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moment ? Ou faut-il penser à une contrée privilégiée qui a créé une construction romane encore primitive, dont les différents types sont sortis comme l’art gothique, issu de ces contrées arrosées par l'Oise. Ce n’est que par l’examen critique de toutes nos écoles, par la date exacte de leurs églises que nous pourrons par voie d'élimination arriver à une école plus ancienne qui, aura donné le prototype roman, modifié à mesure qu’il s’implantait sur le sol voisin ou plus éloigné. Ces recherches ont un grand intérêt. Elles nous montreront qu’il y a, vers la même date, deux mouvements parallèles dans le désir de voûter les églises. Le Midi, fidèle au passé gallo-romain, fortement influencé par l’Orient, cherche à arriver à ses fins par les moyens légués par l’antiquité ou par Constantinople : coupole, bas côtés voûtés d’arêtes, nef couverte par des voûtes en berceau. Le Nord, plus novateur avec des architectes plus pénétrés du sens de la construction en bois créa la voûte d’ogive dont l’importance fut immense car elle transforma l’architecture et fit naître une construction organique, la seule sans nul doute avec celle du fer. Nous pouvons constater que vers le second tiers du xu° siècle, les efforts des architectes de la vallée de l’Oise n’ont pas été vains.
[1 sera nécessaire de décrire ensuite les transformations de ce style à mesure qu’il s'implante sur le sol étranger; il y subit des modifications intéressantes qui nous montrent les instincts de la
race, les différences de milieu.
Avons-nous une connaissance plus précise et mieux ordonnée du mouvement artistique du xm® siècle? Certes, non. L'histoire de la statuaire reste à faire, elle devra se subordonner à l’étude des différentes régions. Les résultats ainsi obtenus ne sauraient être définitifs et nous devons procéder par travaux d'approche, sérier les problèmes en avançant pas à pas.
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Cherchons donc à grouper toutes les forces jeunes qui viennent spontanément aux études historiques. Traçcons à nos élèves un programme précis, suivant leur aptitude et léur goût. Car, quelle noble tâche est assignée au maître de l’enseignement supérieur ! Avec quelle joie, après avoir donné aux jeunes gens des notions générales sur l’histoire de l’art du moyen âge et des temps modernes, il devrait communiquer le résultat de ses propres recherches, montrer les points encore obscurs, souligner les périodes difficiles, analyser les théories nouvelles des temps étudiés ! Et chemin faisant, l'élève verrait les monographies à sa portée, il ne s’égarerait plus dans des généralités faciles, il gagnerait cette conscience qui est la loyauté du savoir, il s’apercevrait combien tout est difficile, plus difficile même qu’il ne pensait, mais il ne perdrait pas courage, il aurait la certitude du travail triomphant. Enfin, il puiserait dans cet enseignement à la fois enthousiaste et sincère une probité, une exactitude qui le suivraient dans la vie. Avec une telle discipline, ce ne sont pas des arrivistes que l’on formerait, heureux de posséder quelques vagues notions sur les sciences dont les noms se terminent en iques si fruclueuses en ce moment, mais bien des esprits élevés, doctes et prudents.
Avons-nous une connaissance plus juste et mieux ordonnée du mouvement artistique du xur siècle? Ce que nous savons de ce siècle au point de vue sculptural est complètement à reviser, malgré les écrits de Viollet-le-Duc. Savons-nous comment s’est développé la statuaire aux approches de 1220, c’est-à-dire au moment où s’est produit une très grande transformation dans le faire des artistes. L’art du xn° siècle était arrivé à une froideur, à une sécheresse que certaines statues de Chartres, de Senlis ou d'Etampes peuvent nous permettre de constater. Un nouveau souffle fut nécessaire, une vision différente naquit. Ce ne fut
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plus l’art si réaliste de la fin du xn° siècle, mais un art synthétique, bien différent du premier. Quelle est la patrie des novateurs ? Est-ce Reims, Paris, Amiens ? Aucune étude préparatoire ne nous permet encore de fixer ces étapes, de marquer l’évolution trop rapide de cette statuaire. Certes des monographies excellentes ont été écrites sur la plupart des grandes cathédrales mais nous n'avons aucun travail indiquant les transformations de cette sculpture durant ce siècle vraiment grand. Avons-nous des études sur le développement de cette nouvelle statuaire, au moment où elle se répand à travers l’Europe et suscite de nombreux et sincères artistes? Certainement non.
