconnaître en eux « quelque analogie secrète avec les phénomènes de l’irritabilité » (1), mis en évidence chez les animaux par Haller. Néanmoins, pour lui comme pour Linné, c’est surtout par l’étude, — à peine commencée à cette époque, — de quelques-uns des animaux et des végétaux les plus simples que le rapprochement s’opère de la façon la plus solide (2). Linné, dès 1751, accouple diverses sortes d’organismes relativement élémentaires : la lernée et la conferve, —- l’éponge (regardée comme une algue) et le corail (conçu comme un animal), ete., — pour montrer que la nature joint des plantes imparfaites à des animaux imparfaits (3). Mais c’est surtout la découverte de la nature animale des « fleurs » des Polypiers marins qui semble fournir une démonstration, aussi neuve que décisive, de la liaison cherchée (4). Composant alors son ordre des « Zoophytes » des animaux qui lui semblent s’apparenter à l’hydre d’eau douce, Linné les caractérise comme des végétaux à fleurs animales (5). Bonnet, qui a observé avec le plus profond intérêt les réactions physiologiques des « polypes », n’est pas sans percevoir l’impropriété du terme de Zoophyte, appliqué à des êtres tels qu’eux : « ce sont au fond, — explique-t-il, — de purs Animaux », quoiqu’ils aient, pourtant, « plus d’affinités avec les Plantes que n’en ont les
(1) Cu. Bonner, 1764 et 1781, ibid., 3° partie, ch. x1u1 : t. 7, pp. 102-
(2) Cu. Bonner, 1764, ibid., 32 partie, ch. xv : d°, pp. 112 et suiv.; 8€ partie, ch. 1x et xvrr:t. 8, pp. 137 et suiv., 190 et suiv. ; 1781, sb5d., 8e partie, ch. xur : t. 7, p. 106.
(3) Linné, 1751, Philos. botan., par. 153.
(4) Cf. à ce sujet : Classes zoologiques, Deuxième partie, ch. VII, sect. 1.
(5) Linné, 1758, Syst. Nat. t. 1, p.799 ; 1766-67, ibid., t. 1, p. 1287.
Animaux plus généralement connus (1) ». Mais Pallas, reliant
plus étroitement, dans une étude d’ensemble, l’hydre aux animaux à polypier, croit pouvoir affirmer que tous ces « Zoophytes » sont bien réellement des êtres mixtes, vivant d’une vie qui participe plus ou moins, suivant les cas, de la
vie végétative et de la vie animale. A l’intérieur même de
l’ordre, des « gradations très élégantes » conduisent, en effet, de genres dans lesquels la nature animale se manifeste avec évidence, — tels que Hydra, Tubularia, — par des formes rameuses bourgeonnantes, à des êtres dont l’habitus, le mode de croissance sont franchement « phytomorphiques », Ste la tige est composée de deux substances, l’une intérieure
à l’autre, comme celle des arbres l’est de bois et d’écorce : ainsi les Antipathes, les Isis, les Gorgones. De là, par de nouveaux affaiblissements de la vie animale, engourdie dans l’Alcyon, presque éteinte dans les Eponges, on en arrive enfin à un niveau tout voisin de celui des végétaux les plus humbles (2). Mais si c’est par leur région inférieure que le monde végétal et le monde animal se rapprochent jusqu’à se confondre, il faut évidemment renoncer à établir, de l’ensemble de l’un à l’ensemble de l’autre, une progresssion directe: c’est ce qu’exprime le schéma de l’arbre aux deux troncs divergents (3). La démonstration de leur liaison, ainsi entendue, assure en effet leur continuité ; mais elle ne contribue en rien à préciser la nature et la signification du rapport d’inégale perfection qui, au total, paraît bien cependant exister entre eux (4).
Au demeurant, l'opinion de Linné et de Pallas sur les € Zoophytes », malgré leur grande autorité, est bien loin
d’avoir convaincu tous les naturalistes. L'abbé Dicquemare,
(1) Bonnxr, 1764, Contemp. Nat., 8e partie, ch. 1x : Œuvres, t. 8, pp. 137 .et suiv..
(2) Parras, 1766, Elench. Zooph., pp. 18-20, 21-23, 25 et suiv..
(3) Parras, 1766, ibid., pp. 23-24.
