LES ÉCOLES DE SCULPTURE EN PROVENCE
In verilate virtus.
M. le comte De Lasteyrie, professeur d'Archéologie du moyen âge à l’École des chartes, après avoir discuté nos travaux sur l’histoire de la statuaire à Chartres et en Provence, devant les membres de lAcadémie des inscriptions, publia dans les Melanges Piot une longue étude sur l’histoire de la sculpture en France au x1re siècle déjà lue à l’Institut. Disons en deux mots la genèse de ce travail. M. De Lasteyrie comprendra qu’il est juste qu'après avoir critiqué sans ménagement devant cet illustre arcopage la datation de certains monuments indiquée par nous, nous devions, après un réquisitoire aussi net, faire entendre un moment la voix de la défense. Nous le faisons avec courtoisie, sans aigreur, sûr du triomphe de nos études. Il viendra un moment — que nous croyons proche— qu’on sera même étonné dela difficulté que nous avons à faire triompher des affirmations aussi probantes.
Rendons tout d’abord hommage à la sagacité du docte professeur de l'École des chartes; au milieu des polémiques oiseuses et sans préparation, il fut le seul, il faut le dire avec une certaine tristesse, qui vit bien vite l'importance de nos travaux d'approche. Il eut comme un vague pressentiment des nouvelles transformations qu'ils pourraient apporter dans l’histoire de l’art français.
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Il devina que l’auteur ne voulait point effrayer par ses théories à sensation ses lecteurs, mais les amener peu à peu, sans heurt, à des conclusions opposées à celles de l’école orthodoxe. Aussi, disait-il, fort justement : « si l’on admet ces nouvelles datations, elles amèneront une transformation complète dans la période du x siècle (1) ». Tel était à la vérité notre but, mais nous voulions procéder avec sûreté et précision.
(*) Les travaux publiés par M. Lefevre-Pontalis nous montrent les conceptions bien surannées de la doctrine orthodoxe. La croisée d’ogive aurait été connue en Normandie dès 1059! Elle apparaît, n’en doutez point, en Angleterre avec Guillaume le Conquérant. Le vainqueur a soin d'apporter ce novum genus ædificandi avec lui. M. Lefevre-Pontalis et M. De Lasteyrie croient l’église de Bocherville avec ses croisées d'ogive née vers 1059! On les voit même à Saint-Vincent de Senlis à la même époque. Saint-Etienne de Beauvais peut en fournir un exemple aussi contemporain. L'église de Saint-Martin des Champs, à Paris, n'est-elle pas de 1067? Que d’affirmations invraisemblables, que d’incohérences au milieu de tous ces travaux ! L'emploi de l’arc brisé n'est-il pas des premières années du x1° siècle? L'église de Montmajour, construite en 1019, celle de Nesle en fourniraient, dès 1021, des exemples probants!! M. Lefevre-Pontalis déclare à l'Académie des inscriptions (4 mai 1894) que dès 1110 cet are brisé est accepté par les architectes de l'Ile de France d’une manière systématique. Et que dire aussi des intluences des écoles romanes? L'école orthodoxe croit, a priort, sans avoir fait l’histoire des diverses constructions des églises des bords du Rhin, à l'influence rhénane sur les édifices religieux de la France. Elle admet même que l’école lombarde a fait sentir aussi son influence sur les constructions de la Gaule. Et à côté de ces conceptions erronées, elle date sans preuve, a priori, des églises importantes : ainsi celle de Jumièges aurait été élevée en 1060 et consacrée en 1067. On ne se préoccupe ni des ressources de l’abbaye ni de la grandeur de l’église. On ne voit pas même le temps qu'a duré la construction. En sept ans construire un si vaste édifice ! Il en est de même de Notre-Dame du Pré-au- Mans qui n’a conservé aucune partie ancienne du xi° siècle (cf. Bulletin monumental t. Lxvinr, p. 309). Et que dire aussi de l’église abbatiale de
Devons-nous savoir gré à M. de Lasteyrie d’avoir soulevé ce débat, et de l’avoir porté devant l’Académie des inscriptions ? Non, certes. Ces travaux fort modestes ne pouvaient encore intéresser les membres de l’Académie des inscriptions. Il aurait été nécessaire de nous faire un moment crédit, de lire nos nouvelles publications sur les écoles de sculpture du Languedoc, du Midi-Est de la France. Disons aussi qu’il n’y avait là-bas aucun érudit capable de réfuter ou approuver les théories de M. de Lasteyrie, sur l’art français. Il représente seul, à l’Académie, une des branches les plus importantes de notre histoire. A quoi bon cette hâte? À quoi bon aussi vouloir critiquer les théories d’un auteur qui n’a publié que des travaux d'approche? Et à côté de cette hâte blämable à plusieurs points de vue, pourquoi l’avocat général de la doctrine orthodoxe s'est-il attaché d’aussi près à la lettre de ces études, dont la méthode était plus digne d'attention que la conduite de détail? Remercions, néanmoins M. de Lasteyrie de s'être intéressé un moment à ces premiers travaux, d’avoir pressenti leur importance et, tout en les critiquant pas à pas, de nous avoir ainsi permis de nous défendre.