On pourrait en dire autant de la fin du moyen âge. Courajod qui comprenait fort bien ce que devait être l’enseignement supérieur, a étudié avec soin la période du xiv° siècle, mais encore là que de lacunes! Il faut même reprendre l'examen de toutes les questions abordées par ce puissant initiateur, indiquer la date de certaines œuvres, surtout de celles de l'Ecole de Rouen, pour pouvoir comprendre le processus du style de celle de Bourgogne. Et le xvi° siècle qui est à peine défriché, le xvn siècle seulement entrevu! Là encore que de nouveaux efforts sont nécessaires! Ecrire une histoire de l’art, comme le peintre impressionniste fait un tableau, analyser l’objet d’art, en faire ressortir la beauté ou les défauts, donner ici et là une photographie d'une œuvre bien connue, c’est une entreprise de vulgarisation louable, mais rien de plus.
Les efforts des jeunes érudits doivent avoir pour résultat d’établir de plus en plus l’histoire de l’art sur des bases scientifiques. Le temps est passé où il s’agissait de trouver des textes mentionnant une consécration, un incendie opportun, qui permettait à l’érudit ignorant le plus souvent l’évolution architecturale, d'indiquer l’âge de la construction. Et comme la date proposée
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était en général très reculée, on n’avait aucun souci de savoir si elle se rapportait à la construction encore subsistante, on ne se demandait pas si le temple, dont les restaurations et les surcharges sont pourtant visibles est bien le premier, pour lequel l'emplacement ait été choisi ; si, comme ce fut souvent le cas, ilne succédait pas à une série d’édifices du culte s’échelonnant dans le recul historique jusqu’à l’oratoire du paganisme le plus rustique! On était heureux d’assigner à l’église étudiée la date du texte, sûr du reste de flatter ainsi la vanité des érudits locaux. Certes nous ne devons pas oublier et faire fi des renseignements épars dans les chroniques et les chartes, mais les archéologues vraiment érudits savent avec quel tact, avec quelle mesure nous devons les utiliser. Connaître l’évolution générale de l’architecture, puis étudier le monument, faire une analyse minutieuse du décor, le décomposer en ses éléments principaux : colonnettes, chapiteaux, etc., et voir ensuite si ces formes déjà connues, qui se retrouvent ailleurs sur des monuments bien datés s'accordent ou sont en contradiction avec l’année de consécration ou celle de la construction fournie par les chroniques : telle la tâche qui s'impose à un esprit critique.
On pourrait se demander pourquoi les archéologues sont en désaccord sur l’âge d’un monument? Nous croyons, après mûre réflexion, pouvoir en donner la raison. Les archéologues diffèrent essentiellement des autres professionnels de la science; ils n’ont pas reçu tous la même éducation scientifique ; ils n’ont pas tous passé par les mêmes filières éducatives. Les uns ont fait simplement de l’archéologie monumentale, ils ont étudié avec soin les différents genres de construction durant le moyen âge, ils sont au courant de l’évolution progressive des chapiteaux, bases, moulures, profils des nervures, mais c’est tout. Certes ce sont des éléments d'appréciation, nous l’avons dit, très précieux,
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mais ils ne sauraient suffire à une datation rigoureuse, car ils permettent des écarts assez grands, et ils reposent sur cette vue erronée que les transformations d’édifices ont été rapides et partout les mêmes. Il n’en faut pas davantage pour entraîner à des méprises graves l’historien de l’art sans qu’on puisse l’accuser de mauvaise foi. D’autres archéologues s’en tiennent aux sources écrites; ils cherchent à s’appuyer sur un témoignage mais n’attachent guère d'importance au monument. Nous verrons bientôt les graves effets d’un tel système. Mais disons tout de suite qu’il mène à des discussions sans fin, entre ces spécialistes et les autres qui, ignorant les sciences auxiliaires de l’archéologie, dédaigneux de tous ceux qui ne sont pas architectes, soutiennent avec hauteur ce que leur disent les éléments de construction décomposés tandis que les gens d’érudition, avec une connaissance aussi exacte de l’archéologie monumentale, considèrent, au contraire, ces éléments comme très insuffisants et désirent avant tout des preuves plus tangibles.
