LES MONUMENTS RELIGIEUX DE LA BELGIQUE DU XII° AU XIII* SIÈCLE
Nous venons de voir que la méthode des archéologues orthodoxes ne pouvait nous donner un classement sûr et raisonné des monuments de l'architecture française du xu° et xmm° siècles. Il est donc nécessaire de reprendre le problème, mais par quels moyens arriver à une entente? Devons-nous analyser tout d’abord les monuments à dates certaines, et comparer ces édifices avec des œuvres discutées? Nous l’avons fait en partie, mais nous avons reconnu bien vite qu’on ne pouvait convaincre les archéologues orthodoxes. Les preuves même extérieures, fournies pour donner une date plus juste à certains porches importants pour l’histoire de la sculpture française, ont fait sourire et sont restées sans effet sur ces érudits qui, comme Vertot, ont déjà leur siège fait. Nous devions désormais suivre une autre route et consulter les documents relatifs aux monuments de la France.
Disons en deux mots la genèse de ce long travail. Lorsque nous avons entrepris, pour des raisons que nous n’avons pas encore à donner, l’étude sur les leçons de notre regretté maître Courajod, nous avions vu, chemin faisant, de grandes difficultés surgir de tous côtés. Certes, nous savions ce que les cours honnêtes de l’École des chartes enseignent chaque années aux élèves, mais
après l'analyse de quelques monuments importants, il était facile de se rendre compte qu’on avait vieilli outre mesure un grand nombre d’édifices religieux. Le passé artistique avait été obscurci, le développement lent et régulier de notre art méconnu. Les archéologues avaient daté sans critique une série d'œuvres qui ne permettaient pas de placer des monuments intéressants dans le développement de l’art français. Nous voulons parler des grandes églises comme celles de Saint-Savin, de Saint-Hilaire de Poitiers, de Notre-Dame de Chartres, que nous avons analysées. La date même assignée au porche de Saint-Benoît-sur-Loire nous paraissait inacceptable et nous avions refait rapidement l’analyse de de ce monument. Elle nous montra combien il était difficile d'amener les archéologues français à accepter des dates basées sur des études sérieuses.
Replacer ce monument à la fin du xn° siècle, tandis qu’on le considérait encore comme un travail du commencement du x1° siècle, c’était, nous l’avouons, un effort bien audacieux ! Il fit sourire. Certes, nous avons été d’une très grande prudence en analysant ce monument. Nous disions que vu l'absence des textes, les sculptures ne pouvaient pas être placées avant 4160-1180. «On nous dirait qu’il a été construit vers 1180 que nous ne verrions aucune objection à faire, car c’est dans la crainte qu’on nous reproche de rajeunir outre mesure les monuments du moyen âge que nous proposons cette date, qui pourrait être avancée de quelques années. » Un texte que nous avons trouvé il y a deux ans, nous permet d’assigner aux travaux de construction les dernières années du xu° siècle, Robert de Thorigny nous raconte, en effet, l’effroyable incendie de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire qui fut complètement détruite vers 1179. Onlareconstruisit aussitôt, et le narthex à dû faire partie de la première construction des dernières années du xn° siècle. Il y a plus, cet incendie de 4179,
survenu à cause de la présence au célèbre monastère de la fille du roi de France, Louis VII, qu’une escorte menait à son fiancé, l'empereur de Constantinople, Robert le compare aux grands incendies de 865, 1026, 1095 et termine en nous disant que « tota abbatia combusta est » (1).
D’autres monuments mal datés ne permettaient point l’intelligence vraie du développement de l’art français; nous étions surtout étonné, en parcourant la France dans tous les sens, en analysant avec soin tous les édifices religieux que nous possédons, de voir que cès édifices indiquaient le dernier tiers du xn® siècle. Et que de fois, revenant anxieux et inquiet de ces excursions si attachantes, mais aussi laborieusés, nous étions étonné de devoir toujours assigner à ces œuvres cette date fatidique! Notre inquiétude avait même un caractère un peu comique, à la pensée que nos contradicteurs pourraient plaisamment résumer notre œuvre, en disant que nous n’avions qu’une seule date, celle de la seconde moitié du xn° siècle. Nous entendions de tous côtés : il ne voit partout que des constructions du dernier tiers du xn° siècle !
Devions-nous continuer nos études sur l’histoire de l’art français ? Oui, certes, mais il était nécessaire de rassembler avec soin tous les renseignements épars, fournis par les chroniqueurs sur les églises des chefs-lieux des pagi, sur les monastères établis sur le sol français, Certes, la tâche était lourde, le travail fort ingrat; il ressemblait à ces œuvres de longue haleine, faites par des bénédictins des siècles passés. Il convient si peu aux conceptions de notre temps, qui veut vite produire sans nul souci de bien connaître. Ce n’était donc pas l’œuvre d’un jour, et nous comprenions que cette longue enquête ne saurait tenter les
(1) DeusLe, Robert de Thorigny, t. II, p. 83.