Nous nous sommes demandé bien souvent pourquoi l’éminent professeur de l’École des chartes avait voulu tracer un rapide tableau de la sculpture française au xu° siècle? Cette période n'est-elle pas la plus difficile du moyen âge? La connaissance des documents de toutes les provinces qui forment en ce moment la France avait effrayé notre ami Coura;od. Il lui aurait fallu sept à huit ans de longue préparation pour aborder une telle étude. Il n’en fut rien pour M. de Lasteyrie. Le travail du portail occi-
Vézelay, de celle de Cluny déjà élevée en 1089, de celle de Fleury-sur-Loire née vers cette époque. On ne saurait accepter les datations de l'école orthodoxe, qui admet un développement fantaisiste de l’art français.
dental de Chartres lui commandait la prudence, elle pouvait tout au moins l’avertir du danger d'affirmer l’âge d’un monument sans l'avoir soumis à une analyse pénétrante. Pourquoi donc dater un certain nombre d’édifices pour ainsi dire «a priori, à la hâte, sans même les avoir soigneusement visités ? Et avec quelle rapidité 1l a procédé! Peut-on même admettre que M. de Lasteyrie ait vu le portail de Vermanton, celui de Saint-Ayoul de Provins, de Saint-Loup de Naud! Une simple photographie a permis au savant professeur d'établir sa naissance. C'est ainsi qu’on procède dans certains milieux scientifiques, Et à côté de cette légèreté, on ne remarque pas dans ce long mémoire le moindre doute, la moindre hésitation devant le mystère. On ne voit même aucune inquiétude dans l'esprit de l’auteur. Certes, les membres de l’Académie des inscriptions qui l’écoutaient ont dû s’imaginer que tout était pour le mieux dans le plus lumineux des mondes!
La méthode de M. De Lasteyrie est pourtant fort habile; elle a souvent réussi en politique, mais en science elle ne saurait être employée. Le in medio stat virtus est un proverbe bien démodé pour les études historiques; il conduit le plus souvent à montrer l’incompétence de l’auteur, lhabileté trop évidente du critique. Et cela est si vrai, qu’on voit bien vite la méthode défectueuse du professeur. Malgré les rares travaux que M. De Lasteyrie a écrits sur l’architecture française, malgré quelques mémoires critiques sur des livres parus, le savant archéologue n’était pas armé pour tracer en quelques mois, le développement de la statuaire en France au xt siècle, car, il faut bien l’avouer, avant notre premier cri d'alarme, avant la publication de notre premier mémoire sur le portail occidental de Chartres, l’école orthodoxe continuait fort tranquille et ses cours honnêtes et ses pérégrinations à travers la France. Nul n’avait souci de revoir avec plus de
soin les monuments analysés par nos prédécesseurs, et cette douce quiétude apaisait ainsi les cœurs autrefois irrités.
Mais, pour tracer ce tableau rapide de notre art français, M. De Lasteyrie était obligé d’invoquer un grand nombre de monuments à date incertaine. À côté de ceux, indiqués dans nos études, d’autres venaient se placer dont il était obligatoire de connaître l'extrait de naissance. Et, dès ce moment, appaaissent, rétrogrades et surannées, les conceptions de l’école orthodoxe. C’est par cette datation de la plupart de nos porches imagés qu'on peut apprécier sa méthode, ou plutôt son absence de méthode. Ce n’est qu'alors qu’on conçoit comment le chef de l’école orthodoxe s’est représenté l’évolution de notre art français et de la statuaire au xu° siècle. En lisant ce mémoire avec soin, on peut se rendre compte des lacunes, des divergences mêmes qu’un tel système fait naïtre.
