‹ Les méthodes du passé dans l'archéologie françaiseChapitre 8 sur 23 · RES · texte numérisé non relu

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une partie de la nef et laissant encore des portions recouvertes par un lambris.

Les annales des églises de France nous montrent que la voûte d'ogive fut trouvée bientôt après et utilisée aussitôt dans le domaine royal. Les documents nous prouvent que ce fut surtout sous Louis VIT que cette innovation eut lieu et que de tous côtés s’élevèrent alors des églises. C’est vraiment à cette heure qu’on pourrait placer le texte de Raoul Glaber et montrer qu’à la fin du xn® siècle les évêques du royaume avaient honte de conserver encore leur église vieille et ruinée, au regard des belles créations de l'Ile de France. Les documents nous indiquent une fois de plus le bien-fondé de notre jugement, à savoir la naissance de la plupart de nos églises à la fin du xn siècle. I1 faudra désormais revoir avec soin l’ancien classement des monuments et attribuer au dernier tiers du x siècle la belle floraison de l’art français.

Il y a plus, les documents ainsi rassemblés nous permettent d'éliminer un certain nombre de provinces qui n’ont pas collaboré à la solution du problème, posé dès les premières années du x siècle. C’est tout d’abord l’Auvergne. L'école de cette province, considérée comme fort ancienne, aurait, disait-on, exercé une très grande influence sur les contrées voisines, car elle avait déjà produit dès le xr° siècle un grand nombre d’églises d'une vaste étendue et d’une très grande solidité. On affirmait même que le développement de l'architecture auvergnate avait été terminé au commencement du xrr siècle. Erreur profonde, que les documents ne sauraient que condamner. Ce n’est pas Notre-Dame-du-Port qui peut être considérée comme une œuvre du x° siècle, avec son chevet et ses absides rayonnantes, avec ses chapiteaux imagés. Les travaux qui en font la beauté ne sauraient remonter à cette époque. Ce ne sont pas les monu-

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ments élevés à Orcival, à Saint-Nectaire, à Saint-Julien de Brioude qui remontent à un passé aussi lointain. Nous, qui avons visité avec soin toutes les églises importantes de l’école auvergnate, nous pouvons affirmer que ces grands édifices, si intéressants, n’ont été commencés que vers le dernier tiers du XII siècle, et terminés fort lentement vers les premières années du XITIe siècle. Ce ne sont pas les églises d’Issoire, de Mozat, etc., qui pourront contredire notre assertion. Il en de même de l’école provençale, née vers le dernier tiers du x siècle, après avoir reçu des pays de l’Ouest la solution du problème, la possibilité de voüûter la nef des églises.

Cette création toute nouvelle fut seulement due aux architectes remarquables d’une certaine région de la France. Ce fut un coin privilégié, dont les limites ne sont pas encore bien fixées, qui put résoudre un problème si ardu. Accepté par les contrées voisines, le nouveau mode de construction pénétra alors peu à peu à l'étranger, soit par des architectes français, soit par les ordres religieux. Cluny nous paraît avoir exercé une très grande influence à la fin du xn° siècle. Il est aussi possible que des architectes étrangers soient venus en France et aient cherché à imiter plus ou moins ce nouveau style français. La voûte en berceau, celle d’arêtes, des coupoles élevées sur le carré du transept furent copiées par les architectes italiens dès la fin du xu° siècle. Quelques autres, il est vrai, moins habiles prirent comme un simple support, sans en comprendre la portée, le pilier cantonné de quatre demi-colonnes et l’acceptèrent même pour des basiliques qui ne devaient recevoir aucune voûte. Les parties italiennes en contact fréquent avec les cités de Bourgogne ou de la vallée du Rhône eurent les premières des églises voûtées ; les autres plus lointaines acceptèrent à une époque relativement récente le nouveau mode de construction et se contentèrent de l’ancienne

basilique, durant tout le xn° siècle, malgré la vogue de plus en plus répandue des églises voûtées.

Il en fut de même en Allemagne et en Espagne. Ces régions, que nous avons si souvent visitées, se contentent d'accepter le nouveau mode de construction, elles transforment seulement le décor, l’ornementation des édifices. On ne saurait désormais parler pour ces contrées plus lointaines d’édifices voûtés avant la fin du xu° siècle. C’est, en général, au commencement du xITI° siècle que les premiers exemples de ce nouveau mode yapparaissent. [l ne pouvaît en être autrement, ces régions étant, sans nul doute, beaucoup moins cultivées que les contrées privilégiées de la France.

