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surfaces, comme on l’a fait pour là voûte de la nef. Nous né saurions l’aflirmer.
Le transept, voûté en berceau, est la partie-de l'édifice la plus nue. On est convaincu que l'architecte, tout en voulant construire une immense église, la désira fort simple, d’une très grande sobriété. [Il chercha même à économiser le plus possible la maind'œuvre. On ne saurait remarquer aucune décoration : seule une corniehe aux moulures fines, court à la hauteur des fenêtres du transept en ce moment murées, seules deux absidioles ouvertes sur le transept, percéés de grandes fenêtres d’un très beau dessin, ornent ce vaisseau. Mais les piliers placés au centre du transept sont très compliqués, ils paraissent si lourds qu’on peut se demander s'ils devaient être ainsi dans le plan primitif. L'architecte a-t-il voulu placer au-dessus du carré du transept une coupole et un clocher fort pesants. Ou s'est-il aperçu après la construction de la nef si haute, qu'il était nécessaire de consolider l’édifice? Toujours est-il qu’il a donné à ces piliers une ampleur surprenante qui rétrécit l'entrée du chœur et fait paraître le chevet trop étroit.
Ce chœur est formé de dix grandes colonnes isolées soutenant des arcatures aussi très élevées. Il est d’une beauté sévère. Ces colonnes sont hautes, d’un beau jet. Les unes sont décorées de trois rangs de feuillages d’une exécution parfaite; les autres ont reçu des animaux debout, placés sur la corbeille, d’un dessin sûr et précis. La partie supérieure du sanctuaire est percée de fenêtres assez larges, d’un dessin élégant mais fort simple. Le déambulatoire est large et cinq chapelles rayonnantes terminent le chevet de l'édifice. Celles-ci sont décorées à l’intérieur avec soin. Des fenêtres en plein cintre les éclairent, et leurs archivoltes d’une très grande simplicité reposent sur des colonnettes, décorées de chapiteaux à feuillages de la même dimension que
les fûts. Maïs il y a dans ces absidioles un grand nombre de res-
taurations, et bien des colonnes elles-mêmes ont été refaites. Le
déambulatoire est décoré d’arcatures soutenues par des colonnes
ornées de chapiteaux, qui égayaient ce vaste vestibule. Les bases | de ces colonnes sont semblables à celles du chœur : un tore unique et une large scotie, un peu inclinée, retombant sur une plinthe. Les sujets de ces chapiteaux sont très variés, feuillages fortement creusés, animaux debout à une seule tête formant volute, feuilles hautes, etc. Ces motifs décoratifs se détachent avec une très grande netteté sur la corbeille et nous prouvent une technique savante et avisée. On remarque aussi dans tous ces travaux les mêmes procédés employés au déclin du xn° siècle; les décorateurs simplifient, en décorant les fenêtres avec des colonnes dont les tailloirs servent de corniches, ils épargnent l’ornementation des archivoltes. Le tracé des bases des colon- |nettes est aussi celui de la fin du xn° siècle : deux petits tores, |sorte de bague, séparés par une scotie très profonde.
Si on étudie les murs extérieurs de ce vaste édifice on est étonné des parties refaites. Le chœur avec ses absidioles ne doit pas être antérieur à 1180-1210. La décoration des chapelles et de la grande abside n’est déjà plus la belle ornementation des édifices de Saint-Jouin de Marnes, de Jazeneuil, de Chauvigny. Elle ressemble plutôt à celle de l’église de Parthenay-le-Vieux, de Civray. On voit même qu’on a travaillé avec rapidité à ce chœur. Nous avons les pilastres sans base comme à l’abside de l'église de Jazeneuil, l’archivolte des arcatures est nue sans ornement. Mais ces absidioles sont très bien divisées, On a placé aux angles un pilier assez lourd et au milieu se trouve une colonnette très haute ornée d’un chapiteau à feuillages. Sa base
est formée de deux petits tores séparés par une scotie très \élevée.
A la partie supérieure du chœur, la voûte paraît mal posée. On dirait même qu’elle ne fait pas partie de la construction. Les fenêtres supérieures sont aussi d’une grande simplicité, leur archivolte est seulement décorée de denticules et soutenue par des colonnes ornées de chapiteaux à feuillages.