Ce n’est point ainsi que doit procéder un docte qui veut étudier une période de notre art français. L’enquête que nous avons commencée depuis bientôt vingt ans aurait dû indiquer à M. De Lasteyrie combien sont longs et souvent malaisés de tels travaux. Il faut rassembler toutes les œuvres éparses sur notre sol, et partant, cette investigation première nécessite de longs voyages, des analyses plusieurs fois renouvelées, car il est nécessaire avant tout de dater ces fragments épars. Pour obtenir un classement approximativement juste, on ne saurait parler d’une étude d'ensemble, mais il faut au contraire sérier les questions, il est utile de commencer par des travaux d'approche, par de petites monographies sur tel ou tel édifice. Il ne faut donc pas, pour redresser les nombreuses erreurs dans l’ancien classement, procéder par des études vastes et compliquées, mais par des descriptions courtes, précises et documentées. Et même, avouons-le, ces enquêtes ne sauraient être définitives, il est obligatoire de les
compléter, de les renouveler souvent, de les corriger, après de nouvelles analyses. Quand on en commence une, on est obligé de connaître les travaux déjà faits, les opinions les plus diverses. Nous subissons l’influence de nos prédécesseurs, nous acceptons même un certain nombre de leurs affirmations. Ce n’est que peu à peu, par le travail personnel, par la connaissance plus exacte du sujet que nous pouvons voir les erreurs commises, le peu de solidité de la méthode et les affirmations osées. C’est ainsi que nous avons procédé, et nos différents travaux d'approche sur l’histoire de notre art français en font foi.
Il en est tout autrement de la méthode de notre éminent contradicteur. Son argumentation est toujours générale, c’est-à-dire qu'elle se tient dans l’abstrait et n'apporte aucune preuve sérieuse. On voit même que M. De Lasteyrie est sur un terrain peu sûr, qu’il ne connaît même pas la naissance de cette statuaire, son long développement. I] sait par d’autres les différentes étapes de notre art français pendant le xn® siècle. Sa prudence même, toujours si avisée, se montre en défaut. Il s’est hâté de dater toute une série de monuments qui n'avaient qu’un lien fort lâche avec les sculptures qui faisaient l’objet de ses études. Et cette hâte peu justifiée s’est retournée contre lui, elle a montré ses doctrines erronées sur le développement de notre art français du xn° et du xm° siècle, et même, elle a forcé M. De Lasteyrie à prendre désormais position pour un grand nombre de nos églises. Ge classement à priori montre une fois de plus les conceptions par trop rétrogrades de l’école orthodoxe. C’est ainsi qu'il est conduit à admettre les porches complètement refaits de Bourges, le portail de l’église de Vermanton, celui de Chateaudun comme des œuvres de 1130-1150! La façade imagée d’Etampes (1145- 11751), celles de Senlis (1153-1191) et du Mans (4158!), de Saint- Denys (11401), Saint-Loup de Naud (1175), etc., montreraient
que les artistes du Nord avaient créé le style monumental dès les premières années de la seconde moitié du xn° siècle! Mais hâtons-nous de le dire, ces affirmations sont avant tout subjectives, elles ne naissent pas d’une enquête nouvelle, plus sûre et mieux documentée. En lisant ce long mémoire, qui invoque toujours le témoignage d'un autre érudit, on regrette que M. De Lasteyrie se soit aventuré sans grande préparation sur un sol aussi peu ferme et qu’il ait voulu, dans une étude partielle, arriver bien vite à des généralisations. Nous pensons, au contraire, que les maîtres de l’enseignement supérieur doivent donner l'exemple d’une méthode vraiment scientifique, il ne faut point qu’on puisse les trouver en faute, voire avec quelle légèreté 1ls parlent des périodes de notre passé, qui demandent des années d'analyse!
Ce que prouve avant tout le travail de M. De Lasteyrie, c’est qu’il croit que les écoles du nord de la France étaient déjà constituées vers 4140-1150. Il englobe les monuments de l’ouest dans cette période; le portail de Vermanton, si nous avons bien compris, serait né vers cette époque! L'école du Nord, dès 1150, aurait créé déjà le style monumental des façades des églises que nous admirons, car dès 1140-1145 les porches de Saint-Denys avaient été sculptés! Puis, un peu pêle-mêle, sans aucune vue sur le développement de cette statuaire, sans voir la fin de ce style, il indique rapidement les dates des autres œuvres.