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historiens de l’art, plus habiles et plus. pressés. Ceux-ci se contentent avec raison des idées déjà régnantes, des conceptions surannées. Peu leur importe, du reste, de faire avancer la connaissance de notre art, de prouver son rayonnement à travers l'Occident, ils savent fort bien qu’en ne combattant aucun pré- Jugé, qu’en acceptant les théories des puissants, ils auront pour un moment le succès. Quelques-uns même vont plus loin, ils confisquent à leur profit les résultats de ceux qui vivent à l’écart des coteries et des intrigues.
Nous savons même ce que va nous rapporter notre enquête, terminée après douze ans de dur labeur. Nous avions parcouru, en 1896, la France, l'Espagne, l'Italie et l'Allemagne pour faire le Corpus des monuments décoratifs du vrau x° siècle et, après l’avoir donné, nous avons lu avec un certain étonnement qu’on nous plaignait de n’avoir point vu les œuvres des grands peintres, pendant que nous étions occupé à décrire les motifs décoratifs de ces régions. On ne saurait qualifier la nature de l’esprit de ces intellectuels qui s’imaginent qu’on ne puisse s'infliger un travail, peu agréable, où la littérature n’a qu’un rôle tout à fait subalterne, sans toutefois ignorer les belles époques de l’art. Ce-sont des érudits vraiment à plaindre plutôt qu’à blâmer.
Nous craignons done qu'on nous adresse des regrets aussi oiseux Quoi, vous avez cherché parmi tous ces documents épars les mentions des édifices, les reconstructions indiquées ! Vous auriez bien mieux fait de les contempler et de nous dire vos impressions sans nul souci de l’évolution historique, sans une analyse sévère des formes et du plan.
Nous aurons beau montrer la nécessité de ce travail, les résultats heureux qu’il apporte, ces historiens de l’art convaincus hausseront les épaules, et iront bien vite satisfaire leur goût du beau, leur esthétique si creuse.
A côté de ces critiques qui ne sont point dangereuses, nous allons soulever les clameurs des historiens de l’art aussi bien en Allemagne qu’en France. On discutera avec véhémence, soit en Italie, soit en Espagne, le résultat de nos recherches, c’est-à-dire l'affirmation que le xr° siècle n’a point connu les édifices voûtés et que ce n’est qu'au milieu du xn° siècle qu’on peut reconnaître un nouvel essor de l'architecture française. Mais cette levée de boucliers ne saurait nous effrayer. Nous sommes armé pour recevoir les coups, les collectanea classés, étiquetés, viendront réduire à néant tous ces critiques incompétents,occupés surtout à regarder les églises et à analyser les bases, les colonnes des monuments. Nous n’avons, à travers ces études, qu’une seulé pensée, qu’une seule préoccupation, celle de reconstituer le vrai patrimoine de l’art français. C’est elle qui a guidé nos pas, c’est elle qui a apaisé l’infinie tristesse de la solitude dans des pays, souvent peu hospitaliers. C’est pour elle que nous avons essuyé déjà bien des critiques injustes, voire même de la part d'hommes qu’on aurait cru compétents.
Les clameurs ne sauraient nous arrêter; nous dénoncerons, chemin faisant, le scepticisme de certains historiens de l'art français, qui, sans connaître le vrai développement de l'art occidental, acceptent les affirmations d’un Venturi ou de quelques autres archéologues étrangers sur la date des œuvres de l'Italie septentrionale. Nous voulons parler du cloître d'Aoste, de l’église de Vezzolano, etc. Notre premier volume sur l’histoire de la sculpture dans l'Italie septentrionale, déjà prêt,nous permettra de réduire à néant des conceptions si peu sûres. Il en est de même pour les contrées plus éloignées, pour l'Italie méridionale.
On ne saurait, lorsqu'on s’occupe de l’art aux xu°et xrr° siècles, considérer la France comme un centre isolé, sans influence sur le monde occidental. C’est tout le contraire qui eut lieu. Nous
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montrerons bientôt que les églises voûtées en Italie, leur décoration sont des imitations assez tardives de notre art, Il en est de même pour l’Allemagne, pour l'Espagne. Cette dernière nation à subi plus que toute autre l'influence française et ceux qui ont décrit, rapidement du reste, les monuments romans de cette partie de l'Occident ont montré qu'ils n’avaient même pas un doute sur la date des travaux des érudits locaux. Celui qui a pu dater de la fin du xu° siècle le portail de la « gloria » de saint Jacques de Compostelle prouve qu’il ne sait rien des diffieultés de l'histoire de l’art espagnol. L’iconographie qui s'étale sur ce porche, les costumes portés par les personnages, etc., auraient dû l’avertir de l’âge plus récent de cette œuvre. Il en est de même des sculptures que nous voyons sur les petits porches Il faut, avant de les dater, étudier avec soin le manuscrit de Calixte II voir si ce codex peut avoir été écrit à la fin du xn° siècle. Mais on préfère décrire en se hâtant les monuments laissés par le passé, sans se soucier même si le temps ainsi perdu n’aurait pu être employé à une œuvre plus durable.