(4) Parras, ibid., pp. 4-5 : les Végétaux,pris tous ensemble, ne FAR UA qu’une dernière classe de corps organisés.
qui méconnaît avec trop d’obstination la nécessité d’une classification exacte, mais qui observe, expérimente en « physicien » et juge avec clairvoyance les faiblesses des
théories, trouve cette notion absolument impropre à repré-
senter les faits dont il est le témoin chez ses Anénomes de mer et autres « insectes » ou « vers » marins. Pour lui, l'exis-+ tence d’une chaîne continue n’est qu’une illusion de Pimagination et les prétendus « zoophytes, » à les regarder de près, se révéleraient tous ou comme des animaux, ou comme des végétaux (1). Blumenbach s’inscrit catégoriquement en faux contre l'existence d’intermédiaires entre les deux règnes : le polype est un animal et la conferve une plante ; ce n’est que provisoirement, et faute de connaissances suffisantes,que des êtres comme les éponges, les champignons peuvent paraître occuper une position moyenne (2). Daubenton discute et rejette expressément l'interprétation de Pallas (3). A tout le moins, le débat est ouvert et, si la croyance à une liaison réelle des végétaux et des animaux garde encore beaucoup de force, leur distinetion radicale,
semble bien ressortir de plus en plus nettement de toute
analyse suffisamment précise des cas allégués pour la sou-
tenir.
Restent enfin, les transitions que nombre de naturalistes comme Bonnet, Hermann, admettent entre les classes zoologiques elles-mêmes et qui ne sont fondées, pour la plupart, que sur des convergences superficielles, résultat d’une adaptation fonctionnelle. Entreprendre de raconter
(1) DicQUuEMARE, 1776, Dissert.limites Règnes Nat., pp. 371-376 ; 1783, Mém. Ver inconnu, pp. 336-339.
(2) Biumensacs, 4779, Hdb. d. Ngs., par. 6. — Tel est aussi l’avis de Barscn (1788, Thiere u. Miner., pp. 4h, 51) : il n’y a « pas de véritables degrés intermédiaires entre les deux règnes ».
(3) Dausenrow, 1782, Hist. nat. Anim., Introd., pp. xItI-xXIV. — Vico-n’Azyr (1786, Prem. Disc. Anat. : Œuvres, t. 4, p. 17) admet une jonction par les végétaux inférieurs et les animaux composés fixés.
l’histoire des notions relatives à chacune de ces transitions, ce serait vouloir retracer dès maintenant la formation des classes zoologiques : car la définition et la délimitation des classes résulteront, en grande partie, d’une plus juste interprétation des cas prétendus intermédiaires qui, avant Cuvier, recouvrent et obscurcissent presque partout leurs frontières (1). Mais, dès la seconde moitié du xvixI® siècle, la nécessité de contrôler la signification de tous ces cas par un examen complet de l’organisation interne est marquée de plus en plus nettement par les zoologistes clairvoyants, ainsi que par les anatomistes que l’orientation de leurs travaux met en contact avec les problèmes dela classification générale. Et déjà, des indications précises tendent à réduire à leur juste valeur la signification de ces soi-disant « passages ».
Comme Bonnet, Buffon lui-même admet que l’autruche est un véritable intermédiaire entre les « Quadrupèdes » et les « Oiseaux ». Privé, dans cette partie de son ouvrage, des informations plus sûres que lui aurait données une dissection de Daubenton, il n’hésite pas à affirmer qu’indépendamment de ses ressemblances extérieures, «elle a encore beaucoup d’autres conformités par l’organisation intérieure avec les animaux quadrupèdes » et que, « tenant presque autant à cet ordre qu’à celui des oiseaux, elle doit être donnée comme faisant la nuance entre l’un et l’autre » (2). Vicq-d’Azyr, d’après l'examen anatomique, rectifie cette assertion et montre, en se référant au squelette et aux principaux viscères, que, « du quadrupède à l’oiseau, la chaîne est rompue » (8). Daubenton, dans le même esprit, rappelle
(1) CE, à ce sujet: Classes zoologiques, Deuxième partie, ch. II-VII, où l’histoire de chaque classe est sommairement retracée, du moins à partir de Linné.
(2) Burron, 1770,Hist. nat. Oiseaux,t. 1,pp. 396-397,422. — A la même époque (1779) un ouvrage allemand, de tendance édifiante,que cite TarenE- MANN (1909, Stufenfolge, p. 223) désigne avec autant de conviction l'autruche comme « un chameau à plumes ».
(3) Vice-n’Azyr, Deux. Disc. Anat. : Œuvres, t. &, p. 199 : « Celui qui
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que la chauve-souris ne saurait à aucun titre être considérée comme un intermédiaire entre les « Quadrupèdes » et les Oiseaux (1). Blumenbach estime que les Oiseaux forment, dans leur totalité, une classe très isolée et qui ne se laisse ranger dans aucune série (2).