Nous ne voulons pas analyser en ce moment les œuvres monumentales de la France du Nord, elles font l’objet d’une longue étude sur le style monumental de la partie septentrionale, qui paraîtra bientôt, mais il nous à paru nécessaire d'étudier une dernière fois, sous les yeux de M. De Lasteyrie, les œuvres de notre chère Provence. Ce débat courtois, comme il convient entre deux érudits indépendants pour qui l’art français est pendant le
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moyen âge une des plus belles créations de l’esprit humain, peut être encore de quelque utilité. Il montrera en tout cas des méthodes différentes, le soin que nous avons de faire appel aux diverses disciplines auxiliaires de l'archéologie. Il nous faudra rechercher s’il ne se trouve point sur ces monuments une preuve extérieure à la construction, à la décoration elle-même, qui fournirait alors une date approximative de sa naissance. Les artistes n’ont point voulu, croyez-le bien, laisser aux générations futures des énigmes, des rébus indéchiffrables. Ils ont vécu avec leur temps, l’ont traduit sur la pierre ou sur le marbre. C’est à nous d'étudier le costume des personnages, de lire avec soin la littérature de ce temps pour voir si l’analyse de leurs œuvres n'indique pas le moment précis de leur création. Reprenons done encore une fois le chemin de notre chère Provence et voyons avec détail l’église de Saint-Gilles (Gard) et celle de Saint-Trophime d'Arles.
Nous avons déclaré que la façade de Saint-Gilles n’était pas, comme on le croyait en ce moment, de la première période du xu° siècle, qu’elle avait été exécutée vers les premières années, du siècle suivant (1190-1220). « L’iconographie des sujets représentés, l’ensemble de ces sculptures nous prouvent que la décoration de la façade de Saint-Gilles a été faite vers la première moitié du xmf siècle. » De là, vous le pensez bien, à assurer que nous dations ces monuments de 1245-1950, il n’y a qu’un pas, et ce pas, notre excellent ami M. le curé-doyen de Saint-Gilles l’a franchi. Après avoir lu attentivement son étude fort intéressante nous avons été, dès 1903, amené à formuler notre pensée. On la trouvera dans notre histoire de la sculpture en Languedoe où nous nous défendons contre les exagérations qui ont pu laltérer.
Nous avons donc déclaré que le porche de Saint-Gilles est un
monument élevé de 1190 à 1215 (nous &irions même aujourd’hui de 1200 à 1220.) Mais tous ceux qui ont publié des artieles eritiques ont suivi M. l’abbé Nicolas et ont eu ainsi facilement raison de leur adversaire.
Les travaux déjà parus sur cette façade peuvent être divisés en deux catégories, ceux qui ont résumé le débat, pris à droite et à gauche les idées d'autrui, sans faire avancer d’un pas la solution de cet intéressant problème et ceux qui ont, au contraire, fait un effort d’ingéniosité et d’érudition personnel pour renouveler la question. Seul, M. De Lasteyrie, dans son mémoire sur la sculpture en France, a réfuté notre opinion et a déclaré que nous devons y voir une œuvre exécutée de 1150 à 4170. Cest donc à l'étude du savant professeur de l'École des chartes que nous devons consacrer toute notre attention. Il est facile aux minores de l'archéologie, aux universitaires enseignant l’histoire de l'art gréco-romain, voire même aux jeunes abbés, de faire des brochures qui résument les doctrines des hommes compétents ; il n'en faut pas davantage pour passer grands clercs dans nos provinces. Mais, c’est là du temps perdu pour les études sérieuses, un temps qu'ils auraient pu employer beaucoup mieux, soit à des tâches de leur ressort, soit à un voyage archéologique.