Il en est de même pour les ouvrages publiés sur l’histoire de l’art français. Au lieu de faire avec soin des recherches limitées à une période de notre art, les plus dignes, les plus doctes prennent comme champ d'étude une église tout entière, et analysent les œuvres qu’ellé possède. On redit ce que lès aînés ont raconté, sans se douter que des problèmes importants pourraient être résolus. Un travail scientifique sur la basilique de Saint-Denys aurait été fort utile. L'auteur aurait montré qu’il ne nous reste rien de cette basilique du temps de Suger. Ni le décor de la grande façade, ni le narthex ne sauraient remonter à cet âge. Les archéologues français croyaient pouvoir assurer le moment précis de la construction du chevet. Un texte important trouvé par nous, en écrivant notre étude sur les Annales des
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églises de France, nous montre que cette conception doit être abandonnée. Le chœur de Saint-Denys ne date que 1231-1936 et nous révèle combien les archéologues français ont vieilli outre mesure les édifices et faussé l’histoire du développement de notre art : Hoc anno cepit Odo renovare capitium ecclesiæ beati Dyonisii in Francia et perfecit illud usque ad finem chori, hoc excepto quod turris ubi sunt cimbala a parte revestiarii non erat perfecta, nec voltatus erat chorus, sed a parte S. Hippoliti totum eratl perfectum et etiam voltatum erat a parte vestiarti (1). Nous savons aussi qu'en 1236 on pouvait déjà faire la translation des reliques de saint Hippolyte dans l’oratoire ou chapelle que larchitecte avait construit (?).
L'église de Notre-Dame de Paris aurait aussi besoin d’une monographie basée sur de nouvelles recherches. Nous savons par Robert de Thorigny que les travaux de fondation ont été fort lents. Le chevet seul de la cathédrale, sans même la voûte du chœur, était achevé vers 1177. Mauricius episcopus Parisiensis jamdiu est quod mulium laborat et proficit in ædificatione ecclesiæ prœdictæ civitatis, cujus caput jam perfectum est, excepto majori tectorio. Quod si opus perfectum fuerit, non erit opus citra montes, cui apte debeat comparari (#). La porte Sainte-Anne ne saurait remonter, nous le verrons bientôt, au xrI° siècle, mais appartient au contraire au xu°. Elle peut avoir été exécutée vers 1915-1990. La mitre triangulaire portée par l’évêque, le manteau avec. attache lâche placé sur les épaules de Philippe Auguste, enfin mille petits détails de costume et d’attitudes
(1) Bibliothèque de l’École des chartres, t. XL, p. 290.
(2) Tbidem p. 291. Hoc anno in Purificatione Beate Maria translatum fuit cum magna solemnitate corpus S. Ypoliti ab oratorio quod diu fuerat in medio navis ecclesiæ in novum oratorium in sinistra parte novioperis.
(5) Rogerr DE THorieny, Chronicon (Delisle), t. II, p. 68.
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confirment cette datation. Le premier exemple de l’attachè lâche du manteau est sur les sceaux de 1215.
On peut voir par ces petits détails combien il était nécessaire de connaître l’histoire détaillée des Églises de France. Il fallait donc se mettre au travail, lire les vies des saints, les histoires des miracles, les chroniques si nombreuses des monastères, les mille menus faits des clercs crédules. Commencée dès 1897, déjà préparée par nos études sur la période franque, notre enquête se trouve terminée. Nous pouvons suivre le développement régulier de ces nombreuses églises, de ces monastères du ixe au xur1° siècle. Et cette vaste enquête nous permet de déclarer que le processus de l’art français est bien différent de celui décrit jusqu’à nos jours.
La quiétude nous est revenue, et c’est bien vers 1160-1200 que le grand effort monumental français a eu lieu et que la France a revêtu, comme le disait Raoul Glaber, sa robe blanche. C’est le moment d’un art nouveau, l'effort couronné de succès des architectes soit romans soit gothiques. Une même ardeur animait cès artistes. Il fallait soustraire les églises à ce feu qui dévorait bien vite l’effort, l’économie de tant d’années !
Donnons en quelques mots le résultat de notre enquête pour les pagi que comprenait la Belgique. Certes nous ne pouvons relever, dans cette étude, les nombreuses constructions faites à la fin du xn° siècle dans ces régions. Elles sont légion. Les édifices religieux d'Oostkerke et de Damme (1170-1200), celui de Lissewege (1220-1930), Saint Martin d’Ypres, l’abbaye des Dunes (1220) etc., montrent avec quel zèle les clercs et les moines ont désiré désormais des églises voütées.
Les annales des églises de la Belgique sont assez difficiles à écrire, car un grand nombre de monastères, d’édifices religieux des cités n’ont point de documents bien en règle. Ils se pré-
sentent à nous sans annales, sans titre officiel, mais le récit des clercs, qui se rapporte aux édifices les plus importants de ces cités, aux monuments les plus célèbres et les plus visités par les pèlerins, nous permet de certifier que des chapelles, des oratoires, des églises plus modestes ont reçu le même développement monumental. Les nombreux textes qui se rapportent aux églises des pagi français, voisins de ces édifices, autorisent aussi cette affirmation.
Les églises voûtées sont d’une origine française. C’est un fait indiscutable que mettra en lumière le dépouillement des documents Concernant nos monuments. Seule, la France, se préoccupait, durant la première moitié du x siècle, de ce problème difficile. Les autres nations se contentaient de la basilique transmise par les temps primitifs chrétiens, modifiée par des innovations dues aux cloîtres de Neustrie. On peut même dire que durant la première moitié du x siècle, la voüte déjà trouvée en France fut relativement peu employée. Elle est d’un usage plus général dès la seconde moitié du xn° siècle, de 1150 à 1160, et à partir de ce moment, les églises, nous l’avons déjà dit, augmentent sans cesse sur le sol français, aussi bien du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. Ce nouveau mode de couverture déjà aimé par les clercs allaït, on le pressent, entrainer tout un genre inconnu dans la décoration de ces édifices.
