MODIFICATION MOLÉCULAIRE SANS FUSION
pas détruire Tintérêt, que les fusions de Sainl-Gobain ont été exécutées. Elles concernent encore l'obsidienne, la gallinace et la rétinite. Dans tous les cas, la roche fut maintenue en fusion pendant trente-six ou quarante-huit heures; puis, le verre obtenu fut exposé pendant huit jours à la température favorable à la dévitriiication. Les obsidiennes soumises à ce traitement appartenaient à diverses variétés. Celle qui a été déjà citée et qui provient de l'Ascension fond avec facilité, et le verre noir assez liquide qui en résulte passe par-dessus les b#rds de creuset. Après les huit jours de recuit, la masse bien homogène est presque compacte. On y reconnaît cependant quelques gFains fort actifs sur la lumière polarisée, annonçant certainement un commencement de cristallisation. Une autre obsidienne, provenant de l'Hécla, donne un verre noir très brillant, compacte , dans lequel paraissent de nombreux noyaux qui, bien que petits, sont nets et offrent manifestement l'effet d'une dé vitrification. En prolongeant Texpérience, on obtiendrait certainement avec cette roche des résultats comparables aux échantillons naturels d'obsidiennes porphyroïdes. Parmi les gallinacés, celle de Nupstadur (Islande) s'est signalée par son action corrosive sur les creusets rapidement percés. La fusion, très facile, a donné, en trois heures, un verre très noir qui fut mis à dévitrifier pendant huit jours. Il contenait alors quelques grains cristallins fort petits. Enfin plusieurs rétinites ont été soumises aux mêmes expériences. On se bornera à signaler ici le résultat fourni par une rétinite d'un vert pistache, provenant du grand système rétinitique si développé en Saxe, auprès de Busibad. Un échantillon exposé pendant trente-six heures à une température capable de le fondre a produit une masse pâteuse boursouflée, travaillant beaucoup et passant pardessus les bords du creuset. Le produit obtenu fut un verre clair et grisâtre. Celui-ci, abandonné huit jours dans des conditions favorables à la dévitrification, s'est rempli de noyaux cristallins, les uns arrondis et les autres anguleux. La cassure manifeste, chez ces derniers, soit des rectangles, soit des hexagones, c'est-à-dire des formes analogues à celles des feldspaths. L'analyse chimique de ces noyaux, isolés autant que possible, donne des résultats voisins de ceux fournis par l'orthose; le pro-
SYNTHÈSE EN MINERALOGIE. 9
duit de cette expérience peut donc être regardé comme un intermédiaire entre les rétinites et les porphyres.
Comme on le voit, il résulte de ces expériences :
1^ Que les roches vitreuses ne représentent pas le produit d'une vitrification des roches cristallines, mais qu'au contraire celles-ci peuvent dériver des premières par yoie de dévitrification;
2** Quo la dévitrification directe de Tobsidienne, de la gallinace, de la rétinite, etc., ne peuvent se produire et que la présence des gaz et des vapeurs contenus dans les roches vitreuses semble être Tobstacle qui s'y oppose ;
3** Que cette dé vitrification devient possible quand les roches, par une fusion préalable, ont été débarrassées de leurs éléments volatils.
M. W. Vernadsky* a reconnu la production de la sillimanite par voie de dévitrification au sein des argiles réfractaires convenablement chauff'ées. La terre à creuset de Seine-et-Marne fut soumise d'abord à une température de 700® et on constata que les lames minces ne manifestaient aucune action sur la lumière polarisée (abstraction faite de quelques grains de quartz interposés dans la substance amorphe). Après un chauffage prolongé de vingtquatre heures au blanc, la terre ne s'est pas fondue, les arêtes aiguës sont restées intactes; cependant au microscope on observe un commencement d'action sur la lumière polarisée et, après un nouveau chauffage de quarante-huit heures, le phénomène est très net. Une grande partie de la masse est composée de petits prismes dont le signe optique au sens de l'allongement est positif avec une extinction parallèle à rallongement. Ces prismes sont tout à fait insolubles dans l'action fluorhydrique à froid et peuvent être séparés de la matière amorphe qui les entoure. « 11 est intéressant, ajoute l'auteur, de noter que, dans ce cas, la formation et la cristallisation de la sillimanite se sont ellectuées dans un milieu solide. On peut ainsi observer une dé vitrification de la terre à creuset sans fusion. »
De même tous les ustensiles, briques, creusets, tuyaux, tubes qui sont faits d'une terre réfractaire, après avoir subi l'action
» Bull. Soc. Miner., t. XIII, p. 263.