Si on regarde les murs du transept, on est surpris de trouver une construction aussi mauvaise faite de pierres grossières et de moellons. On ne saurait accepter ces murs comme faisant partie de la première construction, car on devrait trouver un transept construit en appareil régulier semblable à celui du clocher et du chevet. Ils ont été refaits au moment où les fenêtres ont été murées. On a modifié aussi les contreforts en augmentant leur épaisseur. Il en est de même des bas-côtés de l’église. Ces murs ont été repris, remaniés; la manière de bâtir indique une époque récente. On a doublé les contreforts dans cette partie et on les a élevés jusqu’à l'extrémité de l’édifice. Quelques-uns ont reçu une décoration inusitée à leur sommet, leur extrémité est décorée de quatre à cinq tores. Les fenêtres extérieures des bas côtés, la toiture et la charpente ont été aussi refaites. Malgré cette description trop rapide nous pouvons certifier cependant qu'aucune partie de l'édifice ne saurait remonter au xi° siècle. Nous pensons, au contraire, qu’on a commencé le clocher vers 1170, qu’on aura exécuté ensuite la nef, puis le transept jusqu’à ce qu’enfin on soit parvenu au chœur vers 1190-1200. L'analyse même sommaire des différentes parties de cet édifice nous permet de le certifier.
Nous venons de voir avec quelle prudence on doit accepter la datation des archéologues orthodoxes. Les églises qu’ils nous décrivent décèlent surtout une conception tout à fait erronée du développement de l’art français. Comme ils n’ont point voulu lire les sources écrites des provinces durant les x°, x et
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xu® siècles, que la plupart ignorent même l’état économique de ces contrées pendant cette longue période, ils n’hésitent pas à placer au petit bonheur des monuments aux xI° et x11° siècles. ’est ainsi que nous avons vu M. Lefèvre-Pontalis admettre les absides de Saint-Hilaire de 1120-1130, les parties du clocher de cette église du xr° siècle; comme aussi celui de Sainte-Radegonde
) du xr° siècle? On croit rêver en voyant des datations aussi peu fondées. Et ce n’est seulement pas le développement de l’art roman qui est ainsi faussé, mais celui de l’architecture gothique car nous avons vu que le Directeur du Bulletin monumental déclarait le chœur de la cathédrale de Poitiers de 1170! Nous ne pouvons suivre pas à pas les datations de M. Lefèvre-Pontalis, nous venons de voir sa méthode, indiquer les conceptions sur l'histoire de l’art roman et gothique de l’école orthodoxe. Nous verrons ailleurs comment cette école a tracé à grands traits l’histoire de la sculpture durant le xnr siècle.
Ce que nous devons souhaiter, c’est une revision plus rationnelle, plus sûre des monuments, ce qui est désormais nécessaire, ce sont des études plus approfondies, qui fassent appel aux disciplines historiques. Nous venons de montrer le côté trop étroit, étriqué de l’école orthodoxe. L’analyse de tous ces monuments est faite à la hâte, le plus souvent à l’aide de photographies. Et comme on ne voit aucune recherche personnelle, qu'on a accepté bien vite les théories de Quicherat et des érudits provinciaux, on se contente de parler du monument, de l’analyser dans tous ses détails architectoniques, et si ces études paraissent aux lecteurs incompétents des monographies fort savantes, elles n’apportent aucune idée nouvelle, aucun document intéressant. Et comme on ne saurait convaincre les aînés qui ont leur siège fait, comme disait Vertot, nous avons besoin de forces jeunes, d’historiens de l’art qui ne regardent pas le passé, qui ne se
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contentent plus de redire ce que leurs prédécesseurs ont pensé, sans reviser leur jugement.
Il est désormais nécessaire d’avoir une Revue archéologique indépendante qui puisse montrer, comme autrefois la Revue critique, les travaux insignifiants et sans portée, les erreurs graves de l’école orthodoxe. Et comme en ce moment les partisans des théories désuètes de Quicherat sont les directeurs des Revues qui étudient l’histoire de l’art français, un travail indépendant est souvent refusé par ceux-là mêmes, qui n’ont aucun intérêt à voir attaquer leur doctrine. Une nouvelle tâche s’impose désormais, c’est celle d'étudier, dans les régions qu’on veut décrire, des églises bien datées, d’analyser leurs formes architectoniques en les-comparant soigneusement à celles des édifices sans date. C’est en un mot une revision presque complète de l'archéologie française à l'époque romane quenous demandons. Nous avons besoin de jeunes gens, désireux de connaître le passé artistique de la France. Qu'ils nous apportent des idées nouvelles, soutenus par une activité et par une conviction sincères. On verra bien vite combien surannée et vieillotte apparaîtra cette école orthodoxe, qui n’a même pas su augmenter le patrimoine transmis et reviser les théories des grands novateurs de l’archéologie française,