Pallas, si convaincu qu’il soit de la réalité de la série, déclare ne vouloir tirer aucun parti des rapprochements « superficiels et idéaux » dont on s’est souvent servi pour la construire : les ailes de la chauve-souris, les nageoires du poisson volant, la queue du castor n’entrent pas en ligne de compte à ses yeux. C’est sur l’accroissement de l’ « organisation », « toute simple » et « homogène » dans les derniers des Zoophytes, puis de plus en plus enrichie d’organes nouveaux, que doit reposer une conception sérieuse de l’en-
- chaînement des animaux (3). Et, sans doute, certaines des
liaisons qu’il admet lui-même font encore beaucoup trop de
crédit à des ressemblances de la forme extérieure (4). Du
moins s’applique-t-il à les contrôler par l'examen du système nerveux, de l’appareil circulatoire (5).
considère un quadrupède après avoir pris connaissance exacte de la structure de l’homme trouve entre eux de si grands rapports qu’il passe sans étonnement de l’examen de l’un à celui de l’autre. Mais du quadrupède à l'oiseau, la chaîne est rompue : l’autruche elle-même ne peut servir à les lier ensemble : car, à son pubis près, elle n’a aucun des caractères propres aux quadrupèdes. Son squelette, ses poumons, son estomac, tout l’éloigne de cette classe d'animaux. Ainsi l’anatomiste, éclairé par ses travaux et sévère dans ses comparaisons, rejettera les rapprochements grossiers et se gardera bien de réunir ce que la nature a séparé ».
(1) Daugenrton, 1782, Hist. nat. Anim., Introd., pp. xiv-xv : « Considérons la nature sans prévention pour aucun système de continuité ou d'interruption dans l’ordre de ses productions : nous la verrons telle qu’elle est ».
(2) Bziumensacu, 1779, Hdb. d. Ngs., par. 55.
(3) Pazzas, 1766, Elench. Zooph., pp. 21-24.
(4) Ainsi celle des Annélides Tubicoles et des Tubulaires (Cœlentérés) : 4766, Miscel. zool., VIII, p. 76.
(5) Il note, par exemple l’« analogie » du système nerveux des Annélides avec celui des « chenilles » et des « Insectes » (1bid., d0, p. 88), le défaut d’une circulation véritable chez les Annélides {ibtd., d9, p. 90).
Bonnet, en rééditant sa Contemplation de la Nature, fait, dans ses notes, aux données anatomiques une place beaucoup plus importante que celle qu’elles avaient dans le dessein primitif de l’ouvrage (1),et essaye de tirer parti, pour défendre son « Echelle », de ce que les travaux récents ont pu établir d’accroissement « positif » « dans la perfection organique » (2).
S1 forte, du reste, est l'emprise de la croyance aux transitions que Vicq-d’Azyr, lors de son premier essai de distribution zoologique, distingue, dans chaque classe, les animaux qui présentent en toute netteté ies caractères de la classe, et ceux qui s’écartent à quelques égards de ce type commun pour se rapprocher de telle ou telle des classes voisines (3). Mais, à mesure qu’il s’efforce de déterminer, par voie de comparaison, la structure fondamentale et le rôle physiologique des organes, il se rend de mieux en mieux compte aussi que ces organes ne sont pas tous présents dans tous les groupes, et conçoit plus nettement le projet d'établir, d’après ces inégalités de l’organisation, «les vrais caractères | anatomiques propres à chaque division de corps vivants » et même « l’ordre de leur composition anatomique (4) ». … Tableau, dont il ne tracera, en fait, qu’une esquisse sommaire et imparfaite, mais dont la conception même exclut la plupart des motifs, trop souvent superficiels, qui ont été ! si souvent invoqués en faveur d’un enchaînement graduel des formes.
Ainsi s’ébauche, en opposition fréquente avec la croyance | en un enchaînement graduel universel, une revision positive . des « rapports » admis par l’histoire naturelle, revision qui s’aide, suivant les sujets, de la physique, de la physiologie,
(1) Bonner, 1781, Contemp. Nature, notamment 8€ partie, eh. xwrr et suiv. : Œuvres, t. 7, pp. 115 et suiv. ; 8° partie ; ch. rr et suiv. :t. 8, pp. 109 et suiv.….
(2) Bonner, 1781, ibid., 39 partie, ch. xxr : Œuvres, t. 7, pp. 146.
(3) Vico-n'Azvr, 1774, Tabl. Hist. nat. et Anat. Corps organ..
(4) Vica-D'Azvn, 1792, Syst. Anat., Disc. prélim., p. m1, xxvi et suiv.
et même, depuis Lavoisier, de la chimie, mais aussi de
… l'anatomie. Dès les dernières années de l’ancien Régime,
… elle est, en France, assez avancée pour qu’on sente la possibilité de renouveler, en reprenant la vérification par la base,
l’image de plus en plus surehargée et embarrassante que les . simples naturalistes en arrivent à se faire des « affinités » et de déterminer par là, en même temps que des divisions générales exactes, des degrés réels de «perfection » relative, inscrits dans l’organisation même des animaux. Mais si ce travail, duquel Cuvier et Lamarck vont avoir Vinitiative, est assuré, dès le début, de pouvoir énoncer ses résultats sous les formes d’une classification régulière, c’est qu’un nouveau progrès réalisé par la botanique vient de montrer que ces formes sont capables d’exprimer fidèle- … ment les affinités et de satisfaire à tout ce qu’il y a de fondé dans les exigences qu’inspire l’idée d’une « méthode naturelle ».