L'église construite sur le plan basilical avait été autrefois très ornée à l’intérieur. Une décoration luxueuse s’étalait aussi bien dans la nef que dans le chœur. L’extérieur avait été abandonné, pour ainsi dire. Les églises du vr° au xr° siècle n'étaient point isolées, des oratoires, des chapelles, des sanctuaires s’adossaient à leurs murs. Ces édifices masquaient les murs extérieurs des églises et n’incitaient pas les architectes à adopter un genre nouveau de décoration pour les surfaces unies de la nef et celles
des bas côtés. Les documents nous parlent parfois, vers le xr’siècle, d’une décoration de ces murs, mais nous pensons qu’il faut y voir des arcatures aveugles, appelées de nos jours « bandes lombardes ». La façade était même voilée par le mur en retrait du narthex, qui avait souvent la même largeur que l’église. Il formait un atrium, placé devant l'édifice. L'intérieur préoccupait donc seul l'architecte et ce n’est qu'aux premières années du x11° siècle que nous rencontrons, dans certaines contrées françaises, un plus grand souci pour la décoration extérieure de l'édifice.
Ce fut donc, aux environs de 1440-1150, une complète transformation de l’église. Il fallut songer à décorer les porches, les façades, les clochers même. La sculpture oubliée, honnie par Les clercs, fut appelée à orner ces façades, à décorer ces murs. Un style monumental bien à nous, absolument français, naquit aussitôt. Déjà, aux approches de 1190-1900, il était complètement fixé. Notre sculpture produisit alors des œuvres incomparables. On verra bientôt, dans notre livre sur les origines de la sculpture italienne, si nous devons accepter les théories des érudits allemands et italiens.
Est-ce à dire que le pouvoir spirituel belge ou allemand ait été préoccupé avant les architectes français de voûter les édifices et de créer une nouvelle architecture, émanation plus directe de la pensée chrétienne? Non, certes, les nations voisines se contentent de la basilique telle qu’ils l’ont reçue, et l’église en forme de eroix latine, recouverte d’un lambris ou d'une charpente en bois, règne aux approches du xurr° siècle, dans ces régions. Ce n’est qu'après la découverte si importante des architectes français que nous constatons acceptation progressive des clercs des contrées plus éloignées. C’est à ce moment que l'Allemagne eut, dans les cités limitrophes aux pagi français, des édifices qui pouvaient
rivaliser avec-nos cathédrales.-Il faut‘avouer que les‘moyens de propagande étaient plus rapides qu'aux siècles précédents.
Si cette conception toute nouvelle du développement artistique de’ la France est vraie, si les textes n’ont point menti, si notre enquête lente et laborieuse a été bien menée, nous devons trouver en Belgique, vers 1170-1180, l'apparition de la voûte, de l’architecture acceptée vers cette date par les clercs des cités de Cambrai et d'Arras etc. Le mouvement architectural des pays flamands et wallons doit commencer, à vrai dire, vers la fin du xir° siècle. Vérifions donc si les textes nous permettent de certifier cette conception. Cette analyse en vaut la peine, et les lecteurs si bienveillants pour nous de la Revue de Belgique nous pardonneront de citer bien souvent les sources écrites; nous avons pensé qu'ils avaient intérêt, les premiers, à connaître la naissance des édifices très importants de cette partie si hospitalière de l’Europe.
Voyons donc rapidement ce que des recherches nous ont permis d'affirmer pour les églises de Belgique. Il aurait été nécessaire pour un travail complet de venir passer quelques mois à Bruxelles, car les documents.se rapportant à ces beaux édifices sont peu nombreux en France, rares aussi les livres et les éditions qui ne sont point parvenus jusqu’à nous. Aussi, nous ne pensons point donner ici un travail définitif, mais nous désirerions qu’un archéologue plus jeune reprit le problème et suivit pas à pas les diverses constructions de chaque monastère important, de chaque église renommée. Nous espérons pouvoir un jour, lorsque nous parlerons des pays les plus septentrionaux de la Francia, indiquer le développement particulier de ces édifices intéressants.