La basilique persista encore longtemps soil en Italie, soit en Allemagne. Elle pouvait satisfaire un clergé moins cultivé. Elle avait pour elle des siècles de durée, et comme la foi n’avait pas changé, que la décoration intérieure de l’église était restée la même, le pouvoir spirituel n’était pas incité à transformer son ancienne basilique. Un incendie détruisait-il l'édifice ? L’évêque n’hésitait pas à reconstruire encore le nouveau temple semblable à l’ancien, persuadé qu’il suffisait de deux ou trois ans pour mener à bien une pareille construction. Les sources nous montrent qu'on est heureux de déclarer la rapidité de la construction, lorsque deux ou trois ans suffisent pour terminer le nouveau temple. [l en fut tout autrement, lorsqu'il fallut élever soit de grandes églises romanes, soit des cathédrales gothiques. Les constructions furent fort lentes, l’argent souvent manqua. Il fut nécessaire d’arrêter momentanément les travaux, de s’adresser aux évêques, au roi. Il fut obligatoire de collecter dans les cités voisines, de promener les reliques de lieux en lieux.

On le voit par ces quelques exemples, il est nécessaire, guidé par les documents, de soumettre à une analyse pénétrante tous

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les monuments romans. C’est une datation nouvelle qui s’impose. Il est obligatoire d'étudier les écoles d'architecture romane et de voir quelles sont les plus anciennes. Nous aurons alors une vision plus nette du développement de l’art français et nous verrons alors quelles sont les écoles qui ont contribué à la création des églises voûtées. Et cette datation nouvelle qui s'impose, basée avant tout sur les résultats désormais acquis des recherches historiques sur nos monuments français, nous montrera combien a été rétrograde cette école orthodoxe qui n’a pas su, par des monographies bien menées, faire fructifier l'héritage transmis par les Viollet-le-Duc et les Quicherat.

Il est temps maintenant de montrer, par un certain nombre d'exemples pris parmi les diverses écoles romanes de la France, la méthode défectueuse, le plus souvent subjective, des archéologues orthodoxes; on constatera bien vite qu'ils n'ont point cherché à se rendre compte de l’évolution de l'architecture et à baser leur connaissance sur les monuments à dates certaines. De là de nombreuses contradictions, de là des erreurs graves. Et ne croyez pas que les unes et les autres ne portent que sur des monuments d’une analyse souvent difficile; au contraire, on les observe à propos d’édifices où l'architecture peut seule fournir des renseignements suffisants. Prenons, par exemple, la petite église de Saint-Étienne de Gannat. Si M. Lefèvre-Pontalis ne l’avait pas reconnue comme une œuvre du xI° siècle, cette église ne saurait offrir grand intérêt. Petite, isolée, fortement restaurée, elle ne peut fournir aux archéologues un thème d'étude fécond; les érudits locaux seront même étonnés de l’âge si ancien assigné à ce monument. Nous nous sommes demandé, en étudiant plusieurs fois ce petit édifice, quelles sont les raisons qui ont forcé M. Lefèvre-Pontalis à donner à cette église une date aussi lointaine. Son affirmation est-elle basée sur des édi-

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fices semblables, rigoureusement datés? Non, certes. Le monument montre-t-il un appareil constructif encore malaisé, qui indique des tâätonnements, un essai timide de voûte? C’est, au contraire, un temple dont l'élévation nous étonne et dont l’appareil se montre, dans les parties anciennes, solide et d’une bonne exécution.

Disons, pour le faire court, que la nef seule doit être examinée, car ni l’abside unique, ni le transept ne sauraient être invoqués. Ce sont des restaurations modernes.

On accède à l’intérieur par un porche bas et lourd; les murs extérieurs des bas-côtés sont en moellons assez grossiers, de différentes grandeurs. Tout a été recrépit; mais ces murs ne sauraient être revendiqués comme une œuvre du xr siècle; le long des corniches se montrent encore quelques modillons à copeaux. Ceux-ei ne sont pas très anciens, si quelques-uns pourraient faire partie de la première construction. Leur apparition en Auvergne est assez tardive et ne saurait remonter au xI° siècle.

Le dessin de ces modillons très sommaire nous montre, nous le pensons, l’origine de ce motif décoratif. C’est le modillon à tête de bélier déformé, qui a servi à ce nouveau motif.

Laissons de côté la porte d’entrée qui appartient au xv° siècle et pénétrons dans l’église. Ne croyez pas qu’elle soit basse, obscure, avec des colonnes trapues ou des piliers carrés lourds et massifs. L'architecte l’a conçue selon le modèle auvergnat de la seconde moitié du xu° siècle : une nef avec des bas-côtés fort étroits.