Dans l’état actuel de la science, la vraie méthode à employer, si l’on veut arriver à un résultat satisfaisant, c’est de chercher à trouver, à l’aide des sciences auxiliaires de l’histoire, une indication précise, un détail de costume, une inscription qui peuvent fournir par leurs caractères la date approximative du monument. En un mot, il nous faut atteindre à une preuve extérieure au monument lui-même qui puisse grouper tous les doctes. Les sciences auxiliaires, c’est-à-dire l’épigraphie, l’iconographie, l'histoire du costume, la littérature de cette époque, etc., doivent être utilisées pour mener à bien une pareille enquête.
Mais ces disciplines, ces sciences auxiliaires, ont été délaissées jusqu’à nos jours. Certes des chaires ont été fondées assez nombreuses mais non les plus utiles. N’est-il pas étrange que nous ne possédions en France aucun enseignement de l’épigraphie du
moyen âge, c’est-à-dire d’une discipline aussi intéressante que l’épigraphie gréco-latine. Rassembler les calques de toutes les inscriptions éparses dans les musées de province, les grouper par régions, pour indiquer le plus ou moins de retard de l’écriture dans ces contrées plus ou moins éloignées, copier avec soin celles qui nous ont été conservées par les grands recueils de Peiresc et de Gaignières, etc., établir ensuite les résultats d’une étude sévère : voilà qui serait indispensable à l’histoire de l’art.
N’est-il pas étrange qu'aucun historien de l’art n’enseigne les transformations du costume à travers le moyen âge, ne marque avec soin les différentes étapes de ces changements ? Ses connaissances doivent être basées sur l’étude approfondie des sceaux, des sources écrites, des miniatures bien datées.
N’est-il pas étrange que le musée du Trocadéro n'ait pas la collection des sceaux complète? Les érudits pourraient la consulter chaque jour. Certes le musée des moulages en possède un certain nombre, mais, en les choisissant, les anciens conservateurs n'ont voulu montrer au publie que des spécimens, véritables objets d’art, pouvant révéler la technique des différentes époques du moyen âge. Mais c’est une collection complète qui serait nécessaire; les doctes pourraient juger des transformations rapides du costume en France et apprendre à connaître les données indispensables que cette science auxiliaire peut fournir à l’archéologie. Il n’en faudrait pas davantage pour faire tomber du coup et sans polémique toute une série de faux raisonnements, pour dissiper des malentendus fâcheux et éclairer la science archéologique sur bien des points. L'étude attentive de ces sceaux nous prouverait aussi l’influence de la mode française à l'étranger jusqu’en 1450, surtout en Italie où elle fut si longue et si persistante. Et cette constatation est importante car les emprunts au goût français, à la mode toute puissante régnant
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chez nous, déterminaient aussi les artistes à copier les plis triangulaires, les sinus de nos sculpteurs.
N’est-il pas étrange que nous n’ayons pas, comme en Autriche, comme en Allemagne de grands recueils provinciaux donnant des fac-similés des inscriptions, des objets, la description précise des œuvres d'art. On ne saurait trop louer ces grands recueils qui sont en même temps des inventaires précieux des richesses des cités germaniques. Certes nous avons bien les revues savantes de province, mais les objets d’art y sont perdus au milieu d’études si diverses et d’une valeur si inégale ; les inscriptions y sont très mal publiées, le plus souvent en caractères romains et ne peuvent être d’aucun secours. Nos aînés avaient mieux compris l'utilité de ces travaux. La Société archéologique du Midi publiait déjà, en 1836, les inscriptions recueillies principalement dans le midi de la France, elle y joignait les fac-similés. La nouvelle édition de l’histoire du Languedoc nous offre à un prix par trop élevé, dans un supplément, les inscriptions antiques de ces provinces, mais elle omet avec intention celles du moyen âge qui sont aussi du plus haut intérêt pour les ftudes historiques.