Ce n’est donc.pas, comme on le croit en Belgique, à la fin du x1° siècle que les architectes de cette partie de l'Occident, préoccupés par la fréquence des incendies, ont cherché à
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soustraire les églises au feu destructeur, laissant une population tremblante et sans toit. Et, comme les cités avaient des maisons construites en bois, que les demeures bâties en pierre étaient une si grande rareté que le chroniqueur attire sur elles l'attention du lecteur, ces habitation sommaires étaientbien vite la proie des flammes. L’incendie propagé rapidement détruisait en un moment les oratoires, les chapelles, les églises d’une ville, d’un quartier. Le problème ne se posa pas comme on le croit; différentes tentatives, nous le montrerons, en publiant nos Annales de France, eurent lieu. Les architectes moins osés couvrirent la charpente de grandes dalles de pierre à rebord, même de lames de plomb. L’ardoise, abondante dans certaines contrées, fut aussi utilisée. Ce n’était point encore la voûte, mais ces changements successifs incitaient les architectes à trouver un mode plus approprié. Le second chroniqueur du monastère de Saint-Trond nous le déclare. IL écrit ses annales aux dernières années du xuie siècle, et lorsqu’arrivé vers 1160-1170, il nous parle d’un nouveau mode de couverture. Est-ce vraiment la voûte que nous avons en ce moment ou simplement un nouveau mode de toiture, changement survenu dans ces régions, nous ne saurions être aussi affirmatif. Sa description tout à fait exacte est cependant un peu obscure et ne saurait nous autoriser à aflirmer, comme nous le pensons, qu’à cette date, pendant le dernier tiers du xui'° siècle, les églises ont commencé d’être voûtées en Belgique. Voyez vous-même : Novoque cooperiendi genere et usque ad id temporis in nostris partibus inusitato multum que ignem valente, de lapidibus videlicet tenuiter sectis eam cooperuit (1).
(1) Pertz. X, 6, p. 346; ce n’est pour nous qu’une manière toute nouvelle de couvrir les églises et non la voûte, car lapidibus tenuiter sectis veut simplement dire que ce sont des pierres très légères, fort minces pla cées sur la charpente. On ne cf xnaissait donc pas encore dans cette région
les églises voûtées.
Le problème était donc très difficile et demandait des architectes d’une très grande habileté. Couvrir les nefs et les transepts des églises d’une large voûte nécessitait des connaissances techniques fort savantes. Les annales des églises ne nous permettent malheureusement pas de suivre les tâtonnements, les hésitations des premiers architectes plus osés. Les édifices voûtés apparaissent en Belgique vers les dernières années du xrr° siècle sans nous montrer les efforts et la persévérance jamais lassée de ces architectes. La raison en est que ce mode de couvrir les édifices religieux a été accepté par ces contrées septentrionales qui ont tout de suite bénéficié des longs efforts des architectes français. Il en est de même de l'Allemagne, plus en retard que les régions romanes.
Les abbayes de la Belgique, semblables à celles des contrées voisines de Paris, n'étaient pas au xi° siècle fort prospères. Les ressources de ces instituts étaient encore assez limitées et ne permettaient point de constructions d’une grande étendue. Certes, des abbés songeaient bien à restaurer les abbayes à la fin du xi siècle, mais l'argent souvent manquait pour couvrir les édifices religieux déjà construits. Sed his œdificiis tecturam non superposuit, quia eisi voluntatem habuit, deficiente pecunia possibilitas non fuit (1). Les cas sont assez fréquents, et cette remarque est si vraie qu’en France même des abbés et des évêques ne faisaient voüter qu’une partie de la nef.
Les cités des pagi belges étaient assez nombreuses, mais très peu denses, elles ressemblaient encore au xi° siècle à de grands villages. Ces bourgs comptaient un certain nombre de sanctuaires, parfois assez exigus. Seules les cathédrales avaient une plus grande étendue. Nous savons, par les nombreux documents
() Pertz. SS., XIV, p. 583.
relatifs aux cités de Cambrai et d'Arras, qu'aucun édifice religieux n'était voûté même dans la seconde moitié du xue siècle, mais nous n’avons pas à donner en ce moment le
résultat de nos recherches. Nous indiquons seulement les ren-
seignements que notre enquête à pu nous fournir sur les 1l monuments des cités flamandes.
il La ville de Tournai possédait deux ou trois sanctuaires dont il la cathédrale était le plus important. Nous savons qu’en 1056 j cette église eut à souffrir beaucoup d’un violent incendie. De | | l’ancien édifice il ne resta que les murs. Le clergé diocésain se 1] hâta de réparer le dommage, il fit refaire la charpente qui fl couvrait l’édifice et ce travail, exécuté avec lenteur, ne fut ter- Î miné qu’en 1070. Ce n’est qu’à la fin du xn° siècle qu’on songe: h à voûter l'édifice. La nef, les transepts n’avaient encore à cette fl date que des plafonds en bois. L’évêque Etienne cède en 1190 ses droits épiscopaux pour la couverture du transept (t). L'église 1h Saint-Nicolas-des-Prés, qui fut plus tard Saint-Médard, fondée
en 4195, n’avait non plus aucune voûte. Les ressources de ces diocèses n'étaient pas encore fort grandes etlechroniqueur a soin d’en faire la remarque. Les édifices étaient en ruine, les cloîtres, les chapelles le plus souvent en bois (?). On pourrait en dire autant de l’église dédiée à saint Martin, construite en 1118.
La cité de Tongres possédait une église consacrée à saint
Servais; elle fut brûlée en 1095 et n'avait aucune voûte (?). Le nouvel édifice s’éleva semblable à l’ancienne basilique.
La ville de Gand avait déjà au xi° siècle quelques sanctuaires. C'était, tout d’abord, la basilique de Saint-iean dédiée ensuite à
(1) Cousin, Histoire de Tournay, II partie, p. 163.