Elle se présente à nous très élevée, et les piliers cantonnés de demi-colonnes engagées reposent même sur un stylobate. Les bases de ces piliers sont déjà à noter, une scotie à la fois large et profonde sépare deux tores très peu saillants ; quelques colonnes

se

n’en ont point. Et si ces preuves ne sauraient suffire aux archtologues orthodoxes, nous possédons heureusement encore deux chapiteaux à figures. On est tout à fait étonné de voir ce genre de décoration, assigné par eux au xr° siècle. On sait, en effet que les chapiteaux imagés ne sauraient être antérieurs, en Auvergne, à la seconde moitié du XIIe siècle, ou mieux au dernier tiers de ce siècle. Les chapiteaux des églises auvergnates les plus connues, si justement célèbres, sont au contraire des dernières années du xn° siècle ou du commencement du xmn° siècle. Certes on pourrait nous objecter que ces derniers ont été refaits, qu’ils ont remplacé des chapiteaux à feuillages. Mais ce n’est point ici le cas, car le faire, la manière de sculpter, les dimensions de la corbeiïlle, l’ensemble du pilier ne permettent pas cette hypothèse. Remarquons aussi les colonnes elles-mêmes; elles sont sveltes et leurs chapiteaux aussi étroits que les fûts.

Les chapiteaux à figures se composent de personnages, vêtus d’une tunique longue et d’un manteau, ils posent leurs pieds sur des vagues, motif si souvent employé par les sculpteurs de la fin du xu° siècle. Ils ont les cheveux courts, ramenés sur le front et sont imberbes. Un autre chapiteau nous montre, ce semble, un personnage dont le manteau est attaché au milieu du cou. La tête manque. Quelques-uns sont décorés de feuillage dessinés à plat, mais d’un très profond relief, ce qui aurait dû rendre prudent M. Lefèvre-Pontalis qui a daté cette église. On le voit, la nef ne saurait être considérée comme une œuvre du xr° siècle. Ce n’est ni le narthex avec ces deux contreforts de chaque côté, ni la tourclocher, faite même à des époques bien différentes, qu’on pourrait invoquer. L'église ne possède donc aucune partie qui puisse remonter à un passé si éloigné. C’est une église de campagne, construite dans les dernières années du xnr° siècle.

Il en est de même de l’église de Chamalières (faubourg de

Clermont-Ferrand) située sur la route de Clermont à Royat. Elle faisait partie, en 1762, de la subdivision de cette ville. Nous ne raconterons pas la fondation de cette église que peut revendiquer un passé très lointain. Prejectus, évêque de Clermont, accepta ce cloitre de femmes créé par Genesius, comte d'Auvergne,

en 665. L'église a, depuis cette époque, subi une série de reconstructions dont les chroniques ne nous, disent rien. Aussi les archéologues locaux et en particulier, un érudit fort connu, M. H. Du Ranquet, ont voulu voir dans l’église actuelle des parties remontant au x° siècle! Nous ne saurions dire si cette opinion | est partagée par M. Lefèvre-Pontalis, le directeur du Bulletin monumental. Certes les chapelles rayonnantes, qui, sont sans nul doute de la fin du xu° siècle, le chœur complètement refait au xvire siècle, les voûtes elles-mêmes non anciennes ne sauraient être considérées comme des œuvres du x° siècle. Seules les trois arcades de la nef pourraient être, d’après ces archéologues, une œuvre contemporaine des cryptes de St-Aïgnan, etc.

Pénétrons dans l’église et remarquons ces trois arcades. Elles sont d’un très beau dessin, larges, assez hautes, sans aucune décoration à l’archivolte. Comme on a renforcé tous ces piliers, l'épaisseur du rectangle ancien est indiquée par les corniches qui s'arrêtent à l’ancienne largeur. Quelques-unes de ces corniches ont des moulures fines avec un congé très profond, sorte de gorge. D’autres ont des denticules assez minces et ne sauraient remonter au x° siècle. Comme nous n'avons que ces quatre piliers presque unis, c’est bien peu de chose pour affirmer qu’il faut voir là une œuvre d’un passé aussi lointain. Sur la façade de l’église, détruite en ce moment, nous avions une sorte de vestibule qui a reçu deux colonnes antiques, pourvues de chapiteaux qui doivent appartenir à une construction du xn° siècle (4120-1150). Leur décoration est assez grossière; la profondeur

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