Ces omissions graves prouvent assurément une mauvaise direction dans les études historiques. On pourrait même se demander, en le constatant avec regret, si ceux qui président à la direction du haut enseignement ont une idée nette de leur tâche. Les lacunes sont très grandes qui prouvent que les jeunes érudits travaillent sans direction précise.
Donnons quelques exemples. Des cartulaires de recueils de chartes importants ont été publiés de toutes les provinces. Effort louable. Mais à quoi bon identifier quelques noms de lieux, à quoi bon réunir quelques notions sur l’histoire d’une abbaye, si la vraie question, la plus importante et la seule inté-
ressante est laissée de côté : l’histoire des classes agricoles durant la seconde moitié du moyen âge. Si nous n'avions pas les travaux encore si intéressants de Guérard, si nous ne possédions pas le livre de M. L. Delisle, la traduction de M. Lamprecht sur l’état économique du xi° siècle et quelques rares publications comme celle de M. Pirenne sur le polyptyque de Saint-Trond, nous ne pourrions nous rendre compte de l’évolution des villages et des fermes et des non-libres en France. Ce n’est pas le livre de M. Sée qui pourrait nous l’enseigner.
N’est-il pas étonnant que nous ne possédions pas une chaire où serait enseignée l’histoire de la monnaie française ? Certes on a créé d’autres enseignements de tous les côtés, sans grand discernement dont l’intérêt est discutable. Des cours ont été multipliés qui n’ont le plus souvent pour auditeurs que des femmes désœuvrées et des colonels en retraite, mais a-t-on songé un seul instant à nous donner quelques notions précises sur l’histoire de la monnaie française à travers le moyen âge. Il est triste de devoir répondre par la négative.
Il y a plus. Toutes les nations ont raconté les faits de notre histoire. On peut même dire que pour la période franque des travaux excellents ont été composés en Allemagne et il en est de même pour les premiers Capétiens. Tout ce qui a trait aux Croisades a été là-bas l’objet d’une analyse minutieuse. Avons-nous même la traduction d’un manuel, ne serait-ce que celui de Brunner si connu et si apprécié, avons-nous celle du livre de Mayer sur nos institutions? Non, certes. Il est inutile de dire que nous avons un grand intérêt à connaître le passé germanique. Pouvons-nous mettre entre les mains des érudits une histoire intéressante de ce grand pays? Ce n’est pas, à coup sûr, l'ouvrage de M. Zeller. Non, certes, pas même la traduction d’une histoire générale de cette nation. L’érudit français, s’il sait l'allemand,
est obligé de se servir d’un livre écrit en cette langue; s’il l'ignore, il prendra ça et là les données de quelques chapitres, rapidement traduit par un intermédiaire pour l’étude dont il a besoin, mais ne pouvant pas lire lui-même critiquement toutes les sources, il ignorera le développement de l’histoire de ses voisins.
On pourrait citer d’autres exemples, mais il est temps de conclure sur ce point. Nous avons affaire à un état d’esprit regrettable, il accuse une certaine frivolité de pensée, une absence trop évidente de suite et de méthode dans le travail d’érudition, le manque même de sens historique. Les chaires créées pour nous raconter l’histoire de la propriété dans la Haute-Égypte, celles sur l’art byzantin et sur les monnaies aux époques anteromaines ou grecques pourraient être acceptées si les sciences dont les résultats sont très importants parce qu’ils intéressent notre passé, notre culture, étaient étudiées. Mais ce n’est pas en ce moment le cas. On dirait même qu’on considère encore les études historiques comme un délassement, comme un thème à grands discours et non comme un travail nécessaire, sérieux et d’une importance incontestée. Ne sommes-nous pas gouvernés par l’esprit des morts et nos conceptions ne sont-elles pas tout d’abord l’héritage des ancêtres?