(2) Pertz. SS., XV, p. 1113; ibidem, XIV, p. 323 dirutæ ecclesiæ, claustrum ligneum totum nobis ædificavit.
(5) Pertz. SS., XIE, p, 85-127.
saint Bavon, elle avait été édifiée par Lansus en 1048. Cette basilique était sans voûte [1). L'église dédiée à Notre-Dame, élevée dans le cimetière, fut consacrée en 1195 (?). Tout porte à croire qu’elle n'avait reçu aucune voûte. Nous n’avons aucun renseignement relatif aux sanctuaires plus petits consacrés à saint Martin, à saint Pierre, à saint Waast. Nous devons admettre que dans ces parties éloignées, ces oratoires, généralement assez exigus, étaient le plus souvent en bois jusqu’à la fin du xrr siècle.
Le monastère de Saint-Pierre (Blandin) avait été détruit par les Normands. Abandonnée jusqu’au temps d’Arnoul, comte de Flandre, l’église est réparée en 941 par l'abbé Gérard de Brogne. Les documents nous parlent d’une consécration en 979 par l’archevéque de Trèves; le monastère avait été édifié in major elegantia, mais un incendie détruisit la plus grande partie de ses constructions (3). Nous savons que l’église refaite au xr° siècle n'avait aucune voûte (4). Les Annales Gandenses nous montrent qu’on construit sur l’ancien modèle une série de chapelles, de sanctuaires de 1138 à 1179. Les édifices voûtés étaient encore inconnus au commencement du xin° siècle.
L'église fondée à Gand, en 1093 (Hoc anno ecclesia S. Jacobi in Gandavo fundari cepit) n’était pas voûtée. Le sanctuaire, dédié à saint Michel, dans le nouveau bourg, au commencement du xu° siècle, ressemblait encore aux anciennes basiliques. Les clercs reçoivent en 1187 des reliques de la sainte Croix.
Les documents sont fort rares pour les monuments de la cité d'Anvers. Nous savons seulement que l’église dédiée à saint
(1) Pertz. SS., XI, p. 291, et Mabillon ASS, VI, p. 502.
(2) Pertz. SS., IT, p. 191.
(5) Van pe Purre, Annales S. Petri Blandinensis, t. I, p. 8 et 9. (4) Magircon ASS, t. III, p. 45.
Michel fut reconstruite vers 1124 (t). Les édifices qui nous sont parvenus ne remontent point au x siècle; la cathédrale d'Anvers a été commencée en 1352, preuve sans nul doute qu’on utilisa longtemps encore les basiliques anciennes construites vers le xrr° siècle. L'église Saint-Jacques est encore plus récente, car ce n’est qu’à la fin du xv° sièele qu’elle fut élevée (1491). La petite chapelle dédiée à saint Paul en 1262 était fort simple; elle était souvent envahie par les eaux et ce n’est qu’à la fin du xv° siècle qu'on songea à construire un édifice plus grand et à le protéger contre les flots. On peut dire que cette cité déjà florissante à la fin du x siècle n’a rien gardé de son antique passé. Les monuments qu’elle possède ne sauraient remonter au x siècle et ne peuvent fournir aucun renseignement précieux sur les anciennes constructions des xu° et xIn° siècles.
Il en est de même des églises de Bruxelles. Certes, nous connaissons les édifices qui existaient au xur° siècle dans la cité devenue si florissante, mais il n’est rien resté de ce passé relativement lointain. La cathédrale de Bruxelles, dédiée à saint Michel et à sainte Gudule, avait été élevée à l'instar des édifices religieux des cités voisines, mais ce n’est qu'au x siècle qu’on commença la construction de cette grande église. On peut voir encore à cette époque que le clergé avait accepté l’architecture romane pour la première construction. Les travaux furent exécutés fort lentement.
Les cités d’Ypres, de Courtrai, de Tongres avaient des sanctuaires déjà anciens, semblables aux basiliques primitives. Il n’est rien resté de ces monuments et les rares mentions de ces édifices ne nous permettent point de voir comment ils étaient construits. Nous savons cependant que le clergé se décida, au commencement du xme siècle, à entreprendre les
(!) Bouquer, A. F.,t. XIV, p. 17.
édifices que nous avons en ce moment, preuve de la propagation du style monumental que la France avait créé. Et c’est ainsi que l’église Saint-Martin d’Ypres, dont le chœur appartient au xnr siècle, celle de Notre-Dame de Courtrai bâtie par Baudouin, empereur de Constantinople, celle de Saint-Martin de la même ville nous montrent désormais le désir du pouvoir spirituel de rivaliser avec les cités voisines.
La cité de Liége était déjà au x siècle un centre religieux très important. Elle comptait un certain nombre d’édifices fort visités par les pèlerins des villes voisines. Les évêques Eracle et Notger furent zélés à réparer les dommages causés par les invasions normandes et par celle plus effroyable encore des Hongrois (954). Ce n’est qu’au dernier tiers du x° siècle que les prélats des cités du nord de la Gaule purent songer à relever les églises, à protéger les villes contre les ennemis du dehors et à édifier des édifices nouveaux. Notger bâtit des sanctuaires dédiés à saint Remacle, à saint Gilles, à Notre-Dame-aux-Tours, à saint Jean l’Évangéliste. Il se montra un très grand bâtisseur. L'église Sainte-Croix lui doit aussi son origine. D’autres édifices furent commencés par lui. Saint-Denys, Saint-Paul, le monastère de Saint-Laurent furent en partie construits par ses soins.