Les textes que nous possédons sur l'histoire de l’abbaye de Saint-Gilles sont loin d’être clairs et viennent au contraire jeter la confusion sur le développement historique de l'abbaye. Nous savons, en effet, par une bulle du pape Urbain II (1096), que ce prélat s'arrêta à St-Gilles, en revenant du concile de Clermont, et consacra l’autel d’une nouvelle église. Ce texte est surtout intéressant, car c’est le pape lui-même qui écrit à l'abbé de Saint-Gilles. Notons surtout les termes de novam basilicam. On croirait que cette basilique aurait tout d’abord suffi aux moines,
aux pèlerins qui venaient à Saint-Gilles. [1 n’en fut rien, car le livre des miracles de Saint-Gilles et une inscription placée au second contrefort méridional de la nef, nous parlent d’une nouvelle construction en 1116. On jeta à cette date les fondements d’un nouvel édifice. Et le livre des miracles a soin d'ajouter qu'il fallut, pour édifier la nouvelle église, démolir trois édifices : le premier, l’ecclesia major, le second dédié à Saint-Pierre, enfin un autre, qui était sous l’invocation de la Vierge. M. De Lasteyrie, a cherché à expliquer ces contradictions et tout en admettant la date de 1116 pour la construction de la crypte, il croit qu’il y avait en réalité une église nouvellement bâtie au moment où le pape Urbain IT a consacré l’autel. Nous connaissions tous ces textes d’allure embarrassante et même contradictoire, mais nous avions préféré en donner de nouveaux, et surtout interroger le monument actuel, analyser avec soin les scènes représentées pour voir à quelle époque on pouvait le placer.
M. De Lasteyrie croit donc que la crypte de l’église actuelle, vaste édifice, a été commencée vers 1116 comme le dit l’inscription, mais que cette construction n'avait pas tout d’abord des croisées d’ogives. ELLE ÉTAIT VOUTÉE D’ARÈTES. Ce n’est qu’en cours d'exécution que l’architecte aurait modifié le genre de voûte tout d’abord adopté et aurait employé la voûte d’ogive. Deux travées du collatéral sud n’ont pas subi de retouche et les amorces de la voûte d’arêtes qui ont précédé les ogives actuelles peuvent encore se voir sur un des piliers de la deuxième travée de ce bas côté. On a dû relancer des pierres dans les angles de la plupart des travées ou faire d'importantes reprises dans les pieds-droits. La nouvelle construction aurait débuté en 1116 par le fond de la crypte; on pouvait ainsi conserver pendant tout le temps des travaux le sanctuaire de l’église supérieure consacrée par Urbain II en 1096. M. De Lasteyrie place donc les voûtes
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d'ogives de la crypte vers 1130-1145 et il déclare la façade antérieure à 1179.
Tous ceux qui ont lu nos modestes travaux, ont pu se rendre compte que ce n’était pas la crypte elle-même qui faisait le sujet de notre mémoire. C’est la façade seule, avec ses porches dessinés avec soin, qui avait été l’objet d’une minutieuse analyse. Mais nous avons cru devoir attirer l’attention de tous ceux qui s'occupent d'archéologie sur les voûtes sur croisées d’ogives de cette crypte. Le problème était de quelque importance. On nous répond par des aflirmations qui ne sont, à vrai dire, que des hypothèses. Certes, on veut bien avouer que CE NE SONT PAS DES ARTISTES MÉRIDIONAUX, MAIS DES ARCHITECTES DES PAYS DE BOUR- GOGNE OU DU NORD DE LA FRANCE QUI ONT ÉLEVÉ CES VOÔTES. On place l'exécution de ces travaux vers 1130-1145 sans aucune preuve, a priori. On ne s’est même pas demandé, en étudiant les 4 nnales des églises de France, si ces voûtes étaient même possibles en 1116 et si celles d’ogives étaient trouvées vers 1130-1145 ! On n’a point vu combien il était peu probable que le Midi-Est, assez réfractaire à l’art gothique, fût capable de construire des voûtes aussi parfaites et aussi ornées. Les travées du collatéral sud n'auraient pas subi de retouche et seraient des œuvres exéCUtées vers 1416, au moment de la construction générale! Mais toutes ces hypothèses ne sauraient être admises, le plan fourni à l’appui de ces affirmations est purement fantaisiste et ne correspond même pas à la construction elle-même. Nous déclarons encore une fois que ces voûtes d’ogives n’ont pu être exécutées avant 4170-1190, S'IL FAUT PRÉCISER DésormaIs. Elles ont des nervures finement moulurées. Les unes possèdent deux tores séparés par un plat, d’autres, au contraire (et celle surtout voisine du tombeau), sont luxueusement décorées de tores et de congés profonds. Il y a‘plus. Nous avons, à l'extrémité de la