L'église de Saint-Lambert fut consacrée par Baudry, successeur de Notger, en 1015. Elle n’était pas voûtée. Un vaste incendie survenu au commencement du xu° siècle, en 1118, détruisit la construction de ce prélat. Guillaume de Nangis nous raconte qu’au moment des vêpres, un coup de tonnerre renversa les fidèles. La foudre, entrant par le côté gauche de l’église, brüla les tapis de l’autel et pénétra dans la tour où elle brisa un grand nombre de poutres. Nous savons que l'église Saint-Lambert, vers 1120, n’était pas voûtée (!). Le clergé se hâta de réparer les
(!) Pertz. SS., XII, p. 416.
dégâts causés par l’incendie, mais le mode de couverture fut encore la charpente (1). Un second incendie, non moins violent, survenu en 1186, détruisit en partie l’édifice. Nous ne pensons pas que, même à cette date, le clergé ait songé à reconstruire l’église à l’instar des monuments des cités de France. Les sources nous parlent d’une restauration en 1186, pro restauranda ecclesia beati Lamberti (?). L'église Saint-Lambert n’était point voûtée à cette date (*). Les tours des églises étaient construites comme l'édifice au xI° et au xn° siècle (*), ad summa turris convolantes teclum cum trabibus evolvere parietes abruptis compagibus dissolvere.
L'église Saint-Laurent fut reconstruite en 1030 (5). Cette construction qui ressemblait aux anciennes basiliques parvint jusqu’au xn° siècle. L'édifice, dédié à saint Paul, fondé par Eracle vers 968, suivit le même développement que les églises de Saint-Lambert et de Saint-Laurent. Elle n’était pas voûtée et ce n’est qu’à la fin du xmi° siècle que le clergé liégeois se décida à bâtir un édifice semblable à ceux de la Francia. On peut en dire autant de Saint-Jacques, construit en 1016 par l’évêque Balderic Il. L'église avait été réédifiée vers l'extrême fin du x1r° siècle, témoin la tour peu élevée qui reste encore debout. Les sanctuaires dédiés à saint Martin, à saint Barthélemy, à saint Denys et à sainte Croix ont aussi une haute antiquité, mais ne sauraient revendiquer des parties architecturales plus anciennes. Ces édifices ont été construits vers les premières années du xim° siècle. Nous savons aussi que l’église Saint-Christophe
:) Pertz. SS., VIII, p. 274.
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élevée par Lambert le Bègue vers 1160-1180, n'avait reçu aucune voûte. Elle est parvenue jusqu’à nous et nous pouvons voir encore la décoration sobre de cet édifice. Il est à croire que les sanctuaires élevés à Liége jusqu’à la fin du xu° siècle devaient ressembler à cette église encore debout et d’une très grande importance pour l’histoire de l’art de cette région.
La cité de Maestricht possédait quelques églises fort anciennes. Celle dédiée à Saint-Servais avait été reconstruite dans le premier tiers du xr siècle et consacrée par Nithard, évêque de Cambrai (1). Cet édifice n’était point voûté. Ce n’est qu’au xm° siècle que ce sanctuaire reconstruit fut voûté. Nous ignorons les transformations de l’église dédiée à Notre-Dame, mais les anciennes constructions qui sont parvenues jusqu’à nous appartiennent aux premières années du xmm° siècle, qui fut pour ces régions une période de transformations de l’architecture. On ne saurait croire avec quelle fièvre des églises furent élevées, durant le premier tiers du xm° siècle, dans ces contrées.
La cité de Bruges montrait aussi des sanctuaires fort anciens. La cathédrale dédiée à saint Sauveur fut plusieurs fois reconstruite. Elevée au xir° siècle, elle fut détruite par un incendieen 1116 et rebâtie vers 1120-1197. Cet édifice n’était pas voûté. Ge n’est qu'en 1183-1228 qu’on commença une construction nouvelle, mais nous ne saurions même affirmer si cette église avait reçu des voûtes. Cette partie de la Belgique avait conservé durant des siècles l'architecture en bois. Le sanctuaire dédié à saint Basile, élevé par Thierry d'Alsace et Sybille d'Anjou, forme en ce moment deux édifices superposés. Il n’en était point ainsi autrefois. Cette église fut consacrée en 1150, mais un vaste incendie survenu en 1183 détruisit toute une partie de la cité et
(1) Pertz. SS., VII, p. 488.
le sanctuaire lui-même. Nous ne savons plus rien de la nouvelle construction, mais on peut affirmer que cet édifice resta sans voûte jusqu’en 1183. La rapide destruction des églises par un incendie démontre mieux qu’un texte le mode encore fort simple de la couverture. Le sanctuaire dédié à Notre-Dame, élevé vers 989, fut détruit vers la fin du x° siècle. Nous savons qu'un nouvel édifice fut consacré en 1091 par Radbod, évêque de Tournai. Les documents manquent pour retracer le développement de cette église.
Les cités de la Belgique suivaient l’exemple des contrées voisines. Ce n’est, en effet, que fort lentement que les pagi limitrophes acceptaient la nouvelle architecture créée par la France.
La cathédrale de Metz, refaite vers 1014 par l’archevêque Thierry, fut détruite au commencement du xn siècle (1118-1120) puis réédifiée par l’archevêque Theoger ({) : Decoravit siquidem non solum templi faciem sed ecclesiam beatæ Dei genetricis virginis Mariæ laquearibus et picturis et omnibus necessariis construens officinis. Ce n’est qu'au xin siècle qu’on éleva la belle église voûtée que nous avons aujourd’hui (?).
Le monastère de Senones en Vosges peut aussi nous fournir quelques indications précieuses. L'église reconstruite vers le commencement du xu° siècle, sous l’abbé Antoine (1090-1137), n’était point voûtée (3). Consacrée en 1124, elle parvint ainsi jusqu’au xui° siècle.
La cité de Verdun comptait un certain nombre d’églises et de monastères dont quelques-uns étaient à juste droit célèbres. Le cloître de Saint-Vannes, fort visité par les pèlerins, possédait encore à la fin du xu° siècle un édifice non voûté, (1197-1990), (t) Pertz. SS., XII, p. 453.
?) Prosr, La cathédrale de Metz, p. 48.
5) Pertz. SS., XXV, p. 345-347.
primo anno signa, laquearia et tecta restauravit (4). L'église refaite en 1040 était détruite vetustissima ecclesia et pœne jam diruta sarta tecta ().Le clocher était recouvert par une charpente tectum decenter resarcivit (5).
La cathédrale avait été reconstruite en 1147 et consacrée par le pape Eugène, maissous l’évêque Ursin elle était fortement endommagée, ecclesiwm suam cujus per dictam turbulentorum armorum tempestatem tecta erant diruta. En 1937, elle n’était point encore voûtée. L'abbaye de Sainte-Marie-Magdeleine brûle en 1150 et l’église avec son toit en charpente fut bien vite la proie des flammes (4). Elle fut reconstruite et tout porte à croire qu’elle eut le même mode de couverture.
La cité de Toul avait aussi un grand nombre de sanctuaires. Ces édifices étaient petits mais très visités par les pèlerins. C'était tout d’abord le monastère dédié à saint Mansuy. Son église avaitété plusieurs fois refaite, dès 1030-1054 on en changea la charpente (°). On éleva une tour à côté de l’église(1065-1072)(€). Cette construction ne fut point de longue durée car Théomar, abbé de Saint-Mansuv, restaure l’édifice dès les premières années du xrr° siècle (1092-1195). L'église n’était point voûtée, car nous savons qu'elle n'avait encore au commencement du x siècle qu’une charpente (7). Les églises de la cité de Toul suivaient le même développement. La cathédrale, dédiée à saint Etienne, élevée en 970, fut consacrée en 981. Elle fit
(1) D. Achery. Spic., t. IT, p. 261.
(2) Mabillon VI, t. I, p. 541.
4) Pertz. SS., X, p. 527.
(5) Tectum ecclesiæ melioravit. (Pertz. SS X, 10, p.524) (5) Pertz. SS., XI, p. 933.
(7) Pertz. SS., X, p. 525.
place à une troisième construction dont Eugène LIT, en 1149, présida la cérémonie de consécration. Elle n'avait reçu aucune voûte. Ce n’est qu’au premier tiers du xrn° siècle que le chœur et le transept de l'édifice actuel furent bâtis. [l en est de même de l’abbaye de Saint-Gengoult. L'évêque saint Gérard la construisit au x° siècle, mais dès le x1° siècle, Odon, évêque de la cité, fut obligé de la refaire. Cette construction était sous voûte et ce n’est qu'’aucommencement du xmr siècle que l’église actuelle fut élevée.
Les monuments que possède la ville de Trèves peuvent aussi nous montrer avec quelle lenteur les édifices religieux furent voûtés. Les monastères, les sanctuaires étaient, dans cette cité, en grand nombre. La cathédrale dédiée à saint Pierre avait été refaite vers 1036. Abandonnée à cause de son état délabré, elle fut réparée; les piliers, les ares de la nef furent reconstruits, mais l’ancien mode de couverture fut conservé (1).
Cet édifice fut réédifié vers l’extrême fin du xre siècle. La dédicace eut lieu en 1196, mais tout porte à croire que l’église n’était point encore voûtée.
Le monastère de Saint-Paulin fut détruit en 1092 par un violent incendie (?). L'église fut réparée en 41121, mais les moines conservent encore l’ancien mode de couverture. D'autres églises de la cité suivaient le même développement. Saint-Euchaire, reconstruite en 1131 ,n’avait reçu aucune voûte (?).Des textes nous indiquent au xi° siècle, sans aucune précision, des édifices
(1) Nullus qui quoque tecta reficeret audebat ascendere, propter quad diutino neglectu ad id rerum devenerat, ut jam domus orationis non diceretur sed a pastoribus pecus ibi pastum minaretur. (Pertz. SS., VIII, p. 180.)
(2) Pertz. VIII, 25, p. 198.
(8) Perfecta stabiliter cooperta trabibus tegulis fuissel… (Pertz. SS., VIIT, p. 225.)