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nervure, LES MÊMES ORNEMENTS EN ONDULATION QUE NOUS TROUVONS SUR LES VOÛTES D'OGIVES EN PARTIE DÉTRUITES, A LA VIS DITE DE SAÏNT-GILLES. ELLES SONT LA, AUX YEUX DE TOUS LES ARCHÉOLOGUES. Cette décoration ne saurait être discutée. C’est un vrai point de repère, sûr, précis, en tout cas un terme de comparaison très important, au milieu de ce dédale d’obscurités. Voyez la tour dite la vis de Saint-Gilles, avec sa rose si finement appareillée, avec ses voûtes sur croisés d’ogives et vous reconnaîtrez bien vite la même décoration, la même manière de bâtir fort savante que celle de la crypte. Et on ne peut dire qu’on se soit amusé, vers la fin du xu° siècle, à imiter les ornements de la crypte quarante ans après leur naissance. Il y a plus. À côté des raisons historiques que les Annales des églises de France prouvent suflisamment, il y à aussi les objections techniques. L'appareil, petit et étroit, fin et délicat, des voûtes de la crypte et
le motif des nervures ne sauraient remonter vers 1140. Remarquez.
aussi, dans les trois travées qui auraient été pour ainsi dire terminées vers 1130-1145, les belles clefs de voûte qui les décorent.
Les unes, rondes, sont ornées tout d’abord d’un gros choux, fort, aux larges feuillages retournés, entourés d’une couronne de feuillage, d’autres d’une fleur fortement sculptée, largement épanouie, en relief gras. Il faut observer enfin celle de la grande travée, voisine du tombeau, si ornée et dont les piliers possèdent LA MÊME DÉCORATION CANNELÉE QU'ON NOTE À LA FAÇADE. Peut-on admettre ce Christ bénissant, d’un très beau dessin, dont les traits sont finement creusés comme une œuvre exécutée vers 1130-1145 !
11 se peut que les gros piliers souvent repris, renforcés même, proviennent d’une construction commencée vers 1120-1130, il se peutmême qu’on ait posé les fondations de cette crypte, au moment indiqué par l'inscription. Ce point est trop obscur et ne saurait
être en ce moment résolu. Mais, si même ces gros piliers sont d’une construction antérieure nous ne pouvons accepter les corniches dont ils sont ornés. Ces moulures si fines, si accentuées, avec des tores minces, descongés profonds, ne sauraientremonter à la date proposée. Elles ont été placées là au moment de décorer les voûtes eL comme l’argent a sûrement manqué, il s’est trouvé que la décoration d’une seule travée était terminée, celle qui est voisine du tombeau.
Quant à la partie voûütée d’arête, celle qui est sur le tombeau du saint, elle remonte à la même époque que celle voûtée sur croisée d’ogives. On ne remarque aucune différence en les étudiant. Ce sont les mêmes pierres, le petit appareil est le même. Ce sont aussi les mêmes arcs doubleaux; mais on ne pouvait songer à construire une voûte sur croisée d’ogives à cause du tombeau du saint. Il fallait laisser une ouverture destinée à permettre aux pèlerins de voir la crypte et peut-être même de descendre des menus objets qui effleuraient le tombeau. Tant est-il que l’architecte fut obligé de laisser au milieu de la voûte une ouverture rectangulaire que nous remarquons encore aujourd’hui. Mais comme la voûte d'arêtes est sur un plan rectangulaire assez long, les quarts de voûte sont aussi profonds que ceux des voûtes d'ogives voisines. L’appareil est aussi identique.
Nous ne pouvons donc accepter les conjectures formulées; nous pensons, au contraire, que les voûtes sur croisée d’ogives, qui recouvrent la crypte, ont dû être faites au moment où s’élevaient la rose et l'escalier dit vis de Saint-Gilles, c’est-à-dire vers le dernier tiers du xu® siècle (1180-1200). [1 n’y a qu’à voir aussi le cul-de-lampe, qui soutient la retombée des nervures de la dernière travée de la crypte, présentement cachée par une petite chaire en bois. Il représente un personnage IMBERBE, SANS MOUS- TACHE, AUX JOUES LARGES ET FORTES, aux traits accentués. Comment
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